On en rêve tous… Partir pour un an ou pour dix ans ! Mais est-ce vraiment possible ? Comment cela se passe-t-il ? Comment y arriver ? Comment le financer ? Et cela vaut-il vraiment le coup ? Comment les enfants vont-ils vivre cette aventure ? Autant de questions que se posent, entre autres, les candidats au départ.

Changer de vie : mythe ou réalité ?
En 30 ans de magazine, nous avons vu passer plusieurs générations de candidats au voyage en bateau. Il y a ceux qui voulaient juste "faire un break", et ceux qui voulaient totalement changer de vie. Ils sont partis, et sont revenus, même si certains d'entre eux continuent de "tourner autour du monde" et nous envoient régulièrement des photos et des témoignages. Souvent, les journalistes du magazine ont été les confidents de ces "aventuriers", et notre photothèque regorge de leurs souvenirs immortalisés dans les plus beaux endroits du monde. De ces milliers d'expériences, vécues toujours différemment selon les uns et les autres, nous pouvons tirer une conclusion : partir pour vivre, seul, en couple ou avec sa famille, en cata, ça vaut vraiment le coup… Et ça, c'est une certitude !
Partir en bateau et découvrir ce genre de mouillage… Ça vous tente ?
Comment s'y prendre ?
Tous nos lecteurs ayant "passé le pas" sont formels : lorsque la décision de partir est prise, le plus dur est fait… Le reste n'est que de l'organisation ! Pour certains, il s'agit de préparer leur patron (avec tact et ménagement) et de poser un congé sabbatique. D'autres démissionnent purement et simplement de leur travail. Enfin, les plus chanceux revendent leur business ou profitent de leur retraite et partent l'esprit libre, pour une durée qui dépend du montant qu'ils ont devant eux…
Les candidats au départ sont tous différents et ont des parcours multiples. Seule leur envie de partir en famille (ou en couple et même seul) pour vivre différemment leur est commune. Sur l'eau, on trouve toutes les catégories socio-professionnelles représentées. Du notaire au cadre dans une multinationale, en passant par le dentiste en "pré-retraite", mais aussi des employés ou même des journalistes de Multicoques Mag…
Ensuite, pour partir en bateau il faut… un bateau ! Si vous avez ce magazine en main, c'est que le choix d'un multicoque vous paraît la solution… Stable, confortable, plus rapide qu'un monocoque équivalent, offrant une belle intimité à chaque membre de la famille, facile à manœuvrer, le catamaran est LA solution idéale dans l'optique d'une vie prolongée à bord. La meilleure preuve est que nous connaissons tous des "monomaniaques" qui sont passés sur plusieurs coques, alors que l'inverse est beaucoup, beaucoup plus rare. Quand on a goûté aux joies du catamaran, il est difficile de repartir sur un bateau étroit, qui penche, et dont le tirant d'eau vous interdit les meilleurs mouillages…
Mais dans la famille des multicoques, le choix est vaste : du trimaran de grande croisière à la multitude de catamarans aujourd'hui disponible sur la marché. Neuf ou d’occasion, grande série ou cata construit à l'unité, en CP, sandwich, ou alu, plus ou moins rapide, acceptant une charge plus ou moins importante, il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses (de 50 000 euros à plusieurs millions d'euros !). C'est donc avant tout une question de choix personnels (voir notre dossier sur le bateau de voyage dans ce même magazine) et c'est sûrement cette partie de la préparation qui vous demandera le plus de temps et qui vous causera le plus d'angoisses. Car le bateau choisi deviendra, le temps de la croisière, bien plus qu'un engin de transport ou que votre nouvelle maison : il devient souvent un membre à part entière de la famille. La preuve ? On appelle souvent les navigateurs par le nom de leur bateau plus que par leur nom de famille.
