Quelques jours seulement après la première mondiale de l’Outremer 48 à l’International Multihull Show de La Grande-Motte, nous avons pris la mer à son bord. Successeur – mais pas remplaçant – de l’emblématique Outremer 45, cette nouvelle unité ne se contente pas d’une évolution de style : elle synthétise quinze années d’expérience accumulée par le chantier et sa communauté de Propriétaires. L’objectif est clair : conserver les performances qui ont bâti la réputation de la marque, tout en offrant davantage de confort, d’autonomie et de simplicité d’utilisation pour les grands voyages.
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Conditions : 15 à 18 nœuds de vent de secteur offshore, houle de sud-est de 1 à 1,50 m
L’expérience de plusieurs centaines de milliers de milles parcourus
A quelques centimètres près, l’Outremer 48 reprend les proportions générales du 45, mais il intègre toutes les évolutions apparues sur les Outremer 55 puis 52. Une démarche qui n’a rien d’anodin : depuis plusieurs années, le chantier s’appuie systématiquement sur les retours d’expérience de Propriétaires naviguant autour du monde. A l’échelle de la flotte Outremer, ce sont désormais plusieurs centaines de milliers de milles parcourus qui alimentent chaque nouveau développement.
Cette proximité avec les équipages constitue l’une des forces de la marque. Le chantier accompagne ses clients bien au-delà de la livraison du multicoque, et bénéficie ainsi d’un retour d’informations particulièrement riche sur la vie à bord, les contraintes de la grande croisière et les améliorations souhaitables. L’Outremer 48 est directement issu de cette démarche collaborative. Le cahier des charges s’articulait autour de trois axes : renforcer l’autonomie, améliorer l’ergonomie et simplifier les manœuvres, sans sacrifier les performances qui font l’ADN du constructeur. Pour mener à bien ce projet, Outremer a naturellement renouvelé sa collaboration avec l’équipe qui travaille sur ses modèles depuis l’Outremer 5X : VPLP Design pour l’architecture navale, Patrick Le Quément pour le design extérieur et Darnet Design pour l’aménagement intérieur.
A quai déjà, le nouveau venu affiche une personnalité affirmée. Les lignes restent immédiatement identifiables : coques élancées, étraves inversées, dérives sabres, rouf reculé et gréement généreux composent une silhouette élégante où chaque choix semble répondre autant à des impératifs de performance qu’à la recherche d’une meilleure qualité de vie en navigation.
Notre première visite, réalisée lors du salon de La Grande-Motte, laissait déjà entrevoir un net saut qualitatif par rapport au 45. Quelques bords suffiront à confirmer cette impression : sans renier son tempérament sportif, l’Outremer 48 franchit un cap en matière de confort et de facilité d’utilisation.
La performance, sans la pression
Chez Outremer, la vitesse fait partie de l’ADN de la marque. Mais la philosophie a progressivement évolué. Là où les générations précédentes privilégiaient parfois la performance pure – voire extrême –, le chantier recherche désormais une vitesse moyenne élevée, plus facile à maintenir sur la durée et moins exigeante physiquement pour l’équipage. L’objectif n’est plus de réaliser des pointes spectaculaires au prix de réglages permanents, mais de permettre à un équipage réduit de maintenir durablement de belles moyennes dans un environnement serein. Une évolution qui reflète parfaitement les attentes actuelles des navigateurs au long cours. Cette évolution de philosophie se traduit directement dans les choix architecturaux. Plus large de 41 cm que l’Outremer 45, le nouveau 48 gagne également environ 1,8 t de déplacement afin d’offrir davantage de confort et surtout une capacité de charge atteignant 4 t, comprenant notamment 450 l d’eau douce et 450 l de carburant. Une donnée essentielle pour un catamaran destiné aux traversées océaniques.
