Les atouts du multiyacht comparé à un yacht « classique » font mouche : deux fois plus spacieux à longueur égale, distribution des espaces garantissant une bonne intimité aux invités et à l’équipage, surfaces de détente extérieures XXL, plate-forme centrale avec vision à 360° sur l’extérieur, excellente stabilité et, enfin, grâce à la faible traînée de ses coques, économie de fonctionnement. C’est sans doute ce dernier paramètre qui pèse le plus dans la balance : un multiyacht est capable de tenir une consommation de 20 à 50 litres/heure là où les yachts à moteur nous avaient habitués à des moyennes de 400 litres/heure. La formule catamaran ou trimaran répond à la demande de luxe et d’espace, mais permet de limiter de manière significative le bilan carbone. Un argument qui n’est pas vraiment budgétaire : c’est plutôt la volonté de respecter l’environnement qui prime. Une image écologique qui devient incontournable, y compris dans les prestations les plus haut de gamme.

Sunreef Yachts est le leader dans le segment des multiyachts. Le modèle représenté ici, le 80 Sunreef Power, se décline en version voile.
Des prestations dignes de l'hôtellerie de luxe
Un multiyacht est un navire capable de recevoir 6 à 8 invités – au minimum – dans des conditions de confort et de prestige haut de gamme. Ses prestations doivent comprendre des cabines assez spacieuses avec salle de bains privée. Quant au propriétaire, il profite évidemment d’une suite dédiée avec bureau et dressing. On peut compter également sur un salon avec bar, une salle à manger, un bain de soleil, des zones de détente extérieures, un accès à la baignade aisé, et enfin une annexe capable d’amener tous les passagers à terre d’une seule rotation. Un multiyacht est mené par un équipage de trois personnes ou plus, comprenant skipper, cuisinier et hôtesse. Ces professionnels expérimentés logent dans un quartier suffisamment isolé et confortable – il est équipé d’une cuisine professionnelle, de grands stockages de vivres et d’une buanderie pour assurer un service au top pendant de longues périodes, voire saisons. L’appareillage de communication et multimédia dernier cri est aussi une condition sine qua non pour assurer de belles semaines de vacances. Au final, toutes ces caractéristiques sont celles qui correspondent à l’offre standard des agences de charters de luxe. Autant de prestations deviennent possibles à bord d’un catamaran de 70 pieds dont la surface habitable rivalise parfois avec celle d’un monocoque de 100 pieds.

Privilège Marine est présent sur le marché des 70-80 pieds avec son Série 740. Ce modèle se caractérise par sa remarquable cabine Propriétaire.
Le boom des 70 pieds et plus
Les multicoques de grand luxe longs de 85 à 110 pieds – voire plus – ne sont fabriqués exclusivement qu’entièrement sur mesure, c’est-à-dire « custom ». Le projet démarre de la planche à dessin et/ou de l’ordinateur pour devenir un véritable yacht, unique et inédit. Depuis 2000, on compte une vingtaine d’unités produites dans le monde. Et les plus grands supercats de 100 pieds restent rares et exceptionnels. En revanche, dans le créneau de 70 à 80 pieds, la donne est en train de changer : nous assistons aujourd’hui à une véritable industrialisation des catamarans (et bientôt trimarans, avec le Neel 72) de 70 à 80 pieds. Cette catégorie des « petits » multiyachts consacre la maturité du concept « semi-custom ». L’architecture extérieure et le design d’un modèle de série sont associés avec des finitions plus ou moins sur mesure pour les aménagements intérieurs. Ce mix a permis de réduire les coûts de fabrication de manière spectaculaire. Alors qu’un multiyacht custom de 90 pieds peut atteindre facilement plus de 10 millions d’euros, un semi-custom d’un peu moins de 80 pieds n’en coûtera « que » la moitié. Sachant que les prestations de ces deux unités sont quasi comparables, il va sans dire que la rentabilité en charter s’en trouve largement améliorée. Cela n’est pas passé inaperçu pour bon nombre d’acheteurs. En conséquence, cette part de marché, forte de 250 unités produites depuis 2000, correspond à une croissance très forte dans l’univers du yachting.

Le catamaran hybride-électrique remporte un récent et très remarquable succès. Le Silent 80 3-Deck illustre cette tendance – quatre modèles sont en commande.
Une offre qui explose, et l'électrique en vogue
Mais le véritable boom s’opère depuis deux ou trois ans – il s’accélère même cette année, sans anticiper les effets de la crise liée au Covid-19. A en juger par l’activité de nos spécialistes de la discipline – Sunreef avec sa nouvelle gamme 70 et 80 pieds, Lagoon avec ses SEVENTY 7 et 8 et Privilège avec la série 740 Serie –, les carnets de commandes s’envolent. Rien qu’avec ces trois marques, pas moins de 30 unités à voile et 20 unités à moteur ont touché la mer depuis deux ans. Cet engouement fait logiquement des émules. Non seulement les prestations de grand luxe investissent des tailles légèrement inférieures – Fountaine Pajot avec son Alegria 67, Lagoon avec les SIXTY 5 et 7 et Sunreef avec son 60 –, mais on assiste également à l’éclosion de nouvelles marques sur ce marché prometteur. Si nombre de projets pointent le museau sous forme de vues 3D, deux marques semblent investir largement sur ce segment. Le fabricant sinoaméricain Aquila Boats va présenter (on l’espère à Cannes) un tout nouveau 70 pieds répondant aux exigences du marché. Du côté de l’Autriche, Silent Yachts, avec ses catamarans tout électriques, fait une percée remarquable. Alors que le chantier a validé son concept de recharge par panneaux solaires sur des 64 puis 55 pieds dont 25 modèles ont déjà été construits, son tout nouveau Silent 80, à peine présenté, enregistre déjà quatre commandes. Promu à un bel avenir, le multiyacht hybride-électrique est maintenant la cible du précurseur du multiyacht – Sunreef –, qui n’hésite pas à créer une marque Sunreef Eco Yachts dédiée au catamaran de luxe hybride-électrique. Un 60 est déjà construit. Toute la gamme existante à voile du 50 au 80 pieds et tous les modèles moteur du 60 au 100 pieds pourront être équipés de ce système de propulsion. Le prochaine mise à l’eau annoncée est celle du 80.