Pour Piment Rouge, la préparation de l’ARC+ a commencé par un passage au chantier Outremer Yachting. Précisons que, si notre Outremer 51 est encore très récent – il a été mis à l’eau en juin 2021 –, il a déjà deux traversées de l’Atlantique dans les coques. C’est donc à La Grande-Motte (dans le sud de la France) qu’a été effectuée la révision complète des moteurs – retouche de l’oxydation, vidanges, changements des filtres et contrôle mécanique général. Dans un deuxième temps, nous avons procédé au changement des manœuvres usées (drisses, écoutes et bosses). La traversée de 10 jours entre La Grande-Motte et Las Palmas, à Gran Canaria, a été l’occasion de faire le point sur les 3 grands axes de préparation pour la transat : sécurité, performance et ambiance. Ce galop de rodage entre Méditerranée et Atlantique a permis de détecter du jeu dans les bas-haubans. L’équipage de Piment Rouge a profité de la semaine de préparation à Las Palmas pour changer les câbles défectueux, et assurer ensuite une tension satisfaisante. Une opération qui s’est traduite par de nombreuses interventions en « altitude » et une parfaite synchronisation avec les techniciens des magasins du port.
En parallèle, la mise à jour du matériel électronique a été relativement fastidieuse ; le temps de préparation à LasPalmas avant le départ n’était pas de trop !
Aucune concession sur la sécurité au large
L’assurance d’une navigation en toute sécurité est cruciale. Si le Code maritime impose une base d’équipements, le comité d’organisation de l’ARC+ fournit une liste bien plus complète qui compte plus de 50 points. En ce qui concerne le catamaran, les équipements obligatoires concernent principalement l’équipement de communication : VHF (Very High Frequency), AIS (Automatic Identification Système), GPS (Global Position System) de secours – en cas de démâtage –, réflecteur d’ondes...
Les équipements de secours collectifs, comme les bouées, le canot de survie ou encore les lampes puissantes, sont également passés au crible. La bonne fixation des éléments lourds et mobiles du bateau (ancres, bouteille de gaz, batteries...) est vérifiée.
Au niveau individuel, le traditionnel gilet de sauvetage marqué au nom du catamaran est complété par un sifflet, une lumière, une capuche transparente imperméable et un AIS personnel connecté au multicoque. La conformité à ces points est contrôlée et validée à Las Palmas par le personnel de l’ARC+ (on appelle les gars, tous en polo jaune, les « Yellow Shirts »). La veille du départ, les skippers sont invités à un briefing commun où sont données les dernières recommandations de sécurité, de navigation et météorologiques. Les procédures à l’arrivée (accostage et douanes) sont également évoquées.
Finalement, du point de vue du Capitaine comme des organisateurs de l’ARC+, Piment Rouge a été déclaré prêt à prendre le départ en toute sécurité !
Des performances pour… gagner !
L’ARC+ est un rallye en deux étapes : Las Palmas de Gran Canaria à Mindelo au Cap-Vert – 850 milles ; puis Mindelo à St. Georges à Grenada – 2 150 milles. Pour nous qui disposons d’un catamaran intrinsèquement rapide, il était tentant de réaliser une belle performance. D’autant plus que, l’année précédente, Piment Rouge était arrivé premier bateau toutes catégories sur la ligne aux deux étapes. Si l’Outremer 51 est un catamaran performant, son meilleur ennemi n’est autre qu’un autre Outremer 51 ! C’est ce que nous a réservé cette édition de l’ARC+ avec la présence d’Helia 2. One Piece, un Outremer 45, et Hanuman, un Catana 53, étaient aussi de sérieux concurrents dans la catégorie multicoque. Une navigation performante nécessite une confiance quant à la fiabilité du matériel. Comme décrit précédemment, a priori, tous les participants partent à égalité à ce niveau. Il restait pour nous divers points de détail à optimiser, et l’expérience de la précédente édition pour essayer de faire la différence.
Un catamaran propre de l’extérieur jusqu’aux cales donne envie d’en prendre soin ; nous avons toujours consacré du temps pour que Piment Rouge soit nickel en toutes circonstances. L’un des points les plus importants est bien sûr l’état de la carène. L’état de surface des œuvres vives de notre catamaran était impeccable, et nous avons évidemment plongé avant chaque départ afin d’ôter le peu de fouling qui s’était installé lors des escales.
