Quatre années après son lancement, Excess, la benjamine des marques du Groupe Bénéteau, dévoilait au Cannes Yachting Festival son quatrième modèle. L’Excess 14 a indéniablement profité de l’enthousiasme de ses concepteurs – architectes et équipe du chantier ont tout donné pour graver dans le polyester de ce catamaran l’ADN singulier de la marque. Entre Cannes et l’Italie, Multicoques Mag a pu tester pendant 36 heures le nouveau modèle qui veut faire aimer le multicoque à tous – et surtout aux plus fervents adeptes de monocoques performants.
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Conditions : vent de 8 à 25 nœuds, mer peu agitée
En 2020, lorsque le Groupe Bénéteau a annoncé une réduction de 33 % de son portefeuille de marques, on a bien cru le sort de la jeune entité scellé. Mais c’était sans compter trois facteurs qui se sont révélés plus décisifs que son absence de maturité : la croissance du marché du multicoque qui semble imperméable aux crises, la réussite de concurrents revendiquant un dynamisme plutôt séduisant, et enfin une équipe aussi jeune qu’enthousiaste. La team Excess, pilotée par Thibaut de Montvalon, ne doutait pas un seul instant de la pertinence du positionnement de la marque, plus soucieuse des performances et du plaisir de navigation que Lagoon. Avec le soutien précieux du chef de produits Hervé Piveteau, transfuge opportun de chez Sun Fast, Thibaut a bien l’ambition de mettre Excess en orbite… Mais rassurez-vous, c’est bien sur l’eau que nous avons accompagné le duo afin de découvrir ce nouvel opus qui a fait tourner les têtes lors de sa présentation en septembre dernier.
Convoyage de 110 milles
C’est d’ailleurs à Port Canto, juste au bout de la Croisette, que l’équipe nous a donné rendez-vous deux jours après que les sirènes des superyachts ont retenti dans la baie de Cannes pour signifier la fin du salon. La météo s’annonce compliquée, une dépression orageuse s’invitant sur la route. Mais, avec deux jours devant nous et seulement 110 milles à parcourir, nous devrions pouvoir choisir notre météo à la carte, ou presque. Alors allons d’abord mouiller juste en face pour la nuit, aux îles de Lérins, dans le superbe écrin qu’offrent Saint- Honorat et Sainte-Marguerite. Il s’agit tout d’abord de passer une bonne nuit, mais aussi d’apprivoiser en douceur le nouveau venu. Un petit bain matutinal permet de découvrir le dessous des cartes, ou plutôt des coques. Si la gestation de ce modèle stratégique a nécessité deux années de travail, le dessin de ses œuvres vives a fait l’objet de toutes les attentions. Pas moins de sept carènes différentes ont été testées en bassin de carène numérique par les architectes de VPLP. L’impression laissée par la grande largeur au niveau du pont a complètement disparu au niveau de la flottaison, laquelle dévoile au contraire des coques très affinées sous leurs redans. Si les étraves sont droites comme la mode le veut, le brion est bien dégagé et la nacelle est haute au-dessus de l’eau (70 cm au plus bas) derrière un long trampoline. Autant de caractéristiques qui semblent aller dans le sens de la performance. Mais Hervé Piveteau insiste pour me prêter ses lunettes de plongée afin que j’aille voir plus en détail ce qui se passe sous l’eau. Je découvre alors des ailerons fixes qui ont fait l’objet de longues réflexions et recherches. En partant d’un aileron standard et un tirant d’eau d’un mètre vingt, allonger ce dernier de seulement 10 cm permettait déjà de gagner théoriquement 15 % de performances au près selon les VPP (velocity prediction program). Les quillons de l’Excess 14 vont plus loin. Les plans antidérive ont en effet été affinés, la longueur a été divisée par deux par rapport à celle des catamarans de référence et le tirant d’eau a été porté à 1,48 m, ce qui a semblé être un compromis acceptable pour l’ensemble des marins. VPLP a calculé que cette configuration divise aussi par deux la dérive théorique de l’Excess 14, toujours par rapport à un catamaran standard (4° au lieu de 8°).
