Tout rentrer – carré, cuisine, cabines – dans moins de 12 mètres, c’est le pari que s’est lancé le chantier Leopard. Une sorte de réplique plutôt réussie à l’insolent succès du Lagoon 380…
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Suivre le cahier des charges – forcément très exigeant – du plus important loueur mondial (Moorings / Sunsail), ça a du bon ! Chantier comme architectes sont contraints à concilier des données a priori contradictoires comme le confort, le volume et… l’agrément de navigation et la vitesse. Force est de reconnaître qu’avec le Leopard 39 le constructeur sud-africain présente en 2010 un catamaran plutôt séduisant. Notre essayeur attitré Philippe Echelle s’était laissé tenté par une sortie par bonne brise : une rafale à 31 nœuds et une bonne vague avaient propulsé le catamaran à 17,6 nœuds. Et avec tout dessus ! On ne saurait vous conseiller un tel traitement de choc, bien sûr… mais cette anecdote montre qu’il y a cinq ans, pour son lancement, le Leopard avait fait excellente impression. Idem aux Etats-Unis, où la presse spécialisée avait à l’époque écrit beaucoup de bien sur le bateau. Lequel porte plusieurs noms, en réalité : Leopard 38, Sunsail 384, Leopard 39, Moorings 3900… Quatre vocables pour un catamaran quasi identique : les deux derniers – 126 exemplaires – sont équipés d’un bimini en polyester dans le prolongement du rouf et d’une casquette rigide qui coiffe le poste de barre. Sur le 38 et le 384 (produit en 2009 et 2010 à 69 unités), le bimini est légèrement rehaussé et le barreur se contente d’une protection en toile. Autre spécificité : les Leopard, avec leurs trois cabines, sont dédiés aux propriétaires, tandis que les deux autres modèles, typés location, sont équipés de quatre cabines.
Les redans de coque marqués préservent une largeur à la flottaison modérée.
Une nacelle hors de portée des vagues
Si les productions anglaises et sud-africaines ont souvent hérité de plates-formes trop basses, la nacelle du Leopard 39 est bien plus haute. Le bateau est plutôt plus étroit que ces concurrents directs – 6,03 m contre 6,53 pour un Lagoon 380 et 6,73 pour le Lipari 41 Evolution –, tout comme les coques, qui restent assez fines à la flottaison grâce aux redans marqués qui courent sur chaque flanc. Un compromis confort/performance déjà éprouvé… et qui fonctionne toujours. En termes de performances, le 39 est certes desservi par un fardage du rouf conséquent et un déplacement relativement élevé, mais pour le reste, il a de bonnes cartes en main, à commencer par une surface mouillée réduite. Et son gréement très élancé – plus de 20 mètres au-dessus de la flottaison – lui offre quelques chevaux. "Le Leopard 39 est performant même dans le petit temps", relève Clément Daël, responsable de Sunsail Brokerage. Et c’est bien le constat que nous avions fait, tant en Méditerranée pour les premiers essais – juste avant le fameux coup de vent – que pendant une semaine de location aux Bahamas. Avec les appendices fixes, n’espérez pas caper au-dessus de 50° du vent réel. Mais vous serez surpris par la vitesse du bateau, qui atteint au près les 6 nœuds dès 3 à 4 Beaufort. En mer ouverte, le 39 vous surprendra par ses qualités marines et son bon passage dans le clapot. Ne vous attendez pas à goûter les sensations d’un Multi 50… la barre reste néanmoins précise et légère grâce à la bonne qualité de la transmission – chaînes et drosses et les paliers auto-alignants. "Le plan de pont est efficace, toutes les manœuvres se font au cockpit", note Clément. Seules les prises de ris restent au pied de mât – ce qui évite bien des longueurs de bout. La barre d’écoute, fixée sur le bimini, prend de l’altitude. Les passavants sont bien dégagés et pourvus d’un antidérapant efficace, même quand les embruns s’invitent sur le pont. La table de cockpit, bien abritée sous le bimini rigide, permet à 8 personnes de partager un repas. A l’arrière, à l’heure du mouillage, vous apprécierez (peut-être… car c’était une option) le système de bossoirs d’annexe électrique. "Le 39 est le premier Leopard à bénéficier de ce système", précise Clément.
