Rendez-vous est pris à la marina Baotic de Trogir : ce vaste port moderne a l’avantage d’être tout proche de l’aéroport international de Split – à peine 10 minutes de taxi. Un détail qui a son importance pour toute l’équipe Fountaine Pajot, les journalistes, mais aussi de nombreux équipiers. Car tout le monde n’est pas venu avec son catamaran : de nombreux équipages n’ont pas hésité à en louer un autre pour être de la fête. Le staff du chantier en a d’ailleurs loué deux ; c’est là le second avantage de la marina Boatic, qui abrite « à domicile » d’importantes flottes de catamarans de location. Au-delà de ces aspects pratiques, la Croatie s’est avérée une destination judicieuse pour cette dixième édition des Owners Rendez-vous. Cette zone de navigation située sur la mer Adriatique séduit toujours autant, avec ses 600 îles, ses vastes plans d’eau protégés de la houle, ses eaux turquoise et son patrimoine historique particulièrement généreux. Des arguments à même de motiver les propriétaires de catamarans Fountaine Pajot à participer à la fête. La seule inconnue pour un tel rassemblement reste bien sûr la météo : fin mai, on attaque les beaux jours, même si la température de l’eau est encore fraîche – c’est le début de la saison.

Premier mouillage : Blue Lagoon ! Ici, l’eau affiche une couleur turquoise particulièrement attrayante – c’est l’heure des premières baignades…
De 40 à 50 pieds
A mon arrivée, le vent tiède et le ciel complètement dégagé magnifient le coucher de soleil – le temps semble donc être de la partie ! L’équipe du chantier a dressé une tente pour accueillir les équipages, proposer un verre de bienvenue et présenter le programme. Chacun est libre de dîner où il le souhaite. A portée d’annexe, Trogir, avec sa cité médiévale et ses quais en marbre, justifie la visite, et s’avère un choix logique pour flâner et se restaurer : des navettes sont organisées depuis la marina.
Avant la nuit, je ne résiste pas à un tour des pontons pour jauger des forces en présence. Du Lucia 40 jusqu’au Saba 50, les modèles représentés sont nombreux. Je repère des Astrea 42, Elba 45 et une belle flotte de Saona 47. La flotte est donc globalement assez récente. Le multicoque le plus ancien est sans doute le Salina 48 appartenant à Yves Pajot – cofondateur du chantier. Ce modèle, avec son mât carbone rallongé de deux mètres par rapport au plan de voilure standard, se remarque évidemment au milieu des espars en aluminium…
Si une dizaine des catamarans présents ont navigué depuis leur port d’attache – parfois lointain – pour être au rendez-vous, les 108 équipiers présents représentaient des nationalités plus diverses encore – Afrique du Sud, Allemagne, Australie, Espagne, Etats-Unis, France, Italie, Mexique… L’intérêt de ces rencontres organisées par le chantier est précisément de partager les expériences – entre propriétaires, bien sûr, mais également avec les 12 membres du personnel de Fountaine Pajot présents. Dès la première soirée, les interactions se créent ; on pourrait juste suggérer au chantier de mettre en place un « catamaran-atelier » armé par des techniciens à même d’intervenir sur des détails de SAV ou des diagnostics. D’autres constructeurs proposent déjà cette prestation – ô combien appréciée ! – lors de rassemblements similaires.

Ile de Rey – Saona 47

Stéphane et Catherine sont tout jeunes retraités ; ils ont découvert la voile à Quiberon et ont ensuite navigué en Méditerranée – le couple s’est installé près de Nice. Après un Sun Shine et un Sun Magic, ils optent pour un puissant cabin-cruiser Monte Carlo 47. C’est le projet retraite qui a motivé l’achat d’un catamaran : « On souhaite du confort, justifie Stéphane. Pour nous, disposer d’eau et d’électricité sans restriction, pouvoir inviter des amis, passer l’hiver aux Antilles, mais aussi gérer le bateau à deux fait partie du cahier des charges. Pour atteindre le niveau de confort de ce 47 pieds, il faut en compter 60 à bord d’un monocoque ! » Quelques visites lors des salons nautiques ont convaincu Stéphane et Catherine d’opter pour le Saona 47, lequel a été baptisé Ile de Rey, car le nom de famille de Stéphane est Rey. « On a apprécié la distribution des aménagements, les trois niveaux bien distincts, la grande plate-forme, la cuisine bien intégrée avec son îlot central, les possibilités de rangement dans les coques, et enfin le poste de barre qui communique avec le cockpit et le flybridge. Quand on a reçu un mail annonçant cet Owners Rendez-vous en Croatie, on a décidé de quitter Hyères le 30 avril, ça nous a fixé un calendrier pour cette première saison en Méditerranée. Et puis on était ravis d’avance de rencontrer d’autres équipages, conclut Catherine, d’autant que j’aime parler anglais ! »
Le démon de la régate

