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Mardi 19 mai.
Ce voyage, je ne l’ai pas fait pour l’aventure seule. Si j’ai accepté de repartir en traversée, une deuxième fois, c’est surtout pour passer du temps avec mon père. La mer est sa langue maternelle. Moi, j’ai grandi avec elle sans vraiment la choisir, née sur une île, toujours un pied sur un bateau grâce à lui. J’aime ça, bien sûr, mais chez lui, c’est autre chose. Quand il parle de navigation, des étoiles, du vent et de ses 1 001 anecdotes de marin, il y a quelque chose de différent dans son regard. Ici, en mer, les journées sont simples et je mesure la chance d’être là avec lui, dans son monde à lui, et d’apprendre encore. On est là, ensemble. Je ne sais pas si on appelle ça une transmission - sa manière de regarder l’eau, de lire le ciel, de comprendre ce qui nous entoure sans jamais le dire. Aujourd’hui, il me montre comment faire le point sur la carte, comment on s’y repère vraiment et me dévoile sa manière très personnelle de s’y prendre : toujours à midi, comme autrefois quand on naviguait au sextant, et avec un petit dessin bien à lui… Mon père m’explique également pourquoi on tient un journal de bord, ce qu’on y note et à quoi ça sert. Je me souviens qu’au début de la traversée, il avait demandé à chacun d’écrire un peu chaque jour. Ce qu’on faisait, ce qu’on vivait, ce qu’on retenait de la journée. Une sorte de trace. Au final, il n’y a que lui qui s’y est vraiment tenu…


