En 2009, le Lipari 41’ prit la relève du Lavezzi, que son bimini en toile et la présence d’un rail de traveler dans le cockpit (!) avaient condamné. Un restyling efficace en 2013 prolonge la carrière de ce catamaran apprécié (près de 200 exemplaires produits), mais l’arrivée du nouveau style (avec l’Hélia 44’) sonne le glas de cette génération. Entre le futur Lucia et Hélia, Lipari ne pouvait soutenir la comparaison, en particulier celle du design intérieur. L’Astrea 42’ occupe maintenant une place pivot au sein d’une gamme entièrement renouvelée de 40 à 67’; Aigrefeuille (le site industriel phare du constructeur) a-t-il tapé dans le mille ?
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Une nouveauté mise en perspective
Il est aisé de louanger le design extérieur de l’Astrea, car le cabinet Berret-Racoupeau semble avoir sorti le meilleur de sa boîte à outils pour parvenir à l’objectif fixé : rendre désirable le nouveau catamaran de 42’ ! En matière d’architecture, les catamarans se sont d’abord inspirés de leurs ancêtres du Pacifique avant de conquérir une forme d’indépendance occidentale d’inspiration surtout britannique. Dans les années 80, la France, nouveau creuset du "Multihull melting pot" fait feu de tout bois en métabolisant pour la course naissante les influences étrangères et en propulsant sur le marché des catamarans plus "modernes", plus rapides et plus "tendance" que leur homologues d’outre-Manche.
Depuis quelques années, les préoccupations d’aménagement et de design intérieur deviennent prépondérantes pour la plupart des constructeurs ; accompagnant – ou précédant – les nouveaux usages (charter/location, mutation "yachting" de la clientèle). La stylique de "carrosserie" constitue maintenant un nouvel enjeu. Il faut aussi faire preuve d’imagination et de savoir-faire pour adapter hydrodynamique et gréement à ces exigences nouvelles, et parfois contradictoires… l’Astrea a-t-il réussi ce tour de force ?
Une silhouette dans l’air du temps
Utilisation de logiciels de lissage de forme ou non, les nouvelles recettes des cabinets de design fonctionnent plutôt bien ! Sur Astrea, le délicat ratio de proportions roof-flotteurs est sauf ; une nervure discrète au tiers supérieur du bordé, des arêtes d’étraves brisées et arrondies, une légère courbure du livet de pont, un design de hublots de coques créatif permettent aux flotteurs d’affirmer un style contemporain-classe qui devrait bien traverser les années. Les retours de pare-soleils latéraux du roof gris anthracite, les montants, les encadrements de pare-brise noirs et le choix d’un polycarbonate foncé améliorent sensiblement la perception du salon de pont, un élément de design toujours délicat sur un catamaran. Le soin apporté à la greffe mécanique avec le pont participe aussi au résultat ; seul bémol, la paupière frontale peu couvrante et l’angle d’attaque du pare-brise exposent l’intérieur aux UV. L’implantation du vit de mulet reste élégante, malgré la hauteur sous bôme indispensable à la présence du bain de soleil (et de l’option bimini de barre !) ; la navstation (sans ce fameux couvre-chef additionnel, utile mais peu sexy !) est parfaitement intégrée dans la ligne générale. L’indispensable cockpit avant tire bien son épingle du jeu, le bimini reste fluide, et le nouvel aménagement de cockpit (doté de la sellerie mise au point avec le fournisseur Serge Ferrari) participe à la séduction générale.

Construction : une industrialisation maîtrisée
Le sandwich verre/balsa/polyester des coques et du fond de nacelle est traité en process infusion (préparation soigneuse du composite en moule femelle avant mise sous vide et aspiration de la résine via un réseau drainé permettant une diffusion-imprégnation du polyester et un ratio tissus-résine optimal). Le balsa réassemblé en bois debout est conservé en âme pour ses nombreux avantages : c’est une ressource renouvelable dotée d’excellentes qualités mécaniques et d’adhésivité. Le pont comme le roof sont issus de moules en process injection sur une mousse PET (Airex). La pièce préparée manuellement est produite en une seule opération, le composite est mis sous haute pression en machine RTM (resin transfert moulding), une exclusivité Fountaine Pajot, il s’agit d’un outillage biface haute pression (comme une machine à gaufres !). Un mode de production de haute technicité pour des pièces parfaites sans retouches.
