Nos modes de vie changent à terre… comme en mer. Même en grand voyage, difficile de se passer des réseaux sociaux, vidéos et autre FaceTime qui jalonnent notre vie moderne. A bord, chacun réclame toujours plus de débit pour regarder des vidéos, mais aussi travailler. Les transmissions via satellite évoluent rapidement, comme le démontre la nouvelle offre Starlink qui a fait tant de bruit dans le monde de la grande croisière. Pour ceux qui restent près des côtes, il est aisé d’obtenir un haut débit (via une antenne spécifique ou un routeur) permettant d’envoyer et recevoir des photos et même des films avec un coût de communication raisonnable pour peu qu’il y ait une antenne à terre pas trop loin. Mais, dès qu’on croise au large, et a fortiori lors des longues traversées, disposer d’un bon réseau est compliqué, plus onéreux, et parfois plus encombrant. Jusqu’à une époque toute récente, surfer sur Internet n’était envisageable qu’avec des systèmes d’antenne radôme très chers et d’une grande complexité. Des installations cohérentes avec des unités de très grand luxe ou de course au large, mais pas avec des multicoques de 40 à 45 pieds. Plus adaptés aux voyageurs, les téléphones satellitaires du type Inmarsat, Iridium, Globalstar ou encore Thuraya offrent des débits médiocres inférieurs à 150 Kb/s (voir encadré « mesures et démesure ») permettant d’envoyer des emails et de recevoir des fichiers grib, ce qui est suffisant pour la sécurité et une communication basique, mais ne permet pas d’envoyer des photos, et encore moins de charger ou de produire de la vidéo. Pour exemple, un appel Whatsapp demande 1 Mb toutes les 10 secondes, et surfer sur Google ou YouTube réclame 11 Mb/s. Cinq personnes connectées à YouTube en même temps exigent un débit de 50 Mb/s.
Autant dire que, jusqu’à présent, ce genre d’usage « domestique » était inenvisageable au large. Mais tout vient de changer avec Starlink, qui propose des kits permettant de se connecter, via son réseau de satellites basses altitudes lancés par Space X (voir tableau des offres Starlink). Avec une antenne, un routeur et une application assez simple à installer, il est désormais possible de profiter d’une connexion de 60 à 200 Mb/s selon la formule choisie et l’endroit où l’on se trouve. Une révolution pour le monde de la plaisance : sans plus attendre, les navigateurs en voyage ont commandé, installé et utilisé la connexion Starlink – pour leur plus grande satisfaction.
Des témoignages éloquents en faveur de Starlink
Radio-ponton et surtout les réseaux sociaux ont fait le job... Cyril et Magalie Jagot, à bord de leur Catathai 40 Black Lion, viennent de franchir le canal de Panama, en route pour le Pacifique…
Avant de quitter l’Atlantique, le couple a installé l’antenne du kit Starlink Véhicules de loisirs (désormais dénommé ROAM), lequel a été livré à Saint-Martin. Facturé 450 €, ce kit est arrivé en une semaine et depuis son installation fournit une connexion illimitée pour 100 €/mois. Le routeur Wifi envoie la connexion partout à bord, et même à proximité dans l’annexe. Rompus à l’utilisation des réseaux sociaux, Cyril et Magalie ont animé une petite conférence en direct au large de la République dominicaine sur YouTube depuis leur iPad. L’appel vidéo de haute qualité a tenu 42 minutes sans flancher. Une quinzaine de participants y assistaient, dont certains depuis les Galápagos ou Tahiti, utilisant le même moyen de connexion. Dans cette vidéo, on voit Cyril et Magalie se déplacer sur le pont puis dans le carré, sans cesser d’échanger avec leurs interlocuteurs. Un exemple qui démontre l’efficacité d’un système qui s’est bien sûr généralisé à bord de nos multicoques.
