Les contenus YouTube dévoilent tout un monde, du plus extravagant au plus simple... Les contenus sont instructifs ou amusants ; on peut absolument tout y trouver – y compris des sujets sur la voile, l’univers nautique et le multicoque en particulier, ce qui nous intéresse ici ! Car les chaînes YouTube des grands voyageurs en multicoque poussent maintenant comme des champignons. Aujourd’hui, il est certes facile de créer du contenu et de le partager. Dans l’absolu, peu importe la qualité, le temps passé à éditer, ou le temps passé à filmer.
Il n’y a aucune règle, YouTube est avant tout une platforme de divertissement, où l’on apprend, rêve, rigole, et bien sûr partage sur les réseaux sociaux. Certains pourront s’en servir pour simplement faire vivre leur aventure à des proches, les amis, la famille ; mais pour d’autres, YouTube est devenu un travail à plein temps. Voilà un sujet qui fait jaser : bienvenue dans le monde des youtubers navigateurs !

Riley et Elayna, de Sailing La Vagabonde, font figure de modèle à suivre ; leur chaîne YouTube est de très loin la plus suivie dans le domaine du grand voyage en multicoque.
Sailing la Vagabonde, l’exemple à suivre
On se pose en effet encore beaucoup de questions à propos de YouTube : comment est-il possible d’en vivre ? Il n’y a finalement rien à cacher dans ce métier – car oui, c’est un vrai métier. Vous devenez alors vidéaste, monteur... avec plus ou moins de compétences, cela va de soi ! Comme dans tous les métiers, c’est ce qui vous différenciera des autres chaînes « concurrentes ». Le partage des vidéos de voile, principalement dans la niche du vlog (blog axé sur la vidéo) voyage, a réellement commencé il y a environ 7 ans. C’était encore les débuts de YouTube, là où les vidéos en tout genre dépassaient rarement le million de vues. On retrouve parmi les tout premiers Riley Whitelum et Elayna Carausu. Le jeune couple démarre un grand voyage à bord d’un monocoque, La Vagabonde, et partage ses vidéos chaque semaine (ou presque) sur la chaîne YouTube Sailing la Vagabonde. Riley et Elayna sont beaux, leur contenu pédagogique, les images sont belles, le montage soigné... bref, la chaîne explose et le couple passe au catamaran en posant ses sacs à bord d’un Outremer 45, logiquement baptisé La Vagabonde 2. La naissance de leur fils Lenny n’érode pas le succès de la chaîne, bien au contraire ! Riley et Elayna attendent un deuxième enfant et vont s’offrir prochainement un Rapido 60, La Vagabonde 3. Un tel succès crée évidemment des vocations : est-ce vraiment possible, en voyageant et en faisant de petites vidéos, de se payer un catamaran neuf de 45 pieds – ou au moins de rembourser un emprunt ?

Le matériel du Youtuber
Aujourd’hui, un bon smartphone, un logiciel de montage et une connexion Internet sont des outils suffisants pour générer du contenu vidéo sur YouTube. Un micro déporté et protégé par une bonnette améliore considérablement la qualité du son. Pour à peine 100 €, un stabilisateur permet de réaliser des plans sans secousses – très appréciable en mer. Pour les youtubers plus exigeants, les « grosses » caméras ont laissé la place à des boîtiers polyvalents, bien plus compacts et surtout capables de filmer avec différentes focales. Les improbables boîtiers étanches ont disparu eux-aussi : la GoPro s’est imposée comme la caméra étanche à tout faire – de nombreux téléphones haut de gamme sont d’ailleurs étanches, eux aussi.
Les drones les plus modernes, incroyablement légers et performants, offrent des images incroyables en HD... Reste à savoir raconter quelque chose, capter les bons moments et monter le tout, une fois par semaine – ça, c’est le talent et l’expérience !

Les secrets de la monétisation
Au risque d’écorner le mythe des influenceurs reclus à Dubaï afin de profiter tranquillement de leurs dollars amassés, les youtubers navigateurs ont forcément commencé à publier des vidéos sur la plateforme sans y toucher un sou... Alors, comment la monétisation sur YouTube permet à des dizaines de youtubers de vivre de leur passion pour le voyage, le partage et la vidéographie, de réaliser leur rêve ? Réponse : pour commencer à être monétisé, il faut cumuler 1 000 abonnés, 4 000 heures de visionnement et aucune violation du code de conduite de YouTube pendant un an. Une fois que ces objectifs sont atteints, la chaîne est admissible : YouTube procède à des vérifications de domicile en envoyant une lettre par la poste avec un code pour s’assurer qu’il n’est pas question de robots. Puis, une fois que tout est en ordre, les créateurs peuvent (enfin) monétiser leur contenu.
Vous avez certainement déjà eu affaire aux publicités, présentes sur la majorité des vidéos YouTube que vous visionnez. Habituellement, elles ne durent que quelques secondes, et le fameux « Passez les annonces » permet de s’y soustraire pour partie. Ce sont ces publicités qui permettent aux créateurs de gagner un peu d’argent. Parfois, elles apparaissent alors que les créateurs n’ont (encore) rien demandé. Ils décident de les placer au début, au milieu et/ou à la fin de la vidéo. Plus la publicité est intrusive, mieux les vidéos sont rémunérées... mais plus elles risquent de devenir indigestes ! Un premier arbitrage à trancher. Le montant attribué aux youtubers dépend également du lieu de visionnage des spectateurs, de combien de temps ces derniers ont regardé la publicité, de la période de l’année, et enfin du sujet de la vidéo. Le marketing, le commerce ou encore les vidéos de création de contenu remportent plus d’argent que les vidéos qui nous intéressent ici...