Visite guidée d’un 42’… qui semble beaucoup plus grand !
Banquette arrière, méridienne de cockpit et salle à manger d’extérieur constituent les atouts incontournables du catamaran contemporain ; Fountaine Pajot décline ici avec maturité son propre style et sa philosophie des interactions entre les activités multiples du bord. Le passage vers l’eau est soigné avec une plage arrière agréable et une échelle de bain solide et profonde (l’option de la plate-forme électrique peut se justifier pour certains programmes, mais elle est chère et alourdit l’ensemble ; les bossoirs traditionnels restent pertinents). L’accès à la navstation est aisé, la banquette de quart est réellement confortable et très sécurisante par mer formée. Le grand bain de soleil aménagé sur le toit du roof est attractif par beau temps ; avec l’espace lounge frontal et le cockpit, il offre une palette de solutions outdoor complète ! Avec cette nouvelle gamme, Fountaine Pajot s’est détaché délibérément du style traditionnel de "l’aménagement de navires", à la recherche d’une déclinaison marine de "l’urban chic", et ce, dès 2012. Avec Hélia, la lumière commence à traverser le bateau, la suppression des austères surfaces gelcoatées se généralise, le contraste des matières est au service d’une atmosphère rehaussée, plus luxueuse, les cabines propriétaires sont plus accueillantes. Astrea prolonge cette tendance dans laquelle les espaces outdoor viennent à la rencontre des attentes d’un public hédoniste, plus exclusivement "marin". Les équipières plébiscitent, les invités apprécient. La sellerie fait sa révolution en abandonnant les découpes droites peu ergonomiques, les coussins rebondis se généralisent, mais cette abondance impliquera des attentions supplémentaires à prendre en compte dans l’entretien du bateau ! La salle d’eau fait également partie des nouveaux espaces à conquérir pour les designers d’intérieur, celle de l’Astrea est presque inimaginable à bord d’un 42’ ! Elle est belle, pratique et absolument fonctionnelle.

La cale moteur
Bon point pour l’Astrea ! Malgré la présence du parc batteries dans la salle machine tribord, l’accessibilité de la mécanique, la visibilité des points de vérification essentiels (niveau de liquide de refroidissement, filtre à eau, saildrive) est très bonne. Une tablette aluminium mécanosoudée et boulonnée à la cloison d’étanchéité reçoit le palier haut de la jaumière, le bras de mèche, le vérin de pilote et les câbles de transmission de la barre. L’ensemble de ces fonctionnalités semble résistant, bien dimensionné, et reste accessible sans contorsion ni démontage ; un coup d’œil dans la salle machine permet les vérifications rapides et fréquentes qui préviennent les soucis ultérieurs.

