PREPARATION GRANDE CROISIERE
Objectif : Partir, ou comment préparer son bateau de grand voyage

Transat, circumnavigation, tour des Antilles ou de la Méditerranée… Le départ et la vie sur l’eau restent un thème récurent, une source inépuisable de projets à concrétiser. Mais voilà, en 20 ans, les multicoques de grand voyage ont fabuleusement évolué. Ils sont de plus en plus grands et équipés d'un confort inimaginable il y a encore peu. Revers de la médaille, la préparation se doit d'être encore plus minutieuse !
L'objectif de la préparation est d’obtenir le bateau le plus sûr et le plus fiable possible. Il s'agit, que vous ayez opté pour un bateau flambant neuf ou ayant déjà plusieurs transats à son compteur, de partir avec un navire optimisé, dont tout les éléments auront été vérifiés et validés.
L’objectif d’une préparation minutieuse est donc d’obtenir la fiabilité, celle-ci étant intimement liée à la qualité, et surtout à l’abondance des équipements à votre bord. Et donc au niveau de complexité du navire ! Une des clés de la réussite d’un programme hauturier réside dans l’accord profond entre le bateau et son skipper ! Au-delà de ses caractéristiques propres, le catamaran ou le trimaran doit répondre aux attentes intimes de son propriétaire, et cela dépasse largement l’argumentaire marketing classique.

Vous aimez naviguer dans un confort "comme à la maison" ? Pas de souci, si vous êtes prêt à assumer l'implication personnelle et financière que nécessite la multiplication des systèmes complexes à votre bord. Mais attention : à bord d'un bateau, la fiabilité est inversement proportionnelle au nombre d'équipements embarqués… Cette règle, qui se vérifie depuis la nuit des temps, vous obligera donc à faire une chasse rigoureuse à tout ce qui n'est pas – de votre point de vue – indispensable à la réussite de votre croisière. Si personne n'envisagerait aujourd'hui sérieusement de se passer d'un GPS ou d'une cartographie sur ordinateur, qu'en est-il vraiment d'une machine à laver la vaisselle ou d'un sèche-linge pour un programme Caraïbes ? Et que dire de la climatisation, qui peut être agréable au port, mais qui, si le bateau est bien ventilé, ne l'est absolument pas au mouillage ? On peut multiplier à l'infini ces exemples. C'est à chacun de faire ses choix en fonction de ses envies et de son bateau, et en n'oubliant pas qu'en multicoque (quel qu'il soit) le poids, c'est l'ennemi, et que vivre sur un bateau n'offre pas le même confort qu'à la maison… Toute erreur d'appréciation à ce niveau conduira à un bateau très cher (à l'achat et à l'entretien) et/ou peu fiable !

Le choix de l'équipement – et nous sommes là déjà en plein dans la préparation du bateau – va donc occuper un grand nombre de vos soirées, et l'arbitrage entre le "pour" et le "contre" va être cornélien ! Il ne faut en effet pas oublier que l'objectif en voyage est d'être le plus autonome possible. Donc être principalement à même de produire son énergie.
Au niveau électrique, il faut faire un bilan très minutieux de vos besoins et de votre capacité de production. Les panneaux solaires modernes permettent sans aucun problème l’autonomie d’un bateau bien réfléchi. Combien consommerez-vous par 24 heures au mouillage ou en navigation ? Et combien pouvez-vous produire ? Si possible sans avoir recours au groupe ? Ce simple calcul va vous permettre de faire les bons choix. Encore faut-il avoir soigneusement vérifié le circuit électrique et changé de manière impitoyable toutes les connectiques douteuses et énergivores, et avoir accouplé à votre système des batteries modernes et performantes.

Autre point clef de l'autonomie : l'eau. Nous parlons ici de celle (douce) qui se boit, et non pas de celle, salée, qui entoure votre bateau ! Pour avoir de l'eau à bord, vous avez deux solutions : avoir de grands réservoirs qui vous offrent une autonomie limitée, mais prévisible, et opter pour un dessalinisateur qui transformera l'eau salée en eau douce. Là encore, tout dépendra de votre programme et de vos attitudes vis-à-vis des marinas. Si vous y êtes allergiques et que vous partez pour le Pacifique, le dessalinisateur est indispensable. Il faudra lui prodiguer des soins réguliers et avoir à bord toutes les pièces de rechange indispensables à sa bonne santé. Moyennant quoi, vous ne serez limité, dans vos escales sur les îles désertes, que par votre capacité à sortir votre nourriture de la mer…
Si votre année sabbatique doit se passer en Méditerranée ou aux Antilles, où les escales sont proches les unes des autres, le dessalinisateur n'est pas indispensable. A vous d'apprendre à votre équipage à se contenter de l'eau à bord en traquant le moindre excès.

