Nous avons quitté la ville de Simon et contourné le cap de Bonne-Espérance dans des conditions parfaites. La brise était légère et fraîche, et, tandis que le courant froid du Benguela, qui porte au nord, rendait l'air plutôt frisquet, le soleil de fin d'été brillait. Ceilydh, notre catamaran de 40 pieds sur plans Wood, était vivant dans ces mers. Et tous trois, mon mari Evan, ma fille Maia et moi-même, sommes montés sur le pont et avons regardé le cap s’évanouir dans la brume.

Nous laissions derrière nous toutes les corvées liées au bateau, et qui ont ponctué notre séjour de quatre mois en Afrique du Sud. Entre le reconditionnement de la pompe à injection et la révision complète du moteur, nous avons réussi à nous offrir quelques mini safaris. La réparation des voiles a été jumelée avec une tournée des caves à vin. Le changement du tissu plastique de notre annexe, opération qui s'est avérée plus économique que de la faire réparer, a bien contrasté avec l'exploration du cap. Nous avons également fait bon usage des prix doux trouvés chez Southern Ropes, et nous avons remplacé nos lignes de vie par du Spectra, ainsi que nos bras de spi, tout en dépensant l’argent économisé dans quelques bouteilles supplémentaires de cet excellent vin sud-africain.

Devant nous, il y avait encore 4 400 milles à découvrir, avec un bateau en bon état, et, la saison arrivant à son terme, il était temps de partir. Notre premier arrêt, Luderitz, en Namibie, est connu comme étant une destination de kite surf, en raison des vents forts qui y soufflent. Et lors du dernier jour de notre voyage le long des côtes d’Afrique du Sud, alors que nous faisions nos six nœuds à sec de toile, à l’approche d’un front, nous avons commencé à nous demander si notre choix de venir ici était pertinent. Mais après notre arrivée (dans un crissement de pneus !), le vent a chuté, et les charmes de la ville ont commencé à apparaître.

Dans certaines conditions de lumière, cette ville rustique est charmante. Mais dans d’autres, et notamment sous ce genre d’éclairage plutôt sévère et avec lequel nous pouvons parfois juger un lieu, elle nous est apparue nettement plus dégradée. On y trouve quelques épiceries, un marché aux poissons, très bien achalandé, et quelques bons restaurants. On y trouve aussi certaines réalisations architecturales optimistes qui vous font penser qu’ils ont été quelques-uns dans cette ville à avoir imaginé qu’elle allait beaucoup se développer. Les manoirs allemands, dont la plupart nécessitent un bon ravalement, dominent le port. Des bâtiments publics plutôt imposants, y compris une grande gare ferroviaire, des banques ornementées et de grands halls, rendent chaque nouvelle rue passionnante à explorer.

Mais nous étions surtout ici pour le désert du Namib. Ce vaste désert s'étend vers les terres depuis l’océan Atlantique et glisse au travers d’un arc-en-ciel silencieux. Il abrite des bêtes fantastiques, et une ville fantôme intrigante appelée Kolmonskop. Construite à l’époque de l’exploration florissante des mines de diamant, la ville fantôme est implantée sur un plateau rocheux du désert du Namib, au milieu de ce qu'on appelle la "zone restreinte", dédiée à l'extraction des diamants et dans laquelle il n’est pas possible de pénétrer sans en avoir obtenu l’autorisation.

Ce fut autrefois une ville minière prospère, avec une rue de millionnaires et une salle qui accueillait des chanteurs d'opéra, elle commença à décliner quand de plus gros et de plus purs diamants furent trouvés plus au nord. A cette époque, près de 300 adultes allemands, 40 enfants et 800 travailleurs sous contrat, originaires d’Owambo, vivaient à Kolmanskop. La première machine à rayons X (pour repérer les diamants volés ingérés par des indélicats…) en Afrique australe a été retrouvée ici, ainsi qu'une piste de bowling, une salle de bal, et une école. De nos jours, c'est un musée vivant, une ville en partie fantôme. Certains bâtiments ont été restaurés, mais la plupart ont été peu à peu happés par le désert, au fur et à mesure du déplacement des dunes par le vent.

