Mapremièretransat,en2000,futunedécouverte.PartisdeMindeloauCap-Vert, nous avions atteint la Martinique après 17 jours de navigation dans une totale "zénitude". Voici ce que j'écrivais dans mon "blog" à l'arrivée :
"Merciauxpaille-en-queuequinousont apportésisouventcettelueurblanchedansleciel, auxdauphinsetàleurscrislanuitpendantlesquarts,aucieletsonapparatd'étoilesqui mêmesiellesnenousguidentplussontbienpratiquespourgarderuncap,àl'océanpour tout,à Catleyaquil'afait, à ma compagne qui m'a permisdelefaire,etsurtoutàmes équipiers..."
Pourlaversion2016 de la transatlantique,aprèsdes annéesdepratiquedelavoile,croisières,régates, etc.,je décidais deprendre un autre cap. Objectif transat, donc, mais je voulais passer par le Cap-Vert,tantcesîlesm'avaientlaissédesouvenirsdebeautésauvage, degentillessedeses habitants. Et cette fois, la traversée serait aussi parsemée derencontres,et la compétition pas tout à fait absente de ce rallyetransocéanique...Un classementàhandicap permet en effet de se jauger par rapport aux autres sur le rallye ARC avecpriseen comptedesheures moteur. On allait voir ce qu'on allait voir !
En course sur l'Atlantique
L'ARC+sedistinguedel'ARC classique parsonparcours,organiséen 2 étapes ;LasPalmas-Mindelo, Sao Vicenteau Cap-Vert,puis latransat vers Sainte-Lucie.
Pourlesrencontres,iln'yarienàpréparer,avec75 bateauxinscritssurl'ARC+(versionCap-Vert)et270surl'ARC classique, ellesfurentnombreuses,enrichissantes,joyeuses,folles parfois.
Pourlerallye,iln'yapasderègledecoursecomplexecommeenrégate,ni delimite particulièrequantàlaconfigurationdubateau.Parcontre,lesrèglesrelativesàl'équipement de sécuritédu bateau, calquées sur les règles ISAF, sont assez exhaustives et contraignantes.

Il y a la balise,biensûr, mais aussi 2 systèmesdefeuxdenavigation(même si dans la réalité il existe une belle tolérance…), les giletsbien équipés, la redondancedusystème denavigationGPS,bouéesetensemblesderécupération d'homme à la mer, survie transocéanique... J'aipersonnellementajoutédesbalisespersonnellesGPSAISavec systèmeMOB ; encas de chute à la mer, chaque balise émet automatiquement un message AIS MOB avec sa position ; à bord,uneboîtenoirefiltrelesmessagesreçusetdéclencheunesirènes'ils'agitd'un messaged'homme à la merdel'unedesbalises. Enfin, dans les équipements, il y a aussi la radioportableétancheDSCASNGPSpourl'homme de quart, un radar (surtout pour les grains) et le transpondeur AIS.

Notre Irridium est en place, ce matin, j'ai téléchargé les fichiers GRIB qui prévoient un temps plutôt calme pour les 24 premières heures avec du nord-est, et un peu plus d'air vers la côte africaine. J'ai lancé deux calculsde routage avec et sans moteur, mais l'option moteur, malgré le handicap, reste avantageuse au départ, dommage...
Organisation du bord
LecentrenévralgiqueestdanslecarréorganiséautourdelaTVdu bord.UnPC minuscule (computerstickINTEL delatailled'unegrosse cléUSB)surlequel tourneQTVLM pourleroutage,Open CPN pourlanav etlerepéragedes positions desautres bateaux,etExcelpourcalculerlesvitessesréellesdesbateaux(etnonpasseulement leVMG sur24 heures),quidonnentunebonneinformationsurleventréel,ainsiquelesévolutionsdes écarts entrebateaux.
UnIridiumGOnouspermetd'obtenir2 fichiersGRIBparjour(attentionà bien définirunezone assezlarge surtoutaudépartpournapasmanqueruneoptionunpeuextrême),une analyse météo del'ARC parjour,etlapositionde tous les bateaux toutesles4 heures.Noter qu'Iridium proposedésormaisdesforfaitsdataillimitésd'unmoissansengagementdeduréepour130 US$ environ.
C'est donc bien la télé qui devient le centre d'attraction du bateau, avec les nouvelles météos, le classement et les positions... sans compter lesSMS et mails échangés entre copainsparticipants.
C'est parti !
C'est le jour J. Nous allons reconnaître la zone de départ, et… il n'y a pas d'air. Plus aularge, c’est du nord très modéré, le départ va être lent !
