Adolescent, Roland usait ses fonds de ciré dans ce qu’il appelle son « triangle des Bermudes », à savoir Concarneau – le cap Coz – Port-La-Forêt. Ses copains ont alors pour noms Michel Desjoyeaux, Jean Le Cam ou encore Jean-Luc Nélias. Ils ont la même passion chevillée au corps, ils se forgeront donc la même profession : coureur au large. Ce sont eux qui populariseront le surnom « Bilou », mais c’est lui tout seul qui se forgera l’un des plus beaux palmarès de la voile française, dont deux victoires dans la Route du Rhum et trois participations au Vendée Globe (3e en 2001). Quant à la Solitaire du Figaro, il l’a dégustée comme les huîtres, une petite demi-douzaine à la fois. Mais ne comptez pas sur lui pour se vanter : il préfère de loin ajouter à son humilité juste ce qu’il faut d’autodérision.
Pourtant, il en a vu, des courses et des podiums, et pas seulement en monocoque. Son premier souvenir en multicoque, ce sont de longues glissades sur un catamaran de 11 mètres signé Gilles Ollier, et construit chez Multiplast, bien sûr. Une sorte de Jet Services en modèle réduit qui inspirera les Formule 40. Une époque qu’il vivra intensément, jamais loin de ses trois compères cités plus haut. Il ne manque pas une occasion de faire le show, tractant par exemple Jean Le Cam en ski nautique dans la rade de Brest derrière leur petit catamaran. Forcément, il a intégré la dream team de celui qu’on appelle aujourd’hui le Roi Jean à bord de son mythique trimaran Biscuits Cantreau. L’équipage a dominé pendant plusieurs saisons la catégorie des Formule 40, jusqu’au titre de champion du monde en 1989. Mais ça, Bilou n’en parle pas, pas plus que de ses victoires en trimaran de 60 pieds Orma avec Laurent Bourgnon (Course de l’Europe 1991), ou avec le regretté Paul Vatine (Route du Café 1995). Non, il préfère parler du regard passionné qu’il porte sur les grands multicoques actuels, Ultim et Ocean Fifty, lesquels se sont tous mis à voler « depuis qu’Archimède a pris sa retraite », nous confie-t-il dans un grand éclat de rire contagieux. Mais il avoue aussi se sentir parfois un brin schizophrène entre son âme de compétiteur « dopé à la performance » et la dure réalité environnementale qui s’est imposée à lui, bien avant que la prise de conscience écologique ne soit à la une de l’actualité. Passant aux yeux de certains pour un illuminé, il se questionne dès 2009 sur l’empreinte carbone de Kairos, l’écurie de course au large qu’il a fondée seulement deux ans auparavant. Performance sans conscience n’est pas le genre du bonhomme. Un constat qui n’empêche pas les bons mots, même sur les sujets les plus sérieux. Ainsi, à propos de la nécessaire évolution écologique de la course au large, l’aphorisme tombe comme une évidence : « A quoi ça sert d’accélérer, si c’est pour aller plus vite dans le mur ? » Le marin passe de la réflexion à l’action. Avec Sophie Vercelletto, il prend le premier le « virage environnemental ». Ils créent en 2012 Kairos Environnement, suivi en 2013 par le fonds de dotation Explore, un incubateur d’explorations à impact positif. Conscient que, même à l’échelle de l’histoire maritime, la course au large est un chapitre épais comme une feuille de papier, il veut malgré tout faire sa part. Plus seulement imiter la nature pour aller plus vite que les dauphins, mais la respecter en imposant l’économie circulaire. Pas parce que la voile est moins vertueuse que d’autres domaines. Juste parce que la voile, la mer, c’est toute sa vie.