La présentation commerciale du 4.0 au dernier salon de Barcelone étoffe la jeune gamme Bali, qui sera probablement complétée ultérieurement par un modèle amiral de plus de 50’. Nous avons profité de la mise à l’eau en février du premier exemplaire fabriqué dans l’usine de Marans pour un galop d’essai de deux jours dans les pertuis rochelais.
Infos pratiques
- Le chantier : Bali 4.0
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La 2e conquête de l’espace
Il fut un temps où les roofs des catamarans de croisière arboraient avec fierté leurs coefficients de finesse de pénétration dans l’air et jouaient même un rôle structurel ! Les designers d’intérieurs étant passés par là, il y a belle lurette que ces verrous ont sauté et que les équipages se sont emparés des volumes nouvellement conquis ! Une autre révolution dans le domaine est en train de se produire sous nos yeux ; elle vise à décloisonner la plate-forme en revisitant complètement la circulation intérieure et l’architecture de la nacelle ! Leopard et Lagoon ayant créé depuis longtemps des cockpits à l’avant, le chantier de Capetown a ensuite ouvert une brèche dans la cloison frontale en y perçant une porte ; Greg Young et Tag ont inventé le salon de pont modulable. Les Bali 4.3 et 4.0 généralisent aujourd’hui l’ouverture de la cloison avant, installent une loggia-bain de soleil à la place du trampoline et escamotent la baie coulissante arrière. Un véritable bond en avant !
Un plan de voilure simple et moderne, le bimini tubulaire contraint (hélas) à surélever le vit de mulet.
Le plus petit des Bali, et pas le moins réussi
Avec un tel cahier des charges sur un catamaran de 40’, l’affaire était osée ! Le talent de Xavier Faÿ pour faire passer des volumes tout en modelant une forme de caractère et en préservant les qualités dynamiques a permis de relever ce challenge (voir paragraphe sur le designer dans l’essai du Bali 4.5 MMag no 168).
Baie coulissante relevée, l'aménagement intérieur fusionne avec la plage arrière, transformant le bateau en une plate-forme de loisirs nautiques décloisonnée.
Un design futé au service d’une architecture innovante
De face ou de 3/4 avant, la silhouette passe très bien, les lignes ont de l’allure. La découpe du pare-brise est habile, l’arête supérieure bien marquée se prolonge vers l’avant en pare-soleil et offre sa signature au roof du Bali 4.0, cet élément identitaire est réussi. La perception visuelle de l’arrière est plus lourde, mais nous verrons plus loin qu’elle a du sens. Les entrées d’eau à la flottaison sont très fines, surplombées d’un joli redan déflecteur qui crée du volume intérieur et atténue le franc-bord. Le haut du panneau de bordé est habilement souligné d’une nervure sous le livet, une réservation longitudinale intègre les hublots et caractérise le style. Le sommet de l’étrave est subtilement brisé par une petite arête négative. Le tour de force réside probablement dans l’adroite conception de la spatule avant et l’effet de tunnel engendré par cette option audacieuse. Un essai du 4.5 en convoyage musclé (avec 30 nœuds au près dans le golfe du Lion) nous avait permis de découvrir la pertinence du concept et de lever les doutes émis par certains observateurs à ce sujet. A l’arrière, le bordé du 4.0 est interrompu à la naissance des jupes, il aurait été judicieux d’en prolonger la pente jusqu’au tableau. Le poste de barre en demi-flybridge est confortable, agrémenté d’une élégante barre à roue, mais j’apprécie peu les biminis tubulaires rapportés, ils passent mal dans la silhouette et contraignent le vit de mulet à une implantation surélevée (même lorsque cette option n’est pas choisie !).
Le carré frontal et l'immense bain de soleil communiquent avec l'intérieur par une baie coulissante, ils occupent sans complexe l'espace du trampoline.
