Dans le sillage du développement spectaculaire de la plaisance dans le dernier quart du XXe siècle, le marché de la location a fait florès. Des sociétés spécialisées sont alors apparues ; certaines sont restées très locales tandis que d’autres ont nourri des ambitions plus larges, voire mondiales. Parmi ces pionniers de la location de voiliers, il y a deux géants, The Moorings et Sunsail, longtemps concurrents acharnés et aujourd’hui sociétés sœurs au sein du groupe Travelopia. Ces deux compagnies, respectivement nées en 1969 et 1974, ont grandement participé à la démocratisation de la plaisance en rendant accessibles une ou deux semaines de location par an dans les plus beaux endroits du monde. C’est d’ailleurs en renversant la table, c’est-à-dire concrètement en mettant en avant la destination avant le support, que l’ancien journaliste Loïc Bonnet, passionné de voile, lance Dream Yacht Charter en 2000. « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ! » se dit l’impétrant – et il a sûrement eu raison car, un peu plus de 20 ans de croissance et moult rachats plus tard, le voilà leader mondial du secteur. Dream Yacht Worldwide (Charter est parti depuis peu aux oubliettes) compte 900 bateaux, tandis que Sunsail/The Moorings en arment 700. Au fil des années, la flotte a évolué : elle compte aujourd’hui une majorité de catamarans, et les powercats prennent progressivement leurs positions. Un problème se pose : le capital à mobiliser pour réunir de telles flottes est incommensurable. Surtout si l’on veut proposer à ses clients des multicoques récents pour qu’ils bénéficient des meilleurs équipements et des standards du confort moderne, sans oublier que catamarans et trimarans doivent être le plus robustes et fiables possible pour assurer la satisfaction des clients et un taux d’exploitation maximum.
Une question de temps…
De leur côté, les plaisanciers ont leur propre problématique. A moins qu’ils soient rentiers ou retraités, même s’ils passent l’intégralité de leurs vacances sur l’eau, les passionnés de croisière en multicoque qui travaillent passeront rarement plus de 4 à 5 semaines par an à bord. Acquérir un catamaran ou un trimaran est certes séduisant intellectuellement et intéressant sur le plan technique. Il peut être pratique d’avoir toujours un multicoque disponible avec ses propres affaires à bord. Mais quand les congés sont limités, la remise en route et l’hivernage prennent un temps considérable. Qui plus est, en quelques saisons, on a vite fait le tour des destinations accessibles en une à deux semaines de navigation au départ de son port d’attache – même s’il reste possible d’en changer. Les factures de port, d’assurance et d’entretien tombent 12 mois sur 12, alors qu’on ne profite vraiment du multicoque que 3 ou 4 semaines dans l’année. C’est là que peut intervenir la gestion-location, qui est un peu la solution à cette double problématique. En confiant son multicoque à une société spécialisée, la gestion-location permet en effet de le financer en attendant d’en avoir un usage plus intensif. Précisons que la formule est loin d’être neuve : elle a été inventée par Jean Larroux en 1971 – l’homme venait tout juste de rejoindre Charlie et Ginny Carry, le couple qui avait fondé The Moorings aux BVI deux ans plus tôt. Attention : la gestion-location n’est pas, contrairement à ce que l’on entend parfois sur radio- ponton, un « investissement avec x % de rentabilité par an ». Sauf cas exceptionnel, le Propriétaire ne gagne pas d’argent avec la gestion- location. Il évite plutôt d’en perdre et il profite d’un catamaran ou d’un trimaran en parfait état pendant un certain nombre de semaines par an, et ce, partout dans le monde.
