Présenté au Boatica Cape Town en octobre dernier, le HopYacht 30 a été imaginé et construit en Afrique du Sud. Ce catamaran bouscule les habitudes du nautisme avec un concept (r)évolutionnaire : pour la première fois, un concentré de confort et d’habitabilité est réuni dans un bateau de moins de 10 mètres ultra-facile à manœuvrer qui privilégie la détente et le plaisir, le tout sans rejet de CO2. Nous avons pu découvrir ce drôle de multicoque au large d’Athènes.
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Conditions : vent de 5 à 7 nœuds, mer calme
En découvrant le HopYacht 30 dans la Marina Zeas, toute proche du port du Pirée, je découvre une silhouette résolument moderne à laquelle certains devront (peut-être) s’habituer. On a affaire à une cellule de vie cubique. Cette nacelle utilisant 80 % de la longueur des deux flotteurs, elle offre une habitabilité record pour la taille. Le look très anguleux des superstructures rappelle celle d’un Sunreef Supreme 58 ou d’un Silent Yacht 60. Là s’arrête la comparaison, car la longueur de notre HopYacht représente tout juste le maître-bau d’un seul de ces deux grands powercats. Sa largeur limitée à 3,44 m surprend puisqu’elle est comparable à celle d’un monocoque de même longueur. Ce gabarit autorise au Hopyacht 30 un accès dans les marinas à un tarif raisonnable. C’est donc sur un ponton en principe réservé aux monocoques que nous sommes accueillis par Mary-Clare et Paul Tomes, les cofondateurs de cette toute nouvelle marque sud-africaine. Très enthousiastes, ils me précisent d’emblée la signification de HopYacht : « pouvoir bondir à bord et démarrer aussi vite, faire un saut d’une baie à l’autre ou d’île en île ». Le mini-yacht qui fait des bonds, en somme. Des bonds, mais pas d’étincelles : à aucun moment les performances, la maîtrise de la voile ou de la manœuvre ne prennent le dessus sur la détente. Pour le couple, le point de départ (voir encadré) est de se sentir vraiment en vacances dans un mode de vie proche de celui d’un mobil-home, exempt de tout stress. L’idée a donc été de concevoir un bateau simple techniquement à bord duquel on se sent bien – soit une plate-forme de détente accessibles aux néophytes, la cible idéale étant un couple accompagné de deux jeunes enfants.
Un petit catamaran pour une cible extra-large
Le cahier des charges a plébiscité la formule catamaran, capable d’offrir stabilité et espace. Un bémol à assumer : un multicoque de seulement 9,35 m ne peut prétendre au mieux qu’à la catégorie C pour quatre personnes en Europe. Cette classification ouvre la possibilité de naviguer jusqu’à force 6 et d’affronter des creux de deux mètres, pas plus. Au vu du programme de navigation côtière et de découverte des plans d’eau intérieurs de l’HopYacht, cette contrainte n’en est finalement pas une.
Pour faciliter l’accès à des plans d’eau éloignés et rendre l’acheminement à l’autre bout du monde abordable, le catamaran est constitué de trois modules. Les deux flotteurs et la nacelle sont prévus pour rentrer dans deux conteneurs de 40 pieds. Une journée de remontage (avec 36 écrous !) est nécessaire pour assembler le multicoque une fois arrivé à destination. Le coût du transport depuis l’Afrique du Sud pour l’Europe ou les USA s’élève à 4 000/5 000 €, auxquels on rajoute entre 2 000 et 3 000 € pour le remontage et le mâtage. Tiens, puisque l’on parle du mât (réalisé par Sparcraft Afrique du Sud) : ce dernier n’est pas pas gréé comme les autres. Il supporte une voile d’avant sur enrouleur, mais pas de grand-voile. Là encore, le parti pris de la facilité extrême est mûrement choisi. Paul relève que la plupart des voiliers qu’il croise ne naviguent qu’avec une seule de leurs deux voiles, et glisse avec un demi sourire que « tout est tellement plus relax une fois que l’on a ferlé la grand-voile ! ». Paul a puisé son inspiration à travers les bateaux de pêche traditionnels de Mombassa ou de Zanzibar, dotés d’un gréement qui rappelle celui des felouques égyptiennes. Le mât du Hopyacht ne fait que dix mètres et est implanté à l’arrière du roof, façon Prout Catamarans. Un génois à la forme triangulaire est monté sur un enrouleur. Les deux écoutes reviennent au poste de barre sur un winch qui sert également à étarquer le guindant, et… c’est tout. Pas de hissage, pas d’affalage, pas de crainte à l’empannage avec une seule écoute à gérer : la facilité de manœuvre prend tout son sens ! Les primo-accédants, encore peu aguerris au maniement des voiles, et les loueurs, désireux de présenter à leurs prospects un produit facile et économique, y trouveront leur compte. D’aucuns apprécieront – ou non – ce catamaran qui rompt avec les us et coutumes de la navigation à voile « classique ».