Votre cata devra donc répondre aux envies et aux besoins de tous ceux qui trouveront place à bord : nombre de cabines suffisant, capable d'emmener la charge nécessaire, mais aussi répondant aux compétences nautiques de l'équipage. Rien de pire que de devoir se traîner sur un bateau lourd, si vous et votre famille êtes des fanas de régates en cata de sport. Tandis qu'à l'inverse, devoir sans cesse manœuvrer, régler les dérives et jouer avec les bras de spi peut rapidement lasser un équipage familial…
Pour partir sur le bateau de vos rêves, il n'y a que deux solutions : l'achat d'un catamaran ou d'un trimaran (neuf ou d'occasion) puis la revente ou la mise en location, ou la location longue durée. Cette dernière solution n'est valable que pour des durées assez limitées, et de toute manière un an maximum. Après, mieux vaut acheter. Pour info, la location d'un catamaran de 40 pieds aux Antilles coûte entre 50 et 60 000 euros l'année… Une belle somme, certes, mais qui offre l'avantage de n’avoir ni à préparer le bateau, ni surtout à s'occuper de le revendre après votre croisière.
Le plus classique reste donc d'acheter puis de revendre son bateau à son retour. Là encore, il y a quelques règles à respecter pour que tout cela se passe bien (voir encadré).
Quoi qu'il en soit, neuf ou d'occasion, à l'achat ou à la location, le choix de votre bateau dépendra en grande partie de votre équipage et de votre programme. Il faudra le définir avec attention pour ne pas se tromper et gâcher votre rêve !
Alors, année sabbatique ou grand départ pour "aussi longtemps que le vent me portera" ? Tour de Méditerranée, de l'Atlantique, des Antilles ou carrément tour du Monde ?
La classique de l'année sabbatique est le tour de l'Atlantique : on part du port où l'on a préparé le bateau, on traverse l'Atlantique en passant par les Canaries, parfois le Cap-Vert. Puis on passe 9 mois aux Antilles avant de revenir par une deuxième transat. L'autre solution est d'acheter son cata aux Antilles et d'y passer son année : on revend le cata sur place ou en Europe après une transat retour. En général, le choix sera fonction de l'envie de traverser l'Atlantique, mais aussi de l'opportunité de trouver le bon bateau au bon endroit.
Le tour de Méditerranée est plus rare, mais offre sans conteste une destination des plus variées. Seul bémol, la météo pendant les mois d'hiver qui sera plus dure à vivre qu'aux Antilles et sa température bloquée sur les 30°C…
Et puis, pour ceux qui partent pour au moins trois ans, il y a le mythique tour du Monde par les alizés. Une vraie belle aventure, faites de navigations hauturières, de mouillages sauvages et isolés, de rencontres uniques et de destinations à défricher (voir pages suivantes).
Quel que soit votre programme, il faudra l'adapter à votre bateau (difficile d'envisager une transat sur un cata de 8 mètres…), mais aussi à votre équipage. Pourquoi imposer une traversée à votre famille, si votre femme souffre d'un mal de mer chronique, ou est terrorisée dès que la terre disparaît à l'horizon ? Mieux vaut faire un beau tour des Antilles qui ravira tout le monde que d'imposer un planning que votre équipage ne pourra pas suivre…
Antoine navigue depuis plus de 30 ans autour du monde et sur son cata… Et il continue à aimer ça !
Le prix du rêve…
On a beau dire qu'il suffit d'oser, il faut aussi en avoir les moyens. Une année (ou plus) sabbatique en cata de croisière a un coût, c'est certain ! Alors, soyons concrets : combien ça coûte ?
Que vous partiez pour un an ou pour cinq ans, que vous ayez choisi un catamaran neuf de 70 pieds, ou un 35 pieds d'occasion, votre budget va s'articuler de la même manière autour de quatre axes principaux : l'achat du bateau, sa préparation, les dépenses personnelles de l'équipage pendant le voyage, et celles pour le bateau…
Pour le bateau, comptez de 100 000 euros à... aucune limite !
Vous avez le bateau, parfait. Il faut maintenant l'équiper… En général, on considère qu'il faut compter entre 10 % et 15 % de la valeur d'achat en préparation. Mais attention, si vous souhaitez partir avec des moteurs neufs, un dessal, une machine à laver, et un compresseur pour la plongée, et avoir une connexion internet haut débit, etc., la facture peut (très) rapidement monter à près de 50 % de la valeur d'achat. Et il faut savoir que ces équipements, s'ils peuvent aider à la négociation au moment de la revente, ne donneront pas pour autant une plus-value réelle au bateau.