Une construction de qualité
L’usine de Marans est un site industriel très moderne bâti pour accueillir la chaîne de montage automatisée des monocoques Harmony. On y trouve une salle blanche de préparation du composite dans laquelle l’organisation du travail est exemplaire. Chaque pièce (mousse ou tissu orientés) est codée ; la mise en place s’effectue avec soin dans le calme et l’ordre en l’absence de bruit et d’odeur ; conditions d’une fabrication soignée. Les moules sont réalisés en interne, les masters fraisés par une magnifique machine 5 axes à commande numérique. Lors de notre visite, nous avons pu observer la totalité des étapes de construction du 4.0 depuis le drapage jusqu’à l’installation de la technique. Une fois la phase composite infusée, les demi-coques externes sont rapportées et leurs plans de joint soigneusement stratifiés. Les ailerons sont ensuite greffés sur une empreinte mâle issue des coques ; cette technique crée un effet de fusible en cas de choc majeur, évitant les dommages structurels. Les Bali ne sont pas des bateaux simples à construire, même s’ils bénéficient des nombreux apports de la modélisation numérique. Les deux cloisons maîtresses sont réalisées en sandwich sur moules et implantées en avant et en arrière d’un châssis central rapporté sur le fond de coque qui prend en charge la compression de mât. Cette boîte mécanique solidaire des cloisons constitue un H structurel extrêmement robuste, nœud central du bateau. La spatule frontale bénéficie d’échantillonnages composites renforcés et d’un réseau de cloisonnettes (en CP, imprégnées de résine) généreusement collées par joints congés. La précision d’assemblage, la densité des renforts et le soin apporté aux liaisons devraient garantir une solidité à toute épreuve. Une résine polyester anti-osmose est utilisée pour les œuvres vives.
La navstation est entourée de zones de détente (bimini arrière, méridienne ergonomique accessibles par un escalier dédié) ; le toucher de barre constitue un des points forts du bateau.
Visite guidée : inside out !
Ce multicoque de seulement 12 m offre des volumes habitables étonnants, il est pourvu de tout le confort et possède sa logique énergétique propre. La motorisation développée avec Nanni inclut des racks spécifiques qui prévoient l’implantation rationnelle du second alternateur de charge domestique (2,25 kVA) et des dessalinisateurs 60 ou 180 l/h, bravo ! Associée aux panneaux solaires, cette source d’approvisionnement suffit à l’autonomie du bateau équipé d’un réfrigérateur-congélateur de 272 l. L’organisation de la nacelle est réellement innovante, avec une large baie frontale ouvrante (le panneau plexi coulisse verticalement), dont l’efficacité conjuguée avec celle de la cloison arrière mobile rend inutile toute climatisation. Ce "passe-muraille" décloisonne la communication avec l’avant du navire, tandis que les baies ouvrantes latérales et l’effacement de la porte arrière réinventent l’utilisation de l’espace d’une nacelle de catamaran. Le carré recule, ouvrant la salle à manger 8 personnes vers l’extérieur. Par beau temps et comme par magie (cloison escamotée), ce 40’ fonctionne comme un bateau plus grand tout en restant extrêmement compact et facile d’usage. Le cockpit avant devient une terrasse aménagée capable d’accueillir un grand nombre de convives ; les passavants et leurs marches d’accès sont sécurisants et agréables ; à bâbord, un escalier indépendant permet de se rendre sur le grand bain de soleil du bimini et sur la double méridienne centrale sans déranger la manœuvre ou la barre. La plage arrière n’a jamais si bien porté son nom, agrandie par un pavois basculant qui la transforme en plate-forme de loisirs nautiques imaginative et ergonomique pour les échanges avec l’annexe. La modularité créative du Bali permet de s’adapter à toutes les conditions extérieures (froid, chaleur excessive, embruns). Le design intérieur d’Hervé Couedel est dans le coup, la qualité de fabrication des aménagements (menuiserie Catana) est de très bonne facture. En version propriétaire, le flotteur bâbord offre une perspective contemporaine et des volumes étonnants ; les 2 cabines doubles à tribord séparées par le cabinet toilettes-douche sont vastes et intimes. Le parc à batteries est logé au centre du navire sous le plancher du carré.
L'ouverture-fermeture de la cloison arrière s'effectue sans effort, la cinématique est assistée par des vérins hydrauliques en inox.
L'ouverture-fermeture de la cloison arrière s'effectue sans effort, la cinématique est assistée par des vérins hydrauliques en inox.
