Quelques semaines seulement après sa mise à l’eau à Rochefort, nous avons pris la barre du tout premier Nautitech 41 Type S. Confié une nouvelle fois au cabinet Marc Lombard Yacht Design Group, ce nouveau 41 pieds ne se contente pas de remplacer le 40 Open. Il propose sa propre interprétation inédite de l’ADN Nautitech, fondée sur une idée simple : offrir davantage de sensations sous voile tout en simplifiant la vie des Propriétaires, aujourd’hui… comme dans dix ans.
Infos pratiques
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Conditions : vent de nord-ouest 4 à 10 nœuds, mer calme à peu agitée
Le « S », une philosophie
Le premier contact est presque déroutant. Si le 41 Type S reprend le positionnement du 40 Open au sein de la gamme, il ne lui ressemble finalement que très peu. En réalité, cette nouveauté se rapproche davantage des Nautitech 44 et 48, dont elle reprend l’esprit et de nombreuses solutions architecturales. Ce troisième projet commun entre Nautitech et Marc Lombard Yacht Design Group marque l’aboutissement d’une collaboration désormais parfaitement rodée. « Je crois que c’est le projet le plus abouti que nous ayons réalisé par rapport au concept et au cahier des charges : en termes de performances, d’élégance, de détails de design et de finition, on y est… », nous confie d’ailleurs Eric Levet, cogérant du célèbre cabinet d’architecture navale quelques minutes avant notre départ. Une confiance que partage son collègue Henri-Paul Shipman (appelé HP par tous), véritable référent du projet : « C’est notre troisième développement avec Nautitech… on est affûtés ! »
Cette maturité saute effectivement aux yeux. La coque n° 1 affiche déjà un niveau de finition remarquable, et surtout une vraie cohérence d’ensemble. Le dessin en est une parfaite illustration. La ligne du rouf et du bimini paraît d’une grande finesse, presque aérienne. Pourtant, le secret ne réside pas dans une réduction des volumes, mais dans un travail subtil sur les encastrements des différents éléments. « Nous avons joué sur les emboîtements pour gagner visuellement en finesse », m’explique HP. Le résultat est particulièrement réussi et contribue largement à l’élégance générale du catamaran.
Mais le « S » ne désigne pas uniquement une silhouette. Chez Nautitech, il signifie avant tout Simple.
Simple dans sa définition : peu d’options, une offre volontairement resserrée et une seule ambiance intérieure.
Simple dans son utilisation : un plan de pont épuré, des manœuvres pensées pour un équipage réduit et une circulation particulièrement fluide.
Simple enfin dans sa capacité à évoluer grâce au concept ReShape, qui constitue sans doute l’une des idées les plus originales de ce nouveau modèle. Et si cela vous rappelle les TS « très simples » de Christophe Barreau, vous êtes sur la bonne voie – le TS 42 (devenu ORC 42) a disparu des catalogues, mais reste une belle source d’inspiration dont on ne se cache pas chez Nautitech.
