La start-up Neocean a mis au point un petit catamaran à moteur électrique capable de voler au-dessus des flots. En toute facilité avec une simple commande d’accélérateur et proprement – sans émission de C02. Nous avons eu la chance d’essayer la première version de l’Overboat sur l’étang de Thau. Décollage immédiat !
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« Aujourd’hui, vous allez voler sur l’eau ! » me lance Vincent Dufour, le fondateur de la jeune société Neocean. Je reconnais que, quand il me précise que ce sera sans émission de C02, un flottement s’installe, bref instant de perplexité… Certes, j’avais déjà eu l’occasion de voler sans polluer, mais c’était à l’aide de la force vélique et à bord d’un engin qui demandait un très long apprentissage. Sans voiles, le rapport poids/puissance disponible avec ce qui existe sur le marché de la motorisation électrique me paraît – a priori – insuffisant pour faire décoller une embarcation de cette taille. Le rendez-vous a été pris le matin même, je serai vite fixé. Avant de partir sur l’eau, Vincent me présente ses collègues – une douzaine d’ingénieurs, experts mécanique et robotique, en motorisation électrique et hydrodynamiciens. Certains sont issus de l’université de Montpelier, avec laquelle Vincent a fondé au préalable un projet de recherche. Cette jeune et sympathique équipe est installée sur une plateforme du hangar qui abrite les catamarans Switch, à Balaruc-les-Bains.

Naviguer en silence, sans émission de C02 et au-dessus de l’eau : une vraie révolution !
L’ambiance, dynamique et fourmillante, sent bon la start-up. Vincent, océanographe biologiste de formation, possède une solide expérience avec les projets qu’il a mis en place et pilotés à différents endroits de la planète, avant de devenir le directeur « innovation » de la Région Languedoc-Roussillon. « Quand j’ai vu les AC 72 de l’America’s Cup évoluer sur le plan d’eau de San Francisco, le déclic s’est fait instantanément », m’avouet-il. Dans cet atelier, l’œil est immédiatement attiré par un modèle de l’Overboat qui trône au milieu de divers postes de travail dédiés à la fabrication des moteurs, des foils, des systèmes électroniques – la coque étant, elle, sous-traitée à un atelier composite spécialisé.

Quand on décélère, l’Overboat redescend dans l’eau instantanément ; les étraves perce-vagues garantissent la douceur de l’amerrissage.
Des sensations immédiates
Je découvre l’engin amarré au ponton ; il ressemble un peu à une araignée avec ses deux flotteurs sur lesquels des jambes soutiennent une selle centrale et un petit volant rectangulaire futuriste et évocateur. La configuration catamaran a été choisie pour deux raisons : sa faible traînée hydrodynamique tout d’abord, la stabilité ensuite – malgré sa taille d’à peine trois mètres et son poids plume de 100 kg, l’Overboat ne menace aucunement de chavirer quand on monte à son bord à l’arrêt. Une démonstration est d’abord réalisée par un des metteurs au point. Il prend place sur la selle comme sur un jet-ski. Un petit coup de gaz (ou plutôt d’électrons) l’éloigne du ponton. Puis une franche accélération le déhale avant qu’il ne s’arrache de l’eau au bout de d’une dizaine de mètres seulement ! L’Overboat s’éloigne en vol, puis revient vers nous, fait quelques tours dans un rayon limité et s’arrête sur une ou deux longueurs. La maniabilité est impressionnante. Décoller et voler dans un périmètre restreint est apparemment très facile. A mon tour maintenant. J’enfourche l’Overboat comme un vélo, quelques explications et roule, euh, non en fait, vole ! Avec un peu d’appréhension, j’accélère à l’aide de la manette sur le volant rectangulaire qui affiche les informations. Le catamaran s’élance, puis soudainement, vers 4 ou 5 nœuds, commence à déjauger, puis continue à monter sur ses foils jusqu’à plus ou moins 50 cm audessus de l’eau. On atteint la vitesse de 15 nœuds très rapidement. Les premières centaines de mètres sont très surprenantes : aucune secousse, aucun bruit n’est perceptible. Alors, c’est ça, voler sur l’eau ? Inutile de vous décrire la griserie qui s’empare de moi, d’autant plus qu’aucun réglage n’est requis ; c’est la machine qui s’occupe de tout, ma seule action consiste à appuyer sur l’accélérateur. Quand je le relâche, l’Overboat redescend instantanément et ralentit très vite une fois posé sur l’eau – quelques mètres suffisent à s’arrêter. Quand on a commencé, on n’a plus envie de lâcher l’engin !