Essai en mer
Avec 2X40 CV et des hélices tripales repliables, la manœuvrabilité est excellente et la vitesse maxi dépasse les 8 nœuds (pour 7 nd à 2000 tr/min), l’insonorisation des machines est soignée (option). L’accès à la timonerie est bon, le bureau d’études a minutieusement travaillé l’ergonomie sur l’ensemble du bateau. La position est agréable et la prise en main de la barre réserve une bonne surprise : douceur extrême, précision et contact parfait avec les safrans. Le plan de voilure du 4.0 est dans la tendance actuelle avec un mât reculé emplanté au milieu du roof ; la grand-voile reste efficace avec une surface modérée (corne conseillée), mais le triangle avant reprend de la puissance. Le mât Soromap est simple et de bonne facture, équipé d’un rail de GV pourvu de coulisseaux basses frictions. L’accastillage Antal (rail, winches, organiseurs) et les poulies Rutgerson à billes sont de très bonne qualité. Les voiles Multi sails sont bien coupées. Pour ce premier exemplaire construit à Marans, l’assiette navire est parfaite et le bateau flotte haut malgré l’embonpoint généré par les options US (climatisation, groupe ; le bateau est destiné à la location aux îles Vierges !). Dès les premières foulées, la glisse est sensible et la vélocité surprend positivement, les mouvements de tangage sont bien amortis. Le 4.0 ne dispose toutefois pas de la longueur de flottaison de son aîné 4.5 et marsouinera normalement plus tôt par mer agitée. Nous ne disposions pas de gennaker, mais avec 12-14 nœuds de vent lors de la première après-midi, la vivacité du 4.0 était bien perceptible, et nous avons facilement atteint 8,8 nœuds au largue sous GV et solent. Le lendemain, avec une brise moins soutenue de 8 à 10 nœuds, l’autre bonne révélation provient du cap au près (moins de 45° de l’apparent sur mer plate) et de l’aptitude à descendre dans le vent sous solent avec un très bon VMG. Le plan de voilure typé redonne de la vitalité à la voile d’avant, qui reste bien pleine même aux angles abattus. Cette constatation laisse augurer de bons résultats sous gennaker ou spinnaker. La visibilité panoramique à la barre est excellente et le 4.0 reste intéressant à piloter dans toutes les conditions. Le près serré dans un vent médium faible ne se transforme pas en épreuve languissante, l’exercice est même ludique grâce à la sensibilité des drosses ; la roue est parlante et le recours au pilote automatique remisé à sa juste place. L’agilité dans les virements est bluffante, le Bali semble pivoter autour de ses ailerons sans nécessiter de relance de grand-voile, le chariot de solent auto-vireur traverse sans heurts ; un vrai catamaran de solitaire ! Sur cet exemplaire, le winch manuel à gauche de la navstation gère l’écoute de solent et celle de grand-voile ; la position biomécanique ne favorise pas l’application de la force musculaire, la distribution sera modifiée sur les modèles suivants. Les bouts de traveller reviennent sur le bimini et sont repris sur le winch électrique.
Conclusion
Les choix audacieux du Bali 4.0 sont servis par une bonne qualité de conception et de fabrication. Ce catamaran très accessible conviendra parfaitement aux équipages familiaux propriétaires ou locataires. Il est accueillant, devance les attentes des invités en matière de vie à bord et marche bien. La formidable ventilation naturelle sera plébiscitée sous les tropiques, mais ce 40’ futé sait aussi s’adapter aux zones tempérées grâce à sa modularité. En plus, il est agréable à barrer !
Le grand panneau coulissant frontal garantit une climatisation naturelle efficace, la salle à manger s'ouvre sur l'extérieur (façades arrière et latérales), une vraie innovation.
Descriptif technique
- Concepteur : Olivier Poncin et Yann Chabaud
- Architecte : Xavier Faÿ
- Constructeur : Catana
- Design intérieur : Hervé Couedel
- Longueur : 11,93 m
- Largeur : 6,72 m
- Tirant d’eau : 1,12 m
- Déplacement lège armé : 8,6 t
- Déplacement maximum : 11,2 t
- Matériau : sandwich/mousse/verre/polyester process infusion
- Surface de GV : 48 m2 / 50 m2 avec la corne
- Solent auto vireur : 33 m2
- Gennaker : 56 m2
- Spi asymétrique : 90 m2
- Motorisation : 2x20 CV ou 2x40 Nanni diesel (Volvo ou Yanmar en option)
- Transmission : Sail drive
- Eau : 800 l
- Gasoil : 400 l Eaux noires : 2x50 l / eaux grises : 2x150 l
- Homologation CE : 10 personnes en catégorie A
- Prix de base : 253 000 € HT
