Les amateurs de navigation sur plusieurs coques – et c’est vrai également pour ceux qui affectionnent encore le monocoque – mettent souvent du temps à franchir le pas et à se décider à louer un multi… Pourquoi ? Dans l’imaginaire collectif, louer un voilier, ça coûte cher. Certes, s’offrir une semaine de location aux Bahamas en famille, en pleine saison (mars/avril) billets d’avions compris, n’est pas à la portée de toutes les bourses. Mais, en optant pour une destination moins lointaine, une saison creuse, un bateau plus grand pour le remplir à deux familles, ou encore en vous intéressant aux offres de certains loueurs, il y a moyen de trouver une location qui corresponde à votre budget. Et même de dénicher à la dernière minute, grâce à Internet, où l'on trouve de de très nombreuses offres, des semaines de location à prix cassés…
Un marché en pleine évolution
Le marché de la location de bateaux a longtemps été tenu par de grands acteurs comme Sunsail/ The Moorings, Dream Yachts Charter, Kiriakoulis, etc. La force de ces professionnels : la mise en place de bases physiques, avec parfois plus de 30 voiliers par site. Des emplacements tenus par des professionnels – accueil, entretien, skippers. Leur second atout : une offre de location/gestion pour les propriétaires, et donc des bateaux neufs ou en très bon état pour les locataires… D’autres structures plus locales sont parvenues aussi à se faire une place au soleil. Des entreprises familiales (souvent) à taille humaine où le service est le maître mot et où chaque client se sent un peu comme "à la maison" !
Et puis, au fur et à mesure, certaines agences se sont créées pour proposer aux loueurs traditionnels de rassembler les offres sur une même plate-forme. Au départ, avec un catalogue, puis aujourd'hui sur Internet. Certaines de ces agences créées il y a plus de 20 ans référencent aujourd'hui plus de 18 000 bateaux dans plus de 80 pays !

Enfin, le marché devenant aujourd'hui mature et surtout financièrment très intéressant, quelques start-up se sont créées pour profiter de l'aubaine. Expertes en référencement, elles parviennent à se hisser en tête des recherches sur le Net. Cliquez "location de catamaran" sur Google, et vous découvrirez des noms totalement inconnus il y a encore quelques mois/années au milieu des loueurs installés depuis des décennies… Ces officines ne louent pas de bateaux, ne connaissent pas forcément les destinations, mais mettent en relation des professionnels (les loueurs) ou des particuliers (propriétaires de bateaux) et des locataires. Ces agences d'un genre nouveau dénichent les meilleures offres grâce à des sites Internet ultra efficaces, connectés à tous les acteurs du marché. On retrouve ici le principe des plates-formes spécialisées dans l’hôtellerie ou les voyages, comme Booking et Opodo. Toujours est-il que ces tout jeunes venus dans le monde de la location de bateaux rassemblent aujourd’hui des dizaines de milliers de bateaux… Mais, si vous souhaitez obtenir de bonnes informations sur votre futur bateau et/ou la zone de navigation, mieux vaut passer par un loueur patenté ou une agence qui connaît son métier…

Avec ou sans skipper ?
C’est bien sûr la première question à se poser… Si vos connaissances en matière de navigation sont insuffisantes, vous serez contraint de confier la bonne marche du bateau à un marin compétent. Vous pouvez le dénicher dans vos connaissances et l’intégrer à votre équipage. Ou plus simplement demander à votre loueur les services d’un skipper. Celui-ci, familier du multicoque que vous louez et de la zone de navigation, saura vous concocter une ou plusieurs semaines de croisière réussie(s), même si la météo n’est pas si conciliante. Un skipper pro n’est pas un moniteur de voile, mais certains sont ravis de partager leurs connaissances ; n’hésitez pas à vous impliquer lors des manœuvres et du suivi de vos navigations. Coût d’un skipper diplômé à votre bord : 100 à 200 € par jour.