Le catamaran, grâce à sa grande stabilité, est la plate-forme idéale pour servir de support à cet engin volant – par ailleurs léger pour s’extirper de l’eau sans réclamer une grande puissance.
Afin de corser un peu l’exercice, je passe dans le sillage du Zodiac qui nous sert à faire les photos. En perpendiculaire, ou presque en parallèle, le franchissement des vagues se fait sans décélérer et surtout sans à-coups. C’est franchement bluffant. Se déplacer silencieusement dans une baie avec un bon clapot en étant totalement réceptif à l’environnement n’est donc pas un rêve – et pourtant, j’ai l’impression d’avoir embarqué sur un tapis volant. Qui plus est, cela représente un espoir pour l’avenir de nos déplacements motorisés, mais vertueux, sur l’eau. En s’extrayant de la contrainte archimédienne, l’Overboat est beaucoup moins énergivore ; la propulsion électrique sans émission de C02 devient une réalité abordable pour le commun des plaisanciers.

Une version classique dite « archimédienne » est disponible. Des redans aident à une bonne déflection de la vague d’étrave pour un bon confort.
Un vol géré par une technologie de pointe
Mais, si l’utilisation est ludique et enfantine, c’est bien un développement acharné de plusieurs années qui a fini par aboutir à ce résultat. D’abord, les qualités dynamiques : très peu de surface mouillée, donc peu de résistance et moins besoin de puissance sur ces coques dessinées par JeanBaptiste Epron – assisté du cabinet Yacht Design Collective. Le moteur électrique de 4,5 kW en bulbe sous-marin est optimisé avec une hélice en tunnel. L’ensemble a été spécialement développé par l’équipe, et son rapport poids/puissance est sans équivalent. En outre, sa puissance dispense du permis mer, et trois petites batteries, format bicyclette, totalisant 3,2 kW pour 20 kg, suffisent à lui donner deux heures d’autonomie. Les foils en T inversé et le foil arrière qui supporte également le moteur sont des petites pièces d’orfèvrerie en carbone. Ils sont entièrement articulés avec des winglets qui apportent un rendement supérieur et des flaps – ils servent à régler la stabilité de l’engin instantanément. L’électronique embarquée qui permet ces vols « automatiques » est à la pointe de la technologie. Une centrale inertielle recueille, à l’aide de ses 60 capteurs, les informations sensorielle 100 fois par seconde, puis les retranscrit à un calculateur qui va lui-même interpréter et donner, quasiment au même rythme, ses consignes d’incidence aux moteurs des foils articulés. Tout le système réunit 400 000 lignes de code, ce qui correspond à un très puissant logiciel, sans doute équivalent à la puissance d’un ordinateur gros comme une voiture des années 80. L’équipe de Neocean a utilisé avec succès 40 années d’expérience de la course, de l’industrie, de la technologie, de l’hydrodynamique et de l’aérodynamique pour réussir à mettre au point cet engin. Mais, tout comme le progrès, cela ne s’arrête pas là, et un des développeurs nous fait une démonstration du mode drone. Télécommande à la main, il prend le contrôle de l’Overboat et le guide sur le plan d’eau avec plus de dynamisme encore. Aller faire ses courses et les faire amener par un équipier resté à bord devient une réalité. Oui, vous avez bien compris, l’Overboat peut révolutionner l’annexe du bord…

Le volant rectangulaire est digne d’un vaisseau spatial… une touche futuriste bien légitime pour un engin capable de voler sur l’eau sans un bruit.
Conclusion
L’Overboat est un remède anticrise très efficace. Hormis quelques ajustements, à venir, de la sensibilité de l’accélérateur ou de la direction, sa remarquable mise au point permet de générer des sensations de glisse pour tout le monde, y compris les enfants. La facilité de mise en œuvre est déconcertante : enfourcher et voler, un point c’est tout. Une version sans foils existe également et correspond à une utilisation plus tranquille. Le tarif de 26 900 € HT pour la version à foils et de 12 500 € HT pour la version classique est très cohérent et en rapport avec un jet-ski conventionnel et polluant. Un nouveau jouet qui rend l’écologie ludique et amusante.

Les foils sont des merveilles de technologie. Les winglets que l’on voit ici au bout des ailes procurent une économie d’énergie de 15 à 20 %.
Les +
+ Sensation de liberté et griserie procurée par le vol
+ Design futuriste
+ Respect de l’environnement et fonctionnement silencieux
Les -
-Réglage des commandes en cours d’ajustement
- Stockage à organiser sur une plate-forme
DESCRIPTIF TECHNIQUE
Constructeur : Neocean
Design : Jean-Baptiste Epron &Yacht Design Collective
Longueur de coque : 3,10 m
Largeur : 1,35 m
Tirant d’eau max : 0,80 m
Tirant d’eau appendices relevés : 0,20 m
Déplacement lège : 100 kg
Prix version à foils : 26 900 € HT
Version classique : 12 500 € HT