La performance par le dessin
Les évolutions apportées par ce nouveau modèle sont nombreuses, parfois discrètes, mais elles concourent toutes au même objectif : gagner en efficacité sans compliquer la vie à bord. Les coques ont été entièrement redessinées, avec une partie arrière désormais légèrement concave qui contribue à réduire la traînée. Quand la vitesse dépasse 7 nœuds, le tableau arrière de la coque au vent se décolle déjà nettement du sillage. Les étraves restent fines, les volumes sont mieux répartis et le retour d’un génois à recouvrement confirme la volonté de privilégier les performances dans le petit temps. La plateforme a également fait l’objet d’un important travail d’allégement. Additionnée au nouveau plan de voilure, cette évolution permet au 41 Type S d’afficher un remarquable ratio voilure/déplacement de 12,45 m²/t, une valeur qui le place parmi les catamarans de croisière les plus performants de sa catégorie. Pour rappel, le TS 42 dont nous avons parlé plus haut émargeait à 13 m²/t – soit une valeur très proche. Autre ratio à retenir : celui du 40 Open, qui plafonnait à 10,7 m²/t…
De fait, sur le GPS, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Lors de notre essai, avec seulement 4 nœuds de vent, le 41 S avance déjà à 4,3 nœuds au bon plein sous grand-voile et génois. Quelques heures plus tard, dans une dizaine de nœuds de vent (merci la brise thermique !), il atteint 7,5 nœuds au travers sous gennaker, sans jamais donner l’impression de forcer. Quant au premier mois de navigation de cette coque n° 1, il a déjà permis à l’équipage d’enregistrer une pointe de 15,7 nœuds à 140° du vent dans une vingtaine de nœuds d’air et un mètre de clapot. Une valeur qui illustre parfaitement le potentiel du bateau. Mais réduire le 41 S à quelques chiffres serait passer à côté de l’essentiel. Ce qui frappe avant tout, c’est la facilité avec laquelle ces performances sont obtenues. Rien ne semble exigeant. Les accélérations sont progressives, le multicoque reste équilibré et la barre, conserve une douceur remarquable et se révèle particulièrement évolutif lors des virements de bord. Fidèle à la philosophie Nautitech, le 41 S offre avant tout des bonnes sensations qu’on peut éprouver en barrant au vent sur une des coques, plutôt que de la recherche absolue du dernier dixième de nœud.
Un intérieur pensé pour durer
A bord, le changement de philosophie est tout aussi évident. Le 41 S rompt avec l’ambiance chaleureuse des précédents 40 Open. Exit les panneaux en Alpi et les boiseries omniprésentes : place à un intérieur plus contemporain, aux lignes épurées et aux matériaux modernes. Un choix assumé par Maya Gautier, directrice marketing et des ventes : « Cela participe autant à l’allégement du catamaran qu’à la simplification de sa fabrication et de son entretien », m’explique-t-elle. Le carré privilégie les volumes et la lumière. Les vitrages arrière, désormais intégraux – ils se poursuivent donc jusqu’aux montants du rouf –, ouvrent largement la vue sur l’extérieur tout en améliorant la visibilité depuis les deux postes de barre. Avec une hauteur sous barrot atteignant 2,10 m, l’espace paraît étonnamment vaste pour un multicoque de cette taille.
On retrouve le même parti pris dans le cockpit. Les deux tables du bord, identiques par leur dessin arrondi et montées sur d’élégants pieds en carbone, peuvent accueillir confortablement six convives chacune. Nous avons toutefois relevé un petit point perfectible : la table extérieure manque encore un peu de rigidité sur cette première unité. Un détail que le chantier devrait facilement corriger avant le lancement commercial.
Ces formes arrondies, omniprésentes, méritent également d’être soulignées. Au-delà de leur aspect esthétique, elles limitent efficacement les angles saillants et rendent les déplacements plus agréables, aussi bien au mouillage qu’en navigation. La circulation est particulièrement fluide. Les passavants, larges d’au moins 70 cm, facilitent les déplacements vers l’avant. Ils sont creusés à l’arrière par rapport au livet de pont, un peu comme ceux des derniers monocoques Sun Odyssey (évidemment dessinés par le cabinet Lombard), pour éviter de créer un trop fort dénivelé entre le cockpit et le pont. Quant à la grande porte de la nacelle, large de 1,70 m pour 1,88 m de hauteur, elle renforce encore la continuité entre cockpit et carré.
