Pour les navigateurs du monde entier, la Polynésie française est un nirvana, le graal du tour-du-mondiste. J’avais vibré avec les récits de Bernard Moitessier, Paul-Emile Victor ou Alain Gerbault. Mais est-il bien vrai que la Polynésie française ne ressemble plus à la description qu’en faisait Bougainville au 18e siècle ? Le seul moyen d’en avoir le cœur net était d’aller vérifier de mes propres yeux.
Problème : l’appel des mers du Sud a un coût, et la location d’un catamaran privatisé n’est pas à la portée de toutes les bourses.
Alors, quand j’ai vu que Dream Yacht proposait des croisières de 11 jours à la cabine dans les îles de la Société, sur un spacieux Lagoon 620 mené par un équipage local, je n’ai plus hésité.
Avant de partir, on se demande forcément si la magie sera au rendez-vous. C’est qu’on en rêve tous depuis l’enfance, de ce mythique océan Pacifique qui recouvre près du tiers de la planète. J’avais tout lu sur la Polynésie française et la navigation dans ces sublimes 118 îles réparties en 5 archipels, éparpillés sur une zone maritime grande comme l’Europe.
7 200 € la cabine double en pension complète
Pour moi, ce sera Tahiti, Moorea, Huahine, Raiatea, Taha’a et Bora-Bora. Le compromis me semblait idéal : certes, j’allais devoir partager le catamaran avec des inconnus, mais l’itinéraire très complet me permettrait de voir dans les meilleures conditions presque toutes les îles, sans perdre de temps à organiser la location du catamaran, l’avitaillement et les repas, les excursions à terre, les formalités diverses, les transports… Et même si c’est un plaisir que de préparer soi-même la navigation, s’en remettre à un skipper fin connaisseur de son plan d’eau, de ses dangers, de ses bons mouillages, de sa météo, me donnait enfin l’occasion de profiter pleinement d’une croisière en mode contemplatif, sans me soucier de rien. Ça semblait idyllique sur le papier, et très avantageux financièrement : 7 200 € la cabine double en pension complète (le package excursions à terre, optionnel, coûte 550 €/personne). J’avais beau refaire mes calculs, le ratio budget/tranquillité d’esprit était imbattable. Bien placée sur mon agenda, la saison favorable débutait : en ce début avril, le tiède alizé de sud-est n’allait pas tarder à s’établir. Et sur les 6 cabines du dernier Lagoon 620 qui n’était pas complet, il n’y en avait déjà plus qu’une seule de disponible : je me suis vite décidée à la booker.
A noter : le loueur propose la même prestation avec des Bali 5.4. Ne restait plus qu’à jeter quelques maillots de bain dans ma valise, et à parcourir les 20 000 kilomètres qui me séparaient de Papeete. Je navigue depuis 30 ans, mais jamais un départ en croisière n’avait été aussi serein. Je suis littéralement partie les mains dans les poches, me fiant totalement à la bonne réputation du leader mondial de la location, et soulagée de ne pas avoir vidé (complètement) mon compte en banque. Un bon début, non ?