Pour l’ARC+ 2022, Piment Rouge s’est offert un Code D, une voile de descente de 160 m2 montée sur emmagasineur. Cette voile a été acheminée par un équipier moins de 36 heures avant le départ et testée le lendemain en mer. Le guindant s’est malheureusement révélé trop long en installation standard. Ce test a permis de réfléchir à une solution avant le départ. Avec de l’ingéniosité, l’équipage est parvenu à mettre en place un montage « maison » : le Code D a pu être utilisé comme intermédiaire entre le gennaker et le spinnaker asymétrique. Cette configuration de voilure s’est avérée précieuse lors de cette transatlantique, pendant laquelle, conformément aux statistiques, le vent a été très majoritairement portant.
Un catamaran performant et prêt, des voiles adaptées, restait à savoir quelle route prendre. Nous abordons ici le sujet du routage, ou comment aller le plus rapidement possible du départ à l’arrivée en jonglant entre vitesse et cap ? Le routage permet de proposer des trajectoires en fonction des prévisions météorologiques et des performances théorique du catamaran (et de ses voiles). Aujourd’hui, le routage est bien épaulé par différents logiciels de visualisation et d’analyse de fichier GRIB (GRIdded Binary : informations météo dynamiques) et l’intégration des polaires de vitesse (synthèse des performances du multicoque en fonction de la vitesse et de l’angle du vent). L’ennui, c’est que les sources utilisables aujourd’hui sont même trop nombreuses ! Après que l’équipage a défendu toutes les possibilités, le Capitaine a tranché – nous avons donc utilisé les polaires calculées à partir des données de navigation de Piment Rouge sur l’Atlantique (ARC+ 2021 et transat retour) et deux sources de fichier GRIB (PWE et GFS) pour le calcul du routage. La stratégie quant à la route à suivre s’appuie donc principalement sur les résultats des simulations auxquelles on peut procéder sur le logiciel. Cependant, la décision finale quant aux grandes options reste humaine et sujette à des discussions aussi enflammées qu’enthousiastes à bord de Piment Rouge. L’optimisation des trajectoires peut inclure des conditions de mer et de vent plus difficiles – et donc moins confortables…
Durant la course, la position et les trajectoires des autres participants (en tout cas nos concurrents directs) peuvent influencer nos choix de route dans le but de contrôler ces adversaires. C’est la partie tactique, tout aussi passionnante que la stratégie abordée plus haut. Précisons que cette stratégie et cette tactique peuvent mener à des choix différents – encore une fois, c’est à nous, et en dernier lieu au Capitaine – de trancher. L’ARC+ envoie des fichiers de positions GPS des différents participants par satellite toutes les 4h et un classement toutes les 24h. Ces positions peuvent être suivies sur les logiciels de routage comme Octopus. Fort de notre précédente expérience, l’équipage dispose d’un moyen maison pour calculer rapidement le classement à partir des fichiers toutes les 4h.
Enfin, dernier avantage pour Piment Rouge : le catamaran bénéficie d’un équipage qui le connaît bien ; l’expérience personnelle et les compétences de chacun des équipiers se mettent naturellement à disposition de la performance, sans oublier les master class dispensées par le Capitaine !
Un ambiance chaleureuse à bord
Pour nous – et c’est le cas de la plupart des inscrits –, l’ARC+ est avant tout l’occasion de prendre du plaisir lors de belles navigations, que ce soit au sein de chaque équipage ou entre les différents concurrents. Piment Rouge est parti avec sept équipiers à bord : Pierre, Sabine, Serge, Catherine, Hervé, Claire et Vincent. Etre si nombreux permet de laisser des temps de repos, mais peut aussi être compliqué à gérer. Il est important de construire un équipage compétent et complémentaire où chacun trouvera sa place. Afin de ne pas se marcher sur les pieds, il est nécessaire de penser un aménagement adapté du bateau, et surtout de se tenir à une bonne gestion du rangement afin que la navigation hauturière à sept se déroule dans une belle ambiance… jusqu’à l’arrivée.