Né en Afrique du Sud – l’autre pays du multicoque
Doit-on rappeler que l’Afrique du Sud est le deuxième producteur de multicoques – après la France – au monde ? Cela induit un savoir-faire qui ne passe pas inaperçu sur le HopYacht 30. En montant à bord, on remarque une très bonne qualité de fabrication (hormis quelques lacunes de finition légitimes pour un n° 1, mais peu perceptibles du premier coup d’œil). La réputation des chantiers sud-africains est bâtie autour de bateaux solides, faits pour résister aux conditions maritimes difficiles typiques de cette région du globe. En faisant le tour du pont, ce qui très aisé avec des marches donnant accès au passavant, rien ne vient entraver la circulation vers l’accès au poste de barre surélevé ou à celui de la petite cuisine extérieure. La ventilation sous la casquette de roof est très agréable, tout comme les assises du cockpit du petit carré en U parfait pour trois ou quatre personnes. L’ergonomie a fait l’objet de mûres réflexions en collaboration avec le cabinet d’architecture Du Toit Yacht Design. Toutes les portes coulissent dans les cloisons au lieu d’entraver l’espace. L’intérieur de plain-pied, avec une hauteur sous barrot de presque deux mètres, procure l’essentiel, mais pas le superflu. A aucun moment pourtant on n’a l’impression d’être à bord d’un bateau de moins dix mètres. Une petite table basse fait office de bureau ou de couchette. Le cabinet de toilette est une vraie salle d’eau spacieuse avec baie vitrée sur l’extérieur – le volume offert n’a rien à envier à celui d’un catamaran de cinquante pieds. La cabine avant est baignée de lumière, et son lit en îlot de 1,55 m de large ne déroge pas aux règles de confort des unités bien plus grandes, la vue en plus. L’optimisation de l’espace fait penser à un yacht à échelle réduite, une tiny house (micro-maison) sur l’eau. Le tout est traité en laque blanche avec quelques touches noires pour les accessoires. Les rangements ne manquent pas et les valises cabines rentrent sans problème sous la couchette. Je relève une multitude de petits détails bien pensés : le rideau à volet de l’équipet cuisine, le frigo dans un tiroir coulissant, les toilettes électriques à eau douce ou encore la plaque à induction facilitent la vie à bord.
Naviguer ? Un jeu d’enfant !
Juste un quart d’heure après mon arrivée à bord, nous appareillons pour une sortie au large d’Athènes. « Appareillage » est un bien grand mot pour quelque chose de si simple. Les deux pods électriques EVO de 6 kW chacun (9,9 CV) dont les commandes de pupitre sont très précises extirpent le HopYacht de sa place sans plus de formalités. Une fois gagnée la sortie du port, il suffit de tirer sur l’écoute et de relâcher la drosse d’enrouleur pour dérouler l’unique voile d’avant (North Sail South Africa). Le vent souffle faiblement (5 à 7 nœuds) et ne nous permet pas de dépasser plus de 2,5 nœuds à 50 degrés du vent réel. « Qu’à cela ne tienne ! » tranche Paul en activant le moteur sous le vent. Juste avec 0,5 kW de puissance, la vitesse monte à 3,5 nœuds. Le vent apparent augmente alors, et le petit catamaran finit par atteindre 4,5 nœuds. Certes, ce n’est pas ultra-rapide, mais pendant ce temps, chacun vit à bord comme à la maison.
A ce régime, les batteries pourraient tenir deux jours (sans autre dépense d’énergie), voire bien plus s’il fait beau ! Pas de concentration excessive pour le veilleur, et à la fin de la journée, 25 à 35 milles auront quand même pu être parcourus sans y penser, et c’est sans doute bien plus que ce que les vacanciers auront programmé – la moyenne observée chez les plaisanciers européens est de 17 milles par jour. « C’est ça, le e-sailing », me glisse Paul. Si le vent vient à manquer complètement, une moyenne de cinq nœuds au moteur pourra être tenue pendant environ sept heures. Les panneaux solaires, sur le roof, sortent une puissance max de 1,6 kWc dans les conditions optimum. Ils permettront de recharger de quoi passer la nuit au mouillage confortablement, mais il faudra du vent le lendemain, sauf à recharger au quai d’une marina les deux batteries de 14,4 kWh chacune. Sinon, il faudra deux jours de plein soleil au mouillage pour repartir les batteries pleines. Une batterie supplémentaire en option pourrait se justifier pour certaines zones de navigation dépourvues d’équipements.