Essai en mer
Je découvre notre unité d’essai à l’issue du Salon des multicoques de La Grande Motte ; il s’agit d’un exemplaire de démonstration luxueusement arbitré (mât carbone, gréement textile, voiles Incidences membrane), mais les options plate-forme électrique, groupe électrogène, climatisation n’en font pas l’Astrea le plus léger ! Quelques heures en mer permettent de se familiariser avec le bateau, mais les conditions trop légères appellent une seconde manche. Ce sera à Marseille fin juin. Nous avons le plein de fuel et 50 % des réservoirs d’eau, parfait pour un test en conditions réelles. Le mât carbone apporte une meilleure réponse mécanique ainsi qu’un gain de poids dans les hauts, le gréement textile réduit l’inertie des câbles et les mouvements de fouet si néfastes aux sertissages inox. Dans les conditions de notre essai (1,50 m de houle d’ouest), cet argument est sensible. En sortant du Vieux Port (le concessionnaire Midi Nautisme nous accueille et nous accompagne sur son plan d’eau familier), nous rencontrons une mer agitée et décalée par rapport à l’axe du vent (en fait, mer de face), reliquat d’un solide coup de vent de NW. Cette piste entre le Frioul, Planier et le tour du Château d’If constitue un véritable stade nautique qui offre en 25-30 milles des conditions de mer et de vent variées et toniques qui ont fait le succès de la semaine de Marseille. Le vent d’ouest est bien établi autour de 15 nœuds réels, notre jeu de voiles membrane fait merveille, la prise de cotes est parfaite, la tenue du matériau idéale, le point d’écoute du génois vient affleurer le roof, idéal pour l’illusion d’un effet de plaque… et parfait pour faire un excellent cap au près en croisière. L’appui sur l’eau est franc, le bateau s’élance dès les premières longueurs avec conviction. Ce bord de près à plus de 8 nœuds de moyenne révèle un bon équilibre de plate-forme et des mouvements agréables malgré la vitesse de franchissement relativement élevée pour un catamaran de croisière (surtout avec un groupe électrogène dans le coffre avant) ! Plus loin au large, la mer grossit encore, et depuis l’étrave, j’observe l’aisance de passage des flotteurs dans ce gros clapot : assez bluffant ! Lors de la première prise de contact en baie d’Aigues-Mortes, j’avais ressenti l’agilité de ce 42’, mais ici, c’est en forme de confirmation ! Avec un minimum d’attention, nous marchons entre 8 et 9 nœuds, je laisse ces chiffres à votre appréciation ! Plus tard, sous screecher (gennaker en tissu à spi) dans un vent légèrement mollissant, nous descendons à 140° du vent entre 8 et 9 nœuds parfois 10, et le mouchard du bord signale une pointe à 12,1 nœuds qu’honnêtement je n’ai pas ressentis (le confort de la cuisine du bord pendant le lunch est trompeur !). Le pilote automatique fait un travail d’orfèvre dans cette mer formée, signe que les efforts sur l’hydrodynamique ont porté leurs fruits. Malgré ce bilan sur l’eau très positif, il reste toujours le petit regret de ne pas accélérer plus au portant, mais il faut remettre tout cela dans le contexte d’une unité parfaitement confortable qui gomme quelque peu les sensations d’une vitesse régulière pourtant bien réelle. La glisse interviendra plus tard au portant dans la brise, n’en doutons pas.
Conclusion
Une belle machine de voyage confortable et accessible (techniquement) ! Le rapport entre la facilité de manœuvre, la manœuvrabilité dans les marinas encombrées et les prestations (intérieures-extérieures) est remarquable. Assez furtif pour se glisser dans les petits ports grecs ; suffisamment agile et marin pour dérouler de longs sillages bleus sauvages ou des raids flâneurs plus tranquilles, Astrea est un multicoque plein de qualités. J’ai apprécié ses qualités dynamiques, et les propriétaires qui auront la sagesse de ne pas le surcharger profiteront d’un catamaran facile à vivre et à partir (sous réserve du budget ad hoc !).