Vous voilà donc maintenant le captain d'un beau catamaran parfaitement équipé pour la vie à bord. Reste à savoir combien vous allez dépenser par mois sur votre bateau… On commence par prendre en compte les dépenses liées à votre vie de terrien. Impôts, crédits éventuels, assurances, etc. Ces dépenses sont fixes et il suffit de prendre vos relevés bancaires pour en faire le compte. Ensuite, vient la vie à bord… Dans les dépenses personnelles, vous devrez compter le ravitaillement pour toute la famille, les loisirs, les marinas et les clearances. Là encore, pour les montants à prévoir, tout dépend de votre manière d'envisager la vie à bord de votre bateau… Louer des voitures, visiter les îles, manger au restaurant peut rapidement coûter assez cher. Dans le même ordre d'idée, les clearances, aux Antilles, peuvent faire un gros trou dans la caisse du bord. A ces dépenses personnelles, doivent s'ajouter les dépenses liées au bateau : l'assurance, le gasoil, et le budget "spécial imprévus" (qui par définition sont difficilement… prévisibles !). Un famille "type" de lecteur de Multicoques Mag (4 personnes sur un cata de 40 à 45 pieds) dépense en général entre 1500 et 3000 euros par mois tandis qu'ils ont un "petit trésor de guerre" pour les réparations éventuelles de 10 000 à 25 000 euros, selon le bateau.
La vie en bateau : la joie des enfants, le bonheur des parents…
Et les enfants ?
Les enfants à bord… Que de questions à leur sujet. Comment vont-ils s'adapter ? La sécurité ? L'école ? Dans la très grande majorité, les enfants s'adaptent à la vie à bord bien plus vite que les adultes. En quelques jours, ils assimilent les règles de sécurité, trouvent leur place à bord, et prennent un vrai plaisir à cette nouvelle vie avec leurs parents, enfin disponibles… Partir avec ses enfants est une vraie chance que vous pouvez leur offrir. Les ouvrir sur le monde, leur montrer des choses que les autres ne verront jamais, et surtout vivre tout simplement avec eux.
Si l'adaptation ne pose aucun problème, il faut rester vigilant en termes de sécurité. La stabilité d'un catamaran est à ce niveau un vrai plus. Il faut pourtant garder à l'esprit qu'un jeune enfant doit être sous la surveillance d'un adulte tout le temps. En navigation, limiter leurs déplacements à l'intérieur du bateau ou au cockpit, et les habituer à toujours demander à un adulte avant de sortir est la base de la sécurité. Poser des lignes de vie à bord et avoir un harnais facile à enfiler et qui ne les gêne pas est aussi indispensable.
Le plus gros problème avec les enfants à bord, c'est l'école. Le système français du CNED est particulièrement bien adapté à l'école à bord. L'enseignement est gratuit pour les enfants, de la maternelle au lycée s'ils sont domiciliés en France… Pour les enfants domiciliés à l'étranger, le coût reste modique : 113 euros par an pour le primaire, 134 euros pour collège et 238 euros pour le lycée. Moyennant quoi, vos enfants recevront tous les cours de leur année scolaire, avec exercices, devoirs, et s'ils travaillent bien, le certificat de passage en classe supérieure pour reprendre une scolarité classique à leur retour… Le seul hic, c'est que si vous êtes en année sabbatique, ce n'est pas leur cas. Ils devront donc travailler. En général, l'expérience montre qu'en "faisant l'école" tous les matins et en se gardant quelques vacances lors des visites à bord des amis ou de la famille, on arrive à suivre le programme. Mais il est parfois difficile de mettre certaines de nos têtes blondes au travail, lorsque l'on est au mouillage dans un coin paradisiaque… Le prix à payer pour vivre le rêve !
Même les plus petits adorent et s'adaptent en un clin d'œil.