Nous rentrons et effectuons quelques manœuvres. Lors de l’empannage ou du virement de bord, l’écoute se reprend sur l’unique winch, ce qui ne présente aucun effort notable. On pourrait demander un spinnaker en option pour le vent arrière, mais resterions-nous dans la philosophie revendiquée ? Le plaisir est ici plus centré sur la découverte douce de l’environnement et la quiétude de la vie à bord.
Conclusion
Ce premier HopYacht est un pavé dans la mare de la plaisance vieille école, cela va sans dire… Ludique, simple, économique, super habitable et confortable pour sa taille, ce petit catamaran parvient à rendre accessibles les attributs du yachting sans avoir besoin d’un budget illimité ou de connaissances approfondies. Ce premier modèle est, pour moins de 200 000 €, tout équipé, prêt à naviguer, et rompt là aussi avec les prix de base bardés d’options couramment pratiqués dans l’industrie nautique. Le Hopyacht 30 ôte tout complexe dû au manque d’expérience, et ses performances modestes par rapport à des unités plus véloces sont assumées pour mieux profiter encore des moments sur l’eau, sans bruit, sans odeur et sans impact sur l’environnement.
Le HopYacht 30 fait-il partie de ces yachts nouvelle génération qui vont durablement changer notre façon de naviguer ? Rendez-vous dans 10 ans !

Mary-Clare et Paul Tomes : un duo de choc !
Un bateau financièrement et techniquement abordable pour une large clientèle, facile à manœuvrer au moteur et sous voile, peu coûteux à utiliser et à entretenir, offrant une surface habitable stable et de plain-pied, pourvu d’une vraie chambre à coucher, d’un espace de relaxation et d’un accès à l’eau aisé pour la baignade, le tout dans moins de dix mètres et sans utiliser la moindre énergie fossile. Cherchez l’erreur dans ce cahier des charges quelque peu utopique… Quand ces critères ont été émis auprès de Du Toit Yacht Design, la réponse a été pour le moins explicite : « C’est impossible ! » Mais Paul et Mary-Clare sont dotés d’une grande motivation. A défaut d’être des pros du nautisme, ce sont de vrais passionnés de navigation et de régate. Sur le plan du marketing, ils sont extrêmement aguerris, servis par de nombreuses expériences dans ce domaine. Leur diagnostic est que la clientèle charter est composée à plus de 40 % de familles réduites à deux, trois ou quatre membres, le plus souvent avec peu d’expérience de la voile et de jeunes enfants. Qui dit famille dit budget pas forcément extensible (au contraire de la location entre amis, où l’enveloppe globale du séjour peut monter plus aisément). Un segment un peu délaissé par les fabricants et sur lequel il n’y avait pas de réponse produit pertinente. A force de persévérance, ils ont affiné leur concept voué à la détente sur l’eau pour les moins initiés, les moins fortunés et aussi les plus green. Le script de chaque détail de vie à bord et la mise au point de chaque élément y répondant ont fini par convaincre l’architecte Anton Du Toit de la pertinence du concept et du potentiel des deux acolytes à mener à bon port ce lancement.
Descriptif technique
Architecte : Du Toit Yacht Design
Design intérieur : HopYacht
Longueur hors tout : 9,35 m
Largeur : 3,44 m
Tirant d’eau : 0,69 m
Tirant d’air sans mât : 2,57 m
Hauteur mât : 10 m
Déplacement lège : 3 100 kg
Surface de voile : 30 m²
Eau douce : 220 l
Eaux grises : 110 l
Eaux noires : 110 l
Motorisation : 2 x 6 kW (9,9 CV) EVO
Batteries : 2 x 14,4 kWh
Prix de base prêt à naviguer : 194 000 € HT
Transport container Europe : 4 500 € HT
Remontage : 3 200 € HT
Transport Conteneur USA : 5 000 $ HT
Le camping-boat à portée du plus grand nombre
Prix prêt à naviguer
Isolation thermique améliorable
Quelques options encore manquantes





