Depuis l’aéroport pittoresque de Beef Island, un taxi m’emmène à Nanny Cay, à quelques kilomètres seulement de Road Town, la capitale des BVI. Il est déjà tard et la base de Waypoints Yacht Charters est fermée depuis quelques heures – mais le Tanna 47 Ojala tout éclairé m’attend sur le ponton C. Seul à bord pour ces premières 24 heures, je prends mes marques et m’installe à bord mon incontournable « bureau à distance ». Le premier défi pour le journaliste itinérant que je suis est de régler la problématique wifi (lire édito) ; pas si simple aux BVI, où la carte e-Sim Holafly prépayée s’avère inopérante – mais heureusement remboursée par la suite. Je m’adapte à la table basse (un plateau plus grand et relevable est proposé en option) en surélevant mon clavier et ma souris sur le carton de mon « écran de voyage »… J’aurais pu m’installer dans le cockpit, mais il n’y a pas de vent et il fait très chaud dans le port. Je profite donc de la climatisation puisque nous sommes branchés au ponton. Un équipement évidemment très efficace dans ces conditions tropicales étouffantes, mais malheureusement très bruyant également. Pour le reste, ce catamaran récent est impeccable et parfaitement préparé ; j’opte pour la cabine arrière tribord. Un bon choix… sauf quand le générateur tourne – mais ça, je ne pouvais pas le savoir ! Promis, ce sera tout en ce qui concerne les remarques concernant le Tanna : la semaine que je vais passer à bord confirmera les qualités indéniables de ce modèle (voir encadré).
24 heures après mon arrivée, Romain Motteau, directeur délégué de Fountaine Pajot, me rejoint à bord ; le lendemain, c’est au tour de Jay Pennington, directeur opérationnel des bases américaines de Waypoints, de poser son sac à bord ; Jay investit la cabine arrière bâbord – elle dispose d’un accès direct sur le cockpit, ce qui est bien pratique quand on endosse le job de Capitaine !
Jour – 1 ou 1 ?
Arriver avant le début d’un événement qui réunit de nombreux multicoques présente un intérêt : il est possible de participer, par exemple, à un shooting photo depuis longtemps attendu. Si Fountaine Pajot assure d’ordinaire de généreuses productions de photos et de vidéos lors des lancements de chacun de ses nouveaux modèles, il y a eu un bug avec le Tanna 47, sorti à la fin de l’épisode de Covid-19. De fait, c’est le seul modèle du catalogue de la marque dont les photos d’extérieur se limitent à quelques vues au mouillage, avec le pont de l’île de Ré en fond… L’objectif de cette sortie qui s’annonce est de shooter des belles photos et vidéos sous voile. Pour l’occasion, c’est Romain Motteau, directeur délégué de Fountaine Pajot, qui prend la main – ou plutôt la barre : il choisit pour cette sortie d’utiliser Dragonfly, un des Tanna 47 les plus récents de la flotte Waypoints Yacht Charters. Romain est épaulé par Laurent Fabre, vice-président d’Atlantic Cruising Yachts, et mon Captain Jay pour manœuvrer le catamaran au mieux. Quelques figurants sont bien sûr de la sortie. Le ciel se partage entre nuages et éclaircies ; le soleil est justement déjà bien haut dans le ciel quand nous sortons du port, mais l’alizé est déjà bien établi. On est un peu à la limite d’utilisation des drones et le vent devrait forcir encore ces prochains jours – alors on y va ! Pour ma part, je suis chargé de la prise d’images depuis le chase boat. L’objectif est de naviguer au large des rochers appelés The Indians. Un premier shooting un peu mouvementé démarre ; on enchaîne avec des bords dans l’entrée de The Bight, un vaste abri de Norman Island. L’équipage du chase boat me dépose ensuite à bord du Tanna. Nous partageons un déjeuner-baignade à quelques mètres des grottes de Treasure Point. Le spot est parfait pour la pratique du wingfoil, ce qui n’échappe pas à Romain. Las, les ailes qu’il vient de louer sont percées ; les bords seront de courte durée.
On resterait bien encore un peu dans ce mouillage, mais le Fountaine Pajot Owners Rendezvous impose son timing : il s’agit d’accueillir les 120 participants à l’occasion d’une première soirée au bar-restaurant de plage Peg Leg, sur la base de Nanny Cay. Pour commencer, je fais la connaissance de Mary et Ann, qui embarquent à bord d’Ojala ; toutes deux travaillent pour LaVictoire Finance, une société américaine spécialisée dans le financement de bateaux.
