Multicoques Mag s'est fait depuis longtemps le chantre du voyage en bateau. Il faut dire que le multicoque est l'outil idéal pour s'en aller découvrir le monde. Stable, confortable, insubmersible, très habitable et rapide, le cata ou le trimaran de croisière permet d'aller au bout du monde… puis d'en revenir ! Les exemples de lecteurs (ou des membres de la rédaction) ayant "bouclé la boucle" sur tous types d'engins nautiques suffisent à prouver que l'adage de notre cher rédac chef est plus que jamais d'actualité : "le bon bateau, c'est celui avec lequel on part !" Et force est de reconnaître que le chef n'a pas tort…
Transat sur des trimarans Newick, tour de Méditerranée en cata de 30 pieds, tour du monde en Lagoon 380, les exemples ne manquent pas dans les pages du magazine.
Le choix de l'unité sera souvent dicté par votre portefeuille et vos motivations personnelles sur les questions essentielles du rapport entre confort et performances.
Un programme, un bateau, un équipage…
Mais si le bon bateau est celui avec lequel on part, il reste quand même qu'il faut un minimum d'adéquation entre le programme envisagé, le bateau choisi et les compétences de l'équipage. Si la quasi-totalité des bateaux de croisière existant aujourd'hui sont capables de réaliser une transat dans de bonnes conditions – sous réserve de partir à la bonne période, soit après la période cyclonique… –, encore faut-il que l'équipage soit à même de gérer ledit bateau. Il faut aussi avoir suffisamment d'expérience pour vivre en autonomie pendant une vingtaine de jours, et être capable de gérer les inévitables soucis techniques qui ne manqueront pas de marquer votre aventure au large. Un bateau de course est compliqué à gérer en équipage familial et nécessitera le renfort d'un ou deux équipiers parfaitement au fait du fonctionnement du bateau, tandis qu'un bateau de 30 pieds imposera une charge limitée et un contrôle permanent de la météo et des conditions de mer…
Soyons honnête, un tour de l'Atlantique en catamaran de croisière n'a rien d'une aventure extrême, et nous avons même quelques lecteurs qui ont osé partir avec une expérience de la navigation quasiment nulle. Mais ces mêmes lecteurs avaient eu l'intelligence de bien s'entourer pour la préparation. Car, comme chacun sait, 98 % d'une navigation réussie tient dans sa préparation… Souvent, ces mêmes lecteurs n'ont pas hésité à demander à un skipper pro de les former sur la première partie de leur voyage, afin d'être en sécurité et rassuré au moment de quitter les Canaries ou le Cap-Vert pour "la grande traversée".
Mais, avec un bateau cohérent, un skipper formé, une préparation rigoureuse et un équipage qui veut vraiment vivre cette aventure, l'alchimie ne peut que fonctionner… Et pour avoir l'enthousiasme de tout l'équipage, rien ne vaut d'avoir accumulé les croisières agréables – si possible dans des coins paradisiaques – afin de motiver les troupes à renouveler l'expérience pour une plus longue période… Le jour où vous annoncerez votre idée de "grand départ", vous récolterez ainsi un vivat bien mérité, et votre équipage n'en sera que plus motivé pour vous aider dans toutes les manœuvres… Le début d'une belle histoire, forcément !
La formation, une étape incontournable
Mais avant de partir, il va falloir s'y préparer, et préparer l'équipage. Comment ? Stages météo, mécanique ou médical sont indispensables pour gérer les aléas qui peuvent arriver au large. Nous avons l'habitude de résoudre nos problèmes en passant un coup de fil, et tout s'arrange. En mer, rien de tout ça n'est possible. Le moteur ne démarre pas ? Il va falloir trouver la solution et réparer. Idem en cas de blessure de l'un des membres de l'équipage. Même si les moyens de communication d'aujourd'hui permettent de recevoir facilement des conseils avisés, il n'en restera pas moins que vous devrez agir concrètement face à votre problème.
C'est à chacun, en fonction de ses connaissances, mais aussi de ses angoisses (ou de celles de son équipage), de se former avant de partir. Mais l'expérience prouve que, si la formation est utile, seule la pratique vous permettra d'avoir les bons reflexes au bon moment. Alors n'hésitez pas à troquer la salle de cours pour un beau ciré jaune et à emmagasiner des milles… Cela reste la meilleure des formations…
Enfin, cela va sans dire, mais reste toujours mieux en le disant : l'équipage doit lui aussi suivre une formation afin d'être autonome à bord. Donc les équipiers, et même les plus jeunes à partir de 6 ou 7 ans, devront savoir mettre en marche les moteurs, affaler les voiles et être à même de répéter la manœuvre de l'homme à la mer. Savoir faire fonctionner l'ordinateur de bord et tracer une route est tout aussi indispensable, tout comme savoir se servir de la radio ou du téléphone satellite. 
La préparation, toujours anticiper
L'objectif no 1 d'une préparation est d'obtenir un bateau fiable ! En effet, même si vous partez naviguer pour avoir le temps de vivre, l'idée de passer trois semaines dans un port – forcément minable – à attendre un nouveau guindeau pour remplacer celui qui vous a lâché n'est pas des plus agréables. Et que dire de ceux qui sont obligés de passer deux heures par jour à "bidouiller" le moteur tribord qui refuse obstinément de démarrer (expérience vécue et TRÈS désagréable !!!) ?