Plusieurs comptes Facebook se sont créés sur le sujet, à l’instar de « Starlink pourplaisancier », géré par la librairie maritime Nautic Way. On peut y découvrir de nombreuses astuces quant à l’installation du kit à bord, et des témoignages comme ceux-ci : « Starlink, c’est avant tout une immense sécurité, plus qu’avec les réseaux précédents. »
« Cela peut permettre d’être en contact vidéo avec un médecin si besoin, d’appeler rapidement des secours. » « On peut disposer maintenant d’une météo plus précise et beaucoup plus rapidement. » « On suit en direct Marine Traffic ; du coup, on anticipe les croisements avec les cargos en fonction de l’expérience des personnes de quart. » « Il est possible de vérifier les grains sur le radar météo de la NASA et de programmer sa route pour les éviter. » « On peut aussi brancher une caméra de surveillance dans les mouillages à risque… » A bord, côté vie sociale avec l’extérieur, c’est le jour et la nuit. Pour les équipages qui naviguent avec des enfants, plus de soucis de connexion pour les cours du CNED. Starlink peut représenter un gain d’argent lors des escales – plus besoin d’acheter une carte SIM « limitée » dès que l’on accoste dans un nouveau pays. Les familles à terre peuvent également suivre l’évolution de la navigation via application iSharing qui utilise le GPS d’un iPhone connecté avec Starlink. Il est possible, à tout moment, de passer des appels téléphoniques dans le monde entier. On peut télécharger des films en haute définition de 800 MO en deux trois minutes, comme à la maison. Alors certes, certains diront que la navigation se doit d’être déconnectée – rien n’empêche de débrancher l’antenne, après tout !
Une offre en constante évolution
Les plaisanciers hauturiers ont pratiquement tous choisi l’offre destinée au camping-car, laquelle est adaptée pour résister aux environnements difficiles et profiter d’un accès Internet haut débit tout en étant en déplacement dans des régions isolées où la couverture des antennes terrestres est faible, voire inexistante.
Ce « détournement » d’usage s’explique parce que cette offre terrestre, très attractive sur le plan financier, marchait très bien sur l’eau. Une commande du kit et un abonnement depuis la France ou les Etats-Unis étaient le sésame de l’Internet. Les plaisanciers se passent le mot : la connexion Starlink des camping-cars passent sur toutes les mers et tous les océans, mais aussi dans des pays qui n’ont pas encore validé le service, comme la Norvège, ou même le Cap-Vert, qui n’est pas censé être couvert, sans parler des Tonga, qui ont pourtant officiellement interdit Starlink. Précisons que la couverture dans les eaux territoriales locales, y compris les eaux intérieures, est subordonnée à l’approbation du gouvernement. Il semblerait qu’une fois la couverture mondiale acquise (officiellement, elle est opérationnelle pour une cinquantaine de pays), le flou qui a régné sur les offres pendant le lancement du service se soit brusquement dissipé.
Nouvelle règle du jeu depuis le 9 mai dernier…
Depuis le 9 mai, Starlink a dicté sa règle du jeu – et sa grille de tarifs. Il est possible d’opter pour le forfait « Mobilité » qui prévoit une couverture mondiale avec une facturation à la carte en fonction de l’utilisation. Tous les plaisanciers qui avaient commencé avec la formule ROAM assez bon marché (voir tableau des prix), mais prévue à l’origine pour les véhicules terrestres, ont reçu une demande de mise à jour de leur offre de service pour continuer à pouvoir se connecter depuis la mer. Les abonnements avec données de Priorité Mobile permettent aux consommateurs de bénéficier du débit le plus rapide sur le réseau Starlink et peuvent être utilisés sur l’océan et sur terre partout où Starlink dispose d’une couverture de service dans le monde. Des Go de Priorité Mobile supplémentaires sur l’océan peuvent être achetés à la consommation en activant cette option depuis l’application, et sont facturés mensuellement (et provisoirement) à environ 2 € le Go. La souplesse du système Starlink permet de désactiver cette option à tout moment quand vous n’en avez pas besoin, ce qui un vrai bon point. Visiblement, depuis le 9 mai, les plaisanciers à l’ancre ou sur corps-morts qui n’ont pas activé l’option sont privés d’Internet parce que les zones de mouillage sont désormais considérées comme maritimes. Starlink confère aux abonnés ROAM la possibilité d’achat optionnel de Go en Priorité Mobile, mais l’antenne à 450 € ne sera plus garantie dans le cas d’une utilisation maritime, car il existe un package « Maritime » et « Mobilité » avec une antenne plus puissante et plus résistante… mais à un tarif cinq à six fois supérieur. A l’évidence, le monde de la plaisance a quelque peu échappé à Starlink – l’opérateur semble plutôt privilégier l’univers du grand yachting. On peut imaginer que les forfaits vont évoluer vers une meilleure adaptation des différents cas de figure, mais à l’avantage de qui ? Dans certaines zones, le réseau Starlink risque d’être saturé, d’où l’intérêt de prendre des Go en supplément pour avoir une bande passante d’une bonne capacité, mais cela pourrait avoir des conséquences sur la facture finale. Pour exemple, lors d’une croisière à 4 en mode mixte travail/vacances avec des téléchargements de photos et vidéos, nous avons relevé 50 Go, ce qui est proposé pour un mois dans le forfait « Mobilité ». Les tarifs de départ des différentes formules peuvent montrer certaines disparités de tarifs, comme le démontre une étude entre les propositions faites en France et aux Etats-Unis. Attention, les tarifs et conditions du tableau ci-dessous sont datés du 5 mai, et sont susceptibles d’évoluer.