C’est maintenant qu’un sujet particulièrement explosif est abordé… celui des nombreuses locations proposées par des particuliers, en direct ou non, et qui sont dispensées avec le propriétaire à bord, lequel n’est pas toujours professionnel, loin s’en faut. Problème : dans le cadre d’une location, c’est illégal – en cas de pépin grave, ça peut très mal tourner –, et c’est en plus une concurrence déloyale aux pros qui sont diplômés Capitaine 200. En revanche, la loi autorise les sorties en mer à bord d’un multicoque skippé par son propriétaire dans le cadre d’un accompagnement. Concrètement, le skipper d’un catamaran souhaite découvrir la Sardaigne pendant une semaine au départ de Naples ; il peut vous proposer de l’accompagner moyennant participation à la caisse du bord. Soit les frais de nourriture, gazole et ports. Un budget quotidien par personne qui n’excède pas, en général, les 50 €. Il ne s’agit donc pas d’une location avec skipper, mais d’un partage, à l’instar d’un parcours en voiture. Toute proposition de ce type réclamant un montant sensiblement supérieur est en revanche une location déguisée – et donc illégale, répétons-le.

Où louer son multicoque ?
La plupart des grands loueurs privilégient les régions du monde où les conditions météo sont clémentes – au moins pendant quelques mois –, qui présentent un intérêt en navigation et où les conditions de sécurité et de stabilité géopolitique sont satisfaisantes. Les zones méditerranéennes (Côte d’Azur, Baléares, Croatie, Grèce) et tropicales (Antilles, Bahamas, Thaïlande, Seychelles, Polynésie) sont donc prisées, pour peu que le secteur recèle de mouillages bien abrités. Le coût d’une semaine de location doit bien sûr intégrer le voyage depuis chez vous ; quatre billets pour Papeete, ça peut facilement tripler votre budget… Ne négligez pas non plus les postes taxi, repas, carburant, qui peuvent, dans certains pays, être incroyablement élevés… Mais, avec la multiplication des loueurs – même avec un ou deux bateaux seulement –, on trouve facilement des multicoques à louer partout dans le monde : des Anglo-Normandes au golfe du Morbihan, en passant pas la Scandinavie ou la côte est américaine…
Haute ou basse saison ?
Pas de mystères. Si une semaine de location d’un muli peut coûter deux ou trois fois plus cher en haute saison, c’est que les conditions sont, en termes statistiques, optimum. Chaleur, soleil et vent garantis ou presque. Opter pour la basse saison, c’est forcément prendre le risque d’un temps plus frais, voire froid, pluvieux ou, pire, tempétueux. Un exemple : les bases de location en Croatie sont ouvertes de mars à novembre. En début de saison à Dubrovnik, les températures moyennes mini/maxi sont de 9/15°C, contre 20/33°C en juillet et en août et 12/18°C en novembre. Le soleil ? 6 heures par jour en mars, 11 en juillet, 10 en août et seulement 4 en novembre. Jours de pluie ? Respectivement 12, 4, 5 et 11. Sans parler, en novembre, des jours très courts… Et en mars d’une eau à 14,5°C, contre 25,6°C en juillet. En revanche, la pleine saison (en particulier en Méditerranée) peut être également synonyme de mouillages saturés. C’est parfois vrai en Corse, en Sardaigne et aux Baléares… ll faut alors savoir trouver le bon spot, ou utiliser les compétences d'un skipper local (voir ci-dessus) pour qu'il vous déniche les mouillages solitaires…
Le compromis est donc peut être d’opter pour… la moyenne saison. Celle où les conditions sont bonnes, mais hors des traditionnels congés scolaires. En étudiant les différentes possibilités et les statistiques météo qui vous conviennent, vous serez surpris, dans certaines zones du monde, de découvrir que les pics de fréquentation ne correspondent pas forcément à ce que vous imaginiez… D’abord parce que les saisons sont inversées suivant les hémisphères. Ensuite parce que tous les pays ne suivent pas le même timing de vacances scolaires.
Louer à un pro ou à un particulier ?
Assez logiquement, la location auprès d’un professionnel coûte souvent plus cher que si vous vous adressez à un particulier. Les charges du premier ne sont évidemment pas les mêmes. Mais un professionnel est en mesure de vous offrir de vraies garanties. Encore un exemple. Vous avez loué aux îles Vierges britanniques. Votre grand-voile se déchire à 16h, au large de Beef Island, au moment où l’alizé commençait enfin à rendre votre navigation excitante. Vous voilà sous foc et moteur, à quelques dizaines de milles de la base de votre loueur. Un simple appel téléphonique – un portable local est parfois confié à l’équipage ! – et l’équipe Sunsail embarque une voile de remplacement. En semi-rigide ou en camion, deux gars débarquent deux heures plus tard au mouillage d’attente convenu. La nouvelle voile est ralinguée alors qu’il ne fait pas tout à fait nuit… Expérience vécue par votre serviteur… Voilà la supériorité d’un loueur qui dispose d’une base. Sans oublier que celle-ci propose aussi parfois une plage privée, une piscine, voire des chambres d’hôtel toutes proches en cas d’impossibilité de naviguer – tempête tropicale, mer très forte, etc. Dans le cas d’une location à un particulier, toute avarie bénigne – moteur désamorcé, rupture de drisse – peut vous pourrir votre semaine de location. Un risque à prendre en compte. Avantage en revanche aux particuliers quant à la diversité de l’offre. Ce sont eux qui pourront vous proposer des petits trimarans excitants à mener, ou des catamarans atypiques. Quoique de plus en plus de loueurs se distinguent aussi en proposant des bateaux atypiques. Vous les trouvez dans les annonces de Multicoques Mag !