La vie à bord est rythmée en fonction des quarts. A bord, les quarts concernent la veille extérieure, la veille du cap et la préparation des repas. La construction du tableau de quart est fondamentale dans la préparation de la transat. C’est le point de repère commun de l’équipage qui gère le groupe et les moments individuels. Les siestes ou papotes tant attendues découlent elles aussi du timing imposé par les quarts. A bord, nous jonglons entre trois horloges : l’heure universelle (TU), pour les appareils électroniques, et en particulier le routage qui prend en compte ce paramètre ; l’heure locale de départ, pour calculer le temps de course en accord avec l’ARC+ ; et enfin l’heure du bord, qui commence à l’heure locale et change à midi à chaque fois que nous franchissons un méridien d’une partie du parcours par rapport à l’heure locale d’arrivée. C’est cette dernière horloge qui fait référence pour le tableau de quart.
Les repas assurent aussi le tempo des journées. Sur Piment Rouge, chacun y va de sa recette avec le plaisir de cuisiner pour les autres. C’est aussi une manière de se répartir la liste d’avitaillement. Pas question de se manquer, il n’y aura pas de supérette sur la route ! L’anticipation de la cuisine permet de gérer au mieux la gestion de la variété du frais dans un premier temps, et du sec au fur et à mesure de l’avancée – on est partis sur de la ratatouille maison, pour se contenter, tout près de l’arrivée, de la fameuse salade RTMT (riz-thon-maïs-tomates en boîte). On peut aussi miser sur la pêche, mais ça ne marche pas à tous les coups…
Le routage, grâce à l’estimation du temps de parcours, joue aussi son rôle pour anticiper le nombre de repas. Il est préférable d’avoir un surplus d’eau et de quelques boîtes de conserve sans non plus s’alourdir inutilement.
Piment Rouge a la particularité d’être très bien équipé en système son, et particulièrement en enceintes. Pierre, notre Capitaine, est en effet un passionné de rock (y compris le hard et le métal !). La musique, c’est bien connu, adoucit les mœurs et facilite la cohésion du groupe – du repos ou défoulement pur. Mais pour y parvenir, le choix des morceaux et la gestion du volume sont à gérer avec la plus grande attention en fonction de l’ambiance du moment, de la météo… Reste que l’atout musique, s’il est bien maîtrisé, est un élément fédérateur indiscutable.
Avant de partir pour une petite semaine de mer jusqu’à Mindelo, nous avons organisé une dernière soirée avec les voisins du ponton de Piment Rouge. Si Helia 2, One Piece et Hanuman étaient les concurrents les plus sérieux, ils étaient avant tout des équipages avec qui nous vivions la même aventure, et avec qui nous partageons désormais des souvenirs en commun.
Le matin du départ, nous avons enfilé nos tenues Piment Rouge, assuré le souvenir de notre passage par un dernier coup de peinture fédérateur sur les rochers de Las Palmas. Après une dernière vérification sécurité, nous avons assuré l’ambiance juste avant la ligne avec un choix musical approprié. Piment Rouge, tout rutilant, était fin prêt pour allonger ses deux sillages…
Deux fois deuxième en réel, premier en compensé !
Après plus de 3 300 milles avalés en 13 jours et 14h entrecoupés par une belle escale à Sao Vicente et Santa Antao au Cap-Vert, Piment Rouge est arrivé deux fois second voilier sur la ligne (derrière Fra Diavolo) et premier multicoque en temps réel et en compensé, remportant la catégorie multicoque de l’ARC+ 22.
La traversée s’est déroulée en toute sécurité malgré des conditions plus difficiles que lors de l’édition 2021. L’équipage est arrivé fatigué, certes, mais ravi et en forme. Comme de nombreux participants, Piment Rouge a subi des avaries de voiles (déchirure du Code D et du spi asymétrique) et casse de l’enrouleur de voile avant. Piment Rouge est arrivé quasi bord à bord avec Helia 2 à St. Georges (12 minutes d’écart). Ensemble, nous avons mis en place un comité d’accueil nocturne chaleureux et musical pour les autres concurrents amis Hanuman et One Piece, dans l’esprit de camaraderie initié aux Canaries.
Grâce à la qualité de notre préparation et à celle de l’organisation de l’ARC+, nos objectifs sécurité-ambiance- performances ont été atteints !
En savoir plus sur la saga Piment Rouge :
www.catamaranpimentpouge.com
Instagram : @catamaranpimentrouge