Opportunité de fin de saison
Me voilà donc arrivé à Alimos Marina, le plus grand port de plaisance grec, avec ses 1 100 places et ses 600 emplacements dédiés à l’hivernage. Voilà pour le décor à 40 minutes de l’aéroport : l’endroit n’a rien de charmant, mais tous les services dont un plaisancier peut avoir besoin sont bien au rendez-vous. C’est dans cette marina que le loueur de bateaux Istion Yachting, dont l’activité a démarré en 1992 sur l’île de Kos, a déménagé sa base principale et ses bureaux dès 2007. Si je vous parle de ce loueur, c’est que c’est son fondateur et PDG, Ioannis Kourounis, qui a imaginé le concept de la Catamaranscup et qui l’a mis en place en 2010. L’idée est lumineuse : offrir un dernier sursaut d’activité à toutes les flottes de location opérationnelles en Grèce à la fin de la saison. Début novembre, les bateaux de location sont en effet mis en sommeil jusqu’au mois d’avril. Ils sont parfois remisés à terre, hivernés à flot, révisés de la tête de mât aux ailerons, c’est selon, mais en tout cas ne naviguent plus. Pour tout le personnel saisonnier, cette semaine qui intègre le mois de novembre est également la dernière passée sur l’eau… Ioannis a donc proposé de transformer cette dernière semaine d’activité en véritable fête. Il a d’entrée de jeu réservé son événement aux catamarans, considérés comme des supports plus conviviaux, mais un prochain rassemblement en Croatie pourrait bien rassembler monocoques et catamarans dès le printemps prochain.
Un tarif accessible
La formule ne se veut pas exclusive ; elle est au contraire ouverte aux autres loueurs ; à eux de motiver leurs clients ! Pour cette édition 2023, nous n’avons pas croisé de catamarans de Propriétaires. Au final, la Catamaranscup est donc proposée aux navigateurs comme une semaine hybride un peu à part, puisque le séjour comportera 5 jours « full inclusive » et le reste en mode autonome classique. Ce tempo est à même de séduire les équipages qui cochent pour la première fois la case bare boat ; pendant toute la durée de la régate, ils seront assistés à 100 % quant à l’itinéraire et aux manœuvres de port. Istion Yachting réquisitionne en effet plus de 10 personnes, dont un mécano, un plongeur et toute une équipe média.
Il ne restera plus aux équipages qu’à caboter tranquillement de mouillage en mouillage jusqu’à leur base de départ. Il est également possible de booker un catamaran avec skippers.
Ceux qui ont loué un catamaran en pleine saison, que ce soit aux Antilles l’hiver ou en Méditerranée l’été, savent bien combien les tarifs s’envolent… La bonne surprise de cette Catamaranscup, qui s’opère donc en basse saison, c’est qu’elle devient très accessible. Le prix demandé se cale sur le tarif basse saison plus un surcoût de 1 000 € par multicoque (quel que soit le nombre d’équipiers embarqués à bord). Pour notre Excess 14, cela équivaut à 5 000 €. Nous étions 6 à bord, donc cela revenait à un peu plus de 800 € par personne. Certains équipages n’ont pas hésité à pousser à 10 participants ; la note descend alors à 500 € par tête de pipe – qui dit mieux avec quatre nuitées au port et autant de soirées/dîners pris en charge ?
Rendez-vous à Alimos
L’Excess 14 qui nous a été réservé, quasi neuf, est nickel – il termine sa première saison de location. Chacun prend ses marques dans les cabines attribuées et on termine l’avitaillement. Le temps est estival : près de 30°C, mais pas de vent. C’est bien ce qui embête Théo, responsable des ventes EMEA Excess. Notre Excess 14 se coltine le deuxième plus gros rating après le Samana 59 et c’est vrai que la pétole ne devrait pas nous aider beaucoup…
La flotte a donc rendez-vous le 28 octobre dans la marina d’Alimos pour le check-in ; l’occasion pour moi de jeter un œil à la liste des inscrits. Première surprise, nous sommes tout de même près de 300 marins sur la liste ! Familles, amis et parfois location à la cabine, les équipages ont des origines très diverses : les pays les plus représentés, mis à part la Grèce, sont la Roumanie, la Belgique, la Suisse, l’Italie et l’Allemagne… mais il y a également des Français, des Bulgares, des Croates, des Lettons, des Ukrainiens, des Israéliens, des Canadiens et des Américains. L’événement est donc on ne peut plus international – et c’est bien ce qui apporte une touche extraordinaire aux échanges. Tous les documents et instructions sont évidemment rédigés en anglais – et presque tous les équipages communiquent entre eux en anglais. Le parcours étant peu ou prou le même chaque année, on pourrait penser que le « taux de renouvellement » des inscrits est faible ; eh bien non : je découvre de très nombreux équipiers qui participent pour la deuxième, troisième… voire sixième fois ! Ce doit vraiment être sympa, cette Catamaranscup !
L’Excess Team m’a bien demandé de revêtir T-shirt et casquette aux couleurs du chantier – pour la belle veste noire, il fait franchement trop chaud ! –, mais je pensais que la première soirée se limiterait à la présentation des équipages… En fait, non !
Les organisateurs sortent déjà le grand jeu, avec show nocturne de drone, dîner dans un improbable restaurant flottant privatisé et concours de « déguisement » pour les équipages.