Avant le coucher du soleil, j’ai le temps de découvrir les 25 catamarans présents. Pour une grande majorité, ils appartiennent à des Propriétaires américains et sont exploités en location-gestion (principalement par Waypoints Yacht Charters et Navigare). Tous les modèles de la gamme actuelle sont représentés, ou presque – il manque le Samana 59 et le Thira 80. Le plus grand catamaran présent est donc un Alegria 67, propriété du Dr Keith L. Black, un neurochirurgien très réputé et basé à Los Angeles.
Au milieu de cette flotte très récente, je repère tout de même un Hélia 44 avec son mini-potager suspendu : voilà un vrai catamaran de Propriétaire ! Précisons que le constructeur et l’ensemble des organisateurs souhaiteraient « ouvrir » l’événement à plus de Propriétaires qui vivent à bord, de provenance d’Europe ou d’ailleurs. Reste qu’il est compliqué aux BVI d’accueillir en mode itinérant plus de 30 multicoques.
Jour 2
Le programme de ce Owners Rendezvous fait la part belle aux soirées ; pendant la journée, le seul impératif est de rejoindre l’escale suivante. J’opte vite pour une formule qui égayera ces courts convoyages : naviguer de conserve avec un autre Tanna 47 – ce sera Dragonfly, dont l’équipage franco-américain se réjouit d’avance de cette partition à deux. Nous quittons Nanny Cay en milieu de matinée. Le vent souffle entre 20 et 27 nœuds, aussi, nous prenons un ris et roulons quatre tours de génois. Dragonfly opte pour la même configuration de voilure. La navigation théorique est relativement courte, puisqu’il s’agit de revenir à Norman Island, que nous avions donc découverte la veille. Mais cette fois, nous nous arrêtons dans The Bight. Nous convenons avec Dragonfly de s’aventurer un peu loin au vent, jusqu’à Peter Island. Nous nous retrouvons pour partager de délicieux burgers. En raison de l’alizé musclé et de la forte houle de secteur est, de nombreux mouillages relativement exposés deviennent impraticables – et c’est logiquement vers des abris parfaitement protégés que la plupart des bateaux se dirigent en fin d’après-midi. Bref, il ne reste plus de corps-morts disponibles près de la plage quand nous retrouvons la flottille à Norman. Pas grave, nous nous retrouvons à quelques longueurs d’un drôle de bateau débordé par un grand ponton et surplombé par une terrasse ; bienvenue au Willy T ! Ce bar flottant est une véritable institution aux BVI. A 17 h, on compte déjà les annexes par dizaines. La plupart des clients sautent ou plongent, enjambant sans sourciller le grand panneau « No jumping No diving ». Mary et Ann se préparent pour la soirée déguisée corsaire. Je pensais échapper à ce genre d’accoutrement en tant que journaliste, mais non : j’ai droit à un kit complet avec bijou de pacotille et sabre en plastique… Que la fête commence à The Bight at Norman Island, un grand établissement en partie privatisé pour cette soirée Fountaine Pajot.
Jour 3
Le programme du jour est de rejoindre l’extrême est de Tortola. Le vent, toujours calé à l’est-nord-est, ne mollit pas ; nous décidons, après un nouveau passage à Peter Island, de découvrir Cooper Island. Cette petite île abrite un hôtel haut de gamme, lequel intègre un restaurant et un bar à rhum, tous deux ouverts aux plaisanciers à l’escale. Le mouillage est un peu rouleur et soumis à des rafales imprévisibles mais l’escale est franchement séduisante. En début d’après-midi, nous renvoyons les voiles pour rallier Marina Cay ; ce minuscule îlot situé à moins d’un mille au nord-est de l’aéroport a été longtemps célèbre pour son bar-restaurant et sa station-service façon case créole. En septembre 2017, Irma, l’ouragan le plus puissant jamais enregistré dans l’Atlantique, réduit en miettes ces installations. La station-service sera reconstruite, mais cessera rapidement son activité. Aujourd’hui, Marina Cay est de nouveau opérationnelle, avec sa plage de charme, ses parasols de paille, et bien sûr son restaurant. En fin de journée, la lumière est magnifique grâce à l’exposition ouest. Le mouillage est très vaste et comprend de très nombreux corps-morts. 25 ont heureusement été réservés pour nous – la nuit, attention à la circulation de nombreux bateaux et annexes. Après le dîner et un dernier verre à bord de Dragonfly, nous regagnons nos cabines.