Un kit facile à mettre en œuvre
Une fois la commande passée, le kit est envoyé dans une grande boîte et il suffit de suivre les instructions du manuel en ligne pour le montage, lequel ne prend pas plus qu’une demi-journée selon les spécifications de votre multicoque. Le matériel comprend l’antenne et le routeur (parfois, il est intégré à l’antenne) ainsi que, selon les cas, une boîte pour fournir l’énergie, des câbles d’alimentation électrique et un câble pour se relier à l’antenne de plus ou moins grande taille. Le routeur Starlink fonctionne en 110/220 V et alimente l’antenne en 48 V.
Tout bricolage est déconseillé et annule la garantie. Le mieux est d’avoir un petit onduleur de très bonne qualité (type Victron Pure Sinus) de 100 W ayant un rendement de 97,6 %. Ainsi installé, le système ROAM consommera en moyenne 15 W. Le problème de la formule Maritime est sa consommation élevée de 50 W ; cette antenne est donc décidément destinée à équiper les grands yachts… On peut imaginer que Starlink proposera bientôt une antenne adaptée à l’environnement marin, mais plus frugale – enfin nous l’espérons !
Quel avenir pour les opérateurs historiques ?
La législation maritime de nombreux pays exige de disposer à bord d’un moyen de recevoir les bulletins météo. Rien de vraiment contraignant, car tous les marins y tiennent également ! En conséquence, on installe à bord un récepteur BLU, une connexion de type Iridium ou… Starlink. Mais nous allons voir que les anciennes offres décrites rapidement au début de ce Diagnostic ont pris du plomb dans l’aile, si l’image peut s’appliquer à un réseau qui s’appuie seulement sur des satellites de haute altitude…
La formule la moins chère sur le marché actuellement est celle proposée par le petit Garmin inReach Mini 2 : 399 € avec un abonnement mensuel de 15 à 75 €. Mais les prestations se limitent à la consultation de la météo et l’envoi/ réception de messages type SMS.
Pour un budget proche de 5 000 €, les systèmes d’entrée de gamme comme l’Inmarsat Fleet One, l’Iridium Pilot, le Sailor 150 FleetBroadband ou encore le Thuraya Seastar atteignent un débit d’environ 100 à 150 kb/s, permettant un accès à Internet assez lent. Viennent ensuite d’autres systèmes ; citons le KVH V3-IP VSAT, qui utilise une couverture satellite TV, le Sailor 500 FleetBroadband connecté au réseau Inmarsat, ou encore le Thuraya Orion IP. Ces systèmes, dont le tarif varie de 5 000 à 15 000 €, offrent un débit de 400 à 500 kb/s, permettant l’envoi d’images, de petits films et le visionnage en streaming. C’est à peine ce qu’il faut pour surfer sur Internet normalement. En comparaison, cela correspond à la 3G ou aux débuts de l’ADSL : aujourd’hui, à la maison, on reçoit au minimum 8 ou 10 Mb/s. Les systèmes satellitaires les plus performants tels que le TracPhone V7-HTS promettent 3 Mb/s en débit montant et 10 Mb/s en descendant, ce qui autorise une consultation fluide des sites Internet actuels. Mais le prix du V7 est de 33 000 € plus le coût des communications… pour des prestations bien inférieures à celles de Starlink, qui permet de télécharger, on l’a vu, en moyenne 170 Mb/s. Pour tous les prestataires cités plus haut, la facturation des communications s’établit à base d’un forfait et/ou sur la consommation effective. Plusieurs options proposent des tarifs allant de 1 à 141 $ (!) la minute selon votre modèle et le débit. Reste à savoir quelle sera la réaction des opérateurs « satellites hauts » face à la révolution Starlink…
Mesures et démesure…