Pulse Line pour plus de toile
Mais arrêtons là la théorie et passons à la pratique. Une fois le mouillage relevé dans l’immense soute de pied de mât qui pourrait accueillir plus de longueur de chaîne qu’on ne souhaite embarquer de poids, nous mettons cap à l’est, et plus précisément vers Lavagna, au sud de Gênes, lieu du prochain salon où sera exposé l’Excess 14. Le temps de hisser la grand-voile et de dérouler le génois – tous deux sont signés Elvstrøm et réalisés à 100 % en polyester recyclé, avec notamment un film mylar en PET –, nous laissons déjà le mouillage derrière nous. Le mât de cette version Pulse Line gagne 1,70 m de hauteur par rapport au standard, le génois prend du recouvrement et le bout-dehors s’allonge d’un mètre. Pour reculer les masses, la poutre arrière est au niveau des jupes. Avec les bossoirs en plus, la longueur hors-tout prend 2 mètres ; elle passe en effet de 13,97 à 15,99 m hors-tout, ce qui n’est pas tout à fait la même chose pour un bateau dans un port. Cependant, l’objectif en termes de voilure est atteint. Au près, la surface passe déjà de 123 à 135 m². Quant au Code 0, il gagne 20 % de surface, troquant ses 72 m² en standard contre 86 en version Pulse Line. Annoncé à 12,8 tonnes lège, l’Excess #1 aurait été pesé à 13,4 t avec son groupe et sa climatisation – incontournables pour le marché américain. En matière de poids, on peut faire confiance à l’intransigeance de régatier d’Hervé Piveteau, qui a été à bonne école chez Jeanneau avec sa gamme Sun Fast. Dans 8 nœuds de vent, l’Excess 14 démarre d’ailleurs très vite, atteignant 5,5 nœuds sur mer plate à 55° du vent réel. Les larges jupes brassent un peu d’eau à cette vitesse, mais les études – présentes là aussi – ont montré que ces remous ne sont pénalisants qu’en dessous de 5 nœuds de vitesse. En revanche, à mesure qu’on s’approche des 10 nœuds, le sillage devient bien lisse et ces larges jupes arrière permettent alors de faire passer la puissance, comme un pneu arrière de Formule 1. C’est ce qu’on peut constater au large de Menton, alors que le vent a adonné (127° du vent apparent), forci (25 nœuds), et que la masse de nuages noirs nous a incités à prudemment rouler le gennaker pour repasser sous génois. Dans ces conditions, le catamaran atteint 9 nœuds avec un sillage et un bruit apaisés, semblant glisser sans efforts.
Une bôme à ras du bimini
A quatre pour ce convoyage, on ne se gêne pas dans le grand cockpit aux postes de barre excentrés. Qu’on soit debout pour barrer ou assis pour veiller, la visibilité est plutôt bonne depuis l’extérieur vers l’étrave devant ou via les hublots du carré sous le vent. Un simple pas de côté permet d’effacer le seul angle mort généré par l’angle arrière du roof. Les manœuvres reviennent à plat pont sur tribord, à l’exception de la drisse de Code 0 et de son écoute bâbord. Simple, accessible et efficace, le plan de pont a visiblement privilégié la facilité de manœuvre, à l’image de ces chariots de génois à billes réglables par palan. L’action sur les safrans est directe et les sensations très bonnes, mais la barre reste un peu dure – de futurs paliers à roulements devraient y remédier sur les prochains modèles. A défaut d’être très esthétiques, les petits biminis sont efficaces pour protéger le barreur des rayons du soleil… et de la pluie qui s’invite dans l’après-midi. Le vaste cockpit offre une longueur d’assise assez exceptionnelle ; il est divisé en trois espaces – banquette arrière, méridienne tribord, table sur bâbord – et reste protégé sous son bimini rigide. Ce dernier a été préféré à la version décapotable, très appréciée sur les autres modèles de la gamme. La structure reste légère, car non contre-moulée. Au mouillage, ce bimini se transforme en bain de soleil, appelé Skylounge chez Excess. Il suffit juste de décaler sur le côté la bôme rasante – optimisation du plan de voilure oblige. L’estrope de l’écoute de grand-voile est à cet effet fixée par une manille textile qui permet facilement de la repositionner. Il faudra toutefois revoir sa longueur pour que le palan ne risque pas de venir heurter le barreur dans un coup de roulis au portant. En tout cas, l’usage intelligent du textile, présent également sur les filières, est révélateur du soin apporté au contrôle du poids. Pour l’anecdote, le diamètre des mains courantes a même été réduit de quelques millimètres !