Cette prise de poids est largement compensée par une surface de voilure plus généreuse, qui permet au 48 d’afficher un remarquable ratio voilure/déplacement de 13,33 m²/t. Une valeur qui le place parmi les catamarans de voyage les plus performants de sa catégorie. La construction en sandwich mousse réalisée par infusion, héritée du savoir-faire industriel développé sur le site de Lorient, contribue également à préserver des performances élevées, notamment dans les petits airs. Matthieu Rougevin-Baville, directeur commercial d’Outremer, nous confie même que le catamaran est capable, par petit temps, de naviguer à des vitesses proches de celle du vent. Une affirmation que nous aurons l’occasion de vérifier quelques semaines plus tard, lors d’un rassemblement de Propriétaires organisé dans un vent particulièrement léger. Sur le papier comme à quai, tout semble donc réuni pour offrir un catamaran capable d’enchaîner les milles rapidement sans transformer chaque navigation en démonstration sportive. C’est précisément ce que nous allons vérifier une fois les amarres larguées.
Sous voile : performant, mais jamais exigeant
A la sortie du port, le vent de terre souffle entre 15 et 18 nœuds, tandis qu’une houle de sud-est de 1 m à 1,50 m s’organise au large. Des conditions idéales pour découvrir le tempérament du nouvel Outremer 48. Les deux moteurs nous permettent de quitter le ponton avec une grande facilité. Grâce au faible fardage des œuvres mortes et à la largeur raisonnable de la plate-forme, les manœuvres restent précises. Une fois dégagés du chenal, nous stabilisons le régime à 2 200 tr/min, ce qui suffit à propulser le catamaran à environ 6,5 nœuds, avant de préparer l’envoi de la grand-voile. L’accès au rouf s’effectue par deux marches situées au pied du mât. La bôme, volontairement basse, facilite aussi bien l’ouverture du lazy bag que les prises de ris. Au-delà du gain aérodynamique, cette disposition améliore nettement la sécurité des manœuvres en limitant les interventions en hauteur. La grand-voile est hissée depuis le winch électrique, dont la commande au pied permet de conserver les mains libres pour lover les drisses ou maintenir le cap. Une fois le génois déroulé – notre unité est également équipée d’une trinquette autovireuse –, le 48 accélère rapidement.
A peine les écoutes bordées, il prend son erre avec une facilité déconcertante. Rien de spectaculaire : simplement cette sensation très Outremer de voir le loch grimper régulièrement sans que le catamaran semble jamais forcer. Les étraves fines, les dérives sabres et le plan de voilure généreux permettent de remonter efficacement au vent tout en conservant une barre particulièrement légère. Pas de doute : l’Outremer 48 se classe parmi les multicoques de voyage les plus performants de sa catégorie.
Le réglage des dérives participe pleinement à cette efficacité. Si les deux appendices restent abaissés dans les conditions de notre essai, Outremer met à disposition de sa communauté un guide détaillant les configurations recommandées selon l’allure et la force du vent. Une démarche fidèle à l’esprit du chantier, qui partage volontiers les retours d’expérience accumulés par ses Propriétaires. Sous le rouf, le contraste est saisissant. Alors que le loch dépasse largement les 8 nœuds, aucun craquement parasite ne vient troubler la progression. Installé à la table à cartes, on oublierait presque la vitesse tant le comportement du catamaran inspire confiance. C’est précisément cette facilité qui caractérise le mieux ce nouvel Outremer. Les virements de bord confirment les progrès réalisés sur le plan de pont. Grâce au renvoi de l’écoute de génois jusqu’au piano, les manœuvres demandent très peu de déplacements. Le gain est sensible pour un équipage réduit, et plus encore en navigation hauturière, où chaque économie d’énergie compte.
Nous profitons de ce bord pour essayer la barre franche installée à tribord. Le contact avec le safran devient naturellement plus direct, la lecture des pennons est excellente et la position de barre particulièrement agréable. Il faudra simplement penser à la désaccoupler avant d’effectuer un virement depuis la barre à roue, sous peine de limiter son débattement. Au vent du plan d’eau, l’annexe est mise à l’eau en quelques instants grâce au système de bossoirs intégré au portique, lequel supporte également une partie des panneaux solaires. Quelques photos plus tard, il est temps de rentrer... sous spi asymétrique. Les déplacements vers l’avant sont facilités par une main courante courant sur le rouf, et par l’absence de bas-haubans dans les passavants. Le spi est envoyé sans difficulté. Dès qu’il se gonfle, les accélérations deviennent plus franches. Dans nos 18 nœuds de vent établis, le GPS affiche rapidement 15 nœuds. Pourtant, jamais le catamaran ne semble débordé ni ne réclame une attention permanente. C’est sans doute là que réside la plus grande réussite de l’Outremer 48. Les performances sont bien présentes, mais elles restent accessibles. Les sensations existent, sans jamais transformer chaque mille parcouru en exercice de haute voltige. Une philosophie qui correspond parfaitement au programme du multicoque : avaler les étapes rapidement, longtemps et sereinement.