Pas si facile de faire la différence entre les bits et les octets, voici un petit repère : les kilobits (kb) sont différents des kilobytes (kB). Si on fait x 1 000, c’est idem : les mégabits (Mb) sont différents des mégabytes (MB)… Quand il y a un B majuscule, on parle de byte, et quand il y a un b minuscule, on parle de bit. Un byte vaut 8 bits. Un byte vaut également un octet. Par conséquent, il y a huit fois moins de quantité de données dans un Mo que dans un Mb. Or ce sont les Mb qui sont utilisés pour définir le débit Internet. Avec une vitesse de 100 Mb/s, vous téléchargez au maximum 12,5 Mo par seconde. Un mégaoctet contient environ une minute de musique au format MP3, quand un CD standard contient environ 700 Mo. Vous connaissez probablement le terme gigaoctet (Go) car il s’agit de l’unité de stockage la plus courante pour les appareils actuels comme votre smartphone. Sans surprise, il y a 1 000 octets dans un kilooctet et 1 000 kilooctets dans un mégaoctet. Un gigaoctet équivaut à 1 000 méga- octets, un gigaoctet est égal à 1 milliard d’octets. En perspective, 1 Go contient environ 230 pistes MP3 standards. Selon les codecs vidéo utilisés, environ trois minutes de vidéo 4K à 30 FPS équivalent à 1 Go. Un DVD standard, quant à lui, contient environ 4,7 Go. Enfin, un téraoctet représente 1 000 giga- octets, mais là, on n’y est pas encore… sauf chez Starlink !
Space X, un lanceur qui vous veut du bien ?
Starlink est la première constellation de satellites à avoir l’ambition de délivrer un accès Internet très haut débit à très faible latence sur toute la surface du globe. Pour cela, SpaceX doit mettre en orbite environ 12 000 satellites en orbite basse d’ici 2025. Au total, en comptant les 1 015 satellites déjà déployés par Starlink, il n’y a aujourd’hui que 2 000 satellites en activité autour de la Terre. Jusqu’ici, les seuls satellites délivrant un accès Internet étaient placés en orbite géostationnaire à 36 000 km d’altitude. Cela a pour avantage de pouvoir couvrir une vaste zone avec seulement un satellite. Mais cela a aussi pour inconvénient de causer forcément une forte latence (> 600 ms) en raison de sa très haute altitude, tout en limitant les capacités de l’infrastructure. Pour éviter cela, Starlink préfère placer un grand nombre de satellites en orbite tout près de la Terre. Une première flotte de satellites (7 500 à terme) est ainsi prévue à 340 km d’altitude. 1 600 satellites doivent être placés à une altitude de 550 km. Enfin, 2 800 satellites suivront plus haut, à une altitude de 1 150 km. La liaison Internet d’un utilisateur donné est assurée par une succession de satellites défilant à une fréquence élevée. Pour assurer la coordination rendue nécessaire par ce défilement, les satellites communiquent entre eux par liaison laser. La communication avec les stations terrestres et les clients se fait grâce à des antennes. Celles-ci peuvent capter le signal en étant fixes, néanmoins, un moteur assiste l’orientation de l’antenne pour un meilleur signal. La Federal Communications Commission (FCC), aux Etats-Unis, a autorisé Space X à déployer 12 000 satellites, et jusqu’à 30 000 à terme. Pour mettre cela en perspective, seuls 2 000 satellites artificiels grosso modo sont actuellement en orbite autour de la Terre, et seulement 9 000 ont déjà été lancés dans toute l’histoire de l’exploration spatiale selon le Bureau des affaires spatiales des Nations Unies. Les derniers relevés de débits ont conforté les ambitions de Starlink : le service a dépassé les 120 Mb/s en France, soit mieux que l’Internet fixe !
Dans l’Hexagone, la moyenne se situe aux alentours des 90 Mb/s. Notez que Starlink dépasse les 100 Mb/s dans 15 pays, preuve de l’efficacité du service à différents endroits du globe. Par ailleurs, des tests récents de débits effectués par des chercheurs belges et italiens ont démontré que Starlink était paré pour le cloud gaming, avec une latence mesurée aux alentours des 50 millisecondes, ce qui permet les jeux en ligne à multi participants.sauf chez Starlink !

L’adaptation de l’antenne compacte est aisée à bord de nos multicoques de croisière. L’antenne de l’offre maritime est plus coûteuse, mais surtout consomme beaucoup d’énergie.
Aux Seychelles, par exemple, une carte de 50 Go coûte 40 $.