Vous êtes clair avec l'équipement que vous embarquez ? Tant mieux, passons donc aux choses sérieuses, soit mettre en adéquation le châssis et son "moteur". Un mât "grelotteux" qui "pompe" dans la mer, une plate-forme qui tape ou qui se traîne, des réductions de voilure héroïques ou un accastillage fragile sont hors de propos. N'hésitez pas à vous faire aider par des pros pour valider cette partie essentielle de la préparation. Un gréement (tout comme la martingale et la patte d'oie de gennaker) a une durée de vie de 7 à 10 ans maximum. Autrement dit, inutile de partir pour un tour du monde de 5 ans avec un gréement qui en a déjà 6… Le risque est bien trop important, et le changer au milieu d'un lagon au cœur du Pacifique n'est jamais quelque chose de facile à faire. Donc, on le change avant le départ. Et s'il est encore vaillant, on le fait contrôler et régler par l'homme de l'art – et pas par le copain d'un copain qui le fait chaque année sur son cata de sport… Puisque vous travaillez sur votre gréement, profitez-en pour installer des rattrape-mou réglables en tension (bout, élastique + bloqueurs) pour éviter le cisaillement des haubans par flexions alternées.
Même analyse avec les voiles : vous partez pour un grand voyage en voilier, donc… soignez vos voiles. Le jeu de voiles "comme neuf après un tour du monde et prêt à repartir" est un concept intéressant, mais aussi une insulte à votre intelligence. Un jeu de voiles d'occasion doit être vérifié et validé par un maître voilier en qui vous avez toute confiance. Pour un jeu de voiles neuf, choisissez-en la coupe et le tissu avec soin, en fonction de vos besoins réels. La grand-voile à corne est certes jolie et puissante, mais avez-vous besoin de cette puissance en tour du monde familial ? Puisque vous êtes en grande discussion avec votre voilier, profitez-en pour faire le point sur les easy-bag et lazy-jack. On n'imagine pas avant d'avoir voyagé à quel point ils peuvent rendre service ou gâcher l'idée même de hisser la GV… Donc, n'hésitez pas à les renforcer et à doter vos lazy de poulies afin qu'ils soient réellement réglables…

Au niveau préparation, il convient aussi de vérifier ou de faire vérifier l'alignement des safrans – même sur un bateau neuf. De même, les transmissions (mécaniques ou hydrauliques) ne doivent avoir aucun secret pour vous, et l’installation de la barre de secours doit s’effectuer en moins de 2 minutes montre en main !
Le plan de pont est peut-être la partie sur laquelle vous allez pouvoir le plus travailler. Il doit être optimisé pour votre équipage afin que chaque manœuvre puisse se faire dans la sérénité et dans toutes les conditions rencontrées. Taille des manivelles, qualité de bouts upgradée, réduction des diamètres et des frictions, qualité des poulies et des bloqueurs, etc. Rien ne doit poser de problème, et chaque membre de l'équipage doit être à même de procéder aux manœuvres sans difficulté.
Parmi les manœuvres importantes en croisière, il y a… le mouillage. Le poste de mouillage doit être (très) soigné. Le guindeau suffisamment puissant pour la taille de votre bateau, et le chemin de chaîne impeccablement optimisé. Pour le mouillage principal, partez sur au moins 100 m de bout + 60 m de chaîne. Pour le mouillage secondaire : 60 m de bout + 40 m de chaîne. Enfin, un mouillage mobile avec une ancre aluminium + 5 m de chaîne + ligne plombée dans un sac de toile vous permettra de faire face ! Bien évidemment, les chaînes et les manilles seront de la plus haute qualité, à la bonne dimension par rapport au bateau et au guindeau. Profitez-en pour marquer votre chaîne avec un code couleur simple tous les 5 m et tous les 10 m. C'est pratique pour savoir combien vous mouillez de chaîne en fonction de la profondeur d'eau.