Lagoon 620 : un catamaran super confortable
Maeva (« bienvenue » en tahitien) Tahiti ! Dès l’arrivée à la marina Taina, la taille du Lagoon 620 amarré à quai m’impressionne. Je n’ai pas l’habitude d’unités aussi volumineuses, et la légère appréhension que j’avais concernant la promiscuité avec les autres passagers s’envole instantanément. Le cockpit et les espaces de vie sont immenses, fonctionnels, et personne ne se marchera sur les pieds : il sera facile de m’isoler si je le souhaite. Le flybridge, avec son bimini et son double poste de barre, regorge de banquettes et daybeds aux matelas épais, offrant depuis ce solarium très bien conçu un panorama à 360 degrés des plus prometteurs. L’accastillage surdimensionné, le mât immense, les 241 m2 de voilure, les larges passavants, en disent long sur la robustesse de ce catamaran conçu pour la navigation hauturière. A bord, il y a tout le matériel de snorkeling nécessaire, mais aussi un kayak et un paddle. Les 12 passagers sont accueillis avec chaleur dans le salon extérieur autour d’une collation préparée par notre hôtesse Vaea, sourire éclatant sous une cascade de cheveux noirs brillants, qui est aussi la femme de notre skipper Wen. Ce dernier nous briefe sur la sécurité, le programme précis de ces 11 jours, avant de nous désigner nos cabines doubles respectives. Très confortables, équipées de la clim’, d’une salle d’eau privée et de nombreux rangements, elles sont aussi lumineuses grâce à un vaigrage clair, de longs hublots et panneaux Goïot. La literie queen size est excellente… bref, me voici sur une vraie maison d’hôtes flottante ! Quant à notre équipage, il me plaît d’emblée : Wen et Vaea, tous les deux polynésiens, forment un binôme qu’on sent réglé comme du papier à musique – dans les jours qui suivent, je ne pourrai que constater à quel point il fonctionne effectivement à merveille. Ils travaillent ensemble depuis 9 ans, 7 mois de l’année, et connaissent les différents catamarans de la base comme leur poche. Leur expérience, leur gentillesse, leur envie de partager avec les passagers, se constatent instantanément. Nous voilà assurément entre de bonnes mains.
Les pics déchiquetés de Moorea
Nous larguons les amarres sans tarder, laissant Tahiti, ses 280 000 habitants, ses rivages de sable noir et ses montagnes à l’inextricable fouillis végétal, dans notre sillage. Ce soir, nous dormirons au mouillage à Moorea, dans la baie de Vai’are, à une dizaine de milles de là ; hypnotisée par la vision majestueuse de ses pics déchiquetés qui se dressent en contre-jour dans le soleil couchant, j’entends dans ma tête la musique de Vangelis qui illustre le film Le Bounty avec Mel Gibson. Les jeux de lumière sont fous, se reflètent dans les lunettes de Wen qui manœuvre tout en nous parlant des conditions de navigation dans l’archipel de la Société en saison haute (de mai à octobre), durant laquelle le climat est plus sec et plus frais ; de novembre à mai, c’est la saison des pluies, et les températures peuvent être parfois étouffantes. Une fois à l’ancre, notre premier dîner, savoureux et convivial à l’image de tous ceux qui suivront, est l’occasion de commencer à mieux connaître les autres passagers : la moitié a déjà une expérience nautique, l’autre découvre la vie à bord. Ils s’étonnent de se sentir déjà amarinés : Vaea leur explique que le Lagoon 620 est tellement stable qu’il est presque impossible de souffrir du mal de mer. Pour tous, c’est un peu « le voyage d’une vie ». Je m’allonge ensuite sur le trampoline, éclairé par l’énorme pleine lune fichée comme un phare dans ce ciel serti de milliers d’étoiles. Les lumières de Tahiti scintillent au loin et je me sens déjà enivrée par l’atmosphère de cette première navigation. J’observe Vaea et Wen travailler avec dextérité dans la vaste cuisine américaine faisant face au salon climatisé du carré. Servir 36 assiettes quotidiennement pendant 10 jours, c’est une sacrée logistique !
Des conditions de mouillages parfaites
Au réveil, notre premier réflexe est de nous jeter à l’eau depuis les échelles à l’arrière du Lagoon 620 : un rituel qui deviendra journalier, car c’est bien pour cette eau calme couleur de jade, plus claire que celle d’une piscine, royaume de tant d’espèces de poissons multicolores, de coraux, de crustacés et de mollusques, que nous sommes venus. Les conditions de mouillage sont parfaites dans cet aquarium XXL à la température idéale, avec fond de sable blanc d’excellente tenue, abrité de récifs coralliens. Deux baies entaillent profondément cette île de 132 km2 qui forme avec Tahiti les îles du Vent : la baie de Cook et celle d’Opunohu, totalement cinématographiques avec leurs légendaires montagnes abruptes culminant jusqu’à 900 m. Nous y jetons l’ancre alternativement, pour faire du snorkeling dans le jardin de corail, regardant poissons-perroquets et coffres, balistes, tortues vertes, raies pastenagues et requins à pointes noires défiler devant nos masques ; ces derniers, pas méchants pour un sou, sont même plutôt craintifs, et nous les côtoierons tout au long du séjour sans jamais nous lasser. Je réalise qu’au-delà de la carte postale, il y a toute une culture ancestrale tournée vers la mer à découvrir : le Grand Bleu, c’est ici qu’on le trouve, dans le lagon que les Polynésiens surnomment « le garde-manger », puisque c’est là qu’ils ont toujours pêché pour leur subsistance. Wen m’explique que les pêcheurs en prennent grand soin et le mettent « en jachère » par zones pour que les espèces aient le temps de se reproduire. Nous visitons ensuite Moorea en Land Cruiser, pénétrant sa terre rouge plantée d’ananas sur des routes magiques serpentant au milieu d’une végétation luxuriante, nous extasiant devant les fantastiques points de vue sur le lagon.
