Après un tour du monde réalisé à près de 90 % en solitaire à bord de son TS 52 Jehol, Philippe Nagelmackers souhaitait poursuivre ses navigations sur un multicoque plus compact, plus simple à manœuvrer, et toujours aussi performant. Avec les architectes Christophe Barreau et Frédéric Neuman ainsi que le chantier portugais Trimarine, il a donné naissance au TRM 43, un catamaran atypique, conçu sans véritable contrainte commerciale, où chaque choix technique répond à un objectif précis : naviguer vite, longtemps et avec un équipage réduit.
Infos pratiques
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Conditions : 10 à 14 nœuds de vent, mer belle
Un projet né de l’expérience
L’histoire du TRM 43 n’est pas sans rappeler celle de Moxie, le trimaran que Dick Newick dessina pour Phil Weld en vue de l’OSTAR 1980. A plus de 60 ans, le navigateur américain souhaitait un bateau capable de rester très performant tout en demeurant accessible à mener pour un solitaire. Il remportera cette édition face à une concurrence de très haut niveau. C’est cette même philosophie qui anime Philippe Nagelmackers. Après trois années de circumnavigation réalisées à près de 90 % en solitaire sur un TS 52 réputé pour son potentiel, il a acquis une connaissance particulièrement fine des besoins d’un navigateur au long cours. Son retour entre l’Afrique du Sud et la France, effectué seul en 45 jours à près de 190 milles quotidiens de moyenne, illustre parfaitement cette expérience. Durant ce voyage, il explique n’avoir utilisé qu’une partie du potentiel de son catamaran, privilégiant en permanence la sécurité, la régularité et la facilité de conduite. Une approche qui l’a naturellement conduit à imaginer un successeur plus compact, sans renoncer aux qualités marines qui avaient fait le succès de Jehol. Le TRM 43 est donc une unité réalisée en petite série qui place la qualité de construction et les performances au cœur du cahier des charges. Un résultat qui présente des similitudes avec l’ancien TS 42 (devenu ORC 42) dessiné par les mêmes architectes.
Un rapport poids/puissance particulièrement ambitieux
Le programme du TRM 43 apparaît immédiatement à travers ses caractéristiques. Son mât carbone de 16,35 m supporte une grand-voile North Sails 3Di de 55 m² associée à un solent de 42,5 m². Au près, la surface atteint près de 100 m² pour seulement 6,5 tonnes en configuration croisière ; sous gennaker, elle grimpe à 172 m². Ces chiffres traduisent un rapport poids/puissance particulièrement favorable de 15,38 m2/t. Pour autant, le TRM 43 n’a pas été conçu pour rechercher des pointes de vitesse spectaculaires ; il privilégie avant tout la moyenne élevée sur la durée.
Gennaker sur bout-dehors, solent, J2 et tourmentin sont tous montés sur drailles textiles avec systèmes de hook et stockeurs. Cette solution, plus coûteuse qu’un gréement conventionnel, permet de ne conserver à poste que la voile adaptée aux conditions, tout en limitant les masses dans les hauts.
La construction répond à cette même logique. Réalisée en sandwich verre/carbone/époxy sur âme Corecell thermoformée par infusion, elle privilégie autant la rigidité que la durabilité. Plus qu’un catamaran destiné à être poussé en permanence dans ses retranchements, le TRM 43 offre une confortable marge de sécurité.
Le soin apporté aux appendices mérite également d’être souligné: paliers auto-alignants JP3, mèches de safran en titane coniques et safrans Isotop témoignent d’une recherche constante de précision à la barre.
Une silhouette aussi élégante qu’efficace
Le dessin signé Barreau-Neuman reprend certains codes devenus caractéristiques des deux architectes. Le rouf volontairement bas et reculé privilégie une excellente visibilité aussi bien depuis le cockpit que depuis le carré. Les étraves légèrement inversées s’intègrent naturellement dans des coques aux volumes progressifs, tandis que les œuvres mortes convexes contribuent à limiter les embruns. Le pont présente un léger bouge souligné par une nervure centrale qui facilite l’écoulement de l’eau tout en participant à la rigidité de l’ensemble. Le résultat dégage une impression de puissance contenue, sans rechercher d’effets de style inutiles. Le TRM 43 affirme sa personnalité par la cohérence de ses lignes plus que par une esthétique démonstrative.
Un intérieur conçu avant tout pour naviguer
A bord, le TRM 43 privilégie clairement la fonctionnalité plutôt que la démonstration. Le cockpit, vaste et bien protégé, bénéficie d’un bimini aux dimensions volontairement contenues qui préserve une excellente visibilité sur le gréement tout en assurant une protection efficace contre le soleil. Le carré s’organise autour des besoins de la navigation. A bâbord, une confortable méridienne fait face à la table à cartes et à l’instrumentation ; un poste idéal pour assurer la veille sans quitter l’intérieur. La cuisine et la dînette, prévues pour quatre à six personnes, profitent quant à elles d’une belle vue sur le sillage.
La couchette du navigateur, installée au pied de la descente bâbord et orientée vers l’avant, constitue sans doute l’un des aménagements les plus originaux du catamaran. Elle permet de se reposer tout en conservant un contact permanent avec la marche du multicoque, un avantage appréciable lors des longues navigations en solitaire, où descendre dans les coques signifie souvent perdre toute perception de ce qui se passe dehors. Pour la sécurité, les descentes peuvent être fermées par des portes étanches. En contrepartie, leur faible hauteur impose de rester vigilant pour éviter quelques chocs sur le crâne...