Mais, avant d'aller plus loin sur ce sujet, il faut connaître une règle immuable qui régit le nautisme depuis la nuit des temps : la fiabilité est inversement proportionnelle au nombre d'équipements embarqués à bord ! La première chose à faire dans la préparation d'un bateau pour la vie à bord est donc de lister les équipements dont vous avez VRAIMENT besoin. Si personne n'envisagerait aujourd'hui sérieusement de se passer d'un GPS ou d'une cartographie sur ordinateur ou encore d'un dessal, qu'en est-il vraiment d'une machine à laver la vaisselle ou d'un sèche-linge pour un programme Caraïbes ? Et que dire de la climatisation, qui peut être agréable au port, mais qui, si le bateau est bien ventilé, ne l'est absolument pas au mouillage ? On peut multiplier à l'infini ces exemples. C'est à chacun de faire ses choix en fonction de ses envies et de son bateau, et en n'oubliant pas qu'en multicoque (quel qu'il soit) le poids, c'est l'ennemi, et que vivre sur un bateau n'offre pas le même confort qu'à la maison… Toute erreur d'appréciation à ce niveau conduira à un bateau très cher (à l'achat et à l'entretien) et/ou peu fiable !
Une fois ces arbitrages effectués, il faudra préparer le bateau à proprement parler. Sur un bateau ancien, les contrôles des voiles, gréements et moteurs sont indispensables avant d'envisager une grande croisière. N'oubliez pas qu'il est toujours plus simple de faire de gros travaux dans votre port d'attache que dans un lagon du bout du monde.
Etre le plus autonome possible est un gage de sécurité, mais aussi un vrai confort en croisière. Alors, faire un minutieux bilan électrique est indispensable, que le bateau soit neuf ou d'occasion. Si on sait ce que l'on consomme par 24 h, on sait combien on doit produire ! Et on adapte soit sa consommation soit ses méthodes de production pour que la vie soit confortable et facile. Les panneaux solaires modernes permettent sans aucun problème l’autonomie d’un bateau bien réfléchi. Encore faut-il avoir soigneusement vérifié le circuit électrique, changé de manière impitoyable toutes les connectiques douteuses et énergivores, et avoir accouplé à votre système des batteries modernes et en bon état.
Le reste de la préparation va beaucoup dépendre des uns et des autres. Certains préféreront un sondeur capable de repérer le moindre poisson dans un rayon d'un demi-mille autour du bateau, pendant que d'autres ne souffriront pas de naviguer avec autre chose qu'une GV au top de sa forme… 
Où partir ?
Partir, d'accord, mais pour aller où ? Si vous n'avez que quelques semaines devant vous, vous pouvez envisagez de pousser un peu plus loin que d'habitude autour de votre port d'attache. Mais le vrai changement consiste forcément à trouver une destination dépaysante.
La majorité de nos lecteurs réalise soit le "triangle atlantique" : Europe – Canaries – Cap-Vert – Caraïbes et retour, soit un tour des Caraïbes en achetant leur bateau sur place ou en partant des USA. Comme toujours en bateau, c'est la météo qui donne alors le "top départ" afin de naviguer en sécurité. Pour mémoire, la période cyclonique sur l'Atlantique commence début juillet, pour finir… fin octobre ! Pas de transat entre ces dates, et la navigation aux Antilles à cette période doit être réalisée sous le contrôle strict de la météo et du suivi quotidien des phénomènes en cours sur l'Atlantique.
Si la Caraïbe est un terrain de jeu exceptionnel pour la vie en bateau, sécurisant, dépaysant et sur des mers toujours à la bonne température, il existe de nombreux autres endroits où larguer les amarres… Tour de Méditerranée ou un an en Polynésie après l'achat du bateau sur place, ou encore un concentré d'Afrique de l'Ouest pour découvrir vraiment un continent magique. En fait, la seule limite est celle de votre imagination. En comptant tout de même que certains endroits du globe ne sont, actuellement, pas les plus sûrs comme aire de navigation…
La tendance chez certains lecteurs consiste aussi à sortir des sentiers battus et à partir vers le froid : Spitzberg, Patagonie ou Alaska ont les faveurs d'aventuriers en recherche de nouvelles destinations sauvages.
L'autre nouvelle tendance des amateurs consiste à morceler leur voyage : un peu de nav pour emmener le bateau à un point de départ, puis quelques mois à la maison, avant de rejoindre le bateau pour quelques mois à bord à la bonne saison, et ainsi de suite. Une méthode qui permet de rester proche de sa famille et de ses amis, et de profiter du bateau sans avoir le temps de se lasser. Cette nouvelle manière de vivre la mer séduit de très nombreux jeunes retraités… On en trouve même qui ont fait de ce système un véritable art de vivre. Dans certaines zones où il fait bon naviguer toute l'année, vous pouvez même envisager de partager votre bateau. La copropriété devient alors un bon moyen pour ne pas laisser le bateau seul, et pour limiter les coûts au maximum…
Tout comme la gestion-location. Eh oui, aujourd'hui on peut acheter un bateau et le mettre en gestion. L'intérêt ? Tout simplement de naviguer entre 6 et 12 semaines par an, selon les contrats, sur l'une des bases du loueur avec lequel vous avez passé le deal. A la fin de la période de gestion – en général 5 ans – le bateau est revendu et vous avez navigué pendant toutes ces années quasiment gratuitement… Et à vous les semaines en cata dans les plus beaux spots du monde !
Alors, on y va ?
Prenons une feuille de papier et coupons-la en deux : d'un côté, vous mettez les bonnes raisons pour partir. De l'autre, les bonnes raisons pour rester. Vous serez étonné du résultat : les arguments "pour partir" sont quasiment toujours deux fois plus nombreux que ceux "pour rester".
Alors ? On y va ? En 2018, # Je Largue Les Amarres ?
Le choix de l'unité sera donc dicté par votre portefeuille et vos motivations personnelles sur les questions essentielles du rapport entre confort et performances.
Avec un bateau cohérent, un skipper formé, une préparation rigoureuse et un équipage qui veut vraiment vivre cette aventure, l'alchimie ne peut que fonctionner…