Au niveau de la motorisation inboard, on se doit d'avoir la même intransigeance qu'avec le gréement. Donc, quelles que soient les bonnes paroles du vendeur, une bonne révision s'impose avant le grand départ si votre bateau est d'occasion. Contrôle avec une analyse d'huile, puis moteurs et saildrives doivent être entièrement vérifiés par un pro. Cela implique la mise au sec du bateau, et parfois la sortie des moteurs. Un investissement indispensable avant un grand départ. Que les moteurs soient neufs, révisés ou refaits, l'entretien devra ensuite être adapté, avec respect des montées en température, surveillance régulière des paramètres de fonctionnement, utilisation d’huile semi-synthèse et de filtres normalisés. Moyennant quoi, vos moteurs vous feront faire le tour du monde (au sens propre) sans aucun problème.

Avant de partir, même, et peut-être surtout, si votre bateau est neuf, partez quelques jours au large pour valider chacun des équipements en utilisation réelle. Tous doivent marcher complètement, et leur mise en action doit être facile et même instinctive. Chaque incident doit être répertorié méticuleusement pour que tout soit débriefé avec l'installateur au retour au port. Du dessalinisateur au groupe, en passant par toutes les voiles et la totalité de l'équipement, de l'ice maker à la cafetière en passant par l'électronique du bord et bien sûr le pilote, tout doit être utilisé, validé et contrôlé.
Quels que soient le bateau – neuf ou occasion – et celui qui vous le vend, et même si vous en êtes le propriétaire depuis des années, tout, absolument tout, doit faire l’objet de vérifications, essais, modifications, dans le médium et au près dans la grosse "baston" avant le départ.
Et la sécurité dans tout cela ?
Ça y est ? Tout est vérifié, validé, optimisé ? Passons maintenant à la sécurité. Le b.a.-ba de la sécurité en bateau consiste à être capable de ramener le bateau au port quelles que soient les conditions et les avaries rencontrées. Le moteur a été vérifié (voir ci-dessus) tout comme le gréement, et vous êtes capable de réparer les avaries les plus classiques pour rentrer de manière autonome au port. Bravo ! Mais un bon skipper doit aussi prévoir le pire. L'insubmersibilité des multicoques ne doit pas vous permettre de vous oblitérer du bon sens marin. Donc, la survie sera régulièrement inspectée, et le bidon de survie sera systématiquement à poste à chaque départ. Chaque skipper a ses habitudes et ses petites manies. Mais on devrait trouver dans ce bidon de survie au moins une VHF portable chargée, un dessalinisateur à main, une balise de détresse, une couverture de survie, de la crème écran total, une bouteille d’eau, quelques médicaments, des substituts alimentaires, etc.
Un grand départ, ça se prépare
On y est presque. Encore un peu de travail sur la caisse à outils (voir pages suivantes) et votre bateau sera – tout comme son skipper et l'équipage – fin prêt.
Bonnes navigations, et n'oubliez pas de nous envoyer vos Cartes Postales du bout du monde !
Equipements : les indispensables
Pilote automatique
Indispensable. Il faut le (ou les) choisir avec soin. C'est quand même lui qui fera le sale boulot. Vous, vous ne barrerez que quand vous en aurez envie !
Guindeau / mouillage
Ne lésinez pas sur ce poste. Le guindeau et le mouillage sont votre assurance pour des nuits sereines.
Le choix de l'ancre doit lui aussi être bien réfléchi.
Electronique
Qui aurait l'idée saugrenue de partir sans une électronique complète ? L'installation doit être soignée et le mode d'emploi bien assimilé avant de larguer les amarres…
Dessalinisateur
Y a-t-il encore des personnes prêtes à partir en voyage en bateau sans un dessal à bord ?
Panneaux solaires
L'erreur serait de ne pas en avoir à bord. Idéalement, ils seront orientables et de dernière génération. En fonction de leur capacité de production, il ne vous reste qu'à choisir vos équipements électriques !
Groupe électrogène
Un moteur supplémentaire à bord… Mais apte à offrir de nombreux services. Certains en embarquent un portable, qui ne sort de son coffre qu'au moment opportun. Tout dépend de votre consommation électrique et du niveau de confort recherché.
Froid
Indispensable, le réfrigérateur n'est pas un luxe à bord de nos bateaux. Mais attention, il consomme beaucoup d'énergie. Il faut donc bien le choisir, pour qu'il offre le meilleur rapport rangement / pratique / consommation. Quant au congélateur, s'il permet de stocker des denrées comme de la viande et de garder sa pêche longtemps… tout en permettant de mettre un glaçon dans le ti-punch, il est particulièrement énergivore.
L'annexe
Si votre catamaran est votre maison, l'annexe est votre voiture… Il faut donc pouvoir la hisser facilement à bord, la choisir semi-rigide, solide, résistante aux UV des tropiques et avec une bonne motorisation (8 à 15 CV) pour en profiter pleinement.