Dès que le bateau comité se positionne, nous revenons dans la zone de départ pour relever la ligne et permettre à Denis de prendre un repère visuel afin de lancer le bateau dans les temps. On est en course ou on ne l'est pas.

Nous préparons le Code 0 au cas où le vent du sud rentrerait, car il faudra alors s’attendre à 10 à 15 nœuds de vent de plus, au sud de l’île, vers l’aéroport. Il faut donc être prêt à toutes les hypothèses.
H-5′ : Je lance la procédure, demi-tour sur la ligne et nous remontons au près pendant 2′, nous avons choisi le bateau comité pourprendre le départ tribord amure, ce qui nous permettra d’avoir plus de choix.
H-2’ : Nous avons abattu, le départ se fera vent arrière… sous génois et grand-voile, Cat'Leya est lancé (enfin sion peut dire compte tenu de la force du vent…), les moteurs arrêtés et nous coupons la ligne en tête tout près du bateau comité. Nous envoyons le Code 0 (faute de spi dans l'attente du sud...). Les quelques heures suivantes seront sympas, bateaux au contact, SUMORE, le Lagoon 570, nous talonne sous Code 0 également, mais le vent est toujours du nord…
Finalement, un autre Lagoon 52 lance la course au moteur… Nous savons que les heures moteur sont sujettes à handicap (de 1 à 2), mais, compte tenu de la vitesse du bateau sous moteur, stratégiquement, il vaut mieux les utiliser dès que la vitessedescend à moins de 4,7 nœuds. Cela durera 24 heures,mais, grâce à une bonne gestion desvoiles (au moteur...), nous serons de nouveau rapidement en tête.
7 novembre 2016 : La "régate" a vraiment commencé, nousenvoyons le nouveau spi, chargeons les GRIBS lançons un routage afin d’avoir une information globale et gérons les voilesau mieux, nuit et jour. Nous avons créé unléger décalage vers l'est avec les autres concurrents, sauf SUMORE, qui reste toujours juste derrière nous.
8 novembre 2016 : Nous avons fait le trou, le second catamaranest à 25 milles, les autres beaucoup plus loin, ce spi est vraiment fantastique, le compteur journalier nous annonce une vitesse moyenne de 9,5 nœuds et 227 miles parcourus ! On doit pouvoir encore faire mieux.
9 novembre 2016 : Pour creuser l’écart, je me mets au réglage spi, choquer, border au gré des surfs de Cat'Leya, 19,9 max sur l’électronique…. Ça fumederrière ! La moyenne monte à 10,3 nœuds… Notre catamaran est premier de toute laflotte, et avec une bonne avance !
Malheureusement, la sangle du nerf de guindant lâche... le nerf déchire le fourreau jusqu'à mi- hauteur, et là, c'est la cata ! 1 heure et demie à galérer, le spi, en chalutant, a arraché la fixation du bout dehors…
Les monocoques reviennent par l’ouest, il va falloir gérer. La décision est prise de faire un bord de recentrage pour contrôler ce qui peut encore l’être.
Nous tangonnons le génois et envoyons le foc de brise pour fermer le couloir, puis descente vent arrière vers l’arrivée, nous allons moins vite, mais chaquemile parcouru nous rapproche directement de l’arrivée au Cap-Vert…
Les monocoques sont toujours plus près… Mais cela s’avérera une excellente décision, car notre vitesse moyenne VMG oscillera entre 8,3 et 8,8 nœuds, nous sommes assurés d’arriver premiers !
Un peu avant 23 heures, le 10 novembre, nous coupons la ligne d’arrivée, premiers de la flotte de 72 bateaux. Nous profitons d'un super accueil d’Anna et des "yellow shirts" de l’ARC, champagne et bière locale…
Le lendemain, la marina de Mindelo viendra également nous féliciter … et pas que la marina !
Cette première étape atteinte, il nous reste à préparer la suite du voyage, et en priorité à réparer la poutre avant pour pouvoir amurer notre second spi asymétrique !
Cette halte est aussil'occasiontantattendue de redécouvrir le Cap-Vert. 16 ans après, Mindelo a beaucoup changé, mais, lors de l'excursion organisée par l'ARC sur San Anton, l'île voisine, je retrouverailes mêmes émotions.
La transat
Une transat,c'est avant tout une aventure humaine.Lechoix et la gestion de l'équipage sont donc très importants. Quatre équipiers en plus du skipper permettent à celui-ci d'être hors quart,c'est-à-dire disponible à tout moment pour les manœuvres et les décisions, maiségalementdepasserdutempssurla météo, le routage, la position des autres bateaux tout au long du rallye. En général, le skipper est le seul à bienconnaître le bateau. Il lui faut donc :
-Organiserstrictementlasécurité,giletsetlongespouralleràl'avant,balise,radioGPS+ ASN la nuit .
