La présentation du Leopard 40' (MMag n°109) au Grand Pavois 2004 constituait un premier test visant à recueillir les réactions de la clientèle européenne. Celle du 39' à Cannes, au Nautic de Paris et au salon des multicoques de la Grande-Motte relève d'une stratégie de conquête plus affirmée. Nous avons consacré deux jours à l'essai de ce catamaran qui a suscité l'intérêt des observateurs.
Infos pratiques
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L’Afrique du Sud si proche des Antilles?
En 1991, John Robertson et Jerry Caine créent un chantier à Woodstock (!) dans la banlieue de Cape Town. Leur réputation, associée au coût attractif de la main d'œuvre locale, incite Moorings à établir en 1995 des relations étroites avec le constructeur et à surfer sur la demande de catamarans de location, alors en pleine croissance. Une gamme complète (38', 42', 45', 62') naît progressivement et s'exporte dans les bases du loueur, en Caraïbes puis dans le monde entier. L'implantation en zone américaine favorise un développement local, les Leopard ne feront que de rares excursions en Europe.
Lors de notre premier jour d'essai, par une toute petite brise, le Leopard nous a montré des biens belles dispositions.
Du multicoque au business plan
L'arrivée de Lex Raas (transfuge du groupe Bénéteau) au poste de directeur opérationnel accélère cette évolution, le N°1 mondial de la location entraîne dans son sillage le 3ème constructeur de multicoques ! L'expérience de l'utilisation intensive, la connaissance des attentes de la clientèle et la disponibilité d'un outil de production concurrentiel poussent logiquement Moorings à renouveler sa gamme et à diversifier ses ambitions commerciales en direction des propriétaires. Il ne suffit plus seulement de convaincre des acheteurs investisseurs, mais de séduire les utilisateurs.
Un peu surtoilé (dans la logique d'un essai), le LEOPARD glisse entre 9 et 15 nd (top speed 17,6) sur une mer revêche de début de coup de vent.
À la recherche d'une nouvelle image de marque
Avec le Leopard 40', Robertson & Caine interrompt une décennie de collaboration avec le cabinet Simonis-Voogt et confie le design à Gino Morelli. Ce tournant décisif s’explique sans doute par la nécessité de rompre avec une réputation de bateaux qui "tapent" (les tunnels de nacelle de la conception précédente étaient trop bas !), mais se justifie surtout par la volonté de s'appuyer sur une signature internationale… qui ne soit pas française !
Le cockpit est toujours l'endroit le plus utilisé sur un cata au soleil. Ici les espaces sont agréables et le bimini rigide vous protégera efficacement.
Un outil industriel moderne et performant
L'usine a été entièrement repensée en 2003 et occupe maintenant 3 hectares, il s'agit d'une installation tout à fait comparable aux modèles européens qui permet aux 450 compagnons de faire progresser simultanément 14 unités sur la chaîne de montage. La durée de fabrication moyenne est de 45 jours. Les Leopard sont tous construits en sandwich verre/polyester iso/balsa par stratification manuelle au contact. L’âme balsa est une solution intéressante si elle s'accompagne (ce qui est le cas) d'une réalisation rigoureuse et d'un entretien correct (elle ne doit pas être exposée à l'humidité!). Cet emploi peut devenir vertueux si le bois provient de forêts éthiquement exploitées et constitue une alternative au process très polluant de fabrication de la mousse pvc.
Une nav station pratique et très simple à utiliser
Un positionnement judicieux
Le marché global de la plaisance a été sérieusement bousculé par la crise, mais le segment multicoque poursuit son évolution. Les petits chantiers, mal soutenus, continuent de souffrir et survivent dans des niches (prototypes de course ou one off à forte valeur ajoutée) ; ailleurs on assiste à des concentrations industrielles. Le segment convoité des yachts reste dans les mains de quelques-uns, celui des 40-50' tente de franchir le pas vers des produits de taille supérieure à forte marge bénéficiaire. La course au volume interne semble marquer une pause au profit d'un souci de qualité bienvenu, sans affirmer réellement de distance par rapport à la loi d'obsolescence programmée (renouvellement artificiel de gamme). Le choix stratégique de Leopard est lucide : des catamarans voiliers de 39' à 46' (37 et 47’ en power cats) solides, faciles à utiliser et conçus autour d'un cahier des charges exigeant, anticipant l'usage intensif de la location et celui, non moins délicat, de "l'entretien" par les propriétaires !
A l'intérieur, on trouve une bonne qualité de fabrication et une atmosphère agréable !
Silhouette, ergonomie et aménagements
Le 39' réalise une synthèse des exercices précédents déjà couronnés de succès (le 38 a été nommé Boat of the year et meilleur catamaran 2010 par 2 magazines américains) et surclasse le 40'! Très consensuel, il reprend à son compte les solutions unanimement validées par les concurrents en proposant une interprétation réussie. La phase composite met en œuvre des échantillonnages rassurants et une bonne finition; l'ébénisterie est soignée, l'atmosphère interne agréable. La sellerie, la lumière et les parements bois ou corian contribuent à créer une ambiance attractive. J'ai apprécié la rigueur des installations domestiques et d'assèchement; les pompes et vannes (passe-coques de qualité industrielle) sont clairement accessibles et protégées de l’humidité, les doubles colliers présents partout. La cale technique est gel coatée. Le moteur, la jaumière et les renvois de biellette rigide témoignent d'une installation lisible et d'une volonté de service rationnel.