Ceinture de vitrage transparente
A l’intérieur aussi, on a chassé les kilos superflus. Le Corian sur le plan de travail de la cuisine ne fait que 6 millimètres, et, en soulevant l’équipet avant tribord, on découvre que les panneaux de bois ont été creusés pour s’alléger. Nauta Design a réussi à traduire ces détails cachés en donnant au style intérieur une impression de légèreté, comme dans ces meubles hauts suspendus aux formes délicatement arrondies. Le choix d’une ceinture de vitrage totalement transparente et non fumée fait entrer la lumière à profusion dans cet intérieur contemporain où se mêlent cuir, inox, bois clairs (teck miel pour les meubles, blanc cérusé pour les planchers) et textiles de qualité. L’ensemble carré/table à cartes occupe toute la partie avant, tandis que la cuisine est installée stratégiquement à la frontière entre intérieur et extérieur. Elle s’étend plus précisément de chaque côté de la baie coulissante pour placer ses compartiments froids sur tribord, ce qui offre à l’ensemble de généreuses dimensions. Les deux descentes symétriques desservent des coques rigoureusement identiques dans la version quatre cabines ; cette déclinaison est équipée de quatre salles d’eau – elles aussi identiques – avec douches séparées. A bord de la version trois cabines dont nous disposons, la cabine arrière, avec son island-bed de 160 par 205 cm, est semblable à celle dédiée au Propriétaire à tribord. Il y a un petit hublot au niveau du poste de barre pour la ventilation. Un panneau plus grand, également ouvrant, est découpé dans le bordé pour la vue sur la mer. Dans ces cabines très lumineuses, on apprécie les équipets en cuir suspendus, aussi pratiques qu’élégants. La structure n’est pas cachée sous des épaisseurs de faux plafonds, mais au contraire mise en valeur par son gris « Excess », ce qui participe au style sportif de l’ensemble. Ici, la hauteur sous barrot est limitée à 1,86 m, mais partout ailleurs, elle s’établit à 2,00 m. Dans la coque Propriétaire, en avant du long bureau, la salle d’eau a la bonne idée de disposer d’un toilette séparé. Alors que les rangements sont déjà nombreux au pied de la descente, tout l’avant de la coque, jusqu’à la soute à voile, est aménagé en dressing, avec deux couchettes rabattables en option. C’est donc une jolie suite qui occupe ce flotteur tribord ; et quand on ajoute les très nombreux rangements disponibles dans la nacelle par exemple, cela confirme l’objectif de l’Excess 14 : séduire des propriétaires amateurs de voile mais avides de grands espaces, voire des candidats à la grande croisière.
Conclusion
Avec le 11 qui était jusqu’alors le seul Excess conçu à partir d’une page blanche, le 14 confirme qu’un catamaran de grande série peut offrir un niveau de performance et des sensations à même de séduire les amateurs de voile, tout en offrant beaucoup de volume. Les multiples espaces, les zones de manœuvres bien séparées et bien étudiées permettent de tirer le meilleur en termes de performances sans impacter le confort ni provoquer de stress. Ces arguments sont à même de séduire des publics aux attentes différentes, lesquels pourraient trouver dans l’Excess 14 un dénominateur commun pacificateur. Ce nouveau modèle devrait donc vite imposer sa personnalité légère et rafraîchissante sur un marché qui a plutôt tendance à s’embourgeoiser.
Version Propriétaire réussie
Design intérieur rafraîchissant
Chemin de chaîne sur longeron avant polyester
Seuil de baie vitrée pas flush
Descriptif technique
Architectes : VPLP Design
Aménagements : Nauta Design
Longueur hors-tout (selon les options) : 13,97 à 15,99 m
Longueur de coque : 13,34 m
Déplacement lège [CE] : 12,8 t
Largeur : 7,87 m
Tirant d’air (standard / Pulse) : 19,78 m / 21,54 m
Tirant d’eau : 1,48 m
Surface de voile au près : 123 m² – PULSE LINE : 135 m²
Grand-voile à corne : 83 m²
Génois à recouvrement : 40 m²
Code 0 (option): 72 m²
PULSE LINE : 86 m²
Motorisation : 2 x 45/57 CV (option)
Carburant : 2 x 200 l
Eau : 300 l (standard) + 300 l (option)
Certifications CE : A10/B12/C16/D20
Prix du catamaran standard : 495 000 € HT
Principales options :
- Pack Sail Away : 25 500 € HT
- Pack Pulse Line : 20 230 € HT
- Skylounge avec escalier d’accès et coussins : 10 520 € HT
Prix du bateau essayé : 710 845 € HT

