Rapido a débarqué dans le monde du multicoque il y a une dizaine d’années avec l’ambition de construire des trimarans océaniques très performants. Après le 60 et 50, le chantier a dévoilé le 40, un modèle plus modeste. Ce « petit » Rapido conserve évidemment l’ADN de ses grands frères et propose une structure repliable bien utile au port.
Infos pratiques
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Conditions : Vent 3 à 6 nœuds, 6 personnes à bord, mer calme
Rapido a été créé en 2014 sous l’impulsion de Paul Koch, un Australien passionné depuis longtemps de multicoques. Avant de se lancer dans l’aventure de sa nouvelle marque, Paul fut, de 1986 à 2008, le propriétaire d’OSTAC, qui fabriquait des catamarans et des trimarans. Il a ensuite été à la barre de Corsair Marine de 1994 à 2010, avant de décider de créer Rapido avec ses propres idées – un cursus logique pour quelqu’un qui a toujours été reconnu pour son sens de l’innovation. La marque s’appuie sur Triac Composites, l’usine en charge de la construction et dont Paul est le cofondateur avec Richard Eyre. Le chantier est situé au sud du Vietnam, à Ho Chi Minh City.
S’appuyant sur son expérience, le fondateur a depuis toujours été animé par la volonté de créer les trimarans les plus performants de la catégorie tout en conservant une certaine simplicité – autant dans les aménagements que dans la manière de manœuvrer.
Un design signé Morrelli & Melvin
Pour mener à bien le projet, Rapido a fait appel au cabinet de design californien Morrelli & Melvin, bien connu dans le domaine de la voile, notamment pour son travail sur les bolides de la Coupe de l’America et pour nombre de multicoques de grandes marques. Le premier modèle à prendre la mer fut le Rapido 60, un trimaran de croisière océanique conçu pour être mené en équipage réduit, puis vinrent le 50 et enfin le 40, qui nous intéresse aujourd’hui.
Le Rapido 40 est donc le plus petit trimaran de la gamme, ce qui en fait un multicoque accessible, mais pas pour autant d’entrée de gamme. Son architecture générale est clairement inspirée des deux autres modèles du constructeur avec deux flotteurs latéraux quasiment de la même longueur que la coque centrale. Cette dernière, relativement large au niveau du pont, adopte une étrave droite, contrairement aux flotteurs, qui adoptent une étrave inversée. Le dièdre est moyennement marqué : seule la partie centrale des flotteurs touche l’eau à l’arrêt. Ce dessin évite au trimaran de traîner trop d’eau, et contribue donc à améliorer les performances. Autre détail intéressant, les flotteurs sont équipés d’une sorte de crash box sur la proue, au cas où. Pour accroître l’habilité intérieure, mais aussi la stabilité en route, la coque principale s’élargit au-dessus de la ligne de flottaison, mais aussi largement sur l’arrière, tout en conservant un bas de carène très étroit, diminuant là aussi la surface mouillée. Les deux flotteurs sont attachés à la coque principale par de solides bras en carbone et l’ensemble peut être replié pour trouver une place au port. Le trimaran passe alors de 7,98 m de large à 5,80 m. On reste certes bien plus large qu’un monocoque de même longueur, mais on gagne un mètre comparé à la plupart des catamarans de 40 pieds…
Si l’ensemble pourrait faire penser à une libellule fragile, il faut prendre en compte que nous sommes à bord d’un trimaran construit entièrement en carbone, de quoi sauver beaucoup de poids tout en profitant, in fine, d’une rigidité et d’une solidité à toute épreuve.
Le mât est lui aussi assez remarquable. Construit en carbone, il est parfaitement profilé, s’élargit sur sa partie centrale. La section en goutte d’eau améliore la rigidité. Le mât est tournant, ce qui permet au plan de voilure de ce trimaran d’être plus efficace à de nombreux angles. Comme le reste du multicoque, la bôme canoë est réalisée en carbone, et demeure de largeur acceptable pour ne pas trop entraver les mouvements au moment d’affaler la grand-voile. Le gréement dormant est lui aussi réalisé en carbone, tandis que le Rapido profite de deux voiles d’avant sur enrouleur et d’un large bout-dehors intégrant le support pour l’ancre à poste
Seule la coque centrale est habitable
Pour ce qui est de l’espace à bord, le Rapido est un trimaran classique, c’est-à-dire que la partie habitable est uniquement située dans la coque centrale. Outre leur rôle dynamique, les flotteurs font office de garage, avec, pour le coup, un beau volume de rangement. Il suffirait même de pas grand-chose, peut-être une ouverture un peu plus grande, pour en faire un couchage additionnel, mais ce n’est pas vraiment le but. Entre les flotteurs et la coque centrale, on trouve de simples trampolines, solides et agréables pour s’y asseoir ou s’y allonger.
