Nicolas Harvey : L’homme par qui le catamaran est arrivé chez Four Winns…
Le Four Winns TH36, dont la version définitive vient tout juste d’être présentée officiellement au Cannes Yachting Festival, est le premier catamaran de chez Four Winns. Un événement de poids, d’autant que la réalisation de ce projet a représenté un vrai challenge. A l’occasion de ce lancement, nous nous sommes entretenus avec Nicolas Harvey, le directeur de la marque. Naissance du projet, philosophie, perspectives d’avenir et confidences sur l’une des futures vedettes du marché des powercats.
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Publié le
25/09/2023
Par
Dominique Salandre
Numéro :
221
Parution :
Oct.
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Nov.
2023
Pour ceux qui ne la connaissent pas (encore) bien, pouvez-vous nous présenter la marque Four Winns ?
Nicolas Harvey
- Four Winns est une marque américaine qui a presque 50 ans, puisqu’elle a été créée en 1975 par les trois frères Winns et leur père, dans le Michigan, aux Etats-Unis. Les bateaux sont d’ailleurs toujours fabriqués dans la même usine. C’est une marque iconique dans le domaine du bow-rider. Outre leur élégance, les bateaux Four Winns sont reconnus comme étant faciles à prendre en main, confortables et bien équipés. La marque a été achetée par le groupe Bénéteau en 2014 et, depuis 2020, nous avons entrepris de lui donner un nouvel élan. L’idée est de conserver l’ADN Four Winns, mais en lui offrant une dimension plus internationale et en améliorant le plus possible l’expérience utilisateur. A titre d’exemple, les bow-riders sont vendus à 98 % aux Etats-Unis et nous voulons offrir plus de perspectives à cette marque en conquérant de nouveaux marchés.
MM
Le nouveau TH36 est un catamaran, pourquoi s’engager dans cette voie ?
NH
- En fait, le groupe Bénéteau voulait s’engager sur le marché du powercat de cette taille, et il est apparu que Four Winns était la marque la plus appropriée pour porter ce projet. En outre, comme je l’ai souligné avant, nous souhaitons réellement développer Four Winns en lui ouvrant de nouveaux horizons. Le multicoque est un marché en forte progression avec des perspectives très optimistes selon les spécialistes du secteur. Un catamaran, c’est à la fois plus d’espace à bord, un plan de pont plus pratique et une meilleure stabilité sur l’eau. C’est aussi plus économique en carburant et c’est très pratique pour manœuvrer grâce à la double motorisation, tout en offrant une navigation très agréable. En quelques mots, un catamaran c’est un peu comme un deck boat sous stéroïdes, c’est-à-dire que l’on prend le meilleur des deux mondes.
Pour le TH36, nous avons fait appel à un expert du domaine, à savoir Marc Lombard, un architecte naval très connu dans l’univers du multicoque (NDLR : nous venons d’apprendre, le 19 septembre 2023, la disparition de Marc Lombard). La partie supérieure et le design des aménagements sont quant à eux signés Garonni.
Au final, nous avons gardé la ligne iconique des bateaux Four Winns, mais dans une version largement améliorée.
MM
Quelle a été la genèse du TH36 ?
NH
- Une fois le projet validé, nous avons commencé par chercher un architecte. Il y a de nombreux architectes de talent sur le marché, mais le cabinet Lombard, de sa par son expérience et sa réputation dans le domaine du multicoque, nous a semblé être le meilleur choix. Ensuite, nous nous sommes mis en quête d’un designer. Là encore, le groupe travaille avec des professionnels de talent depuis longtemps et, pour ce que nous voulions faire sur le TH 36, c’est le cabinet Garonni, avec qui nous avons déjà collaboré sur de nombreux projets, qui était vraiment le meilleur candidat. Il a vraiment su nous écouter et a totalement suivi le cahier des charges. Il s’agissait notamment de reprendre les codes de la marque Four Winns ; c’est une marque qui a une identité très forte.
MM
Comment avez-vous conjugué l’héritage de la marque dans ce nouveau concept et comment en avez-vous fait un bateau destiné à être diffusé partout dans le monde ?
NH
- Il a vraiment fallu que nous nous immergions dans l’univers de cette icône américaine pour en ressortir l’ADN et pour définir l’usage que nos clients vont faire d’un powercat de ce style. Nous avons bien effectivement regardé ce qui se fait sur le marché afin d’identifier tous les points où nous pouvions faire mieux. Cela se manifeste en particulier au niveau des cabines, puisque nous sommes les seuls sur le marché à proposer deux véritables cabines et deux salles d’eau complètes sur ce type de catamaran. L’autre point sur lequel nous avons travaillé dur, c’est l’aménagement du cockpit arrière. Nous voulions vraiment qu’il soit modulable pour améliorer la circulation à bord, qu’il s’adapte à différents usages et qu’il apporte également une protection maximale.
Enfin, notre dernière préoccupation était de faire un bateau « mondial » et pas simplement adapté au marché américain. Pour cela, nous avons donc pris en compte les habitudes de navigation des différents pays. A titre d’exemple, alors que les Américains sont plutôt habitués à des embarcations sans passavants, notamment dans la gamme Four Winns, le TH36 intègre un passage de chaque côté, ce qui est pratique pour les manœuvres ou pour attacher les défenses. A l’inverse, la porte de coupée est un élément essentiel pour les clients d’Amérique du Nord. Et puis il y a aussi des points qui sont le résultat direct de l’expérience de nos équipes. La longue échelle de bain qui descend à plus de 70 cm de la surface pour faciliter la remontée est un bon exemple. Au final, l’assemblage de ces différentes contraintes et de ces différents éléments nous a permis de créer un bateau capable de séduire des plaisanciers partout dans le monde. Cela donne aussi au TH 36 une personnalité unique dont nous sommes très fiers.
MM
Il s’agit donc d’un tout premier catamaran, quels sont vos espoirs et vos projets pour la suite ?
NH
- Nous ne souhaitons pas remplacer les modèles qui ont fait le succès de la marque depuis très longtemps. Le TH 36, c’est l’opportunité pour les propriétaires de Four Winns d’évoluer, de passer sur une unité un peu plus grosse, un peu différente, mais en conservant ce qui leur a plu sur leur bateau actuel.
L’idée, c’est bien évidemment de constituer une gamme TH complète avec probablement un modèle plus petit dans le futur, et bien entendu une unité un peu plus grande, mais c’est encore trop tôt pour en parler puisque le powercat démarre tout juste sa carrière commerciale.
Quant au public touché, nous pensons sincèrement que cela va s’équilibrer entre les actuels propriétaires de bateaux Four Winns qui souhaitent évoluer, et de nouveaux clients qui vont profiter de cette opportunité pour découvrir la marque. Une chose est sûre, ce n’est que le début d’une nouvelle aventure !