Demain, cap sur les îles Sous-le-Vent.
Magie de l’océan Pacifique
Depuis le départ, nous profitons d’un vent dominant d’est-sud-est entre 10 et 17 nœuds. Des conditions de demoiselle, comme on dit ; pourtant, on ressent de plein fouet la magie du Pacifique, le grand frisson. L’âme, avide de liberté et d’exotisme, trépigne devant cette île posée à l’horizon, que nous rejoindrons dans 80 milles : Huahine ! Pour être certain de respecter à la lettre l’itinéraire prévu et ne prendre aucun retard, Wen renonce à naviguer à la voile ; avec ses 2 x 110 ch, le Lagoon 620 avance à une moyenne de 7 nœuds. Installés sur le flybridge, nous n’entendons absolument pas les moteurs ! En le regardant barrer, je réalise à quel point les Polynésiens habitent littéralement la mer : ils lisent le ciel et l’océan avec un instinct et une science sans pareils. Je ne peux m’empêcher de penser à ses ancêtres maohis, intrépides marins qui, des siècles avant les Européens, réalisèrent cette aventure maritime unique dans l’histoire de l’humanité : coloniser ces îles à plusieurs milliers de milles de distance sur leurs grandes pirogues doubles, aussi grandes que les navires de Cook. Ils frayaient leur chemin dans cette houleuse immensité en observant le ciel, la périodicité et la régularité des courants, des vents, mémorisant la position de plus de 150 étoiles pour se guider la nuit. Ils détectaient la proximité des îles aux débris végétaux flottant sur les vagues, évaluaient leur position d’après les espèces d’oiseaux marins qui les survolaient, comme les frégates qui s’aventurent plus loin que d’autres. Ce n’est pas un hasard si le polynésien est la langue la plus riche en termes maritimes !
Wen a mis à l’eau ses leurres, et ne tarde pas à remonter sous nos applaudissements une énorme dorade coryphène, que Vaea nous servira le lendemain soir avec une sauce vanille maison. J’ai déjà pris un kilo depuis que je suis à bord tant elle nous gâte côté bonne chère, mettant à l’honneur la cuisine traditionnelle qu’elle maîtrise à la perfection, mais aussi de bons petits plats métropolitains afin qu’il y en ait pour tous les goûts. Les quantités sont pantagruéliques, et les tables toujours joliment dressées, confirmant le sens inné de la beauté des Polynésiens.
Huahine : un lagon turquoise, des cocotiers et des faré
Arrivés de nuit, nous dormons au mouillage Fare, et le lendemain partons en excursion pour la matinée.