Uniquement proposé en version 3 cabines, la coque propriétaire est vraiment sympa…
Surprise sur l'eau!
Lors de notre première matinée, nous stoppons les moteurs avec 4 nd de vent. Le Leopard démarre sous GV (à corne) et gennaker et manifeste une vitalité qu'on n’attendait pas forcément ! La brise s’installe progressivement pour atteindre les 8-10 nœuds et la bestiole accompagne franchement les petites risées affichant des vitesses GPS égales ou supérieures à la polaire (soit autour de 8nd pour 10nd réels à 90°). Le plan de pont est pratique et d'une simplicité d'emploi évidente. Toutes les manœuvres reviennent à la navstation (sauf les ris), l'accastillage Harken et les bloqueurs Spinlock achèvent un presque sans faute, seule l'aire de winchage est un peu étriquée. Le lendemain, la fenêtre de brise visée (nous sommes en janvier !) est ponctuelle et nous disposons de deux heures pour faire du près avant l'arrivée d'un solide coup de tabac d’E.N.E. Full main et génois déroulé, nous démarrons au bon plein parés pour en découdre. Le vent monte graduellement 12-15 puis 18-20 nœuds et la mer du large gondole un horizon qui blanchit, l'avertissement est net. Le plan anti-dérive fonctionne bien et confirme l'aisance de la veille, l'heure de la prise de ris a sonné, mais le comportement du bateau montre clairement qu'il y a de la marge et il convient d'attendre; nous sommes en essai pour tutoyer les limites ! Les coques fines progressent avec appétit et le redan progressif joue son rôle ; le franchissement du clapot est souple et dynamique, la nacelle ne tape absolument pas (!) et le Leopard se montre tolérant au surtoilage momentané. Chariot ouvert, sans chercher à piper, il est sain et ne mouille guère. Je constate une bonne raideur des arcs de gréements qui ne se déforment pas en charge. Nous poursuivons notre route (en étant attentifs) et j'éprouve du plaisir à cornaquer ce multicoque qui sait rester rigoureux dans l'effort. Le mât Zspars autoporté à 1 étage de barres de flèche est généreusement échantillonné, les voiles Quantum en Hydranet proposent un compromis forme/grammage/performance idéal pour une utilisation croisière. La barre (liaisons mécaniques) est précise et agréable et le diamètre de la roue permet un contrôle réel des trajectoires. L'anémomètre affichant 31nd apparents, il devient nécessaire de réduire... ou d'abattre ! Les déferlantes roulent des crêtes en forme de signal d'avertissement, mais n'empêchent pas le Leopard (GV très ouverte par 30 nœuds réels) de chevaucher une vague nerveuse pendant une quinzaine de secondes jusqu'à atteindre 17,6 nœuds ! La précision de la transmission et l’efficacité directionnelle des safrans autorisent la poursuite de l'exercice sans prise de risque entre 9 et 14 nœuds (le vent sera moins fort à la côte). Nous terminons l'essai au près en tirant des bords sous 1 ris/ génois complet par 20 nœuds réels ; le cap est tout à fait satisfaisant, 100° d'un bord sur l'autre avec une vitesse constante de 7,5-8,5 nœuds.
Les autres cabines sont aux standards du chantier avec une réelle qualité de fabrication.
CONCLUSION
Le Leopard 39’ est un bon catamaran, homogène, pratique et bien construit. Il est assez étroit, mais notre essai a montré qu'il était sûr dans du temps soutenu, agile et agréable à faire marcher. Côté performances, le bilan est plus que positif.
LES CONCURRENTS
Modèle Surface voiles en m2 Poids en kg Prix HT en euros Constructeur Helios 38 cruiser 76 5200 251 250 Edel Composite Lipari 41 89 7600 228 000 Fountaine Pajot Nautitech 40 87 7400 289 000 Nautitech Lagoon 380S2 79 7260 183 600
FICHE TECHNIQUE
Architectes : Gino Morelli Constructeur : Robertson and Caine Cape Town Afrique du sud Longueur :11,43m Largeur : 6,04m Tirant d'eau : 1,05m Déplacement : 9t Tirant d’air : 19,10m Surface de voilure au près : 92m2 Motorisation : standard 2X21cv/2X29cv en option Fuel : 350L Eau : 780L Construction : sandwich balsa/verre/polyester isophtalique, stratification manuelle au contact Plan anti-dérive : ailerons rapportés Prix de base : 215 000 euros HT Pack électronique : 9 445 euros HT Convoyage Europe : 20 000 euros HT Bout dehors + code 0 : 5 500 euros HT GV à corne : 473 euros HT Mise à l’eau à Cape Town + armement de sécurité : 10 000 euros HT
Les plus
utilisation facile bateau marin et vivant équipement de qualité
Les moins
silhouette discutable de face hale bas de bôme et hélices fixes convoyage (prix et contraintes)