Les quatre cabines doubles, deux à l’arrière et deux à l’avant, privilégient elles aussi l’espace et la luminosité. Le choix de rideaux plutôt que de cloisons pleines participe à cette sensation de volume tout en offrant l’intimité nécessaire à bord. Les sanitaires sont répartis entre une vaste salle d’eau à bâbord, particulièrement lumineuse, un second cabinet de toilette à tribord et une grande douche indépendante, pratique pour le rinçage des vêtements de mer.
L’absence de vaigrages et de mobilier rapporté peut surprendre au premier regard, mais elle met en valeur la qualité de réalisation des panneaux sandwich et participe à l’impression générale de légèreté. Le résultat est sobre, moderne et parfaitement cohérent avec la philosophie de ce multicoque.
Des manœuvres pensées pour un équipage réduit
Le plan de pont peut impressionner au premier abord. L’accastillage est particulièrement fourni et les différentes voiles d’avant disposent chacune de leur propre configuration. Pourtant, derrière cette apparente complexité se cache une logique simple : privilégier la bonne voile au bon moment plutôt que multiplier les changements en navigation.
Le skipper prépare ainsi sa configuration en fonction des conditions attendues et ne conserve à poste que la toile réellement utile. Les virements de bord demandent un peu plus de préparation qu’à bord d’un catamaran de série – le solent doit notamment être roulé avant chaque manœuvre –, mais cette contrainte reste largement compensée par la simplicité générale d’utilisation une fois le bon plan de voilure établi.
Le winch électrique installé au pied du mât facilite les manœuvres les plus exigeantes. Une seconde assistance électrique au niveau du cockpit pourrait séduire certains Propriétaires, mais la conception modulaire du bateau permettra à chacun d’adapter son équipement à son programme de navigation.
En navigation : une mécanique parfaitement aboutie
Les deux Volvo Penta Saildrive de 30 ch, particulièrement discrets, assurent des manœuvres précises dans les ports et marinas. Leur puissance apparaît largement suffisante au regard du déplacement du catamaran.
Une fois la grand-voile hissée et le solent établi, le TRM 43 révèle immédiatement son caractère. Installé dans le fauteuil de barre pivotant développé par Trimarine, le skipper bénéficie d’une position particulièrement naturelle. La barre franche, directement reliée aux deux safrans par une simple biellette réglable, transmet instantanément les réactions des carènes.
Dès les premiers bords dans une dizaine de nœuds de vent, le catamaran accélère sans effort. Sur l’écran, la vitesse grimpe régulièrement tandis que la barre conserve une étonnante légèreté. Surtout, les informations remontent avec une précision remarquable : aucune vibration parasite, une excellente stabilité directionnelle et une parfaite lecture des appuis permettent de placer le bateau très précisément. Avec une seule dérive abaissée afin de limiter la surface mouillée, l’équilibre reste irréprochable. Les sillages sont propres, les réactions progressives et le catamaran donne immédiatement confiance. Les empannages ne présentent aucune difficulté particulière. Lors de notre essai, nous avons simplement roulé le solent pendant la rotation, avant de laisser place au gennaker. Grâce à un accastillage particulièrement soigné, ce type de changement de configuration s’effectue rapidement. La relance est immédiate, et le TRM 43 stabilise facilement sa vitesse autour de 9 nœuds dans 11 à 12 nœuds de vent, avec des pointes à 9,3 lorsque la brise fraîchit un peu.
Plus que les chiffres, c’est finalement la qualité des sensations qui marque le plus. Le catamaran semble glisser naturellement, sans effort apparent, avec cette impression permanente de disposer d’une importante réserve de puissance. Une personnalité qui rappelle davantage certains multicoques de grand voyage haut de gamme que les productions de série actuelles.
Conclusion
Le TRM 43 n’est pas un catamaran conçu pour séduire le plus grand nombre. Imaginé à partir de l’expérience d’un navigateur ayant parcouru les océans en solitaire, il privilégie avant tout les qualités marines, la simplicité d’utilisation en équipage réduit et l’efficacité sous voile. Construit sans véritable compromis commercial, il se distingue par une réalisation composite de très haut niveau, un gréement particulièrement abouti et un poste de barre qui procure des sensations rarement rencontrées sur un multicoque de croisière. Son architecture privilégie la visibilité, l’ergonomie et le confort en navigation, plutôt que la multiplication des espaces de vie. Exigeant dans sa conception mais remarquablement cohérent, le TRM 43 séduira avant tout les propriétaires expérimentés à la recherche d’un multicoque capable d’enchaîner les longues traversées en solitaire ou en équipage réduit.
Le mot de l’architecte
Le mot du Propriétaire
Le mot du constructeur
Rapport poids/puissance très favorable
Conception parfaitement adaptée à la navigation en solitaire ou en équipage réduit
Equipements haut de gamme qui pèsent sur le budget
Manque de hauteur des descentes
Descriptif technique
Architectes : Barreau/Neuman
Construction : sandwich verre/carbone/ époxy sur âme Corecell, infusion
Longueur hors-tout : 13,05 m
Longueur à la flottaison : 13,04 m
Largeur : 7,98 m
Tirant d’eau : 1,00/2,50 m
Hauteur sous nacelle : 0,85 m
Déplacement lège : 5,6 t
Déplacement en charge : 7,26 t
Mât : 16,35 m
Tirant d’air : 18,75 m
Grand-voile : 53,6 m²
Solent : 40,6 m²
J2 : 19,7 m²
Tourmentin : 7,7 m²
Gennaker : 120 m²
Motorisation : 2 x Volvo Penta Saildrive 30 ch
Couchettes : 6 à 8
Catégorie CE : A
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