La croisière peut sembler, a priori, une activité et un mode de vie éloignés du luxe et du confort ; c’est un constat qui s’avère le plus souvent exact, sauf à être embarqué à bord d’un yacht de grand luxe. Dans ce cas, l’ambiance n’a plus rien à voir avec celle d’un classique bareboat où vous êtes skipper de fait, avec toutes les compétences et tout l’engagement personnel et organisationnel nécessaires. Avec un charter de luxe, vous n’avez plus qu’à vous laisser tranquillement cocooner en profitant de toutes les activités du bord – plongée dans les îles de l’océan Indien, découvertes des marchés colorés et ensoleillés en Turquie, balades sur les plages de sable fin des Caraïbes ou encore coucher de soleil sur Santorin en mer Égée, le catalogue semble infini !
L’accès aux plus beaux littoraux du monde depuis la terrasse d’un palace, avec une restauration et un service ad hoc, vous est offert... C’est cependant une expression un peu expéditive, car le tarif des « offres » n’a plus grand-chose à voir avec celui de la location sans équipage. Un yacht qui comporte au moins quatre ou cinq cabines doubles à salle de bains privative dont une suite parentale mesure en général 25 à 40 mètres. Les tarifs de location de telles unités dépassent le plus souvent les 100 000 € la semaine, auxquels il faut rajouter les frais d’approvisionnement, de port et de carburant. Sur des yachts monocoques de ce standing qui consomment beaucoup de carburant, la facture peut s’avérer salée. Une solution existe pourtant pour rendre le rêve (un peu) plus accessible : c’est le multiyacht, bien sûr !
Multiyacht : des atouts… multiples !
Les qualités intrinsèques d’un multiyacht sont en effet nombreuses dans le cadre de la croisière. Plate-forme hydraulique XXL d’accès à l’eau, espaces extérieurs immenses – pontage avant, cockpit arrière et flybridge, énorme salon intérieur multifonction avec vue panoramique, isolement des cabines et enfin stabilité naturelle procurent à ces super catamarans (les trimarans existent, mais sont encore peu nombreux) des avantages intrinsèques permettant de rivaliser avec des monocoques bien plus grands. Le volume offert par les cabines ou les suites, avec salle de bain privative, lit king size, bureau et bien sûr dressing, est digne de celui d’un luxueux appartement, ou même d’une villa. Comparés à ceux d’un monocoque, les quartiers d’équipage sont aussi plus spacieux, cloisonnés et/ou séparés, et intègrent une cuisine professionnelle et des pics avant dédiés. Ces volumes permettent aux marins d’être à leur aise, et préservent l’intimité des passagers, condition essentielle pour un service de qualité tout au long d’une saison. En résumé, un multiyacht de 24 mètres offre la même aisance que celle d’un yacht monocoque de 35 mètres. Un avantage évident sur le plan administratif du navire qui, au-delà de 24 mètres justement, doit être classé commercialement selon des normes assez draconiennes qui augmentent la complexité et le budget de fonctionnement. Enfin, le dernier avantage, et non des moindres, est la faible traînée générée par un multicoque, laquelle réduit la consommation de carburant assez remarquablement. Il n’est plus rare de voir un multiyacht à moteur se contenter de 50 à 80 litres/heure, pendant que son alter ego monocoque, bien plus long et puissant, brûlera plus de 300 litres/heure. La différence est conséquente à la fin de la semaine, et peut facilement faire baisser le coût global de la location de 15 %, nous y reviendrons plus loin.
Une montée en puissance inéluctable
Les deux dernières décennies ont vu les parts de marché dans le segment du catamaran de luxe augmenter irrésistiblement. Les avantageuses caractéristiques détaillées plus haut n’ont en effet pas échappé à certains acteurs du yachting. Au début, les premiers multiyachts étaient des unités one off comme Magic Cat en 1996, suivi par Douce France deux ans plus tard. Blue Coast Yachts se fait ensuite connaître, et lance trois catamarans très luxueux de 92, 95 et 100 pieds : Rafoly – devenu Black Swan –, Cartouche et Allures. Puis intervient un certain Francis Lapp, qui intègre le monde du yachting par le biais de Sunreef Travels, une agence de voyages spécialisée dans la location de yachts dans l’océan Indien. L’entrepreneur fait rapidement le constat que la demande des clients pour les grands catamarans de luxe ne trouve pas d’offre pertinente ; il décide alors de les construire. Nous sommes en 2000 : moins de trois ans plus tard, un premier 74’ baptisé CHE est mis à l’eau, Sunreef Yachts est né. Depuis, la marque qui a construit plus d’une centaine de catamarans à voile et à moteur de 60 à 150 pieds est parvenue à imposer la formule catamaran au sein de l’offre des yachts. Parmi ces modèles, nombreux sont ceux qui sont ouverts à la location de luxe. Citons également la marque Yapluka, avec Nahema IV. Privilège Marine, avec son premier 745 Lady Alliaura, lance le concept de la petite série personnalisable. C’est précisément ce créneau qui va être repris et amplifié par les leaders mondiaux du catamaran de série, à commencer par Lagoon avec le Seventy 7 voile et le Seventy 8 à moteur, puis les Sixty 5 et 7. Fountaine Pajot embraye avec l’Alegria et le Power 67, puis le Thira et le Power 80.
