Qu’est-ce que le confort en mer ? Avec nos réflexes de terriens, le premier critère venant à l’esprit sera sans doute l’espace. Plus le temps de séjour à bord sera long, plus il sera important. Partir 15 jours à huit copains dans les Caraïbes sur un catamaran de 40 pieds se passe généralement très bien – pour peu que chacun y mette du sien. En revanche, lorsque l’on vit à bord en permanence, la promiscuité induite par une telle surpopulation peut vite devenir problématique. Le confort, c’est avoir un espace pour chacun – et pour chaque chose aussi.
L’équipement, justement : un critère de choix dans tous les sens du terme, comme vous pouvez le constater dans notre article « Le vrai prix d’un multicoque ». Si le « froid » (frigos, congélateurs…) est désormais largement présent en standard sur la plupart des modèles, la liste des options proposées s’est considérablement allongée ces dernières années en équipements de confort. Et les évolutions technologiques nous ont parfois amenés à revoir certains de nos vieux préjugés. Alors que des toilettes électriques ou un four micro-ondes par exemple frôlaient encore l’hérésie il y a 10 ans, ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Entre moyens de production électrique doux (panneaux solaires, éolienne, hydrogénérateur) et qualité des batteries, il est presque plus rationnel de faire chauffer son mug de thé deux minutes dans un four micro-ondes que de faire chauffer une bouilloire entière sur la gazinière…
Avec le développement des parcs de batteries lithium, de plus en plus de propriétaires vont même jusqu’à opter pour des plaques à induction, relayant ainsi aux oubliettes toutes les contraintes, les risques et l’encombrement liés au gaz. Car le confort, c’est aussi se libérer des corvées. Comme celle de l’avitaillement en eau, désormais produite en quantité par le dessalinisateur du bord. Un confort synonyme de performance, car ce sont autant de centaines de litres d’eau - et donc de poids - que vous n’aurez pas à stocker et à transporter. Finie également, la recherche épuisante de l’introuvable lavomatique lorsque l’on dispose à bord sa propre machine à laver – à condition, bien sûr, d’utiliser des produits verts. Mais attention au surpoids induit qui pourrait avoir un impact sur le speedo des voiliers les plus légers. Attention surtout à ne pas tomber dans le suréquipement et la complexité. Le confort, c’est également avoir le temps de faire ce que l’on souhaite intimement (lire, écrire, cuisiner, plonger, surfer, et pourquoi pas ne rien faire, justement…). Passer son temps à entretenir, réparer ou, pire, chercher à faire réparer des systèmes complexes, loin de tout, n’a rien de très confortable – en tout cas pour l’esprit. Le célèbre navigateur Loïck Peyron a l’habitude de dire que « s’éloigner de tout rapproche un peu de l’essentiel ». A méditer…

Enfin, même si les temps de navigation sont loin d’être majoritaires en croisière, le comportement en mer de votre multicoque aura un impact important sur votre confort – vie à bord et sommeil. Votre sensibilité au bruit pourra vous faire fuir certains matériaux (voir l’article sur ce sujet), certaines hauteurs de nacelle trop faibles vous faire craindre des chocs insupportables dès que la mer sera un tant soit peu formée. L’instant vérité : un véritable essai en mer vous révélera si le multicoque qui vous a tant séduit sur le papier supporte bien la houle océanique.
Si vous n’avez jamais été un acharné de la régate et du dixième de nœud, le VMG* et l’AWA** au près peuvent vous paraître superflus. Le vent apparent, le bruit, l’humidité et les efforts plus importants dans les voiles induits par des vitesses élevées peuvent même être vécus comme autant d’éléments de stress et d’inconfort. A contrario, quelques nœuds de plus au speedo, et les milles quotidiens défilent plus vite, les traversées se font plus courtes, moins fatigantes, les systèmes météo plus faciles à anticiper. Entre adeptes de Carl Honoré et son Eloge de la lenteur et insatiables chercheurs de sensations et de glisse, les compromis sont multiples. Mais, pour ce qui est de la performance sur nos multis, les curseurs sur lesquels nous pouvons jouer sont clairement identifiés : poids, longueur, surface vélique, formes et matériaux des voiles, fardage, appendices, surface mouillée et état de propreté des carènes.
Performance et confort sont donc bel et bien intimement liés. A vous de trouver l’équilibre qui correspond à votre programme, à votre équipage, et aussi à votre budget. Car si la taille peut tout réconcilier, le critère économique peut aussi tout écourter. A nos yeux, le meilleur des multicoques est avant tout celui que l’on a les moyens d’acquérir. Car si Un rêve de voyage, c’est déjà un voyage – Marek Halter –, être sur l’eau et naviguer procurent un bonheur tel qu’il mérite bien quelques compromis.
*VMG : Velocity Made Good – Vitesse sur la route
**AWA : Apparent Wind Angle – Angle du vent apparent