Ces mêmes vents qui changent les dunes nous ont vite fait savoir qu'il était temps de reprendre la mer. Les fronts jouent avec une régularité croissante à mesure qu’on avance dans la saison, et les marins qui laissent passer une fenêtre météo le font à leurs risques et périls. En suivant les contreforts et les collines de sable, la température de l'eau a chuté à 11°C. Nous avons sorti nos vêtements chauds, et nous sommes préparés pour les quarts de nuit, profitant de l'excellente visibilité offerte par les grandes baies vitrées de notre cabine, ce qui signifie qu’en dehors des tours d’horizon réguliers sur 360°, nous avons passé nos quarts à l’intérieur, avec Charlie le chat et une tasse de thé.

On dit que les épaves de plus d'un millier de navires sont dispersées sur ces côtes. Avant l’arrivée du GPS, lorsque les brouillards fréquents recouvraient la mer, les marins à bord des navires étaient facilement désorientés. J’ai compris pourquoi. Le rugissement des déferlantes semblait provenir de partout, après avoir rebondi au pied de ces dunes de 300 mètres de haut.

Lors de notre second après-midi, nous avons trouvé refuge dans la baie de Hottentot, dans l’espoir d’y laisser passer une forte houle, qui nous a tout de même bien fait rouler toute la nuit au mouillage. Même si les déferlantes sur la plage ne dépassaient pas la hauteur des maisons, je ne suis pas certaine que nous nous y serions aventurés. Nous avons repéré la carcasse d'un ancien navire, qu’il aurait sûrement été intéressant d’explorer, ainsi que des kilomètres de sable, mais, aussi magnifique que cela pouvait être, ça nous semblait interdit.
Avec la proximité de ce trop dangereux rivage, nous en avons été réduits à regarder les phoques jouer autour de notre bateau. Ces zones d’eaux froides, riches en nutriments, fournissent l'habitat à un écosystème abondant. Un matin, nous avons été surpris par un groupe de dauphins géants qui s’amusaient à accélérer comme une équipe de commandos. Plus tard, une immense mouette a attiré mon attention alors qu'elle flottait près du bateau. J'ai appelé Evan et Maia pour qu’ils la voient, et nous avons tous observé comment elle déployait ses ailes et les faisait sécher, comme le font les albatros.
Retour de la chaleur !
C'est toujours un plaisir quand une traversée promet une navigation facile, et que cela se réalise. Après le défi de l'océan Indien, l'Atlantique Sud, si doux, a été ressenti comme une récompense. Nous avons fait route à une moyenne de 6 nœuds dans un vent d’est de 10 à 12 nœuds venant de l’arrière, et rapidement l’eau s’est réchauffée, passant de 12°C à 18°C, et prenant rapidement la couleur d’un bleu tropical et flamboyant. Mais, avec l'eau froide et verte, les oiseaux de mer sont revenus ; il n'y avait plus d'albatros, d’élanions blancs ou de sternes. Nous n'avons pas cherché à voir les phoques flottant la tête en bas avec leurs pattes palmées se chauffant au soleil. Les visites des dauphins se sont également espacées, rendant soudainement l’océan vide et infini.

La nuit elle-même s’est transformée. La voie lactée était suffisamment lumineuse pour éclairer nos ponts, et la mer s’illuminait avec la bioluminescence. Chaque jour ressemblait au précédent, et, si ce n’étaient les cartes montrant notre progression sur un minuscule petit carré d’océan, il aurait été facile de s’imaginer allant nulle part.
Après neuf jours, j'ai aperçu le cône volcanique de Sainte-Hélène. Charles Darwin avait écrit : "Sainte-Hélène se lève brusquement de l’océan comme un immense château noir." En approchant de la côte, nous avons repéré des fortifications de pierre construites sur les falaises, renforçant l’impression que nous approchions d'une forteresse du milieu de l'océan.

