Il n'y a pas si longtemps…
L'histoire moderne du multicoque est récente, puisque les premiers catamarans véritablement construits en série datent de la fin des années 1970. A cette époque pas si lointaine, la plupart des multicoques ne dépassaient pas la longueur – déjà importante– de 12 mètres. C'était la taille du trimaran Olympus Photo, vainqueur de la première Route du Rhum (1978), tandis que le Prout Snowgoose ou le fameux Louisiane – premier des catamarans Fountaine Pajot – ne dépassaient pas les 11 mètres au début des années 1980. Le premier tour du monde en famille et en catamaran a été réalisé au milieu des années 60 par David Lewis, accompagné de sa femme et de ses deux fillettes sur le fameux "Rehu Moana", construit au chantier Prout. Un catamaran dont la longueur était… de 12 m !
Les voyageurs "multiphiles" partaient alors autour de l'Atlantique, mais aussi autour du monde, sur des bateaux tels que Heavently Twins ou Summer Twins (27/28pieds), Prout 34, et bien sûr les fameux Wharram ou encore les trimarans Gancel ou Piver. James Wharram fit sa première transat en 1956 sur Tangaroa (23') puis une seconde sur Rongo, toujours un catamaran mais cette fois de 40 pieds, en 1959.

Il fallut attendre le début des années 1990 pour que les techniques de construction et le savoir-faire des architectes permettent des constructions en série de bateaux plus grands : le Casamance (43 pieds) puis le Marquises 53 chez Fountaine Pajot, les Lagoon 55, 47, 57 puis 67, le Privilège 14,70, etc.
Les années 90 voient l'industrie du multicoque se développer, et, dans les mouillages du monde entier, on commence à voir de plus en plus de bateaux à deux ou trois coques, menés par des familles… heureuses ! L'engouement pour le catamaran en voyage commence alors vraiment, poussé par le boum du charter. Les chantiers et les architectes vont alors pouvoir rivaliser pour concevoir des bateaux toujours plus sûrs, plus marins, plus confortables et… plus grands !
La bonne taille…

Existe-t-il une taille idéale de bateau ? Comme on vient de le voir, dans les années 80, 12 mètres pour le voyage en multicoque semblait être un maximum. Mais la raison essentielle était que, pour manœuvrer un catamaran ou un trimaran plus grand avec l'accastillage de l'époque, il fallait à la fois être un marin hors pair capable de bien anticiper ses manœuvres, et être doté d'une force quasi herculéenne, winchs, palans et autres poulies sans compter les cordages étant alors dénués du confort d'utilisation et des performances que nous connaissons aujourd'hui.
Si la taille des bateaux de voyage a, en moyenne, bien augmenté en trente ans, c'est donc avant tout grâce aux progrès de l'accastillage. Envoyer une grand-voile de plus de 100 mètres carrés est aujourd'hui un jeu d'enfant avec les winchs modernes, sans compter que tous les bateaux ou presque les proposent électriques. Les voiles d'avant autovireuses, les enrouleurs qui enroulent sans souci et les emmagasineurs qui emmagasinent, sans compter les barres hydrauliques, ont grandement simplifié la vie des marins en voyage. On peut donc aujourd'hui partir en couple en ayant passé la soixantaine sur un catamaran de 55 pieds sans se demander comment on va réussir à gérer la puissance du bateau en cas de coup dur.
Plus faciles à manier, les grands multicoques offrent un confort accru aussi bien à la mer – quel bonheur de surfer la houle atlantique poussé par un alizé puissant sur un cata de 55 pieds – qu'au mouillage. La surface de vie à bord a elle aussi bien augmenté en trente ans. Il suffit de voir les aménagements du New 45 que va présenter le chantier Fountaine Pajot en 2019 et un Casamance 43 pour voir l'évolution ou plutôt la révolution que nous avons connue dans la manière d'envisager la vie à bord d'un bateau. Et que dire de la charge utile ? L'Outremer 45 première génération accepte 2 tonnes de charge, tandis que la nouvelle génération vous permet d'en emporter plus de 3… De quoi envisager la vie à bord de manière bien plus confortable, tout en gardant des performances sous voile vraiment sympas…

Mais revenons à la taille. Est-elle si importante dans le choix d'un bateau ?
Chaque navire correspond à un équipage et à un programme. La taille n'est que l'un des éléments qui fait que l'alchimie va fonctionner. Mais s'il n'est pas le plus important dans le choix de votre bateau, il n'en reste pas moins important, ne serait-ce que parce que, dans tous les chantiers du monde, plus un bateau est grand, plus il coûte cher.
Pour le voyage, la taille minimum tourne autour des 38/40 pieds, pour offrir un passage sûr et confortable dans la mer lors d'une traversée et pouvoir emmener une charge utile suffisante pour que la vie à bord soit agréable. Même si de nombreux lecteurs du magazine ont fait des tours du monde sur des catamarans de moins de 30 pieds et en ont été ravis, la moyenne aujourd'hui des multicoques tourdumondistes approche plus des 50 pieds.