La partie centrale offre un cockpit de bonnes dimensions, c’est-à-dire que l’on peut facilement être à quatre, voire cinq ou six personnes sans trop se gêner et sans perturber les manœuvres. Pour faciliter les choses, le chantier a installé des bancs latéraux sur les bras de liaison permettant d’étendre la surface de ce cockpit. L’accès à la petite plage arrière dotée d’une échelle de bain s’avère assez facile, et la barre, avec son stick télescopique, représente la parfaite configuration pour ce multicoque. En revanche, il faudrait installer des sacs à bouts, car l’endroit peut vite devenir encombré. Protégées par le petit panneau latéral et la casquette qui prolongent le roof de la cabine, les commandes moteurs et celles du guindeau sont à la fois accessibles et en dehors des flux de circulation, c’est encore une fois bien vu. Pour les manœuvres, cinq winches sont à disposition, et la plupart des drisses reviennent au cockpit.
Dernier élément de ce cockpit, le capot arrière est en fait un second accès à la cabine arrière, un vrai plus pour l’intimité de chacun. Dans les faits, on s’en servira aussi pour aérer cette cabine ou pour profiter d’un peu de lumière, car ce volume ne dispose que d’un petit hublot. On peut même envisager la confection d’une petite toile transparente amovible pour créer un puits de lumière.
Une cuisine tout en carbone !
A l’intérieur, le plan d’aménagement retenu est très similaire à celle d’un monocoque. Profitant d’une très belle hauteur sous barrot (2,01 m), l’habitacle offre un grand carré en U autour duquel six équipiers peuvent facilement prendre place – et même plus en ajoutant des tabourets de l’autre côté de la table. Réalisée en carbone – l’usine maîtrise décidément très bien ce matériau –, cette table s’abaisse pour former un couchage double. Sur tribord, une longue cuisine regroupe une plaque de cuisson, un évier, un réfrigérateur et nombre de rangements. Là encore, le plan de travail est en carbone, et pas seulement cette surface, puisque c’est certainement le premier trimaran de (petite) série avec les tiroirs de la cuisine fabriqués en carbone !
Juste à droite de la descente, on trouve une station de navigation, complète, mais sans table. C’est de là aussi que l’on accède à la cabine arrière par l’intérieur. Sur bâbord, une couchette cercueil accueillera un marin supplémentaire ou servira d’espace de stockage.
En se dirigeant vers l’avant, on trouve sur tribord une penderie, et sur bâbord le cabinet de toilette. Assez volumineux, celui-ci regroupe les toilettes, un lavabo et assez d’espace pour une grande douche. Dommage que les WC ne soient pas protégés lorsque l’on se douche. En revanche, on profite d’une belle lumière et de deux hublots ouvrants. La cabine avant offre quant à elle un couchage au format queen size et nombre de rangements pour les effets personnels, à commencer par les tiroirs sous le lit. Bon point également pour l’éclairage naturel grâce aux hublots latéraux et au capot de pont.
Pour rejoindre la cabine invités, il faut donc se glisser dans un trou de souris au niveau du poste de navigation, ou y accéder par le cockpit. Dans les deux cas, cela reste un peu acrobatique. Une fois installé, on découvre que cette cabine, avec son grand couchage double, se révèle assez confortable et qu’elle bénéficie d’un petit hublot latéral.
Dernier espace nuit, la couchette cercueil sur bâbord arrière peut aisément héberger un adulte, ce qui fait qu’au total on peut dormir à 7 personnes dans ce trimaran. Pour cela, il faudra cependant faire des concessions quant à l’intimité et se contenter d’un seul cabinet de toilette.
Concernant sa réalisation, le Rapido 40 affiche indéniablement une bonne qualité de réalisation et les finitions sont plutôt correctes. Toutefois, l’ambiance reste très simple, et il ne faut pas chercher ici de luxueux tissus, des boiseries raffinées ou une décoration digne d’un magazine de mode.
Le Rapido 40 a vraiment été conçu pour naviguer et pour naviguer vite, pas pour recevoir une soirée mondaine. Qui plus est, il possède un certain degré de customisation ; au Propriétaire donc de personnaliser son trimaran au moment de la commande.
Un trimaran performant
Pensé pour la performance, ce trimaran a mis toutes les chances de son côté. Très léger, grâce à sa construction en carbone, il dispose également de plans de carène bien pensés qui ne traînent pas d’eau. Le gréement dormant en carbone ajoute à la rigidité, tandis que la facilité des manœuvres permet de changer d’amure très vite. S’ajoute à cela le mât tournant, qui permet de rester très performant à des angles de vent où les autres multicoques ralentissent en raison d’un écoulement laminaire perturbé. Quant aux dérives, Rapido a décidé de les installer sur les flotteurs externes, ce qui libère de l’espace intérieur. Dénommées C Foils, ces dérives offrent un profil courbé. Une fois la dérive en position basse, elle va pratiquement agir comme un foil pour soulager le trimaran et réduire la surface mouillée. La contrepartie, c’est que l’on doit remonter ou abaisser l’une des dérives (78 kg chacune) en fonction de l’amure. Concrètement, au moment du virement de bord, on doit lâcher la commande de dérive et aller pousser la dérive sous le vent vers le bas pendant que l’on remonte la dérive au vent. Dans les faits, une fois qu’on a pris le coup, l’opération est simple et rapide.