Avec le contrat d’origine, dit « variable », un Propriétaire confie la gestion de son multicoque à une société spécialisée qui se charge de le louer pendant les périodes où il ne navigue pas. L’objectif est de maximiser l’utilisation du support, le plus souvent dans le but de générer plus de revenus. Charge à la société de location de gérer tous les aspects techniques et opérationnels. Elle gère les réservations, la maintenance, le nettoyage, et s’assure que le multicoque est prêt pour chaque locataire. En contrepartie, la société prélève une commission sur les revenus générés par les locations. C’est une formule potentiellement plus rentable pour l’acquéreur, mais qui est aussi plus risquée. Le Popriétaire payant tous les frais (place de port, assurance, entretien…), il reçoit en échange entre 60 et 65 % du chiffre d’affaires. Mais l’importance du cycle financier peut être dure à supporter hors saison alors que les loyers du leasing continuent à être prélevés par la banque, qu’il faut payer le port, l’hivernage, l’entretien et qu’il n’y a pas de revenus de location qui rentrent en face. A contrario, à la belle saison, si le multicoque est laissé à l’entière disposition du loueur et qu’il est bien exploité, ce peut être très rentable. Mais on se prive dans ce cas de l’utiliser à la meilleure saison, puisque c’est là que se fait le plus gros du chiffre d’affaires. C’est une formule que proposent les opérateurs locaux qui ont une offre de proximité.
Un multicoque, des dizaines de destinations
Les loueurs avec une implantation mondiale, quant à eux, proposent des contrats à revenus garantis. Ceux-ci ne varient pas selon l’activité locative et tout est inclus (place de port, entretien, assurance…). Concrètement, le Propriétaire apporte entre 20 et 50 % de la valeur d’achat du multicoque. Le solde est financé par un leasing auprès d’un établissement financier. Le Propriétaire peut naviguer sur son catamaran un certain nombre de semaines par an. Il peut aussi choisir de naviguer sur des unités identiques dans d’autres bases du loueur, ce qui permet de découvrir de nouvelles destinations. Enfin, il est également possible, via un système de points, de louer des unités différentes de celle choisie initialement pour parfaitement s’adapter au programme du moment, que l’on soit en couple, en famille ou tout un groupe d’amis. Le loueur, lui, s’engage sur toute la durée du contrat, à entretenir le multicoque, à l’assurer, à régler les frais de port et à verser un loyer mensuel au Propriétaire.
Tous ces contrats incluent 12 semaines d’usage par an pour le propriétaire, réparties entre haute saison, basse saison, et la moitié en « dernière minute », soit avec un préavis d’une à deux semaines. Or le prix moyen d’une semaine de location d’un Leopard 45 en 4 cabines et 4 salles d’eau par exemple est de 16 100 €. L’avantage en termes d’usage est donc considérable, même s’il n’apparaît pas directement dans le bilan financier. Si vous n’utilisiez pas votre multicoque ou un sister-ship pendant la durée du contrat, mieux vaudrait acheter le même catamaran d’occasion dans cinq ans, car c’est à cela que revient la gestion-location si vous ne naviguez pas. Car les revenus couvrent, dans le meilleur des cas, la dépréciation et les frais, pas plus. A la fin du contrat, deux solutions s’offrent à vous : soit vous gardez le multicoque pour votre usage propre, soit vous le faites revendre par la société de location et repartez éventuellement sur un nouveau contrat. Si la valeur de revente n’est pas garantie à la signature, et c’est bien là sa seule inconnue, les loueurs qui ont pignon sur rue sont les mieux placés pour l’estimer le plus précisément possible. En renouvelant un cinquième de leur flotte tous les ans, ce sont entre 150 et 200 bateaux dont ils gèrent la revente annuellement, et ce, partout dans le monde. Peu de brokers brassent un tel volume d’affaires. Et là encore, les multicoques ont l’avantage. Quand la valeur de revente d’un monocoque après cinq ans d’usage intensif est évaluée entre 50 et 55 % de son prix initial, pour un catamaran standard, ce sera plutôt entre 55 et 60 %, voire 65 % pour les modèles les plus recherchés, comme un 45 pieds en version Propriétaire par exemple. Jusqu’à 10 % d’écart sur des bateaux entre 500 000 et 1 million d’euros, nul ne peut négliger un tel écart.