Descriptif technique
Architecte et designer : Cabinet Berret-Racoupeau
Constructeur : Fountaine Pajot
Matériau : Sandwich balsa/Verre/Résine polyester anti-osmose
Longueur : 12,58 m
Largeur : 7,20 m
Tirant d’eau : 1,25 m
Poids lège armé : 11 580 kg
Déplacement maximum : 15 600 kg
Surface GV : 66 m2
Surface génois : 40 m2
Eau : 2 x 350 l
Fuel : 1 x 470 l
Motorisation : 2 x 30 CV (2 x 40 en option)
Transmissions : Saildrive
Prix HT : 345 000 € en version 3 cabines Maestro (349 000 en version quatuor)
Prix HT de l’exemplaire essayé : 480 000 €
Principales options en euros HT
Motorisation 40 CV + hélices tripales repliables : 3 902
Moquette cabines : 1 162
Plancha : 2 233
Pack électronique Garmin 1 avec pilote : 13 000
Four : 1 613
Lave linge 5 kg : 1 841
Panneaux solaires 400 W : 4 246
Gennaker + accastillage et bout dehors : 11 066
Winch électrique écoutes génois : 2 827
Mât carbone : 60 314
Antifouling sur primaire époxy : 2 884
Mise en service et coaching : 13 600
On a aimé
- La ligne générale
- L’agilité sur l’eau
- Les espaces outdoor et l’aménagement intérieur
- La prise de ris efficace
On a moins aimé
- Le système pression des attaches de la sellerie extérieure
- La plate-forme élévatrice (en option, mais lourde et chère)
- L’esthétique du bout dehors
- L’absence de bloqueurs sur les écoutes de génois
L’Astrea 42 par Isabelle Racoupeau, designer d’intérieur

Notre travail de design intérieur s’articule entre une valorisation des espaces, l’harmonisation des lignes et l’intégration des fonctions pour en rendre la lecture et l’usage intuitif.Je m’appuie sur des lignes visuelles fortes qui permettent de comprendre et d'organiser les espaces d'une façon logique et de délimiter les lieux de vie.Dans l'Astréa 42 la cuisine est en U, elle offre ainsi de belles possibilités de rangement et d'accessoirisassions. Son volume est arbitré entre l’ergonomie et l’espace du carré.Les larges baies du cockpit proposent une vie à bord très fluide en favorisant la circulation intérieur/extérieur.La coque propriétaire est très spacieuse et offre une salle de bain innovante, épurée, dotée d’une ergonomique revisitée.Les lignes, les couleurs et les matériaux sont autant de codes qui indiquent intuitivement la fonction de chaque espace.Notre travail sur l'évolution du style intérieur se fait simultanément avec le travail du design extérieur afin d'apporter une vraie cohérence de développement sur la gamme des voiliers Fountaine Pajot.

1 : Le siège barreur est large et confortable, et ne gêne en rien les passages vers le bain de soleil ou la manœuvre.
2 : Bravo pour l’espace dédié à la production solaire.
3 : Les arêtes brisées des étraves sont élégantes.
4 : Les voiles d’avant s’amurent sur un bout dehors structurel, solidaire de la poutre de compression, excellente solution, mais le design pourrait être revu.
5 : Les paupières de roof gelcoatées gris anthracite et les montant noirs participent positivement à la perception du roof.
6 : Le bain de soleil-lounge avant. Un nouvel espace outdoor apprécié. Une toile d’ombrage permet de le climatiser au mouillage.
7 : Le confort de la banquette arrière illustre parfaitement la nouvelle approche d’une sellerie plus tout à fait accessoire, mais élément important du confort.
8 : Un livet de pont légèrement arrondi, des étraves brisées, une nervure au tiers supérieur, le design des flotteurs participe à la perception d’une silhouette séduisante.
9 : La navstation dans son ensemble est une réussite. Position de barre (transmission à câbles), clarté du plan de pont et efficacité des manœuvres (prises de ris, virement).
10 : De belles voiles ! Sans aller jusqu’à la membrane, une petite part supplémentaire du budget investi dans le moteur vélique démultiplie l’agrément… fût-ce au prix d’autres choix !
|
Modèle |
Chantier |
Surface au près en m2 |
Poids en t |
Prix de base HT |
|
SEAWIND 12,60 |
SEAWIND |
90 |
8 240 |
410 000 $ |
|
CATANA 42 |
CATANA |
102 |
8 900 |
543 080 € |
|
BALI 4.3 |
BALI |
89,5 |
11 300 |
350 440 € |
|
LAGOON 42 |
LAGOON |
94 |
12 000 |
314 000 € |
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