« Le vent en décide autrement… »
Une fermeture anticipée du canal de Corinthe annoncée à la dernière minute nous pousse à accélérer. Nous le franchissons in extremis avant de déboucher dans le golfe de Corinthe, cette longue mer intérieure qui sépare le Péloponnèse de la Grèce continentale. Comme souvent en navigation, notre objectif est simplement de trouver un mouillage pour la nuit. Les abris parfaitement abrités ne sont pas si nombreux ; finalement, nous jetons l’ancre à Galaxidi. Ce village est situé à une soixantaine de milles du la sortie du canal, tout au nord du golfe. Nous ne comptons y passer qu’une soirée avant de reprendre notre route vers l’ouest. Le vent en décide autrement. Une dépression nous oblige à prolonger notre escale de quelques jours. Et puis, sans que l’on sache vraiment pourquoi, quelque chose se passe. Ce lieu nous retient. Il existe des escales où l’on arrive avec une date de départ déjà en tête. Et puis il y a celles où le temps ralentit presque malgré soi. A Galaxidi, les journées s’étirent naturellement. Lorsque le beau temps revient enfin, nous pourrions repartir… mais nous n’en avons plus vraiment envie. Le village a échappé au tourisme de masse. Quelques Athéniens y passent leur week-end, quelques équipages font escale, et deux ou trois bateaux semblent avoir oublié jusqu’à leur prochaine destination. Ici, la vie continue toute l’année. Les cafés restent ouverts, les habitants se connaissent et les quais ne vivent pas uniquement au rythme de la saison estivale.
Une vie simple, au rythme du mouillage
L’environnement est superbe. Deux mouillages parfaitement protégés encadrent un petit port niché entre des îlots verdoyants, avec en toile de fond les reliefs du mont Parnasse. Difficile d’imaginer qu’à seulement quarante minutes de route se trouve Delphes, l’ancien « nombril du monde », et qu’en hiver les pistes de ski du Parnasse attirent les Athéniens. Pour entrer dans la baie, aucune difficulté : le chenal est large et bien dégagé. Une fois le cap franchi, le relief referme progressivement l’horizon, la mer s’apaise et le silence s’installe. Dans le port, l’amarrage se fait « à la grecque » : ancre dans le sable, puis longue marche arrière jusqu’au quai. Une manœuvre typiquement méditerranéenne qui demande un peu d’anticipation, mais qui reste très confortable dans ces conditions abritées. A l’extérieur, deux vastes mouillages offrent également une excellente protection et des fonds de sable et de vase d’une remarquable tenue. En plein été, quelques beaux yachts et grands voiliers élégants animent discrètement les quais. L’ambiance est vivante sans jamais devenir ostentatoire. Lorsque nous arrivons, début octobre, ils ont presque tous disparu. Il ne reste qu’une poignée de navigateurs : un couple d’Espagnols, des Danois, un Irlandais, un Français… Une petite communauté cosmopolite qui se retrouve naturellement autour d’un verre d’ouzo au Café Bar O.K. Très vite, une routine s’installe. Le matin, les discussions commencent souvent chez Kostas, le patron du magasin d’accastillage, véritable figure du port. Le jeudi, impossible de manquer le marché où l’on remplit les sacs de fruits et légumes de saison. Le reste du temps s’écoule entre baignades dans une eau cristalline, entretien du bateau, promenades sur les quais et longues pauses face à la mer.
Quelque chose en nous de Galaxidi…
Rien n’est conçu ici pour attirer les visiteurs ; c’est sans doute ce qui fait tout le charme de Galaxidi. Il n’y a presque pas de boutiques de souvenirs, mais des commerces où les habitants font leurs courses. Les pêcheurs rentrent en fin d’après-midi et vendent directement leur poisson depuis le pont de leur bateau. Les anciens discutent à l’ombre des platanes, les chats dorment sur les filets et les enfants jouent sur la place du village. Ici, les plaisanciers ne sont pas des consommateurs de passage ; ils deviennent peu à peu des visages familiers. Après quelques semaines, nous connaissons tout le monde… et tout le monde nous connaît. Le musée maritime raconte le passé prestigieux de cette petite cité d’armateurs. A son apogée, en 1892, Galaxidi comptait plus de 550 navires et 6 000 habitants. Longtemps, aucune route ne relia le village au reste de la Grèce : on n’y arrivait que par la mer. Cette histoire explique peut-être cette atmosphère si particulière, presque insulaire, qui flotte encore aujourd’hui entre les façades colorées des anciennes maisons de capitaines. Le soir, les derniers rayons du soleil embrasent les montagnes avant de disparaître derrière les îlots qui protègent le mouillage. Les petits bateaux de pêche retrouvent lentement leur place au quai, tandis que les terrasses commencent à se remplir. Ici, rien ne semble devoir aller plus vite que le temps lui-même. Puis vient le jour du départ.Nous larguons les amarres comme toujours. Mais, comme pour tous les lieux qui comptent vraiment, une petite partie de nous est restée à Galaxidi.

Le mouillage en un clin d’œil
Position : golfe de Corinthe, côte nord - 38° 22.77’ N – 22° 23.26’ E (WGS84)
Type : deux mouillages protégés et un petit port
Fonds : sable et vase, excellente tenue
Profondeur : 3 à 8 m
Protection : excellente, sauf par vents d’est établis
Affluence : raisonnable, même en été
Accès : facile, sans danger particulier
Bonnes adresses
Kostas, l’homme qui connaît tout le monde
Pour les plaisanciers, Kostas est bien plus qu’un shipchandler. Dans sa véritable caverne d’Ali Baba, on trouve naturellement de l’accastillage, mais aussi des conseils, un coup de main, une bonne adresse… et parfois même quelques poissons fraîchement pêchés. Toujours disponible, il semble connaître chaque bateau qui entre dans le port.
Ganimede, l’art du petit-déjeuner grec
Institution locale depuis 1966, le Ganimede est une halte à ne pas manquer. Chrisoula y prépare des petits déjeuners généreux composés de yaourt de brebis au miel ou à la rose, de tartes aux épinards, de feta locale, de fruits frais, de confitures et de chutneys maison. Avec la même passion, elle partage volontiers recettes et conseils culinaires avec les voyageurs.
Maria, la reine des poulpes
Chaque matin, Maria s’affaire sur le quai avec une précision fascinante. Figure familière du port, elle prépare ses lignes et ses poulpes avec des gestes transmis par des générations de pêcheurs. A force de l’observer, nous avons appris quelques techniques… avant de partager nos propres prises avec les bateaux voisins.
il offre le plus grand domaine skiable de Grèce, accessible en un peu plus d’une heure du mouillage.