Une semaine à bord d’un multi… à tous les prix
Là encore, c’est devant le clavier que les meilleures offres apparaissent… Une remise de 35 % pour un départ au débotté en cette fin d’été à bord d’un Nautitech 435 – avec skipper –, ça fait 2 925 € au lieu de 4 000 pour une semaine en Corse du Sud. Les Seychelles ? Un Lipari 41 n’attend que vous contre 2 800 €. Mais là, on part dans deux jours ! Ces deux propositions étaient visibles sur Internet à l’heure où nous bouclions ce numéro. Veillez toutefois à bien tenir compte des suppléments. L’offre du Lipari, par exemple, affiche un supplément literie de 15 € par personne et 100 € pour la mise en place d’un filet de sécurité. Des prestations généralement comprises chez les grands loueurs – les lits sont faits et vous disposez de deux serviettes par personne. Mais, a contrario, d’autres services comme le transport d’un aéroport à la base de location peuvent s’avérer grossièrement surfacturés… renseignez-vous sur les prix habituels de ces prestations avant de passer par le loueur. Les prix des grands loueurs, justement ? Une semaine en Croatie peut se trouver début avril pour 1 690 € à bord d’un Lagoon 380 et 2 590 € pour un Sunsail 444 début novembre. Même catamaran et même prix pour une semaine en Thaïlande en novembre. 4 580 € pour un Bali 4.5 en Grèce début mai. 9 250 € pour un Sunsail 484 au départ de Vancouver début octobre. Deux prestations plus élitistes pour finir : 12 320 € la semaine aux BVI début décembre à bord d’un Saba 50 et 13 420 € pour un Lagoon 52 aux Seychelles en mars. Bref, il y en a pour tous les goûts, les climats et… tous les prix. Retenez tout de même que la marge des brookers est de 15 % ; il ne sera pas forcément difficile d’obtenir un discount de 10 % en traitant en direct avec le loueur – en tout cas en dehors de la pleine saison.

Plus on est de fous, moins c’est cher !
La grande supériorité – en tout cas pour les catas de croisière – des multicoques en comparaison avec les monocoques, c’est que vivre nombreux à bord ne pose aucun problème pendant une semaine. Dans un catamaran de 40 pieds, partager les quatre cabines à quatre couples ou à deux couples et quatre enfants, ça le fait ! Du coup, il devient intéressant de calculer le prix à la couchette, à la cabine ou aux cabines suivant le partage des frais de location. Dans cette optique, partir sans skipper est au final doublement avantageux : on ne paye pas de prestation supplémentaire et on gagne une couchette – voire une cabine. Si nous reprenons les exemples cités plus haut et que vous parvenez à "remplir" le bateau, le Nautitech 435 avec skipper propose 6 couchages, soit 487,50 € la couchette. 7 couchages pour le Lipari des Seychelles, soit 400 € par personne. Le Lagoon 380 peut accueillir 8 personnes, soit 211 € par couchette pour une semaine. Et là, c'est même moins cher qu’à l’hôtel, non ? Les Sunsail 444 affichent 10 couchages, soit 259 € par personne. A bord du Bali 4.5, jusqu’à 10 couchages : 458 € par tête. Comptez 771 € par membre d’équipage pour le Sunsail 484 de Vancouver et ses 12 couchettes, 880 € pour le Saba qui peut accueillir 14 personnes et enfin 959 € pour le Lagoon 52 (14 personnes). Reste qu’occuper toutes les cabines, ça va. Squatter le carré, ça peut devenir compliqué !
On se retrouve aux Seychelles le mois prochain ?