Les affaires nautiques démarrent le lendemain, avec une première étape de 26,5 milles vers Poros, au sud. Notre skipper maison, André, connaît le Péloponnèse comme sa poche et parle très bien le grec : il est ravi de profiter ce cette escapade. Théo est plus impatient de sortir du port – il faut dire que notre position nous contraindra à sortir les derniers. Au final, faute de vent, la manche du jour sera annulée. Va pour la route pêche au moteur… Félix, technico- commercial, lance une ligne de pêche. Du coup, nous longeons l’île d’Egina et nous nous offrons un superbe mouillage tout près de l’île minuscule de Daskaleio, dans la baie des Russes. Le plan d’eau est complètement protégé et la lumière sublime. Pour Alice, chargée de communication Excess, c’est l’heure du premier bain – l’eau est encore à 22°C. Quant aux paddles, ils sont de sortie. Nous rejoignons ensuite la flotte à Poros, un port magnifique. Tous les fourneaux sont en ébullition ; ce soir, c’est concours de cuisine avant la soirée !
Pour notre deuxième jour, les conditions sont toujours aussi clémentes ; les catamarans contournent en procession Poros par le sud. Cette fois-ci, nous parvenons à boucler un parcours. Le vent est si faible que nous peinons parfois à faire passer les lattes de notre grand-voile du bon côté. Bref, on ne parvient pas vraiment à faire marcher l’Excess 14 et notre rating nous plombe – c’est le jeu de la régate ! Le parcours initial de 27 milles sera d’ailleurs réduit à moins de 10… Nous avons ensuite le temps de profiter d’un mouillage et de faire un tour d’honneur dans le port d’Hydra – magnifique escale. Nous rejoignons enfin Porto Heli, une vaste baie remarquablement protégée. Tous les catamarans s’amarrent à couple sur un simple ponton en T. A bord de l’Excess, la team est proche du burn-out : ce soir, c’est la soirée orange du constructeur !
Les casquettes au design soigné connaissent un grand succès – bien vu, Théo !
Le programme du troisième jour est de faire cap à l’ouest-nord-ouest vers Paralio Astros. La route théorique affiche précisément 18,40 milles, mais les organisateurs attendront la brise thermique de l’après-midi pour lancer le départ ; nous sommes donc tous invités à mouiller dans la baie voisine de Kollàdhia. Là, une incroyable course de paddle est lancée ; notre équipage est représenté par Nina, cheffe de projet marketing. Malgré toute son énergie et nos encouragements, le paddle de l’Excess 14 reste en milieu de peloton. Théo commence à avoir la rage de la gagne quelque peu entravée, d’autant que la régate qui suit nous classe à peine mieux que la veille… Keep cool, on est là pour s’amuser ! Les 34 catamarans s’amarrent donc dans le port d’Astros. On découvre une charmante station balnéaire surplombée par les ruines d’un château. De là-haut, le coucher de soleil est un moment magique.
Pour le dernier jour, le parcours est moins ambitieux, puisqu’il s’agit de rallier Nafplion, à moins de 10 milles plein nord. Comme la veille, un rassemblement au mouillage est prévu pour la matinée. Mais pour cette dernière journée, l’objectif est tout de même plus ambitieux, avec l’établissement d’une gigantesque fleur dont chaque catamaran devient un pétale... Nous nous dirigeons vers Secret Beach, un mouillage désert protégé par une petite île. Les opérations prennent plus d’une heure, mais les gars d’Istion Yachting connaissent leur affaire. Avec Alice et Nina, nous nous aventurons dans une grotte, puis je grimpe en haut de l’île pour savourer le point de vue sur le golfe Argolique. A midi pile, à l’issue d’un décompte assuré par la sono embarquée à bord du Bali 4.8 d’assistance, tous les participants plongent ou sautent dans l’eau ; dans le ciel, un drone immortalise le moment. La grande fleur constituée par les multicoques devient également un parcours pour les annexes : une course est lancée – sans moteur, évidemment – et c’est Félix qui s’impose haut la main ! L’Excess Team n’est plus bredouille ! L’après-midi, un dernier parcours avec une marque à virer nous oblige enfin à faire autre chose que du vent arrière… mais ça reste du portant avec un peu de travers. Toujours pas de près ou de louvoyage, conditions où notre Excess aurait pu sortir du lot. Nous parvenons à gérer les dévents et nous ne nous en sortons pas si mal. Mais c’est toujours le Lagoon 450 équipé d’hélices repliables qui parvient à s’échapper, et pas qu’un peu ! Nafplion est une cité historique – la vieille ville et la citadelle d’Acronauplie valent une visite. A l’issue d’un grand dîner/remise des prix, les participants sont invités à prolonger la fête en ville – ça tombe bien, aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Théo !
Une flotte 100 % location 4 marques et 16 modèles représentés, de 12 à 19 m
La jauge Multi 2000 retenue permet d’établir des temps compensés pour chaque régate et de répartir les multicoques dans 3 catégories. Précisons qu’aucun catamaran n’est réellement jaugé et contrôlé… Si vous souhaitez grimper sur le podium, assurez-vous que vos carènes sont propres et débrouillez-vous pour disposer d’un spi. Le top turbo ? Les hélices repliables !