Vrai ou faux ? Multicoques Mag vous répond !
Même si le concept du multicoque, c’est-à-dire celui d’une embarcation à plusieurs coques, est très ancien, la popularisation des catamarans et trimarans de plaisance modernes est assez récente. Un succès qui attise la curiosité de certains habitués de monocoques tout en braquant le jugement d’autres plaisanciers. Au-delà des polémiques stériles, si l’on part du principe qu’aucune embarcation n’est parfaite, il est légitime de se poser des questions. Pour valider certains constats factuels mais aussi tordre le cou à quelques croyances qui ont la vie dure, faisons un point sur 10 des idées reçues les plus communes sur les multicoques.
1
/
1
Publié le
31/07/2025
Par
Dominique Salandre
Numéro :
232
Parution :
Sep.
/
Oct.
2025
Un multicoque, ça coûte plus cher à l’achat qu’un monocoque
Oui et non
A longueur égale, un multicoque est bien plus onéreux qu’un monocoque, que ce soit à l’achat neuf, en occasion ou à la location.
Mais à surface équivalente…
Mais à surface équivalente…
En fait, si l’on se contente de comparer un monocoque et un multicoque de série de même taille, la différence de prix est évidente. Pour autant, il faut comparer ce qui est comparable.
Pour la même longueur, un multicoque va offrir une surface habitable bien supérieure. A titre d’exemple, un multicoque de 40 pieds dispose d’une surface habitable équivalente à celle d’un monocoque de 50 ou 55 pieds. Dès lors, il est logique de comparer un multicoque de 40 pieds avec un monocoque de 50 pieds. Le niveau de finition est également à prendre en compte et, là aussi, les multicoques font souvent mieux.
Pour exemple, un Lagoon 43 correctement équipé est vendu autour de 600 000 €, alors qu’un Dufour 54, offrant une surface habitable comparable, est facturé autour de 700 000 € pour une version équipée.
Un multicoque, ça ne remonte pas au vent
Largement faux
Nombre de multicoques sont désormais capables de remonter au vent avec des angles équivalents à ceux des monocoques.
Evidemment, les quillons font moins bien que les dérives sabres – ils doivent être comparés à des configurations dériveur lesté chez les monocoques. Les catamarans de grande série se contentent de remonter de 45 à 60° du vent réel. A noter que les unités les moins performantes sont celles qui souffrent d’un fardage excessif (tente de flybridge, en particulier) de la traînée d’hélices fixes.
À la barre d’un multicoque, on n’a pas de sensations
Oui et non
Même à plat, le catamaran devient plaisant à barrer et offre parfois le plein de sensations pour peu que la brise soit au rendez-vous.
Un multicoque n’est pas adapté aux débutants
Faux
De nombreuses manœuvres sont plus aisées sur un multicoque grâce à sa stabilité et l’absence de gîte.
Les deux avantages principaux des catamarans sont la présence de deux moteurs qui simplifient considérablement les manœuvres de port et l’absence de gîte qui facilite l’accès au pont avant ou au pied de mât.
La meilleure preuve que le multicoque est plus accessible que le monocoque ? 50 % des acheteurs de multicoques sont des débutants – une proportion à diviser par deux pour les monocoques.
Un multicoque, ça peut chavirer
Oui et non
Ce sont avant tout les vagues qui font chavirer un bateau habitable.
En marge de cette question du chavirage, il convient aussi de rappeler les avantages intrinsèques aux multicoques en matière de sécurité : tout d’abord, ils ne coulent que très rarement. Quant aux catamarans, le fait qu’ils soient équipés de deux safrans permet de continuer à barrer le bateau en cas d’avarie sur un safran. Même chose pour la navigation au moteur où la présence de deux mécaniques est un gage de sécurité.
Un multicoque, c’est moche…
Oui et non
Honnêtement, vous ne le trouvez pas beau, le Gunboat 80 ?
Et le Sunreef 55 Ultima ne serait-il pas plus moderne que bien des vedettes à une seule coque ?
Côté intérieur, les nouveaux modèles n’ont rien à envier à un monocoque moderne, bien au contraire. Les grands espaces, les meubles bien finis, la souplesse dans les aménagements permettent de laisser libre cours à ses envies de décoration.