Pourquoi se priver de sensations ?
A bord de ces modèles, le traitement luxueux des équipements tend à se rapprocher de plus en plus de l’univers de la grande plaisance. Essences de bois précieux, porcelaine et cristallerie, moquettes en laine épaisse, système multimédia et son dernier cri, communications et bureautique high-tech, balcon en flanc de coque, jacuzzi au pied de mât ou sur le fly : autant d’éléments de luxe qui deviennent des incontournables à bord de ces palaces proposés à la location.
Ce luxe et l’adrénaline de la vitesse ne sont pas forcément incompatibles. Sur ce terrain très spécifique défriché par Magic Cat, la marque d’origine américaine Gunboat s’est imposée : ses catamarans alliant technologie, luxe et performances ne sont pas exclusivement réservés à leurs Propriétaires, puisqu’un tout récent 72 est proposé à la location. Le chantier concarnois JFA est également un acteur du déploiement de l’offre des multiyachts ; il a construit le 85 pieds Rose of Jericho devenu Azizam, puis un imposant 110 pieds, Mousetrap, avant de lancer la série semi-custom des Long Island – parmi eux, le 85 pieds Winquest est proposé à la location.
250 multiyachts à louer !
Aujourd’hui, sur les quelque 500 multicoques de 60 à 150 pieds qui sillonnent les mers du monde, grosso modo, la moitié est à louer – pas forcément toute l’année. L’exigence d’un équipage dédié de trois à cinq marins, avec au minimum un Capitaine à l’année, motive l’Armateur à rentabiliser autant que faire se peut les lourds frais de maintenance ; le charter s’avère dans ce contexte une source de revenus aussi importante que bienvenue. Les agences de location de bateaux sont nombreuses, et certaines d’entre elles se sont spécialisées sur ce segment. Précisons qu’un même multiyacht est souvent représenté par plusieurs intermédiaires.
Agence pionnière du secteur, Sunreef Yachts Charter propose pas moins de 144 catamarans dans son catalogue, dont 9 à moteur, 5 de plus de 100 pieds, et 2 Eco full electric construits par le chantier polonais. Au sein des agences de yachting haut de gamme, la mutation monocoque/multicoque est flagrante. En consultant les catalogues des agences du MYBA (association mondiale d’agences de courtage garantissant une qualité de service), on s’aperçoit que l’offre des multiyachts est en effet devenue prépondérante, surtout pour les voiliers. Charter World affiche une centaine de multiyachts dont Douce France qui sillonne l’océan Indien, le catamaran de 41 mètres Royal Falcon, le JFA Windcrest et un HH de 85 pieds, Crazy Love. La répartition entre monocoques et multicoques se révèle différente selon le segment. Chez les grandes agences institutionnelles de la grande plaisance comme Camper & Nicholsons, on ne compte que trois ou quatre multiyachts de plus de 25 mètres pour une centaine de yachts proposés, voire un seul chez Fraser Yachts – Hémisphère, catamaran de 44 mètres construit par Pendennis. En revanche, entre 18 et 24 mètres, la donne a complètement changé : les multicoques sont bel et bien en train de s’imposer. Sur les 46 yachts proposés par Ocean Independence, une grosse dizaine sont des multicoques – dont un trimaran et deux powercats. Si Luxury Charter Group affiche déjà 16 multiyachts à moteur, c’est du côté des voiliers que cette nouvelle répartition est la plus flagrante. Sur les 79 yachts à voile référencés sur le site de Bernard Gallay, 29 sont des catamarans. Du côté de Blue Water Yachting, on compte 16 catamarans, et seulement 4 monocoques ! On constate que de nombreuses agences, à l’instar de CSO Yachts, proposent désormais plus de multicoques que de monocoques… Même les supports historiquement estampillés motoryacht comme Princess Yacht Charter proposent une vingtaine de mutiyachts – dont 16 à voile et un Silent 60.