Il y a plusieurs raisons objectives à cette augmentation importante de la taille moyenne des bateaux de voyage. La première est que l'âge des candidats au voyage a lui aussi singulièrement augmenté. Au début des années 2000, la grande majorité des lecteurs de Multicoques Mag et de sa version international Multihulls World étaient des familles qui envisageaient de faire un break de un à trois ans maximum pour passer du temps avec leurs enfants et profiter de la vie. Plutôt jeunes, ces familles cherchaient des bateaux confortables et pas trop chers pour mener à bien leurs rêves d'évasion. Le Lagoon 380 a ainsi su répondre à nombre de ces familles, et une bonne partie des 800 exemplaires construits ont été des compagnons de voyage idéaux pour ces jeunes… qui ont aujourd'hui vieilli et aimeraient bien repartir – sans leurs enfants devenus grands – pour un voyage plus long. La vie ayant passé, ils ont aujourd'hui plus de moyens, et peuvent donc se payer un bateau plus grand (cqfd !).
Le temps et le voyage entrent aussi en ligne de compte dans le choix d'une taille de bateau. Nos familles du début des années 2000 avaient souvent comme projet un tour de l'Atlantique ou un tour des Antilles sur une durée allant de quelques mois à un an maximum – la fameuse année sabbatique. Aujourd'hui, s'il reste bien sûr de nombreuses familles ayant le même projet, on trouve aussi de jeunes retraités particulièrement en forme et souhaitant enfin accomplir leur rêve de tour du monde. Pour eux, l'objectif est de partir pour plusieurs années, de recevoir à bord amis et famille (tout en rentrant régulièrement chez eux en laissant leur bateau). Le bateau doit donc être confortable, capable d'accueillir enfants et petits-enfants, mais aussi les amis de passage. On vit en bateau comme à la maison, avec le confort afférent, mais aussi l'espace pour que chacun se sente à l'aise. Et pour cela, il faut des bateaux plus grands. Et c'est aussi vraisemblablement l'une des explications sur l'engouement de plus en plus important pour les catamarans de voyage. Et cela explique aussi l'augmentation moyenne des tailles des bateaux vendus dans l'optique d'un long voyage.

Enfin, n'oublions pas qu'un bateau plus grand reste plus sécurisant pour de nombreux skippers. Ne dit-on pas que "la tempête arrive bien plus vite sur un petit bateau ?" Et de fait, il est plus facile d'affronter des vents de plus de 35 nœuds et la mer qui va avec sur un cata de 15 m… si l'accastillage dudit navire est au niveau et que l'équipage est apte à gérer les manœuvres.
Alors, ce mètre de plus, ça vaut le coup ?

Un bateau plus grand est-il indispensable pour partir au bout du monde ? Notre rédacteur en chef vénéré a l'habitude de dire que "le bon bateau pour partir, c'est celui avec lequel on part" ! Une véritable lapalissade qui a l'avantage d'expliquer qu'il vaut mieux partir maintenant sur un bateau de 40 pieds que d'attendre et de de travailler dix ans de plus pour se payer un 50 pieds… Mais il est certain que le confort et la sécurité qu'offre un bateau plus grand sont un plus indéniable en grande croisière.

Partir vivre en bateau est un véritable projet de vie qui se construit sur le long terme et qui est le fruit d'une longue réflexion. Pour que l'alchimie fonctionne et que le voyage soit au niveau de ce que vous avez rêvé, il faudra forcément faire des compromis. Et les arbitrages concernant le choix et la taille du bateau seront sans nul doute parmi les plus difficiles à faire.
D'où l'importance de se faire bien accompagner, et de dévorer notre guide d'achat 2019 !

Neuf ou occasion ?
La question de la taille ne peut être envisagée sans parler argent. Et si on parle argent, le choix entre neuf et occasion revient inévitablement. Alors vaut-il mieux un bateau neuf un peu plus petit, ou une occasion un peu plus grande pour le même prix ?
LES AVANTAGES DU NEUF
- On bénéficie d'une garantie d'un grand constructeur.
- On peut choisir ses équipements.
- Le bateau et les équipements sont neufs.
- Vous pouvez opter pour le bateau de votre choix… Il suffit de commander.
- Achat en hors taxes, nombreuses possibilités de financement en fonction de votre profil.
LES INCONVENIENTS DU NEUF
- Délai d'attente pour avoir son bateau.
- Un bateau neuf n'est pas du tout prêt à partir. Il faut l'équiper, et cela peut coûter cher…
- Décote importante la première année.

LES AVANTAGES DE L'OCCASION
- Un bateau disponible tout de suite.
- Les équipements sont fiabilisés.
- Le coût d'acquisition est moins important.
- La dépréciation est plus importante la première année. Vous pourrez donc le revendre sans perdre trop d'argent…
LES INCONVENIENTS DE L'OCCASION
- On ne connaît pas toujours l'historique du bateau.
- La recherche du modèle désiré peut être aléatoire.
- Obligation de faire appel à un expert pour être sûr de son achat.
- Pas de garantie du chantier.
- Le financement peut être plus compliqué (leasing, achat hors taxes…).