De bonnes surprises grâce… à l’inflation
Mieux, si la valeur de revente n’est pas garantie, la conjoncture de ces dernières années a fait réaliser de belles affaires à certains Propriétaires. Entre l’inflation des prix du neuf qui a mécaniquement entraîné ceux de l’occasion à la hausse et l’évolution du cours euro/dollar, certains ont eu de belles surprises. Qui a acheté un catamaran de 50 pieds en Europe et en euros il y a 5 ans et l’a revendu aux Caraïbes en dollars cette année, a gagné plus de 100 000 € sur l’estimation qui lui avait été faite en 2019. Sur un temps court comme celui de ce contrat de cinq ans, on peut donc se faire peur ou tomber dans l’euphorie. Dans la réalité, sur le temps long, tout est lissé, surtout sur ce marché mondialisé. Car oui, le concept fonctionne si bien que les clients en redemandent. « C’est quand les choses vont mal que les clients reconnaissent le sérieux des sociétés », nous confie Guillaume Caffin chez Sunsail. « Le partenariat avec les Propriétaires, c’est sacré ! Donc les revenus, c’est garanti. Vraiment. Il n’y a aucune raison de s’en extraire. Les assurances sont en béton, y compris pour le risque cyclonique. » Le souvenir de l’ouragan Irma en 2017 est encore présent à son esprit. « Nous avons subi 180 pertes totales. Les clients ont pu naviguer sur d’autres bases et les Propriétaires ont continué à toucher leurs loyers jusqu’à ce que l’assurance leur rembourse leur catamaran, valeur à date du cyclone. Eh bien, ils ont TOUS racheté un bateau ! » Le plus souvent, « au deuxième contrat, ils se préoccupent beaucoup moins du choix du bateau et privilégient le meilleur montage ».
Entre pleine propriété et location à la semaine : le meilleur des deux mondes
Si toutes les flottes des grands loueurs sont aujourd’hui quasi exclusivement composées d’unités en gestion-location, c’est bien parce que le montage propose le meilleur des deux mondes, entre pleine propriété et location à la semaine. Ce n’est pas une solution miracle car la dépréciation de votre multicoque sur la période et le coût du leasing ne sont pas intégralement compensés par la somme des loyers reçus. Mais si votre emploi du temps vous permet de naviguer entre 3 et 12 semaines par an, alors le coût de votre semaine sur l’eau sera sans commune mesure avec celui d’une location classique. Il sera également bien inférieur à celui d’un multicoque en pleine propriété, les soucis et les coûts d’entretien en moins, le choix quasi infini de destinations de croisières en plus ! Et si le multicoque à voile est devenu largement majoritaire dans les flottes voile, les powercats arrivent, avec déjà une centaine d’unités en gestion- location chez Sunsail/The Moorings par exemple. Voile ou moteur, vous allez avoir le choix !
Témoignages de propriétaires heureux
Eric & Isabelle D. – Catamaran de 40’
« Nous avons été propriétaires d’un Océanis 36 CC basé en Méditerranée, mais nous avons voulu passer à une formule où l’on voit davantage de pays. Ne pas toujours naviguer au même endroit, c’est le plus important pour nous. Nous sommes désormais Propriétaires d’un catamaran, et nous pouvons prendre un modèle équivalent dans n’importe quelle base. Le deuxième avantage, c’est de ne pas du tout avoir à nous occuper du bateau. Car, quand on est propriétaire, quand on voit du vent, on s’inquiète pour le multicoque, il faut organiser le carénage, réparer ce qui a cassé, faire réaliser l’hivernage, l’entretien des moteurs. Quand on n’a pas beaucoup de temps, c’est une grosse contrainte. En plaçant notre catamaran en gestion-location, pas de souci de place de port, de maintenance : tout est déjà compris, et ça, c’est déjà des vacances. Qui plus est, quand on arrive, on bénéficie du service du loueur : les draps et les serviettes sont déjà sur les couchettes, les pleins d’eau et de carburant sont faits, un technicien fait le tour du catamaran avec nous pour vérifier que tout est bien en état de marche, on nous rappelle comment cela fonctionne si c’est nécessaire, et puis on part. L’autre aspect, c’est la sécurité. Quand on navigue en famille, avec un équipage peu expérimenté, dans une zone de navigation que l’on ne connaît pas bien, on a un numéro H24 qui, si on rencontre le moindre problème, sera là pour nous assister. Enfin, financièrement, c’est très intéressant aussi. Le catamaran que nous avons aujourd’hui, on ne pourrait pas l’acheter et l’entretenir sans un programme de gestion-location. Il suffit de naviguer au moins 3 semaines par an pour que cela soit intéressant.
