« Je suis tombé amoureux des multicoques »
Faut-il encore présenter Mike Horn ? Non, parce que tout le monde le connaît tant ses expéditions ont été suivies et partagées ; oui, parce que l’homme est aujourd’hui aux avant-postes de la modernité dans le domaine de la transition énergétique. Nous avons pu le rencontrer.
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Publié le
25/01/2024
Par
Emmanuel van Deth
Numéro :
223
Parution :
Feb.
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Mar.
2024
Ce n’est pas tant l’homme qui en impose – même si sa poignée de main est franche et virile – mais une aura naturelle proprement bluffante. A l’instar d’un Loïck Peyron, Mike est de ces hommes doués pour la communication.
Porter le nom du cap le plus redouté du globe pourrait faire penser que, finalement, l’histoire était écrite : Mike Horn devait, tôt ou tard, figurer parmi les marins les plus célèbres et respectés. A bien y réfléchir, notre homme n’est pas le seul à s’appeler Horn, et tous les Hatteras ou Lewin ne sont pas forcément des cadors de la navigation… Et puis Mike Horn n’a pas du tout démarré ses exploits sur les océans, mais plutôt sur terre ; après une carrière de militaire en Afrique du Sud, il s’installe en Suisse. Il y gère une auberge de jeunesse et se lance parallèlement dans une carrière d’aventurier. A partir de 1991, Mike grimpe les plus hauts sommets et multiplie les exploits extrêmes. L’eau est parfois au menu – rafting, hydrospeed –, mais elle reste douce ! Ce n’est qu’en 1998 que Mike est approché, contre toute attente, par Laurent Bourgnon, à l’époque skipper du trimaran Primagaz : « Tu n’as jamais navigué ? Parfait ! » Les autres équipiers ne sont autres que Thomas Coville, Stève Ravussin et Ellen MacArthur, excusez du peu ! Pour Mike, la glisse à la voile est une révélation : « Je suis tombé amoureux des multicoques », résume-t-il.
Notre aventurier projette alors de faire le tour du monde à la latitude 0. Au programme : marche, vélo, pirogue et… voilier ! Laurent conseille à Mike d’opter pour un petit trimaran piable ; ce sera un Corsair 28. « C’était un des premiers modèles, détaille Mike. Pas de cabine arrière, presque rien dedans, juste deux panneaux solaires et deux batteries. C’est grâce à un mécène suisse que mon budget a pu être bouclé. J’ai renforcé le trimaran avant de traverser l’Atlantique : c’était ma première navigation en solitaire !
Au début, j’ai appelé mes copains marins pour toutes sortes de conseils… et puis j’ai appris sur le tas. J’ai enchaîné le Pacifique, puis l’Indien. Là, j’ai subi de grosses tempêtes, cassé un hauban et j’ai même démâté – j’ai fini par réparer, c’est ça, l’aventure ! »
En 2000, Laurent Bourgnon sollicite Mike pour imaginer un catamaran à moteur océanique peu gourmand en énergie et prévu pour accueillir des plongeurs. Ce projet est confié à Francis Laap, qui vient de créer son chantier Sunreef. Les trois hommes sont restés très proches, jusqu’à ce que Laurent disparaisse, victime d’un accident de plongée.
Bien plus tard, Francis lance une gamme ECO et investit dans les énergies renouvelables, alors même que Mike annonce la création d’INOCEL, une start-up qui collabore avec le CEA de Grenoble dans le but de développer des systèmes de propulsion à partir de l’hydrogène. Mike et Francis ne pouvaient que collaborer et innover ensemble !
L’aventurier charismatique pourrait prendre la grosse tête quand on le qualifie de visionnaire ; lui rappelle sobrement que Jules Verne prédisait dans son fameux roman L’Île mystérieuse que l’hydrogène avait vocation à devenir une source d’énergie inépuisable… On était en 1875, et l’auteur génial avait sans doute raison !