« Nous voulons rendre nos catamarans plus autonomes. »
Xquisite est une jeune marque qui, en seulement dix ans, a su fidéliser une vraie clientèle. Les catamarans lancés, à voile comme à moteur, ont tous profité d’un excellent retour dans la presse internationale spécialisée. Un succès qui ne doit rien au hasard, comme nous l’a expliqué Tamas Hamor, le CEO de la marque lors du traditionnel rassemblement Propriétaires aux Bahamas.
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Publié le
31/07/2025
Par
Dominique Salandre
Numéro :
232
Parution :
Sep.
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Oct.
2025
Tamas Hamor : Mon parcours est long et assez unique. Je suis né et j’ai grandi à Budapest, puis j’ai déménagé en Espagne alors que j’avais 20 ans. J’ai commencé en faisant différents métiers, j’ai travaillé pour une entreprise de construction, et j’ai même ouvert un bar. C’est aussi là que j’ai commencé à naviguer, puis j’ai acheté un bateau avec lequel j’allais parfois à Ibiza le week-end. Quand la crise de 2008 est arrivée, l’Espagne a été durement touchée et l’économie était dévastée. J’ai donc décidé de partir sur mon bateau, avec plus ou moins aucun autre projet que de naviguer en suivant le vent. Pour gagner ma vie, j’ai commencé à faire du charter à la journée, mais j’avais surtout envie de naviguer autour du monde. Cela m’a par exemple amené au Cap-Vert, où je suis resté plusieurs mois. De par sa position stratégique pour la grande croisière, c’est un endroit où l’on fait beaucoup de rencontres intéressantes. C’est comme cela que j’ai rencontré une femme qui a traversé l’océan Atlantique sur un catamaran. Elle avait un Privilège 49 et elle cherchait un équipage. L’idée m’a plu et nous avons mis le cap vers les Antilles. Malheureusement, l’histoire ne s’est pas très bien terminée, puisque le catamaran a coulé à Tobago. J’ai ensuite passé quelques mois au Costa Rica, jusqu’au jour où j’ai rencontré cette femme qui voulait traverser l’Atlantique à la nage et qui cherchait un bateau accompagnateur. J’ai accepté, et nous avons fait cela avec un Leopard 42 qui servait de base pour le staff. Au cours des 10 années suivantes, elle a fait plusieurs traversées de ce genre dans différents endroits du monde, mais en restant totalement anonyme, et à chaque fois, je skippais le bateau accompagnateur. Avec le Leopard 42, j’ai aussi fait du charter pendant 11 ans. J’ai ensuite changé de bateau et j’ai acheté un Dean 5000 (50 pieds) fabriqué en Afrique du Sud. L’idée, c’était d’aller explorer les endroits les plus isolés de la planète, comme la rivière Orénoque, le Panama ou encore le Pacifique sud. Au total, je me suis arrêté dans plus de 90 pays.
MM : Comment es-tu passé de simple navigateur à constructeur de multicoques ?
TH : En fait, quand j’ai vendu le Leopard 42 pour acheter le Dean, en 2011, la marque est tombée en faillite. J’ai finalement trouvé un accord avec eux et je me suis installé en Afrique du Sud en 2012, le temps de finir mon catamaran. La coque et les structures étaient déjà construites, il fallait finir l’intérieur et les installations des systèmes. Au cours de cette expérience, j’ai vraiment appris beaucoup de choses sur la construction des multicoques, et j’ai même amélioré des choses qui, à l’origine, n’étaient pas prévues comme cela sur le Dean.
Une fois le catamaran fini, j’ai navigué avec, j’ai encore fait une traversée de l’Atlantique en tant que bateau accompagnateur pour la nageuse, et assuré quelques navigations autour de l’Atlantique.
MM : A quel moment l’idée de créer ta propre marque s’est-elle imposée ?
TH : Au cours de tout ce processus, j’ai rencontré Sara, mon épouse, et après un moment, nous avons décidé d’avoir un enfant. Cela voulait dire aussi un changement de vie pour quelque chose de plus stable afin de pouvoir élever notre fils. Comme la marque Dean avait fait faillite, j’ai décidé de créer ma propre marque en m’inspirant du Dean 5000. Au final, j’ai conservé un peu le style, la coque et quelques cloisons, mais tout le reste a été modifié, et c’est devenu le X5. Nous avons passé un accord avec Phoenix Marine en Afrique du Sud, qui est devenu notre partenaire exclusif pour la construction des catamarans. Le succès a été rapide puisqu’en 2014, quand nous avons démarré, le chantier employait 20 personnes ; dix ans après, 280 personnes travaillent chez Phoenix Marine pour construire nos catamarans. Aujourd’hui, nous produisons quasiment 20 bateaux par an, et nous venons d’ouvrir un second site de production au Portugal pour les powercats, où nous construisons déjà le 40 et le 60 power.
MM : De quelle manière Xquisite se différencie-t-elle des autres marques ?
TH : Nous concevons et construisons nos catamarans avec vraiment le souci du détail et nous écoutons beaucoup nos clients pour améliorer en permanence nos multicoques. Toutefois, ce qui fait vraiment la différence, c’est le service. Chez Xquisite, le service client est la priorité absolue. Peu importe votre problème ou l’endroit dans le monde où vous vous trouvez, il y a un seul et unique numéro que vous pouvez appeler quand vous en avez besoin, et nous mettons tout en œuvre pour régler le problème. C’est un service après-vente, mais c’est aussi un service de conciergerie dédié à nos clients.
En dehors de ce SAV, nous proposons également un programme de gestion de charter pour les propriétaires qui veulent mettre leur catamaran en location et pour ceux qui veulent louer un Xquisite. Nous avons aussi un service de négociation pour aider les Propriétaires à vendre leur bateau et pour permettre aux nouveaux clients de trouver un bateau d’occasion qui leur convient. Pour que cela se passe au mieux, nous avons un service d’inspection et de certification. De cette manière, chaque Xquisite qui est revendu peut être certifié par nos techniciens, une vraie garantie pour l’acheteur potentiel. Et surtout, nous bâtissons une communauté.
Lors d’évènements comme le rassemblement annuel des Propriétaires, sur notre base des Bahamas, les clients se rencontrent et échangent leurs expériences, leurs astuces, leurs endroits préférés. Ils se connaissent, et quand ils vont se croiser, des mois plus tard, dans un mouillage, ils se retrouveront comme en famille.
MM : Quels sont les projets à venir pour Xquisite ?
TH : Je ne peux bien sûr pas te dire tout ce que nous avons en projet, mais nous venons déjà de lancer le 60 Solar Sail et la version powercat du 60 avec le premier exemplaire qui sera livré aux Bahamas. En termes de taille, nous ne descendrons probablement pas en dessous de 40 pieds. Nous allons probablement aller vers des tailles plus importantes, mais surtout, nous voulons rendre nos catamarans de plus en plus autonomes sur le plan énergétique et plus respectueux de la planète. Cela passe par des motorisations hybrides, mais aussi par l’utilisation toujours plus importante de l’énergie solaire. Le 60 Solar Sail ne constitue qu’une étape par rapport au but que nous voulons atteindre. L’idée est d’offrir la possibilité à nos clients de naviguer avec une autonomie illimitée, et donc de faire de longues traversées, sans pour autant renoncer à un confort haut de gamme et en respectant la planète.
Le X5 est le premier modèle de Xquisite ; ce catamaran lancé en 2014 est inspiré du Dean 5000.