C’est notre quatrième contrat avec Moorings. Quand un ouragan a détruit le bateau à Tortola, ils ont tout géré de manière remarquable et rapide alors que nous étions très inquiets. Et puis, pendant le Covid, notre multicoque était aux Seychelles, pays fermé hermétiquement pendant plus de douze mois, et on a continué à recevoir les loyers comme ils s’y étaient engagés, le contrat a été honoré. »
Bruno et Véronique B. – Catamaran de 50’
« Parce que nous travaillons, nous avons cherché à financer l’acquisition d’un bateau progressivement. Nous en sommes au troisième, pour arriver à un très beau catamaran, dont on peut profiter pour nos vacances sur l’ensemble des bases. L’intérêt, c’est d’avoir un catamaran sans avoir à s’en occuper ni à payer à chaque fois une location à la semaine. Et puis on peut réserver sur les bases antillaises l’hiver et européennes l’été. On apporte ou on finance la moitié du prix du multicoque et le reste est financé par la gestion-location. Au bout de cinq ans, certes, le catamaran a perdu de sa valeur, mais elle correspond à notre apport de 50 %. Et on a déjà navigué dessus un certain nombre de semaines, 4 à 6 dans notre cas. Depuis 2006, sur les trois contrats, à chaque fois, aussi bien la valeur de rachat finale que les loyers garantis tout au long des cinq ans ont été respectés. Même pendant la Covid alors que le bateau n’a pas été loué durant un an et demi.
Il faut le vivre pour vraiment le croire car, sur le papier, le concept peut paraître un peu magique. Au début, on vous explique, mais en vous-même vous vous dites : elle est où, l’arnaque ? Il doit y avoir quelque chose de caché, écrit en tout petit quelque part. Et puis finalement non, parce que le loueur y trouve aussi son intérêt. Le bateau coûte 1 million d’euros, la semaine de location 14 000 € et ils nous reversent 5 900 € par mois. Donc, s’ils le louent bien, ils réalisent un chiffre d’affaires important, sans aucune immobilisation, ils ne font que de la gestion-location. Mais au final, c’est du gagnant-gagnant, tout le monde est content. Quand on part, on réserve, on prend un avion, on arrive dans un multicoque nettoyé, prêt, fonctionnel et on part le lendemain matin. Et quand on rentre, à l’inverse, on peut laisser le catamaran seulement trois heures avant de prendre l’avion. Nous n’avons pas beaucoup de congés et nous aimons bien que tout soit optimisé. Pas de temps ni de coûts d’entretien, c’est énorme sur 5 ans ! On ne fait que profiter de la mer et de la croisière. »
- Plan de financement transparent et anticipé
- Zéro souci de port, assurance et entretien
- Flexibilité d’utilisation partout où le loueur dispose de bases
- Protection de la valeur d’un multicoque bien entretenu et régulièrement utilisé
Honnêtement, il y en a très peu – en tout cas bien moins que les avantages !
- On relèvera qu’un multicoque exploité 30 semaines par an s’use forcément ; il ne sera plus neuf au bout de 5 ans…
- En cas d’arrêt ou de lourdes difficultés d’exploitation (pandémie, cyclone particulièrement dévastateur), le risque de non-paiement ponctuel voire de banqueroute de certains loueurs ne peut être écarté à 100 %