- Principales options en € HT Pack excellence : 31 930 Motorisation : 2X40 CV Nanni + alternateur 2,25 kW : 5 000/Volvo : 7 260 GV à corne hydranet et solent hydranet : 7 740 Accastillage dédié + gennaker : 10 440 Bimini poste de barre : 2 870 Taud de soleil cockpit avant : 2 490 Rideaux batyline de protection du roof : 1 590 Toiles de protection cockpit : 1 440 Housse de console de barre : 390 Sellerie de base complète : 4 730 Hélices repliables : 3 180 Groupe électrogène 7,5 kW : 17 385 Climatisation réversible : 13 220 Rideaux occultants de cabines : 1 960 Moquettes carré + cabines : 2 290 Pack électronique Raymarine : 12 300 Dessalinisateur 60 l/h basse consommation : 10 290 Panneaux solaires 200 W : 2 400 Antifouling+primaire époxy : 2 240 Sécurité 8 pax : 4 850 Livraison à La Rochelle : 7 550
Le coucher de soleil version écran large…
Le mot du concepteur, par Olivier Ponçin
L’ambition de l’équipe était grande pour ce Bali 4.0 : nous voulions à la fois un catamaran performant, facile à manœuvrer, doté d’un module de vie sur la nacelle vraiment "open" et totalement décloisonné. Il fallait que l’espace utile soit équivalent à celui d’un catamaran de 44’ ou 45’, avec la possibilité de profiter du même volume qu’il fasse beau ou non avec une zone repas où l’on puisse enfin manger confortablement à 8 ou 10, plus d’importantes réserves d’eau, de gasoil et de froid. Nous souhaitions un cockpit avant capable d’accueillir tout l’équipage, ainsi qu’une ventilation aussi efficace que celle des 4.3 et 4.5 pour ne jamais souffrir de la chaleur. Le roof est conçu pour que le barreur dispose d’une visibilité parfaite sans être isolé. Tout cela à un prix très compétitif, bref, ce n’était pas simple! Xavier Faÿ, l’architecte des Bali, toujours très attaché à la bonne performance de ses carènes, et Yann Chabaud, co-concepteur/chef du projet, ont réussi cette prouesse.

PLUS
- Design innovant réussi
- Qualités dynamiques
- Barre très agréable
- Agrément de la vie à bord
- Climatisation naturelle étonnante
Des volumes de cabines étonnants pour un 40'. Le design d'Hervé Couedel est efficace, la menuiserie Catana de belle facture.
MOINS
- Safrans à peine trop compensés (sensible uniquement au moteur)
- Position biomécanique de winch d’écoute de solent et de GV perfectible
- Clés moteurs exposées
- Trappe d’accès à l’ancre trop exiguë pour frapper la patte d’oie
- Sortie de table délicate dans l’angle bâbord
En version propriétaire, la salle de bains est évidemment très confortable, mais les cabinets de toilette de la version 4 cabines restent agréables.
CONCURRENTS
| Modèle | Chantier | Surface au près en m2 | Poids en t | Prix de base en € |
| Lagoon 39 | Lagoon | 76 | 11,6 | 223 700 |
| Lucia 40 | Fountaine Pajot | 94 | 9,1 | 253 000 |
| Leopard 40 | Robertson caine | 96 | 9,4 | 279 000 |
| Nautitech Open 40 | Nautitech Bavaria | 92 | 7,8 | 276 000 |
Sous la banquette avant se logent les réservoirs, le groupe électrogène (si climatisation) et le mouillage. Le stockage de chaîne est vaste sans danger d'empilement.
Détails techniques

- : Stylisation du roof réussie, le débordement de la casquette pare-soleil est judicieux.
- : Les éléments de design des bordés extérieurs (proportions, nervure supérieure, réservation longitudinale, redan) sont bien maîtrisés et donnent de l’allure au 4.0.
- : La méridienne anatomique (avec cambrure dorsale) accessible par un escalier séparé voisine avec le poste de pilotage offrant une convivialité pertinente.
- : L’emplanture du mât est très reculée (épontille au milieu du roof), ce plan de voilure tendance correspond tout à fait au programme du bateau et offre des performances satisfaisantes ainsi qu’un bon équilibre sous voile. 5
- : Le roof du 4.0 peut être entièrement décloisonné par l’ouverture de la baie coulissante frontale et l’effacement de la cloison arrière ; révolution à bord !
- : Les étraves sont très fines, les entrées d’eau surplombées d’un redan élégant et efficace.
- : Le poste de barre en semi-flybridge est agréable à utiliser, la visibilité est panoramique. Le toucher de barre mécanique est un point fort du bateau.
- : A l’intérieur, le design d’Hervé Couedel et la bonne qualité de la menuiserie Catana composent une atmosphère attachante.
- : Après avoir suscité des controverses, le carré avant jouera pleinement son rôle dans le programme du 4.0.
- : L’empreinte de tangonet permet une fixation mécanique rationnelle de cette pièce soumise à de fortes contraintes (le bout-dehors est absent sur cet exemplaire). Le chemin de mouillage, l’installation du guindeau sont bien pensés et bien réalisés (pas d’empilement de chaîne), mais la trappe d’accès à l’ancre elle-même devra être agrandie pour pouvoir frapper la patte d’oie.