Pour un constructeur, supporter des youtubers navigateurs est souvent une excellente opération de marketing et de communication – Outremer Yachting l’a bien compris !
Les règles à respecter
Attention : pour qu’une vidéo soit monétisée, il faut qu’elle respecte certains critères. Les musiques non libres de droits ne permettent pas la monétisation : la vidéo sera bloquée, ou non monétisée, ou encore les profits de la monétisation iront à 100 % au créateur de la musique utilisée. Le langage sera non vulgaire, non violent, non choquant. Evidemment, pas de contenu relatif aux armes à feu, à l’exploitation des enfants, et j’en passe. Avant chaque autorisation de monétisation, YouTube passe la vidéo au crible. D’ailleurs, lors de la mise en ligne, grâce à son système d’intelligence artificielle et ses algorithmes, YouTube sait exactement de quoi parle la vidéo sans avoir besoin de titres, de description ni de hashtags. Si vos vidéos vont à l’encontre de ces critères, après plusieurs fois, votre chaîne peut être suspendue.
CPM – Cost Per Mille
Ce montant, c’est ce qu’on appelle dans le milieu de YouTube le CPM – Cost Per Mille, soit le coût par 1 000 vues. Celui-ci est étonnement variable, puisque son rapport est de pratiquement 1 à 300 ! En Belgique, le CPM est d’environ 3,40 $, 3,90 $ en Suisse et 4,50 $ en France. Les Etats-Unis sont bien placés, avec un CPM de 13 $. Juste au-dessus, le Canada émarge à 13,60 $, à peine dépassé par le Royaume-Uni avec 13,75 $. Le CPM le plus élevé revient à la Norvège qui pointe à 44 $, tandis que le plus bas est affiché par l’Angola – seulement 0,15 $.
Ces chiffres sont quelque peu trompeurs : on pourrait les comparer avec un chiffre d’affaires avant taxes, YouTube ponctionnant en frais de sa plate-forme 45 % du CPM. Le revenu du créateur amputé de ces 45 % équivaut donc au RPM (Revenue Per Mille [vues]). Evidemment, plus un spectateur regarde longtemps la publicité qui lui est proposée avant de visionner la dernière vidéo de ses navigateurs préférés, plus il les encourage financièrement à continuer leurs belles vidéos. Les revenus changent aussi, comme on l’a vu plus haut, selon la période de l’année. A l’instar de la plupart des activités commerciales, on constate que beaucoup plus d’argent est investi dans la publicité pendant la période qui précède les fêtes. Les CPM des créateurs augmentent en ef- fet durant le mois de décembre, pour redescendre ensuite les mois suivants.
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Créer une vidéo est relative- ment intuitif. En revanche, l’indispensable logiciel de montage réclame un ordinateur (très) performant.
Le contenu de la chaîne Gone With the Wynns, animée par Jason and Nikki Wynn, se veut didactique en abordant de nombreux aspects techniques.
Revenus variables
Pour vous donner une idée, certaines chaînes YouTube qui traitent de grand voyage en multicoque peuvent générer entre 300 et 800 $ par mois. Si on prend l’exemple de la chaîne Gone With The Wynns (470 000 d’abonnés) dont l’équipage navigue présentement en Nouvelle-Zélande à bord de son Leopard, elle a totalisé environ 2,25 millions de vues en août dernier. Avec un RPM moyen entre 1 et 3 $, YouYube reverse entre 2 250 et 6 750 $ de revenus par mois. Pour Sailing La Vagabonde (1,61 M d’abonnés) et leurs 3 M de vues du mois d’août 2021, les rétributions s’élèvent entre 3 000 et 9 000 $ par mois pour un RPM compris entre 1 et 3 $. Vous l’aurez compris, les revenus de ces créateurs de contenu multicoque favoris sont très changeants. Ils dépendent de l’algorithme qui pousse ou non leurs vidéos vers le haut. Certaines semaines, ils peuvent créer des vidéos plus populaires qui leur apporteront un peu plus d’argent, et d’autres semaines, des vidéos moins visionnées. Ces aléas sont dus au sujet, à la période de l’année, à la miniature (l’image qui illustre la vidéo), au titre, etc. Pour ceux qui souhaitent vivre de leur passion et tiennent à proposer à leurs fans du contenu qui leur ressemble, la dépendance aux algorithmes de YouTube est difficile à supporter. C’est là qu’intervient la plate-forme Patreon.
Youtube Superstar...
Qui ne connaît pas YouTube aujourd’hui ? Allez, un petit rappel : ce site Web d’hébergement de vidéos créé en 2005 par trois anciens employés de PayPal a été racheté par Google un an et demi plus tard 1,65 milliard de dollars, ce qui résume bien le succès fulgurant de ce service... YouTube est donc la plate-forme de partage de vidéos qui est parvenue à s’imposer dans le monde entier – même si l’application chinoise TikTok s’impose aujourd’hui chez les plus jeunes.
Merci Patreon !
Dans de nombreuses chaînes de voile, on retrouve le vocable Patreon, ou Patron – lequel est souvent remercié par les créateurs. Il fut un temps où les artistes devaient se faire remarquer par des sponsors, des producteurs ou des agences pour être lancés dans une carrière et commencer à gagner leur vie correctement. Aujourd’hui, d’autres moyens existent grâce à des plates-formes comme Patreon, site de financement participatif pour les créateurs de contenu. Patreon Inc., basé à San Francisco, a été créé par le musicien Jack Conte et le développeur Sam Yam en 2013. La plate-forme, parfaitement complémentaire de YouTube, est un moyen rapide et facile pour que les fans, les contributeurs ou les amis puissent soutenir financièrement un créateur, et ainsi l’aider à poursuivre son activité. Habituellement, un abonné Patreon est facturé par création, donc par vidéo publiée. Il choisit le montant à donner – soit par vidéo, soit par mois. Une chaine de voile peut proposer de nombreux contenus exclusifs seulement disponibles pour les Patreons, comme des vidéos bonus, des appels Zoom ou du contenu en avance ; tout est possible, bien sûr. Patreon vient donc compléter le salaire de YouTube. En règle générale, c’est même la principale source de revenus. Et contrairement à YouTube, il s’agit d’un revenu fixe, lequel ne dépend pas d’un algorithme. Selon les statistiques, 0,2 à 0,8 % des abonnés d’une chaîne YouTube deviennent Patreons. Pour une chaîne dédiée au grand voyage en multicoque, le ticket moyen offert par un abonné Patreon et par création est de 4 $. Avec une vidéo de 20 minutes par semaine – durée et fréquence standards de youtubers navigateurs –, on peut donc compter sur 16 $ x nombre de Patreons. A ce chiffre, on enlève les frais et taxes de la plate- forme, qui s’élèvent à 10 % voire 15 % du soutien versé par les Patreons.