Un hôtel cinq étoiles sur l’eau
Les différents catamarans haut de gamme proposés en charter couvrent un large éventail de possibilités tant en termes de destination que d’agrément. Les unités sont, on l’a vu, plus ou moins luxueuses ou rapides, et capables d’accueillir quatre personnes à douze convives suivant leur taille. Toutes ces offres sont à portée de clic ou de téléphone : une des caractéristiques du charter de luxe est en effet que le service offert par le courtier ne se résume pas à œuvrer comme un simple intermédiaire. A lui en effet de prendre en compte vos souhaits et désirs afin de personnaliser votre croisière en planifiant un itinéraire et des centres d’intérêt sur mesure. Ceci commence par le choix du multiyacht avec l’équipement et les accommodations qui vous conviennent, ainsi que le nombre de personnels et la qualification pour le service que vous désirez. Les principales agences de charter de luxe citées plus haut proposent des multiyachts à la location, mais il existe également des agences plus régionales, comme FX Yachting en Grèce, qui présentent des Alegria 67 et Thíra 80 très optimisés pour couvrir la mer Egée. Simpson Marine, basé à Hong Kong, est idéalement situé pour les croisières en Asie et sur l’océan Indien. Aux Etats-Unis, les loueurs ne sont pas en reste : chez Northrop & Johnson, quatre agences couvrent les plans d’eau américains. Vous pourrez y trouver le Gunboat 72 dont nous avons parlé – il croise dans les Caraïbes. Côté croisière, chez Worth Avenue Yacht en Floride, on peut réserver un Sunreef de 70 pieds à trois ponts.
Parlons gros sous, maintenant : si vous souhaitez le top du top pour 12 convives avec autant de membres d’équipage, il faudra débourser pas moins de 260 000 $ pour passer sept jours et autant de nuits à bord d’Hémisphère, mais dans ce prix, l’annexe principale n’est autre qu’un sport fishing de 54 pieds… Pour autant d’invités mais avec « seulement » sept personnes pour le service, Douce France est à 95 000 $ la semaine. Pour 6 à 8 passagers, la plupart des catamarans entre 60 et 80 pieds chargent la semaine entre 35 000 et 50 000 $, mais les plus récents et exclusifs comme le Sunreef 80 peuvent monter jusqu’à 90 000 $. Chaque multiyacht possède son équipement personnalisé. Certains disposent par exemple d’un groupe électrogène dédié pour recharger les bouteilles de plongée, et d’autres, comme le McConaghy 75, proposent un SmartKat gonflable pour tirer des bords au mouillage. Les listes sont souvent assez exhaustives… et évolutives, car les jouets changent en fonction des nouveautés du moment – foil électrique, scooter sous-marin, etc. Les tarifs incluent la location avec l’équipage et tout l’équipement, mais les dépenses de nourriture, boissons, carburant et autres consommables ainsi que les frais de communications et de port ou de livraison sont en supplément. Une avance sur frais est demandée sous forme contractuelle appelée APA (advance provisioning allowance) pour les approvisionnements. Elle est fixée en général à hauteur de 25 à 30 % du montant de la location. C’est le Capitaine qui rend les comptes à la fin du charter et redonne la différence ou facture le supplément consommé. Si les frais de repas peuvent varier en fonction des exigences des invités (grands crus, caviar, etc.), les débours de carburant, comme évoqué précédemment, sont sur les multicoques bien moindres que sur les monocoques à moteur. Il en résulte que les frais s’élèvent le plus souvent à moins de 20 % du prix initial – voire encore moins avec les yachts full electric –, alors qu’ils peuvent atteindre 35 % et plus pour un grand yacht à moteur monocoque. Enfin, les pourboires pour l’équipage sont laissés à discrétion du client. On mesure que le montant d’une telle semaine de location peut représenter une somme très importante pour la plupart des plaisanciers – il est à noter que les tarifs en saison basse peuvent être plus intéressants avec des remises de l’ordre de 30 à 40 %. Si c’est encore trop, certains catamarans de 50 pieds proposent des prestations très proches de celle des multiyachts. Blue Ocean Sailing, par exemple, présente un Sunreef 50 : pour une fourchette comprise entre 15 000 et 26 000 €, vous aurez accès au grand luxe sur l’eau.
Le point de vue du Propriétaire