Conclusion
On dit souvent qu’il existe autant de programmes que de navigateurs. Dans l’univers du grand voyage, Outremer s’est construit une réputation à part en proposant des catamarans capables d’avaler les milles rapidement tout en restant accessibles à un équipage familial. Le 48 s’inscrit parfaitement dans cette philosophie. Plus confortable, plus lumineux et nettement plus abouti que son prédécesseur sur le plan ergonomique, il conserve les qualités marines qui ont fait le succès de la marque. Le plus remarquable n’est finalement pas la vitesse maximale. C’est la facilité avec laquelle elle s’obtient. Le 48 ne cherche jamais à impressionner son équipage ; il l’invite simplement à parcourir davantage de milles, jour après jour. Cette évolution est sans doute la plus grande réussite du projet. Au final, ce nouveau 48 apparaît comme l’un des catamarans de grande croisière les plus aboutis de sa catégorie. Une unité capable de satisfaire les amateurs de navigation rapide tout en répondant aux attentes d’un équipage qui envisage plusieurs années de vie autour du monde. Une synthèse particulièrement réussie entre performance, confort et facilité d’utilisation.
Les chiffres de Multicoques Mag
La longueur de coque de l’Outremer 48, qui succède à l’iconique 45 tout en conservant un gabarit compatible avec la plupart des infrastructures portuaires.
7,55 m
Une largeur contenue pour un catamaran de cette taille, mais en hausse de 41 cm par rapport au 45, afin d’offrir davantage de volume dans le cockpit et le carré.
10,5 t
Le déplacement lège. Une valeur mesurée qui reste au cœur de la philosophie Outremer.
4 t
La charge utile maximale, soit près de 38 % du déplacement lège. Un chiffre révélateur des ambitions hauturières du 48, capable d’embarquer équipements, vivres, annexe et consommables sans compromettre son programme de navigation.
13,33 m²/t
Le ratio voilure/déplacement sous grand-voile et génois.
Une valeur particulièrement élevée qui explique les excellentes performances du catamaran, notamment dans les petits airs.
450 + 450 l
Les capacités des réservoirs d’eau douce et de carburant, parfaitement adaptées aux longues traversées.
2 × 38 ch
La motorisation standard, avec une propulsion hybride proposée en option.
180 m²
La surface du spi asymétrique, de quoi maintenir de belles moyennes dès que le vent adonne.
15 nœuds
La vitesse maximale relevée durant notre essai sous spi asymétrique dans 18 nœuds de vent établis. Une valeur obtenue sans jamais donner au barreur le sentiment de dépasser les limites du catamaran.
Outremer Services : Pour un accompagnement personnalisé
Ergonomie très aboutie des postes de barre et du plan de pont
Accompagnement des Propriétaires parmi les plus complets du marché
Tirant d’eau de 2,35 m dérives basses à prendre en compte dans certains mouillages
Prix élevé, même s’il reste cohérent au regard du niveau des prestations
Descriptif technique
Architectes : VPLP Design
Design extérieur : Patrick Le Quément
Design intérieur : Darnet Design
Longueur : 14,63 m
Largeur : 7,55 m
Tirant d’eau : 1,00/2,35 m (dérives relevées/baissées)
Tirant d’air : 21,50 m
Déplacement lège : 10,5 t
Charge utile : jusqu’à 4 t
Motorisation : 2 × 38 ch
Option : propulsion hybride
Eau douce : 450 l
Carburant : 450 l
Grand-voile : 86 m²
Génois : 54 m²
Solent : 36 m²
Gennaker : 150 m²
Spi asymétrique : 180 m²
Certification CE : A – 8 à 16 personnes
Prix de base : 1 300 000 € HT
www.catamaran-outremer.com