Il y a tout, à Huahine, pour exciter l’imagination : un lagon turquoise frangé de cocotiers, des faré (maisonnettes) surgissant au milieu des arbres à pain et des corossoliers, des plantations de vanille, des fermes perlières, des pièges à poissons en pierre régis par des règles communautaires centenaires, des centaines de marae (anciens lieux de culte et de sacrifice), et même des anguilles sacrées que les habitants viennent nourrir à la main. Constituée des restes d’un volcan coupé en deux par un bras de mer, Huahine nui (la grande) et Huahine iti (la petite) se partagent le même lagon parsemé de motu. Un isthme les sépare, mais un petit pont les réunit. Agricole et préservée, elle est encore très attachée à un style de vie traditionnel. Notre guide nous dépose dans la baie d’Avea, où Wen nous attend : effet wow garanti pour ce mouillage à l’irréelle beauté où toutes les nuances de bleu se mêlent, et que je classe immédiatement parmi les plus beaux de ma vie. Le fait d’être si haut sur l’eau permet vraiment d’en saisir toute la splendeur… mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Direction la baie Hanaiti, pour un snorkeling mémorable dans un décor hypnotisant hors des sentiers battus. Pour clore cette journée parfaite, le soleil se couche dans un camaïeu gris-perle virant au rose orangé, puis au violet. Les sens exacerbés, je m’endors en me demandant comment je vais faire pour quitter ce paradis dans une semaine…
30 milles nous séparent de Taha’a, une belle île paisible et discrète, dont Vaea est originaire. « Bienvenue chez moi ! » dit-elle avec un grand sourire en pointant du doigt ses côtes échancrées. Elle partage le même lagon étincelant que Raiatea, à 20 milles de là, où se trouve la base Dream Yacht, mais reste en dehors des grands circuits touristiques. Nous la visiterons plus tard ; pour l’heure, Wen veut nous faire profiter d’un mouillage exceptionnel qu’il connaît bien, où l’eau est limpide à se damner et le snorkeling exceptionnel : une riche faune marine s’ébat dans un labyrinthe de coraux, tandis que les requins à pointes noires, débonnaires, nagent comme d’habitude par dizaines autour du catamaran. Le soir, Vaea nous concocte un thon cru au lait de coco ; c’est Wen qui prépare devant nous le lait de coco frais après avoir râpé la noix. La vie est belle, tout simplement !
Raiatea, l’île sacrée
Le lendemain matin, de gros nuages noirs s’amoncellent sur les reliefs de Raiatea alors que nous rejoignons Uturoa, sa capitale administrative, accompagnés de dauphins et de va’a, les pirogues à balancier que les Polynésiens font vigoureusement filer sur l’eau saphir du Pacifique à la force de leurs rames. Nous passons la matinée à flâner parmi les boutiques de cette petite ville de 2 500 âmes, discutant facilement avec les commerçants qui nous expliquent qu’ici on vit encore comme au bon vieux temps, sans esbrouffe. Effectivement, à peine quittée la rue principale, on plonge sans transition dans une nature flamboyante d’où surgissent des pics de basalte sombre. Comme à chaque escale, je suis fascinée par la généreuse végétation de ces îles, qui, de la cordyline à l’hibiscus, semble rassembler toutes les espèces tropicales de la planète. Si le soleil joue à cache-cache aujourd’hui, cela ne fait que renforcer l’atmosphère de Raiatea, « l’île sacrée », la plus grande des îles Sous-le-Vent. Noyau dur de la culture polynésienne, elle fut le point de départ de toutes les migrations épiques vers les autres îles du Pacifique. La troublante visite du marae de Taputapuatea force l’imagination, plonge dans les temps anciens, avant Magellan. Ce temple en plein air, avec ses dallages de basalte et ses murs de corail, fait face à la passe Te Ava Mo’a où débarquèrent les premiers Polynésiens il y a environ 1 000 ans.
Bora-Bora, perle du Pacifique
Dans la nuit, aucun roulis ne vient troubler notre sommeil tant le Lagoon 620 est immobile malgré l’orage qui nous survole.