Pour mettre en pratique cette théorie, nous avons donc pris la barre du Rapido dans la baie de Key Biscayne, au large de Miami, en Floride. Le Yanmar de 30 CV est peu bruyant, et largement suffisant pour sortir de la marina. Le peu de vent le jour de notre essai nous laissait peu d’espoirs quant aux performances, mais il est toujours intéressant de juger par soi-même. Avec sa silhouette élégante et aérienne, le trimaran glisse sur l’eau calme de la baie. La proue bout au vent, on envoie la grand-voile et le trimaran se déhale immédiatement. Nous commençons avec le foc, et sentons tout de suite l’accélération comme sur un dériveur ou un catamaran de sport. Quelques réglages après et, sans effort, nous filons entre 5 et 6 nœuds avec 4 à 5 nœuds de vent et avec un angle de 60°, c’est plus que correct. Les changements de bord et les empannages s’enchaînent avec une facilité déconcertante. Tout se fait depuis le cockpit et presque à un seul homme. Sitôt les voiles bien réglées, on apprécie également le confort et la stabilité du Rapido, un vrai bonheur. Paul et Bob affichent un petit sourire, et l’on décide d’envoyer le Code 0, lui aussi sur enrouleur. Avec toujours 5 nœuds de vent, le Rapido ne tarde pas à atteindre 7 nœuds, une vitesse plutôt rapide dans le petit temps. Alors que la matinée avance, la météo nous fait une faveur, puisque le vent force un peu, autour de 10 nœuds. Pas de quoi battre des records, mais cela nous permet de filer jusqu’à 12,5 nœuds à 120°. Diable, que ce multicoque est rapide ! Une performance d’autant plus intéressante qu’elle ne se fait pas au détriment du confort à bord et que le trimaran reste très docile à la barre. Autre détail qui attire l’œil : le mât rotatif fait son office, s’orientant parfaitement pour optimiser chaque bord. Bien installé sur les bancs latéraux, on profite alors de la brise pour adoucir la chaleur environnante. Dans le calme apaisant de la baie, le Rapido file au ras de l’eau comme un oiseau de mer, et l’on comprend, comme une évidence, d’où vient le nom de la marque… Nous n’enverrons pas le spi aujourd’hui, pas assez d’eau à courir, reste que nos 12-13 nœuds sont loin de représenter le vrai potentiel de ce trimaran. Nous portons aujourd’hui un jeu de voiles Performance, mais pas Racing. Dans de bonnes conditions de vent (25 nœuds), avec un joli set de voiles et un équipage pointu, le chantier annonce une vitesse estimée entre 25 et 30 nœuds – voir polaires de vitesses. Difficile de trouver plus rapide dans cette catégorie !
Conclusion
Ce trimaran un peu inédit cache bien son jeu. Son allure, tout en légèreté, laisse à penser qu’il sera performant, mais pas à ce point. Dans les faits, le Rapido 40 est une véritable Formule 1 homologuée pour un père de famille, et le plus beau, c’est qu’il se manœuvre avec une grande facilité. L’autre domaine où il cache bien son jeu, c’est celui de l’habitabilité. Difficile d’imaginer, à le regarder du ponton, qu’il peut accueillir pour la nuit 7 personnes tout en conservant une cuisine fonctionnelle et un grand cabinet de toilette. Enfin, il convient de ne pas oublier son aspect pliable, bien pratique pour trouver une place au port. Bref, un multicoque plein de surprises, très amusant à barrer et confortable pour vivre à bord – il y a de quoi se laisser tenter…

Bras repliables
Habitabilité
Finition basique
Manque des sacs à bouts
Descriptif technique
Concepteur/architecte : Morelli & Melvin
Longueur hors-tout : 12,03 m
Largeur hors-tout : 8,80 m
Largeur replié : 5,80 m
Tirant d’eau dérive haute : 0,87 m
Tirant d’eau dérive basse : 2,18 m
Tirant d’air : 19,25 m
Déplacement lège : 5 200 kg
Grand-voile : 65 m2
Surface mât : 7 m2
Foc : 32 m2
Code 0 : 113 m2
Spinnaker asymétrique : 158 m2
Couchages : 7
Motorisation : 30 CV Yanmar
Homologation CE : A
Prix : 595 000 € HT