Dans les coques, le chantier privilégie une seule ambiance et un nombre limité de configurations (seulement une version 2/3 cabines) afin de simplifier l’offre. Les cabines arrière accueillent de véritables couchages de 1,60 × 1,98 m, avec une hauteur sous barrot de 1,95 m. A l’avant, la cabine tribord peut évoluer au gré des besoins et devenir bureau, cabine invités, Smart Room ou espace de rangement, avant de retrouver facilement sa configuration initiale au moment de la revente. Une approche originale qui permet d’adapter le catamaran aux différentes étapes de la vie de son Propriétaire sans remettre en cause sa valeur sur le marché de l’occasion. Le 41 Type S introduit ainsi un concept que le chantier résume sous un nom : ReShape. Derrière cette appellation se cache une idée finalement assez simple : concevoir un catamaran capable d’évoluer au fil des années, plutôt que de figer définitivement son architecture dès sa sortie d’usine.
Cette philosophie se retrouve partout à bord. Les espaces sont volontairement modulaires, les principaux équipements restent facilement accessibles et certaines zones ont été pensées pour intégrer les technologies qui apparaîtront demain. Batteries, systèmes énergétiques, électronique ou nouveaux équipements de confort pourront ainsi évoluer plus facilement, sans devoir démonter une grande partie du catamaran. L’entretien s’en trouve facilité – on note la bonne organisation des volumes techniques et les accès bien dégagés vers les principaux organes du catamaran. La volonté de centrage de poids a conduit les concepteurs à avancer les moteurs sous les couchettes arrière ; cette configuration vue à la fin des années 1990 sur le Lagoon 410 avait fait râler les loueurs de l’époque… mais justement, aujourd’hui, le 41 Type S s’adresse clairement à une clientèle de Propriétaires, qui eux préféreront sans doute intervenir bien à l’abri dans les coques plutôt qu’en extérieur.
Conclusion
Avec le 41 Type S, Nautitech tourne la page du concept Open qui partageait une seule table pour le carré et le cockpit ; il ouvre cette d’un catamaran plus simple, plus évolutif et sensiblement plus performant. En revanche, il va beaucoup plus loin dans la recherche de performance et instaure un nouveau style dépouillé et efficace. Le Type S inaugure également la philosophie ReShape, imaginée pour anticiper les différentes vies qu’il devrait connaître au gré des programmes et des Propriétaires. Cette modularité s’accompagne d’une réflexion beaucoup plus large sur la simplicité d’utilisation et la pérennité du catamaran. Pour ne rien gâter, ce nouveau modèle est proposé à un tarif très attractif – ce qui pourrait d’ailleurs être son meilleur atout. Le succès des premiers essais privés, avec huit commandes enregistrées en seulement deux jours, laisse d’ailleurs penser que le chantier a vu juste.
Les chiffres de Multicoques Mag
15,7 nœuds La vitesse maximale relevée par le chantier durant le premier mois d’essais.
4,3 nœuds La vitesse obtenue avec seulement 4 nœuds de vent réel.
70 cm La largeur minimale des passavants.
2,10 m La hauteur sous barrot maximale dans la nacelle.
453 000 € HT Le prix de base.
Concept ReShape réellement innovant
Prix attractif
Offre volontairement limitée en options et ambiances, qui ne conviendra pas à tous les profils
Pas de version 4 cabines et une seule finition intérieure, un parti pris assumé, mais clivant
Descriptif technique
Architectes : Marc Lombard Yacht Design Group
Design intérieur : Christophe Chedal Anglay
Construction : Coques et pont en sandwich fibre de verre/polyester, infusion sous vide. Quillons en sandwich fibre de verre/polyester collés aux coques.
Longueur hors-tout : 12,60 m
Longueur à la flottaison : 12,42 m
Largeur : 7,30 m
Tirant d’eau : 1,44 m
Tirant d’air : 20,15 m
Déplacement lège : 9,6 t
Grand-voile à corne : 72,5 m²
Génois : 47 m²
Surface au près : 119,5 m²
Gennaker : 116 m²
Motorisation : 2 × Yanmar 30 ch (option 40 ch)
Eau douce : 600 l
Carburant : 400 l
Cabines : 2/3
Certification CE : A8/B12/C16/D20
Prix de base : 453 000 € HT
Prix du modèle essayé : environ 550 000 € HT
www.nautitechcatamarans.com