Durant plus de 500 ans, la seule façon d'atteindre ce territoire britannique d'outre-mer de Sainte-Hélène fut par la mer. Avant l'ouverture du canal de Suez, c’étaient un millier de navires environ qui y faisaient escale chaque année. En voyageant ici, nous suivions les traces du capitaine Cook, de Dampier et de Bligh, ainsi que de Napoléon, de Darwin, d’Edmond Halley, ou encore de Joshua Slocum.
Dans un passé plus récent, les visiteurs venaient en navire à bord du RMS St Helena, de paquebots, ou de voiliers. Mais maintenant, grâce au nouvel aéroport, l'île sera bientôt accessible aux visiteurs, qui n'auront plus besoin de semaines ou de mois à consacrer à un voyage en mer. Pour la première fois, les yachts pourront débarquer ou embarquer des membres d’équipage, ou y recevoir des pièces de rechange.
Nous avons pris notre mouillage, au milieu de yachts en provenance de sept pays différents, puis nous avons rendu visite aux Douanes, au capitaine du port et à l'Immigration. A partir de là, nous étions libres de partir à la découverte de l’île. Au cours des siècles, Jamestown représenta un lieu d’approvisionnement fréquenté (quoique de courte durée) pour les marins. Les arbres fruitiers poussaient dans les vallées, et les chèvres parcouraient les collines, offrant des vivres frais aux navires de passage. Mais le déclin du trafic des navires de commerce signifia la fin du marché des vivres frais.

Finalement, des générations entières d'agriculteurs et de travailleurs ont fini par partir, cherchant d’autres opportunités ailleurs. En entrant dans les magasins, nous avons découvert que l'autosuffisance qui caractérisait autrefois la vie de l'île avait été remplacée par des rayons complets de produits d’importation en provenance d’Afrique du Sud et d’Europe. Mais la construction de l'aéroport, qui a ramené sur l’île de jeunes diplômés, les "saints", comme on les appelle sur l’île, ainsi que des expatriés, a transformé l'île. Les produits locaux, qui étaient systématiquement en rupture de stock, sont désormais cultivés par une nouvelle génération d'agriculteurs, et sont maintenant vendus au marché, remis à neuf.
Nous pensions nous arrêter ici le temps de refaire des approvisionnements, mais nous sommes rapidement tombés amoureux de la petite île. Notre guide touristique, âgé de 80 ans, ainsi que l’historien autodidacte Robert Peters, nous ont emmenés visiter la plupart des sites touristiques les plus populaires. Nous avons ainsi visité la résidence de Napoléon, Longwood House et son tombeau ; admiré l'imposant High Knoll Fort ; regardé l'extérieur de Plantation House ; nous avons également vu le point culminant de l'île, Diana's Peak. Plus tard, quand nous avons découvert l’île par nous-mêmes, Lemon Valley est devenu l’un de nos endroits préférés. Accessible par un sentier de randonnée ou à deux milles en annexe depuis le mouillage, cet endroit est accueillant pour faire un pique-nique, de la plongée avec tuba, ou randonner vers les anciennes fortifications.
En route pour Ascension
Et c’est à contr cœur que nous avons laissé Sainte-Hélène derrière nous, six semaine après notre arrivée. Ce fut une traversée facile de 700 milles vers l'Ascension, et bientôt nous fûmes émerveillés à la vue des collines volcaniques multicolores surmontées par Green Mountain ; l'expérience de Darwin. La colline autrefois aride a été plantée d’espèces tropicales du monde entier, altérant la géographie et le climat de l'île.
Nous avons mouillé notre ancre dans la baie de Clarence, au large de la petite bourgade de Georgetown. Nous avions prévu de faire une brève visite à Ascension, de refaire un peu d’approvisionnement avant de repartir, mais les conditions conspirèrent contre nous, et il a fallu concilier avec un phénomène connu localement, appelé "les rouleaux", signifiant l’arrivée d’une grosse houle de nord, et qui, combinée à la houle d’est normale, faisait monter et descendre nos annexes jusqu’au sommet de la jetée.