Nous levons l’ancre dans une lumière bretonne. Grisée par le vent, assise sur le balcon du flotteur bâbord, il me semble voler au-dessus de cette mer d’azur et d’argent d’où jaillissent des poissons volants. La houle a un peu grossi, passant à deux mètres : de la pluie est attendue d’ici peu. Ce n’est pas encore le mara’amu qui se met en place, juste une onde tropicale typique de l’intersaison. Je savoure pleinement le parfum de bonheur qui berce les 25 milles de cette traversée, avec une sensation de toucher du doigt l’infini. Les autres passagers profitent tout autant, allongés sur les bains de soleil du flybridge à bouquiner ou discuter. Enfin, la barrière de corail dessine une ligne d’écume blanche qui défile le long de la coque tribord en grondant, tandis qu’en arrière-plan se dresse le colossal volcan effondré de Bora-Bora. Surnommée « la perle du Pacifique », cette île haute et escarpée, bordée de plages, est entourée d’un lagon turquoise de 78 km2 dont les variations de couleur frôlent la perfection. Après avoir franchi la passe, nous mouillons devant la pointe Taurere, couverte de pandanus (autrefois, on en tressait les feuilles pour faire des voiles) que Wen nous emmène explorer à pied, puis nous profitons d’un coucher de soleil fabuleux qui teint la mer de bronze et de mauve. Le lendemain, il nous confie pour la journée à un guide truculent, couvert de tatouages polynésiens de la tête aux pieds, qui nous emmène sur sa pirogue à balancier nager avec les requins à pointes noires, les raies pastenagues et, comble de joie, trois raies manta qui nous gratifient d’un ballet des plus gracieux. Régulièrement, il nous régale de langoureuses balades au ukulele et de goûteuses tranches d’ananas. Nous revenons sur le Lagoon des étoiles plein les yeux, et n’envions en rien les clients des bungalows sur pilotis des hôtels de luxe alentour : aucun superlatif ne saurait traduire les heures enchantées que nous venons de vivre.
La vanille de Taha’a
Après un snorkeling fabuleux au motu Toopua, nous entamons notre navigation retour vers Taha’a. 65 milles plus tard, l’odeur sauvage de cette île connue pour sa vanille de grande qualité nous happe dès l’arrivée au mouillage devant le motu Tautau. Le snorkeling dans son superbe jardin de corail n’est que le prélude à une passionnante visite de cette terre gracieuse, dont une route fait le tour, dévoilant de petites maisons cachées dans des baies profondes, une église au toit rose posée au bord de l’eau, de petits pontons qui semblent là depuis la nuit des temps. Dans cette île très préservée, la vie est douce comme la peau huilée au monoï. Taha’a vit au rythme de la cueillette, de la pêche, et de la culture perlière. C’est une passeuse d’histoire, qui nous conquiert immédiatement. Un dernier mouillage au motu Ceran où nous devions pique-niquer : la météo nous force à changer nos plans et nous restons sur le catamaran, abîmés dans la contemplation de la mer couronnée d’un ciel noir comme une perle d’ici, qui semble par contraste d’un vert émeraude quasi fluorescent : c’est juste sublime. Notre dernière soirée se passe à terre, dans un restaurant pittoresque de Fa’a’aha, sous une pluie diluvienne. Peu importe, le spectacle de danse polynésienne auquel nous assistons dans la lueur des torches, le fameux Ori Tahiti qui avait tant choqué les missionnaires puritains, nous transporte d’une joie presque enfantine. Une vahine, sa fleur de tiaré derrière l’oreille, joue du ukulele accompagnée de percussionnistes au front ceint de couronnes de feuillages. Un athlétique danseur fait revivre la fougue des guerriers d’antan en faisant tournoyer à la vitesse de l’éclair des machettes enflammées. Féerique !
Quitter Wen et Vaea au matin du dernier jour, sur le quai de Raiatea, ne se fait pas sans émotion. A eux deux, ils incarnent tout ce que je suis venue chercher dans cette croisière : l’accueil chaleureux du visiteur au fenua (« le pays » en tahitien), leur terre natale, mais aussi la découverte de mouillages et d’escales inoubliables, de traditions bien vivantes, d’un mode de vie au plus proche de la nature, et surtout d’une joie de vivre viscérale. Grâce à leur professionnalisme, leur absolue disponibilité, leur bonne humeur, l’organisation sans faille d’un programme de navigation respecté à la lettre, nous nous sommes sentis comme à la maison sur ce douillet Lagoon 620. Chaque jour, de 5h du matin jusqu’à 22h, ils se sont mis en quatre pour faire de notre croisière un rêve éveillé ; nous sommes des hôtes comblés, avec de surcroît la certitude d’avoir profité à fond de ces 430 milles de cabotage aux antipodes. Pas de doute : pour découvrir la Polynésie, il faut prendre la mer. Car, d’île en île, presque sans s’en rendre compte, on amasse le plus beau des trésors : l’art de vivre… en Société.








