Pour commencer, un conseil plus important que jamais, avant toute grande traversée, il est fortement recommandé que tous les membres de l’équipage se soumettent à un test de dépistage de la Covid-19 avant le départ et prennent toutes les précautions d’usage jusqu’au jour J. En effet, un cas Covid qui se déclarerait au large pourrait vite devenir problématique, voire dramatique. A l’inverse, une fois l’équipage testé et en mer, c’est enfin l’heure de tomber les masques et de retrouver – un temps – l’insouciance « d’avant ».

Le fameux pavillon Q (Quarantaine) était perdu au fond d’un équipet…
jusqu’à l’épidémie de coronavirus.
Renseignez-vous bien sur la situation dans votre pays de destination : même si les frontières ne sont pas fermées, les procédures se sont fortement compliquées. Vous ne pourrez le plus souvent pas aborder n’importe où ; des ports d’entrée où réaliser les premières formalités sont désormais désignés. Pas question d’arriver n’importe comment, et encore moins n’importe quand : les préavis d’arrivée (Advance Notice of Arrival en anglais) jusqu’à J-5 sont devenus monnaie courante. Il vous faudra accepter de détailler l’historique de chaque membre d’équipage, sans oublier tous les documents, attestations et certificats de santé requis. Et puis bien sûr, c’est le grand retour du pavillon Q – dit de libre pratique – d’usage lorsque vous arrivez dans un pays tiers. Q comme Québec mais aussi, historiquement, comme Quarantaine. Si vous devez vous y soumettre, prévoyez donc également le pavillon Lima et surtout l’avitaillement pour 14 jours, car les conditions sont le plus souvent très strictes. Que ce soit en marina, à quai, ou au mouillage, il vous sera le plus souvent strictement interdit de débarquer, voire de vous baigner.
USA/CANADA

En Amérique du Nord, la situation est malheureusement assez claire. Si le Mexique reste ouvert à la plaisance, les côtes canadiennes vous sont inaccessibles. De plus, la fermeture des frontières de ces deux pays avec les Etats-Unis a été prolongée. Aux USA justement, comme au printemps dernier, les réglementations varient d’un Etat à l’autre. Ce qui est certain, c’est qu’aucun navire de plaisance arrivant du Canada, du Brésil, du Royaume-Uni ou de tout pays de l’espace Schengen ne peut entrer aux USA. La Chine et l’Iran font également partie de la liste des pays exclus, peut-être pour d’autres raisons que celles liées au coronavirus. Heureusement, le flux des voiliers est plutôt nord-sud à cette période, et quitter les Etats où la navigation de plaisance est autorisée ne pose aucun problème. Il faudra juste se conformer à la réglementation en vigueur dans le pays d’arrivée, comme la quatorzaine obligatoire à George Town (Grand Cayman) après une traversée depuis la Floride. Si toutefois vous prévoyez d’entrer aux USA, ce dernier Etat est à éviter. Mieux vaut entrer plus au nord en Géorgie, à Brunswick ou Savannah, en ayant pris soin d’être munis de vos visas et d’un « cruising permit » qu’il est possible d’obtenir à Puerto Rico. Côté Pacifique, en revanche, un certain optimisme règne.
EUROPE
Sur le Vieux Continent, les pays se reconfinent les uns après les autres depuis fin octobre – ceux qui n’ont pas trop traîné en saison pour rejoindre les Antilles ont été bien inspirés... En France, où sont basés les principaux constructeurs de multicoques, vous ne pouvez plus naviguer à titre privé depuis le 30 octobre. Seuls les skippers professionnels exerçant leur métier y sont autorisés. Sur la route des alizés, l’Espagne reste ouverte aux plaisanciers, mais la Covid-19 est parfois active localement – couvre-feu et restrictions de circulation sont en vigueur dans le pays. Des mesures qui ne concernent pas à ce jour les îles Canaries. Notez en revanche que, de l’autre côté de Gibraltar, il était jusqu’à récemment encore interdit de faire escale au Maroc. Plus à l’est, la Tunisie et ses marinas sont ouvertes et accueillent nombre de multicoques battant pavillon européen. Selon la provenance des équipages, test PCR et/ou quarantaine sont cependant de rigueur. Enfin, pas d’espoir d’une petite navigation en arrière-saison dans les limpides eaux grecques – toute navigation y est interdite depuis le 7 novembre dernier.