Invitation au voyage
Quand la bicoque terrestre devient bicoque flottante... Partir jusqu’au bout de l’horizon, au pays des albatros ou des pailles en queue, dans l’univers des glaciers frisquets ou des lagons azurés et des plages ensoleillées. Partir, sur 2 coques, sur 3 coques.
Partir, pourquoi ? Parce que l’appel du voyage est le plus fort. Elle est bien loin l’image du navigateur solitaire qui partait pour fuir une société qu’il aurait rêvée meilleure ailleurs. De nos jours, on part pour découvrir le monde, dans l’esprit d’une maison sur l’eau, une bicoque, un antre flottant, un appartement lacustre, un lieu qui soit à la fois une école pour les enfants et un salon pour les parents, une cuisine, des chambres pour toute la famille. Un espace à vivre avec pour particularité de les emmener sur les 7 mers et aux 4 coins de la planète, du nord au sud, de l’est à l’ouest.
Moments magiques de partage unique avec ses enfants…
« Dis-moi quel est ton multi, je te dirai qui tu es... »
Il y a les adeptes du confort spartiate mais qui fleure encore bon l’aventure et les années 70 et la joie de naviguer sur un bateau simple. Il y a les amoureux du confort à tout prix qui n’imaginent pas s’aventurer sur les océans autrement que sur les coques d’un 65 pieds. Il y aura toujours ceux qui arpenteront les océans à la barre d’un bon vieux Snowgoose anglais âgé de quatre décennies et qui, bien entretenu, satisfera toujours des candidats au départ peu enclins aux performances. Car la question se pose : de quoi a-t-on le plus envie ? Rêver toute sa vie à un improbable grand bateau, ou vivre son rêve quoi qu’il advienne ? Bien entendu, les performances et le confort seront au rendez-vous pour ceux qui ont pu investir dans une unité récente.
La tendance actuelle semble se stabiliser autour des 50-55 pieds. Mais qu’il s’agisse d’un Lagoon, d'un Fountaine, d'un Nautitech ou d'un Outremer, Catana ou Leopard, ou encore d'un Neel, un Sunreef ou un Privilège… aucun constructeur ne se démarque vraiment chez les "catavigateurs" au long cours. C’est avant tout une histoire de coup de cœur, et le candidat au départ qui avait imaginé "son" multi de vagabondage idéal se retrouvera finalement peut-être un jour à la barre d’un bateau aux antipodes de celui auquel il avait pensé. Mais l'important n'est-il pas de partir ?
En tendant l’oreille en direction des pontons et de leurs échos, une chose est sûre : nombreux sont ceux qui, après avoir traversé une mer, un océan, voire effectué une circumnavigation sur un monocoque ; demandez-leur sur quel type de bateau ils repartiraient ; la réponse est sans équivoque : « Le bonheur sur l’eau passe par 2 coques ».
Les raisons sont diverses. Comme le disait Phil Weld à son époque : "J’aime mieux parcourir 220 milles par jour à l’horizontale sur un multi plutôt que 120 sur un monocoque gîté".
Cata luxueux ou occasion de 9 m des années 80, qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse…
PRÉPARER LA REVENTE
La vente d’un catamaran de voyage n’est pas aussi simple qu’il y paraît, et demande une préparation soigneuse. L’idéal est de commencer à mettre des annonces six mois avant la fin de votre périple, afin que vous ayez le temps de prendre des contacts avec des acheteurs, pour qui il sera difficile de venir voir votre bateau, naviguant entre les îles antillaises ou les lagons polynésiens…
Avant de faire visiter votre bateau, n’hésitez pas à le briquer, et à faire toutes les petites réparations que vous remettiez à plus tard. Là aussi, avoir prévu un petit budget de réfection en vue de la revente n’est pas inutile ! (voir notre dossier complet dans le Hors série 9 - Eté 2015)
A deux, à trois, à 10… Quels que soient le cata et le nombre d'équipiers, l'année sabbatique n'est, le plus souvent, que du bonheur !
Bateau rapide ou cata placide, il y en a pour tous les goûts. L'essentiel est de trouver pointure à son pied.