-Organiserlesquarts. SurCat'Leya,lesquartsdenuitssontde2h30,cequilimiteles quartsdenuitàunparéquipier.Ceuxdejoursontpartagésentreles3quinesont pas dédiés àla cuisine du bord la journée.
-Formerleséquipiersaux manœuvresdevotrecatamaran.Mêmes'ilssontégalement propriétairesd'unbateau,l'organisationdepont estcertainementdifférente,latailledu bateauégalement,leseffortsenjeusontdoncaussi différents,etc.Pourmapart,j'ai rédigéundocumenttechniquedécrivantpasà pasledéroulementdesmanœuvres, empannage, prise de ris, etc., que j'ai transmis àmon équipage bien avant le départ.
-Entraînersonéquipageauxmanœuvresainsiqu'àlarécupérationd'unhommeàla mer.ToutlemondeétaitàbordunesemaineavantledépartdeLasPalmas ;chaque jour,nousabordionsun aspect :voile,homme à la mer,électronique,moteur,etc.enplusdes conférencesde l'ARC.
-Organiser les manœuvres à 2 au minimum, toujours avec la présence du skipper.
- Organiserlavieàbord,repas,propreté,etc.,pourquelemoralsoitbon. Une transat, c'est long, ilfauttenir entre 10 et 14 jours !
- Expliquerlesprévisionsmétéo,lesGRIB,leroutage,faireparticiper,lespositionsdes autres bateaux, etc., motiver l'équipage.
-Briefertouslessoirspourlanuit selon lesconditionsdevent, expliquer les limitesmaximumsdeventréelpourla voilure actuelle,plage de AWA (angle du vent apparent) autorisée, distance mini des grains sur le radar…
C'est indispensable pour la sécurité de tous, et encore plus si on envisage d'aller plus vite que les autres bateaux autour de soi.

Quantauchoixdeséquipiers,ils'agitavanttout debiendéfiniret d’expliquer à chacunl'objectifdela transat,ilpeuts'agirjustede partageruneexpériencefantastique...maiscetobjectif déterminera voscritèresdesélection.Attentionauxsitesderecherched'équipage,les postulantsontsouventtendanceà"enjoliver"leurcompétenceetleurexpérience...J'avais ainsipré-sélectionnéunéquipier"cap-hornier"quiavaitparticipéà l'unedespremières Whitbread... Il s'est avéré peu fiable... en fait, il n'avait été que cuisinier à bord !
Danstouslescas,prévoyezaumoinsunesemainedeviecommuneetdesortieenmeravant ledépart,cecivous permettradedéfinirleniveauderesponsabilitéqu'ilvous estpossiblede déléguer en mer. Et n'oubliez pas, il ne peut y avoir qu'un skipper à bord !
16 novembre 2016 12h30
15′ avant le départ, nous finissons juste d’installer la pièce de fixation du bout dehors à la poutre avant… Il reste encore quelques lattes à remplacer…
12h40 :C’est bon, nous larguons les amarres, il nous reste 5′ pour hisser les voiles et rejoindre la ligne de départau moteur ; nous passons donc la ligne en bon dernier, cette fois, sous grand-voile et génois.
Pendant que nous préparons le spi, nous choisissons une route plus lofée,dans le couloir inter-îles (entre Sao Vicente et San Anton), de manière à faire de lavitesse.
Pendant ce temps, l'équipage s'affaire à préparer le second spi asymétrique, que nous avons gardé en réserve. Mais celui-ci supporte moins le vent, et nous nous fixons donc une limite pour l'utiliser de 16 nœuds de vent vrai. Une fois le spi asymétrique en place, nous abattons en prenant bien soin de laisser San Anton à notre tribord et suffisamment loin pour ne pas subir son dévent.
L’effet Venturi qui devrait s’étendre sur 50 milles au sud-ouest ne fonctionne pas. Cat'Leya tire des bords, nous croisons et recroisons la flotte… et finalement, ça marche ! Petità petit,nous reprenons les autres concurrents, mais notrestratégie est de partir dans le nord, il nous suffit d’attendre d’être suffisamment loin de San Anton…
Nous entamons une bonne remontée en croisant et recroisant la flotte par une succession d'empannages pour atteindre la 5e place. Nous restons dans le couloir entre SãoVicente et San Anton ; dans les conditions habituelles d'alizés de nord à nord-est, ça paye si l'on persiste pendant 50 à 60 milles, mais aujourd'hui, le vent est plutôt est, l'effet Venturi entre les 2 îlesest beaucoup moins marqué. Dès le dévent de San Anton passé, il est temps de quitter tout le monde, cap vers le nord...