Jour 4
La dernière étape de ce Fountaine Pajot Owners Rendezvous BVI 2024 est Virgin Gorda. Cette île située à 6 milles à l’est de Tortola réserve deux attractions majeures. Tout au sud, le fameux site des Baths, avec ses énormes rochers beiges et roses qui forment des mini-bassins, des grottes et autres labyrinthes mystérieux, est incontournable… à condition que le mouillage y soit autorisé. Plus au nord, de nombreuses passes dans le corail mènent à deux gigantesques lagons dont l’eau est translucide. Le lieu de notre rendez-vous du soir est tout à l’est du lagon principal, mais nous sommes motivés pour naviguer à la voile et faire un peu de tourisme si possible. L’objectif est de rallier les Baths – pile dans l’axe du vent. L’équipage de Dragonfly s’est levé un peu plus tôt que nous : ils ont quitté le mouillage 20 minutes avant nous. Le vent est établi à 15 nœuds et devrait monter un peu ; nous hissons la GV haute et déroulons tout le foc, bien décidés à recoller à notre sistership. Jay barre et j’assure les manœuvres et la tactique. Mon Capitaine est plutôt girouette électronique et moi penons de génois, mais notre duo fonctionne. Pour Mary et Ann, c’est enfin le week-end (on est samedi) ; elles peuvent lâcher leurs ordis et profiter du flybridge. Impossible de mettre en veilleuse mon instinct de régatier ; je triture les réglages du rail de foc et de traveller de GV. Ojala marche bien et nous prenons plaisir à la pousser un peu quand le vent monte à 20 nœuds. On tricote sur les bons bords pour rapidement rattraper puis dépasser Dragonfly. A l’approche des Baths, Jay dégaine sa paire de jumelles et scrute la plage : le drapeau rouge de l’interdiction de mouillage flotte au vent. De prime abord, vu le ressac plutôt mesuré, on peut être surpris que les corps-morts soient « inutilisables ». En réalité, il s’agit juste de vis géantes enfouies dans le sable dont la tenue est aléatoire dès lors que la houle s’en mêle. Il y a quelques semaines, un catamaran de 42 pieds a terminé aux pieds des baigneurs, coque tribord crevée…
Nous prévenons nos amis du Dragonfly pour relancer un leg 2 vers l’entrée la plus large du lagon, située tout au nord de Virgin Gorda. La route est désormais un peu plus abattue avec un vent à 30° sur tribord. Il sera donc nécessaire de se recaler régulièrement sur la route grâce à des contre-bords relativement courts. Ojala et Dragonfly s’offrent des pointes à plus de 10 nœuds sous les effets de côte qui font forcir le vent. Notre équipage reprend vite l’avantage grâce à des virements mieux placés et plus rapides. Parvenus dans le lagon, nous mouillons sous le vent de Prickly Pear Island avant de rejoindre l’extraordinaire marina de Bitter End. A portée d’annexe, impossible de louper Saba Rock – un décor de cinéma avec ses deux anciennes cabines téléphoniques rouges plantées au milieu des cocotiers et de l’eau turquoise. La dernière soirée s’ouvre au bar en forme de bateau, face au coucher de soleil, et se poursuit par un dîner, la remise des prix et de la danse… Les Fountaine Pajot Owners Rendezvous se terminent ici, mais la plupart des catamarans poursuivent leur croisière vers les îles d’Anegeda et Jost Van Dyke… il y a tellement à faire aux BVI !
Tanna 47 Du confort et des performances faciles !

L’alizé était donc bien au rendez-vous – comme les Propri- étaires –, grimpant parfois même jusqu’à 25 nœuds. Nous avons le plus souvent navigué avec un ris et 4 tours dans le génois, sauf lors de notre louvoyage vers Virgin Gorda, où nous avions tout dessus. J’ai relevé des pointes jusqu’à 10,5 nœuds au bon plein et une moyenne de 8 nœuds au près, à 50/55° du vent réel. Le double poste manœuvres/barre s’est avéré diablement efficace à deux lors des virements de bord, même (et surtout !) en mode régate. Le Tanna 47 s’est toujours montré sain, rigide structurellement et n’a pratiquement jamais mouillé son équipage. Le flybridge rallongé a été très apprécié ; quand les conditions sont devenues un peu dures, le cockpit s’est avéré parfaitement protégé.
La nacelle bien dégagée offre un beau volume, et chacun a pu apprécier le confort de sa cabine. Celle qui est aménagée à l’arrière bâbord communique directement avec le cockpit, ce qui est un gage d’intimité.
En conclusion, le Tanna 47 offre un confort quasi équivalent à un 50 pieds, alors que ce modèle donne l’impression de se gérer en navigation comme un 45 pieds – un équipage familial ne se sentira jamais débordé tant les manœuvres sont ludiques et faciles.