Gardant un œil sur la mer, nous avons dû compter les vagues, afin de pouvoir approcher et y décharger, selon le cas, une personne, ou un sac. A peine avions-nous mis pied à terre, que la vague suivante se fracassait sur les marches de la jetée, y trempant ceux qui ne les avaient pas encore quittées. Nous y sommes finalement arrivés, nous étions à terre avec une annexe sécurisée.
Nous sommes ensuite partis à la découverte des 40 km de route de l'île en voiture de location, visitant l'ancienne base de la NASA, l'aéroport, découvrant le crabe terrestre endémique, quelques ânes sauvages, les épiceries et Green Mountain. Recouvert d’une forte brume, Green Mountain était à la hauteur de sa réputation, avec sa forêt de nuages artificielle, et, plutôt que de risquer un pique-nique pluvieux, nous nous sommes dirigés vers la baie anglaise pour le déjeuner.

Le sable blanc éclatant et la lave noire représentent un lieu de reproduction des tortues connu par les habitants. Une population d'environ 1 200 personnes se répartit entre la base de la Royal Air Force, celle de l’US Air Force, la station de suivi des fusées de l'Agence spatiale européenne, une installation de renseignement super secrète, et la station de relais de l'Atlantique du service mondial de la BBC.
Pendant que nous étions là, une petite tortue tout juste née sortit du sable. Une frégate venait de faire son repas de l'un de ses frères ou sœurs, de sorte qu'un groupe de promeneurs lui fournit une escorte jusqu’au bord de l’eau. Et finalement, la petite créature y arriva, sous les applaudissements de ses tantes et de ses oncles d'honneur. Quelques minutes plus tard, elle nageait dans une eau bleue profonde et claire. C’est alors que la frégate a piqué, l’a attrapée et l’a mangée. La nature est parfois imbécile.
Le Suriname, enfin…
La traversée supposée aisée entre Ascension et Suriname allait être la deuxième plus longue traversée de notre circumnavigation. Nous avons traversé l'équateur pour la quatrième fois, et avons changé de fuseau horaire pour la trentième fois depuis notre départ de la maison. Avec des vents stables de l'arrière, la grand-voile est restée affalée, et nous avons seulement changé nos configurations de voile une ou deux fois par jour.

Avec peu de choses à faire sur le bateau – nous avons passé le plus clair de la traversée à regarder les dauphins et à admirer la diversité des oiseaux qui plongent. Peu de temps après, l’eau a pris la couleur vert sombre de l’Amazone, signifiant qu’il était temps de tourner à gauche, embouquer le fleuve Suriname, et se diriger vers l'ancienne Guyane néerlandaise, un lieu accueillant et riche en cultures sud-américaines, africaines, européennes et asiatiques (et leurs cuisines), des jungles vertes et de délicieuses fruits tropicaux...
Bon à savoir
Namibie
Mouillez sur ancre, ou prenez une bouée de mouillage devant le village. Le grand quai flottant est sécurisé, et on y trouve en général un garde. Faites vos formalités de douane, immigration et le contrôle des ports.
Île de l'Ascension
Une demande de permis d'entrée est requise au moins 28 jours avant l'arrivée, soyez conscient que vous bénéficiez d’une tolérance de 72 heures après vos dates d'arrivée et de départ indiquées pour que le permis soit valide.
Sainte-Hélène
Les bouées de mouillage sont bien entretenues, et coûtent 2 ou 3 GB £ par nuit. Le service de bateau taxi coûte 2 GB £ par aller-retour. Les frais de port s’élèvent à 40 GB £ et les visas 17 GB £ par personne.
Suriname
On trouve des bouées de mouillage au Harbour Resort de Domburg ou au Marina & Resort Waterland. Les procédures d’entrée varient en fonction de votre nationalité ; consultez le personnel de la marina pour obtenir des conseils.