Surface de plancher réduite dans la nacelle, mais hublots verticaux bienvenus pour limiter l’effet de serre.
Une nacelle compacte
Petit désagrément quand on découvre les emménagements : ce modèle n’offre pas un vrai plain-pied. Vous devrez vous accommoder d’un seuil de porte, heureusement pas très haut : 19 cm côté cockpit, 29 à l’intérieur. La première impression que donne la nacelle, c’est que tout y est – carré, cuisine, table à cartes –, mais que ça n’a pas été aisé de tout faire rentrer ! Si la table est de bonne taille avec ses 1,58 m par 0,72 m, de quoi s’installer confortablement à six, voire huit avec deux tabourets, la surface du plancher est très réduite, ce qui peut entraver la circulation. La cuisine en U est franchement compacte, quand la table à cartes – une simple tablette – devient symbolique. Les coques du Leopard 39 se révèlent plus convaincantes. Elles proposent donc trois ou quatre cabines selon la version choisie. La déclinaison "Leopard" offre au propriétaire toute la coque tribord avec une salle d’eau XXL à l’étrave, des rangements à profusion et un vrai bureau. On isole la coque du carré grâce à une astucieuse porte coulissante. Les couchettes mesurent toutes deux mètres de long peu ou prou et affichent plus de 1,40 m de largeur. Une valeur réduite toutefois à 95 cm aux pieds des couchettes avant. Le chantier proposait en option une ou deux couchettes sur cadre dans les pointes avant. Enfin, pour la croisière, le bateau offre un vrai plus avec des capacités en carburant et en eau plutôt généreuses.
Bien placé en prix compte tenu de son millésime encore très récent, le Leopard 39 est un support attrayant pour une année sabbatique en famille. Costaud et optimisé pour un usage intensif, il réserve peu de mauvaises surprises. "C’est le seul véritable héritier du Lagoon 380", se risque Clément.
Le Leopard existe en version quatre cabines, mais aussi en trois cabines avec une très belle coque propriétaire.
Les plus
Performances convaincantes dans la brise
Voilier très sain même par mer formée
Finitions bien adaptées à un usage intensif
Les moins
Surface de plancher de la nacelle réduite
Table à cartes symbolique
Peu élégant vu de face
Les points à vérifier
Conçu pour résister au dur traitement de la location – soit 150 à 200 jours de navigation par an ! –, le Leopard 39 a bénéficié dès sa conception d’un "process industriel" en ce qui concerne la plomberie, l’électricité, la motorisation… Les périphériques sont donc résistants, à l’image de la structure et du gréement, très largement échantillonnés. "C’est un bateau bien conçu, structurellement résistant", garantit Clément Daël. La résine employée est isophtalique afin de prévenir les phénomènes d’osmose. Reste qu’un jeu de voiles qui a enduré quatre ou cinq saisons tropicales est cuit. Quant aux moteurs – on peut les estimer à remplacer autour de 10 000 heures –, très rares sont les unités ayant des gros chiffrages d’heures de fonctionnement : les premiers exemplaires naviguent depuis 2009. Un exemplaire qui n’a pas été loué est assurément plus frais, mais ils sont également rares sur le marché de l’occasion.
Fiche technique
Longueur de coque : 11,43 m
Longueur à la flottaison : 11 m
Largeur : 6,04 m
Tirant d’eau : 1,05 m
Poids : 9 105 kg
Voilure au près : 92 m2
Grand-voile : 57 m2
Génois : 35 m2
Gennaker : 94 m2
Cabines : 3 ou 4
Eau douce : 780 l
Carburant : 350 l
Moteur : IB 2 x 21 ou 29 CV
Matériau : sandwich balsa/verre
Architecte : Morelli & Melvin
Constructeur : Robertson & Caine
Production : 195 exemplaires de 2009 à 2014
Prix occasion : 170 000 euros HT
Essai dans Multicoque Mag no 146