Après une première étape plutôt réussie, et devant les prévisions de vent très léger qui nous attendaient sur la route directe (dépression tropicale d'ouest qui bloque les alizés), j'ai proposé à l'équipage de tenter un coup à la voile et d'aller chercher le vent dans le nord (latitude 26°N, soit celle des Bahamas tout de même), ce qui représentait près de 15 % de route en plus. Tout le monde a été d'accord sur le coup...même si j'avais prévenuque les derniers jours risquaient d'être compliqués... Lors du briefing du départ l'ARC, le 20 novembre à Las Palmas, le météorologue préviendra d'ailleursles équipagesqu'avec une route nord il fallait s'attendre à une arrivée au près avec du vent assez fort... Nous sommes partis 4 jours avant de Mindelo, il y avait encore une fenêtre possible.
Les performances des catamarans modernes
Lorsdelapréparation de cette transat,jemesuisamuséàréaliserdessimulations surlesconditionsmétéo(aveclesfichiers GRIBdel'époque)del'ARC+2015àpartirdes polairesfourniesparle cabinetVPLP.Pourespérerl'emporter,ilnousauraitfallu7 %de performancesenplus....C'estbeaucoup,maisilfaut bien comprendrequelespolairesnesont calculéesquedanslecasdeconfigurationde voilesstandard ;parexemple,lesvoilesen ciseauxou2 voilesd'avantgrééesen"trinquettesjumelles"ne sontpasprisesenconsidération, ni bien sûr l'effet de la houle et du planning au vent arrière... Auportant,nousavonspuainsiessayerdenombreusesconfigurationsselonlesconditions devent,demeretderoute.Parexemple,amurerlespiasymétriquesurlapointedelacoque auventpermetd'offrir auventune surfacebeaucoupplusimportante,quipermetdemieux exploiterlerenvoidel'airvenantdelagrand-voile.SurleLagoon 52SporTop,leshaubansétanttrès enarrière,ilestdifficiled'ouvrirlabômeàplus de40°del'axedubateau,cetteconfiguration permet de récupérer ainsi plus de flux sur la voile d'avant. Auventdetraversouaulargue,sousspiasymétriqueouCode 0,nousavonsgréélefocde brise pour exploiter un peu plus le couloir entre la grand-voile et la voile d'avant...
Resteàchoisirsesvoiles...Pourmapart,j'aiconsacré7 %dubudgettotalauxvoileset à l’accastillagecomplémentaire ;c'estàlafoisbeaucoupparrapportàcequelesplaisanciers dépensent pour ce poste,mais finalement assezpeu, car on parle du moteur du bateau... Cat'Leyaestainsiéquipédevoiles typecourse TRILAMOffshore,grand-voile,génois,Code 0etmême spinnakerasymétriquelaminé(le 2e decetype,lepremierayantétéfabriquépourTanguyde Lamotte pour le Vendée Globe). Detout ceci, ilfaudraitpouvoirmesurerlesperformances précisesdu catamaran...Je mesuis contentédefaire des enregistrements devitesseetde capdanscertaines conditions,puis d'extrapolerlapolaireVPLP.Engros,legainglobalestd'environ10 %àtouteslesallures ! C'est cette polaire que j'ai utilisée pour les calculs de routage.
Pendant cette partie de la transat, deux autres monocoques nous ont suivis, l'un a même fait letour de San Anton par l'est pour éviter d'être déventé ! Nous apprendrons à l'arrivée qu'ilsétaient routés de terre. Plus nous grimpons dans le nord, plus nous dégringolons dans le classement, 15e, 25e, .... et ce, jusqu'à la 56e place ! L'équipage commence à se demander si le skipper n'a pas perdu la boussole !
Et il faut aller vite, car la dépression installée sur l'Atlantique va bientôt partir vers le nord et il nous faut profiter du vent qu’elle amène avec elle (sens inverse des aiguilles d’unemontre au nord de la dépression, donc bon pour nous pour faire de l’ouest !)
Mais je rassure l’équipage, ça va finir par payer !
Derrière, Shamal et Mariela (les deux monocoques) ont "jeté l’éponge". Ils sont partisvers l’ouest, ce qui pour moi est à ce moment la pire des stratégies. Un peu de retard neleur permettra pas de passer juste au nord de la dépression, mais en plein dans la zone de calmes, ils feront beaucoup de moteur.