PANAMA
Comme nous le relations sur notre site Internet, le canal de Panama a été rouvert aux plaisanciers après le gros de la première vague de coronavirus dans l’hémisphère nord. Pour rejoindre la fameuse porte d’entrée du Pacifique, les options sont rares. La Colombie et la Jamaïque restent fermées jusqu’à nouvel ordre. Le Venezuela, entre tensions politiques et insécurité, n’a pas attendu la crise sanitaire actuelle pour ne plus être considéré comme très hospitalier par les circumnavigateurs.
ARC ANTILLAIS
La République dominicaine accueille à nouveau depuis le 10 août les plaisanciers, sous réserve de test PCR négatif, bien sûr. Le site Noonsite (www.noonsite.com, une bible à consulter impérativement) nous apprend à ce sujet que la Dominique fait partie de la « bulle sanitaire » créée par l’organisation régionale CARICOM (Communauté des Caraïbes) et qui comprend les pays considérés comme présentant un risque faible au regard du risque Covid. Il s’agit donc également de St. Kitts et Nevis, Antigua et Barbuda, la Grenade, Montserrat, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines. Non seulement ces pays sont ouverts aux navigateurs, mais les personnes voyageant entre ces différentes destinations sont exemptées de test et de quarantaine à leur arrivée. Les îles françaises sont quant à elles de nouveau fermées aux plaisanciers, voire en confinement pour la Martinique. La saison ne fait cependant que commencer et les loueurs comme The Moorings anticipent une ouverture de leur base martiniquaise fin janvier 2021.
PACIFIQUE
En Australie, le port de Bundaberg (Queensland) est le seul point d’entrée autorisé. Enfin, pour ceux qui le peuvent, car, si vous n’êtes pas résident australien, les exemptions d’entrée en bateau sur le pays continent sont rares. La NouvelleZélande n’est pas plus encline à accueillir des voiliers pourtant isolés en mer depuis plus de 14 jours pour nombre d’entre eux. Si le pays est reconnu comme l’un de ceux qui ont le mieux résisté à la pandémie, c’est au prix d’un très strict isolement. N’imaginez pas demander une dérogation pour raisons humanitaires quand vous êtes objectivement un honnête plaisancier, ni même, comme en Australie, vous y mettre à l’abri pour la saison cyclonique. Le ministère de la Santé kiwi a même cru bon de préciser qu’une dérogation ne pourra être accordée que si vous êtes sous la menace effective d’un cyclone imminent. Charmant ! En Polynésie, Tahiti et Nouméa sont sous couvre-feu de 21 h à 4 h, mais les frontières sont rouvertes depuis le 15 juillet. Tests négatifs demandés aux membres d’équipage.
AFRIQUE DU SUD ET OCÉAN INDIEN 
La situation semble s’améliorer quelque peu dans l’océan Indien. On pourrait ainsi rejoindre l’Afrique du Sud depuis l’Australie en traversant assez nord, autour du 20e parallèle, pour profiter de vents portants, habituellement ESE, avant de redescendre vers le cap de Bonne-Espérance. Les îles Coco Keelings sont sur la route, mais sont malheureusement fermées. Alors la prochaine étape est à près de 4 000 milles devant leurs étraves : La Réunion. Il ne faudra pas trop s’y attarder, la saison cyclonique pouvant s’y avérer ici, comme dans le Pacifique ou l’Atlantique Nord, plus précoce qu’en théorie pour cause de Niña (phénomène météorologique opposé à El Niño). Dans tous les cas, il ne faut pas traîner, car les autorités maritimes sud-africaines (www.samsa.org.za) en charge de la sécurité maritime ont ouvert ce qu’ils appellent un « corridor humanitaire » pour un temps déterminé (8 novembre – 15 décembre). Seulement trois points d’entrée sont autorisés, les yacht-clubs de Richard Bay, Durban et Cape Town, avec un test PCR en cadeau de bienvenue. Après quelques hésitations et confusions administratives, il est donc désormais possible de faire escale dans le pays et de profiter des milles richesses de la nation arc-en-ciel.
