Faut-il craquer pour le carbone ?
Lors de la conception de son catamaran IC36, le responsable du chantier Independent Catamaran s’est bien sûr longuement intéressé au dossier gréement dormant : alors, ce mât ? Aluminium ou carbone ? Jaromír Popek partage avec nous son étude et les retours d’expérience de ses essais en mer. De quoi nous apporter quelques éléments de réflexion et de réponse quand l’option carbone est proposée par un constructeur, mais également dans le cadre d’un refit orienté performance, ou même à l’issue d’une avarie majeure du profil d’origine.
1
/
1
Publié le
01/02/2023
Par
Jaromír Popek
Numéro :
217
Parution :
Feb.
/
Mar.
2023
Les propriétaires des multicoques dotés d’un tel gréement sont, à juste titre, fiers de cet équipement high-tech ; sa couleur noire, couleur naturelle de la fibre de carbone, attire souvent l’attention. Parfois, pour copier cette tendance, les navigateurs ambitieux peignent en noir les mâts et les bômes en aluminium. Je dois cependant ajouter que, même s’il est vrai que n’importe quelle surface peinte en noir donne un air solide et sexy à un multicoque, ce n’est vraiment pas très efficace lorsqu’il s’agit de maintenir une température raisonnable sur la pièce en question. En réalité, escalader un mât dont la température dépasse allègrement les 80° à midi demande une certaine adresse, des vêtements et des chaussures ad hoc. Qu’à cela ne tienne, lorsque vous sortez du port, vous devenez soudain le roi, le centre de toutes les attentions et vous savourez le respect qui vous est dû. Mais le problème n’est pas aussi simple que ça. Si vous choisissez un mât en carbone, le reste du gréement doit être à l’avenant.
Pas question d’inserts en inox, il vous faut du tissu carbone ultraléger ou à hautes performances. Tout ça mis bout à bout permet une augmentation impressionnante des performances et de la sécurité, mais implique également des coûts plus élevés.
Carbone vs aluminium
Plus léger, plus rigide, plus dynamique
Ceci nous garantit la fiabilité même avec des charges extrêmement fortes.
Autres options pour réduire les poids
Une précision : il y a fibre de carbone et fibre de carbone. Les mâts et espars standards sont aujourd’hui fabriqués à partir de fibres de carbone couramment trouvées sur le marché. Mais il est encore possible de gagner de 10 à 15 % de poids en utilisant de la fibre de carbone pré-imprégnée haut module. Ce sont les meilleurs types de tissus en fibre de carbone pré-imprégnée de résine. Ils doivent être refroidis à -18°avant d’être disposés dans les moules puis placés et cuits sous haute pression en autoclave, et enfin démoulés.
Performance et sécurité ?
Revenons au gréement : si l’élancement du plan de voilure, la surface de voile disponible, la qualité des coupes des voiles et des tissus retenus et enfin les possibilités de réglages influent sur les performances et la sécurité d’un multicoque, on dispose aujourd’hui d’un nouvel atout – le mât carbone.
Une histoire de moule
Gréement dormant carbone
Le carbone plus cher, mais plus durable
Votre multicoque vous le rendra bien en vous procurant des sensations incroyables au cours d’une navigation confortable sans à-coups et sans grincements, mêmes dans les vents les plus forts. Il ne se battra plus contre des phénomènes physiques comme la traînée hydrodynamique, ou la gîte et le tangage qui en résultent.

Le centrage des poids facilite la navigation par mer agitée.
Mon résumé ? Le mot clé du multicoque est légèreté !
Hale-bas de bôme Pauger en carbone.
Carbone pré-imprégné : le tissu est pré-saturé en machine.
Exemples de fixations en inox sur un gréement en carbone.
La partie inférieure du mât, avec les taquets coinceurs et l’embase pivotante.
Le mât, la bôme et les voiles vus depuis le cockpit.
Ce bout-dehors est conçu pour avoir un point de rupture de 30 t, soit neuf fois plus que ce qui est nécessaire.
Sur ce graphique, on peut voir la différence des turbulences autour d’un mât rotatif et d’un mât fixe.