Le routage du 23 novembre avec lesGRIBS montre bien la dépression ainsi que les conditions plus que faibles qui sévissent sur la route directe… Nous avons raison de persévérer, et n'avons de toute manière plus le choix. Nous continuons ainsi notre montée jusqu’à la latitude des Bahamas, tandis qu’à terre tout le monde pense que le skipper a pété un câble !
J’enverrai même un mailà l’ARC : "Rallycontrol, nous venons de croiser des baleines, des pingouins, des lions de mer… Portons nos combinaisons arctiques… Finalement, nous partons sur Cheasapeake Bay !" et recevrons en réponse : "Attention aux icebergs…"
Nous avons du vent, la mer est belle et Cat'Leya file bien plus vite que tous ceux "d’en bas"… Le moral est au beau fixe, nous remontons inéluctablement dans le classement, et avons une pensée émue pour les heures moteur évitées…
Et ça paye, pour le moment, pas de moteur, spi asymétrique, Code 0 quand ça monte. Ça me plaît et Cat'Leya avale les milles ; pas tout à fait dans la bonne direction, mais, en comparaison de nos amis du sud plantés dans les calmes ou aumoteur..., on est bien ! En fait, en longitude, on aura toujours été bien placés par rapport à la flotte,et cela nous aura permis de garder le moral.
Vie à bord en transat
Lesrepassesuccèdentàbord,et participenténormémentauplaisirde naviguerensemble.L'avitaillementaétéréalisépourl'essentielauxCanaries.Lesnombreux équipementsdubateauapportentbienentenduleur partauconfortdubord,frigos, congélateur, lave-vaisselle,dessalinisateur,groupeélectrogène,panneauxsolaires,unlit indépendantparpersonne,excellenteprotectionaupostedebarre,etc.Cecin'empêchepas unebonnegestiondel'eauetdel'énergie. Chaquejour,lorsquelesconditionsdemerle permettent,nousmettonsenroutelegroupe(1 heureenviron)etledessalinisateur(280 l/h) afin de régénérer notre consommation.
Plus nous avançons dans la traversée, plus nous subissons de grains pendant les nuits. Au début, ils suivent le vent, tant qu'ils sont dans notre tribord, pas de souci. Sinon, il faut surveiller leur évolutionau radar. Au fur et à mesure, les grains sont plus désordonnés, et ça devient vite compliqué, car leur trajectoire est imprévisible, leur taille plus impressionnante, et ils se reforment très rapidement... Parfois,il n'y a qu'une solution, on ne prend aucun risque, et on réveille les équipiers, pour affaler les voiles et mettre le moteur pour s'échapper...
Nous passons juste au nord de la dépression tropicale bien visible sur les fichiers, et l'enroulons donc comme dans les livres !
Nous nous surprenons à espérer une arrivée dans les 10 premiers, mais je tempère l'optimisme de l'équipage. Depuis le départ,je sais que l’arrivée sera compliquée par une dépression qui va traverser l’Atlantique…
Tout à coup plus, de grand-voile, la drisse s’est cassée ! Il faut monter au mât (27 mètres au-dessus du niveau de la mer)en plein Atlantique, et qui s’y colle ? Moi bien sûr, moteur, etCat'Leya file vent arrière pour minimiser les mouvements de roulis et de tangage. Il nous faudra quelques heures pour repasser une nouvelle drisse et repartir… Mais ce n’est pas fini, le lendemain, de nouveau grand-voile en bas. Cette fois, c’est la sangle de têtière qui s’est décousue. On bricole une fixation de fortune. Il faut que ça tienne !
Terre, enfin !
Les derniers jours, la situation ne sera finalement pas aussi mauvaise que prévu initialement. L'arrivée d'une grosse dépression par l'ouest nous obligera à faire un peu de moteur afin de passer devant. Nous attaquons la descente, plus compliquée, et les 2 derniers jours, nous devons naviguer au près… Le 30 novembre à 9 heures, nous coupons la ligne d'arrivée à Sainte-Lucie. Nous sommes sixième de la flotte en temps réel… et premier de la classe multicoque !
Nous avons parcouru 2440 milles à 7,3 nœuds, au lieu de 2098 milles sur l'orthodromie, soit près de 350 milles de route en plus, en un peu moins de 14 jours. Nous avons eu 12 touches pour seulement 2 barracudas remontés à bord, des dizaines de grains évités, un drisse de grand-voile cassée remplacée en mer, une têtière de GV réparée, 4 nouveaux "transateurs" à bord, 27 très bons repas, Hadès, mon fidèle compagnon, enfin de retour sur terre...
Et maintenant, place aux vacances aux Antilles !