Pour conclure, si vous êtes attaché au look « vieille marine », vous trouverez peut-être qu’un multicoque manque un peu de caractère… Mais, s’il est comparé à un monocoque moderne, les deux se valent, avec même un petit bonus pour les nouveaux venus aux lignes plus avant-gardistes. Ah, les goûts et les couleurs…
À bord d’un multicoque, on a le mal de mer
Largement Faux
Au mouillage, un multicoque est bien moins soumis au roulis qu’un monocoque.
Un multicoque, ça coûte très cher au port
Plutôt vrai
De plus en plus de marinas s’adaptent et accueillent les multicoques tout en appliquant des tarifs attractifs.
Il reste toutefois des inégalités dues à l’environnement ; en Bretagne (France), ou dans la baie de Chesapeake (Etats-Unis), nombre de marinas sont situées dans des bras de mer où la place est comptée. En revanche, certains ports, comme à Castelldefels (Espagne) ou St Petersbourg (Floride), ont totalement modifié leur implantation pour recevoir plus de multicoques dans de bonnes conditions.
Reste qu’il existe d’autres alternatives, à commencer par le mouillage. Grâce à son excellente stabilité, le multicoque reste très confortable à vivre à l’extérieur des brise-lames. Etre ancré ou amarré à un corps-mort dans une baie abritée permet aussi de profiter d’une petite brise, ce qui est bien agréable par temps chaud. Cela vous offre aussi la possibilité de vous adonner à vos activités nautiques préférées, que ce soit la baignade, le kayak ou le paddle. Enfin, cela vous assure plus d’intimité, et l’annexe est toujours prête à prendre du service pour vous emmener à terre.
Une dernière solution, pour ceux qui naviguent sur des unités en dessous de 40 pieds, est le multicoque repliable. Une idée ingénieuse, simple à mettre en œuvre, qui peut permettre de transporter votre multicoque et surtout vous garantit de « tenir » dans une place traditionnelle au port.
Un multicoque, c’est plus cher à entretenir
Un peu vrai
Mis à part la contrainte de gérer deux moteurs au lien d’un (en ce qui concerne les catamarans), l’entretien d’un multicoque ne coûte pas beaucoup plus cher que celui d’un monocoque.
En fait, le seul entretien à faire en double, c’est celui des moteurs, avec deux vidanges ou encore deux filtres à huile, etc. Toutefois, outre le fait que les deux moteurs apportent un gain de sécurité, disposer de deux systèmes de propulsion permet de moins les solliciter et de prétendre à une longévité plus importante. Si vous optez pour un trimaran, vous revenez évidemment au schéma d’un monocoque avec un seul moteur.
En dehors de ce poste mécanique, les coûts sont très proches. Cela est vrai pour le gréement, pour la voilure et pour tous les systèmes du bateau.
Reste l’antifouling et, là encore, les deux (ou trois) coques réunies représentent bien un peu plus de surface que sur un monocoque, mais, si l’on part du principe que pour obtenir l’habitabilité d’un 50 pieds monocoque, on va opter pour un 40 ou 45 pieds multicoque, on se retrouve avec des surfaces assez similaires.
Le constat est très proche quand il s’agit de gruter un multicoque ou d’effectuer un carénage. Il existe donc une différence, mais pas si importante que cela.
La charge utile d’un multicoque est limitée
Largement Faux
Les multicoques de croisière modernes sont capables d’embarquer une importante charge utile.
De nombreux plaisanciers sont convaincus que la charge utile est plus limitée sur un multicoque que sur un monocoque – sans doute en raison d’une vision très « course » de l’univers des multicoques –, alors que la réalité est plutôt inverse. En effet, grâce à la présence de deux ou trois coques, la répartition des masses est bien meilleure et l’on peut parfois charger plus un multicoque, même si cela reste à éviter pour conserver de bonnes performances. A titre d’exemple, un monocoque Bavaria 50 Cruiser profite d’une charge utile de 2,6 t, alors que le prochain Outremer 48 affiche une charge utile de 4 t. Toutefois, les choses ne vont pas toujours dans le même sens, car, si l’on compare un Swan 54 et un Balance 526, le premier peut embarquer une charge utile de 7,2 tonnes, quand le catamaran devra se contenter de 3,1 tonnes. A chaque modèle sa charge utile !