Première étape du youtuber : accéder à la monétisation de ses contenus.
Youtuber : passion ou métier ?
Au départ, filmer et monter peut être un simple passe-temps, une passion, une création que l’on souhaite partager avec son entourage, ou le monde plus largement. Et on peut tout à coup se rendre compte que l’on peut en vivre, que le travail effectué plaît énormément. On commence alors à se prendre au jeu, on y passe plus de temps, on y met du cœur et de l’énergie pour toujours créer de meilleures vidéos, du contenu varié, des idées nouvelles, et finir par s’approprier un style. Reste à établir ses limites quant à la vie privée, aux moments off...
Un des pièges de YouTube, dans lequel malheureusement tombe beaucoup de monde, c’est de croire qu’on va forcément (bien) gagner sa vie ; certains youtubers lancent leur chaîne juste pour se faire de l’argent. Cette démarche, la plupart du temps, se ressent dans les vidéos ; la chaîne ne grandit pas et cela ne crée pas une bonne communauté d’abonnés engagés. Autre grand classique dans un milieu plutôt masculin – même si, par comparaison avec le monde des monocoques, les femmes sont certainement bien plus nombreuses à bord de nos multicoques : l’exploitation, parfois jusqu’au grotesque, de la plastique avantageuse et dénudée d’une ou plusieurs femmes embarquées à bord et bercées par les alizés. Mais nous ne sommes pas ici pour faire le procès des chaînes qu’on pourrait qualifier de sexistes – il en faut pour tous les goûts...
On pourrait ne pas se rendre compte du travail qui se cache derrière une vidéo de 20 minutes, mais c’est énorme ! Pour ma compagne Claire et moi, sur notre chaîne L’Odyssée de Sagar Rani, cela représente 40 heures – ce temps comprend le montage, l’édition, la traduction, la mise en ligne et les réponses aux commentaires. Sans compter le temps passé à filmer, mais ça reste avant tout une pas- sion et un plaisir. Dans notre cas, nous le ferions de la même façon même si ce n’était pas rémunéré.

La vie d’un youtuber navigateur fait sans doute rêver... mais se passer d’un bureau dans une tour et des transports en commun n’empêche pas de travailler.

Top 10 des chaînes Multi Friendly - Par nombre d'abonnés
Sailing La Vagabonde (1,61 M)
Gone With the Wynns (470 k) Sailing Doodles (420 k)
Sailing Zatara (389 k)
Sailing Parley Revival (183 k)
MJ Sailing (catamaran en construction) (163 k)
Tulas Endless Summer (152 k)
Sailing Ruby Rose (catamaran en construction) (144 k)
The Sailing Family (64 k)
Wildlings Sailing (52 k)