A bord d’un Saba 50, Claire Fountaine (présidente de Fountaine Pajot) et Romain Motteau (directeur général délégué) prennent en charge la stratégie et la navigation.
Le premier jour de navigation démarre sous les meilleurs auspices – le ciel est toujours aussi dégagé. Le parcours a d’abord mené les catamarans au fameux mouillage de Blue Lagoon. Ce spot est réputé pour ses eaux peu profondes et turquoise. Premières baignades (mer à 21°C, encore un peu fraîche), virées en paddle : tous les équipages apprécient cette première pause, même si des modes de vie différents se dévoilent – musique à fond ou repos contemplatif, il faut parfois s’entendre !
Le premier parcours de régate est organisé après le repas – bon, il ne s’agit pas évidemment pas d’une compétition officielle : les organisateurs ont tout de même mouillé une bouée et un bateau comité avant de lancer une procédure de départ. Je suis surpris de constater que même les équipages les moins aguerris aux lignes de départ, aux bouées de dégagement et au marquage se piquent au jeu. A bord du Saona 47 Ile de Rey sur lequel j’ai embarqué, le gennaker est déroulé sans tarder pour céder sa place au solent sitôt que la flotte subit le dévent de l’île que nous contournons. S’ensuit un long louvoyage : pas de flegme à bord, on vire à chaque refus. A ce jeu, le Salina 48 et son skipper se révèlent intouchables. Rappelons tout de même qu’Yves a été sacré Champion du monde de 505 (1974), Champion du monde de Flying Dutchman (1975) et Médaillé d’or de Flying Dutchman aux Jeux méditerranéens de 1975 à Alger. Son catamaran vous intéresse ? Il est proposé à la vente !
Le soleil décline vers l’horizon ; tous les Fountaine Pajot s’amarrent comme à la parade sur le quai de la marina de Maslinica. La première remise des prix « sportive » est complétée par un prix de l’élégance : l’équipage le mieux habillé a le droit de passer la nuit dans une suite de l’hôtel-restaurant Marchini Marchi Heritage, privatisé pour l’occasion. Mais avant, ce sera repas gastronomique et fête endiablée autour de la piscine…
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Même les équipages jusqu’alors étrangers à la compétition se sont piqués au jeu de la régate – jusqu’à aller au contact, ou presque !
Marguerite à doubles pétales

Amarrer une vingtaine de catamarans en marguerite réclame l’assistance de pneumatiques pour aider l’équipage à passer les amarres.
Le lendemain, cap sur une crique bien abritée de l’île de Šolta. Le premier objectif de la journée est de parvenir à mouiller tous les catamarans à couple et en cercle – une sorte de marguerite géante à doubles pétales, pas évidente à mettre en oeuvre. Mais les dinghies sont là pour aider les skippers à se positionner au mieux puis à passer les aussières. Une fois les catamarans en place, les équipages peuvent changer de bord… les jupes arrière, quant à elles, bordent une piscine géante où se regroupent de nombreux amateurs de baignade. Comme la veille, le vent a le bon goût de se lever en début d’après-midi. C’est donc le moment de hisser les voiles et de régater à nouveau, pour ensuite rejoindre Milna, un très joli port sur l’île de Brač. Un beau parcours de 6 milles devrait permettre une nouvelle fois aux fines barres d’exprimer leur talent… Cette fois, j’ai embarqué à bord du Saba 50 « présidentiel » ; le catamaran amiral de la flotte est en effet mené par les dirigeants de Fountaine Pajot. Claire Fountaine et Romain Motteau, malgré leur énorme expérience de la régate, ratent un peu leur audacieux départ bâbord amures… mais une bonne lecture du plan d’eau permet de revenir à la deuxième position – toujours derrière l’intouchable Salina ! La soirée à Milna se poursuit dans les terres – un bus et deux rotations sont nécessaires pour nous mener à une ancienne fabrique d’huile d’olive puis un restaurant typique. Le moment est évidemment idéal pour procéder à une deuxième remise des prix, à laquelle Multicoques Mag a participé – T-shirts et abonnements à gogo !
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Les 22 catamarans ont occupé tout le quai sud de la marina de Maslinica.
Chérie Amour – Elba 45

Kenneth Frantz est basé en Virginie, aux Etats-Unis. Il est propriétaire d’un Elba 45, mais possédait précédemment un Salina 48. « Mes deux faits de gloire concernant Fountaine Pajot sont tout d’abord que je suis le premier skipper à avoir gagné l’ARC en catégorie Multicoque à bord d’un catamaran de la marque. Je revendique également le record absolu de vitesse de la marque avec une pointe à 23,2 noeuds. » Emerveillé par la beauté des ports d’accueil, Kenneth semble sous le charme de la Croatie, et apprécie la qualité de l’organisation. Il y a fort à parier qu’on retrouvera Chérie Amour aux BVI en novembre 2023…
Un dernier spritz à Split...
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Les remises de prix sont des moments de convivialité toujours appréciés – cet amphithéâtre s’y prête parfaitement.
Pour le dernier jour, le parcours de ralliement vers Split est démarré assez tôt, car le vent de sud-est est annoncé assez fort – 20/25 noeuds l’après-midi. Les premiers catamarans se déhalent donc de leur place dès 8h30. Le trajet de 10 milles se cale sur un cap au est-nord-est. Le vent tribord amures se lève dès 9h30 – on relève 20 bons noeuds. Sa direction du sud-est offre un fetch suffisamment important pour lever un clapot inhabituel sur ces plans d’eau d’ordinaire très protégés. De nombreux équipages prennent un ris, et même roulent un peu de génois. A bord du Saba 50, on garde tout dessus. Claire, toujours férue de compétition, ne boude pas son plaisir de pousser le Saba à 10 noeuds ; dans un sourire, elle confie que Jean-François (son époux) aurait réduit la voilure, histoire de montrer l’exemple… A Split, les plans ont un peu changé – nous sommes accueillis dans une zone parfaitement protégée de la marina ACI car le quai de l’avant-port qui nous était dédié était exposé au ressac. Après une superbe visite du centre historique, l’événement s’est terminé sur un rooftop pour « un dernier Spritz à Split » ! Quelques discours, des au-revoir, c’est la fin de ce rendez-vous propriétaires. Certains catamarans restent un peu, d’autres sont ramenés à leur base de location, les derniers poursuivent leurs pérégrinations méditerranéennes. A la prochaine ? Bien sûr : rendez-vous a été pris en novembre 2023 aux BVI !
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L’hôtel-restaurant Marchini Marchi Heritage a été privatisé ; la piscine aussi !