ATLANTIQUE SUD 
Plus loin, si l’arc antillais est votre destination finale, sachez que le Brésil est actuellement fermé aux navires de plaisance entrants. Un interdit renouvelé de mois en mois depuis le 6 avril dernier. Sainte-Hélène vous accueillera avec plaisir sur la route, mais vous ne pourrez débarquer qu’après une quatorzaine à bord. Pas le genre de timing idéal pour cette destination offrant peu d’abris sûrs.
ASIE DU SUD-EST 
De l’autre côté du globe, en Asie du Sud-Est, notre journaliste Jonathan Jagot veut croire en une réouverture progressive pour ce mois de décembre. Contrairement à l’Europe, la navigation de plaisance restait toujours possible au sein d’un même pays, mais les frontières restaient fermées depuis mars, que ce soit en Thaïlande, en Malaisie, en Indonésie, au Sri Lanka ou aux Philippines. Profitant de l’aubaine, des « agents » peu scrupuleux proposent encore leurs services pour entrer sur ces territoires, mais à des prix prohibitifs, de l’ordre de 5 000 €. Certains marins plaisanciers se sont regroupés pour réduire les frais, mais le confinement obligatoire de deux semaines à bord de leur bateau dans une très chère marina a fini de doucher leurs espoirs. Notre photographe préféré et sa compagne envisagent eux de filer vers les Maldives en janvier. Seules les îles inhabitées leur seront accessibles, et il faudra là aussi prendre les services d’un agent, mais à un tarif plus raisonnable. Bon vent, Jonathan. Bon vent à tous, et souhaitons que 2021 nous permette de retrouver notre liberté de naviguer !
Les rallyes dans la tourmente du coronavirus
La situation des grands rassemblements de la grande croisière est à l’image de l’actualité : inégale et contrastée. Si le Rallye des Iles du Soleil a déclaré forfait dès le printemps dernier, l’ARC et ARC+ se déroulent bien comme prévu – ou presque, puisque toutes les festivités sont annulées et les interactions humaines limitées au maximum. La majorité des voiliers attendus – seulement 30 % de la flotte habituelle – a rejoint l’archipel des Canaries avant l’automne européen, lequel a vu de nombreux pays entrer à nouveau en confinement. De l’autre côté de l’Atlantique, en revanche, la Caribbean 1500, qui permet de rallier traditionnellement la baie de Chesapeake à Nanny Cay, sur l’île de Tortola dans les îles Vierges britanniques, a été annulée. Les concurrents du World ARC sont eux toujours sur pause du côté de la Polynésie.

Les équipages qui disposent d’une grande latitude d’agenda attendent l’arrivée d’une prochaine édition, encore incertaine, pour reprendre la route. En Australie, Down Under Cruisers Rallye a rebaptisé avec humour l’habituel Go West Rallye en Down Under Dash. Il a pour vocation d’assister les navires en balade Pacifique (Nouvelle-Calédonie principalement). Le rallye Panama Posse 2020-2021, quant à lui, est maintenu. Plus d’une vingtaine de multicoques s’apprêtent à une longue transhumance entre Californie et Floride via le Mexique, l’Amérique centrale et le canal du Panama. Avec 13 pays visités, le casse-tête administratif pour l’organisateur a dû être complexe à gérer…