Cap Vert - 19 novembre

Sitôt avoir quitté le port de Mindelo (un grand moment d’émotion, la transat démarre…), la régate reprend ses droits - nous étudions le plan d’eau. Nous recherchons des alignements et établissons des chronométrages jusqu’à la ligne. Le départ est prévu avec les monocoques et le vent est faible. Dans notre viseur, le NEEL 47 Bigbird semble hésitant ; bien concentrés, nous décidons de partir sous gennaker.
Bon départ ; Piment Rouge prend la tête ! Sur notre tribord arrière et sous Parasailor jaune, l’inévitable Bigbird devra être décroché d’une bonne journée. Devant nous, à part les dauphins, personne d’autre qu’une belle aventure qui nous attend ! Face à cet immense défi, on lance les grandes manoeuvres en cuisine avec une salade revisitée et un point d’amure de spi asymétrique déporté sur bâbord…
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20 novembre
Point course H24. Les conditions de cette nouvelle étape sont totalement différentes. Après un départ serré, nous nous sommes échappés à 4. Les monocoques Flow et Arya ont plongé au sud. Nous avons entamé une descente plus modérée et Bigbird navigue droit vent dans le dos avec son Parasailor. Aux mêmes longitudes, nous sommes donc actuellement deuxièmes à la distance restant à parcourir (en ligne droite). A ce propos, nous venons de franchir la barre des 2 000 milles restants. Sinon, nous avons actuellement 5 000 m de fond !

21 novembre
Empannage matinal : cap à l’ouest ! Y a un gros oiseau à rattraper ! Après une nuit où Bigbird a creusé l’écart droit au cap pendant que nous allions chercher le vent au sud, nous remontons à 8-10 noeuds et grapillons petit à petit du terrain.
Les winches sont électriques mais nous les utilisons en manuel pour économiser l’électricité
Histoire de suivre le classement le plus régulièrement possible, nous avons téléchargé des fichiers météos jusqu’à en trouver un qui nous corresponde. En parallèle, nous avons construit quelques tableaux à partir des positions GPS données toutes les 3 heures. Les graphiques décrivent les dates, le nombre de milles, l’orientation du vent, les pourcentages de navigation au près, travers et grand largue, la vitesse du vent et enfin la vitesse du catamaran. Ces petits calculs m’ont permis d’apprendre que si les degrés de latitude font 60 milles, ceux des longitudes varient en fonction de la latitude.

22 novembre
Point course H72. Nous vivons au rythme des quarts, levers/couchers de soleil/lune et repas, mais aussi au rythme des informations météo, des relevés de positions et de leur analyse.
Actuellement deuxième derrière le NEEL 47, il semble que nous allions tout de même plus vite. Cependant, nous tirons des bords alors que lui avance toujours tout droit. Lorsque nous sommes orientés vers le cap, nous le remontons très fort. Puis il nous remonte ensuite lorsque nous sommes sur le mauvais bord. Mais les prévisions météo pourraient nous être plus favorables, à suivre…
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23 novembre
Nous passons le 35e méridien. Nous changeons donc d’heure à bord. Afin de ne pas trop perturber les quarts (surtout de nuit), ce changement s’effectue à 13h.
Après avoir eu Bigbird à 4 milles en visuel cette nuit, notre changement de bord l’a laissé filer. Cependant, notre dynamique globale nous rapproche de lui. Selon les estimations du moment, nous devrions le doubler définitivement dans les 2-4 jours. Dès lors, nos principaux concurrents seront Flow et Arya, des monocoques.
24 novembre
Quarts parfaits en T-shirt – observation des étoiles : Croix du Sud et Grande Ourse avec Orion qui semble se fondre dans ce paysage céleste. 8 noeuds de moyenne sous 15 noeuds de vent. Il est temps d’aller se coucher après cette journée de rêve d’autant que ce soir, c’était tataki de dorade coryphène du Capitaine !
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25 novembre

Point course H144. Nous sommes actuellement 4e. Un groupe de 3 bateaux au nord en tête (Bigbird, Hibernian, Helios). Flow, Arya, les Class 40 de la Transat Jacques Vabre, et nous au sud. Les prévisions météo n’indiquent pas du tout les mêmes conditions en fonction des secteurs. On espère toujours franchir la ligne d’arrivée en tête ou au moins avec les monocoques du sud. Le record de vitesse à battre – en surf, bien sûr – de 24,4 noeuds est encore loin d’être battu : depuis le départ de cette étape, notre top speed est de 15,2 noeuds.

26 novembre
Point course H168. Nous sommes repassés 2e. Nous sommes placés là où nous le souhaitons. Les prévisions nous sont très favorable vis-à-vis du premier. Le risque est qu’une fois premier, nos poursuivants pensent la même chose… C’est parti pour un sprint final de plus de cinq jours !
27 novembre
Point course H192. Pendant ces dernières 24 heures, nous avons profité des meilleures conditions depuis le début de l’étape : nous avons enfin rejoint Bigbird. La moyenne des différents pointages nous met à la même distance de l’arrivée. Au sud, nous avons creusé l’écart avec Flow ; conscient de la rapidité supérieure de Piment Rouge dans nos conditions (vent à 155/160°), son équipage a changé de cap vers le nord pour sans doute tenter quelque chose. Arya, quant à lui, maintient son cap. C’est chouette de courir avec eux – le sprint final se poursuit !
28 novembre
Nous sommes capables de produire de l’eau dessalée et de l’électricité à bord. Cependant, cela nécessite de faire tourner les moteurs débrayés. Les hélices non bloquées freinent le catamaran. Après avoir décidé de jouer au maximum le classement général, nous avons décidé de remplir 200 l d’eau seulement, ce qui devrait nous permettre de tenir jusqu’à l’arrivée. C’est parti pour des douches à l’eau de mer. Attention ! Récupérer un seau d’eau à 10 noeuds, ce n’est pas si simple...
29 novembre
Point course H240. Nous sommes classés officiellement premier au pointage quotidien. Nous continuons à distancer nos concurrents au rythme moyen d’un mille par heure. A nous de rester dans la dynamique ! Un grain nous rattrape au milieu de la nuit (en vent arrière, les nuages arrivent par derrière). Le grain, d’abord détecté visuellement, est confirmé par le radar – les précipitations sont bien visibles à l’écran. Le spi est affalé. Le vent (maximum 25/30 noeuds) et la pluie sont finalement modérément forts. Nous renvoyons le spi et laissons le grain nous dépasser en profitant du vent (et un peu moins de la pluie chaude). Plus tard ; au fil des grains, nous naviguons plein vent arrière avec le génois en ciseaux, et on essaye, sans résultat probant, un grand spi symétrique lourd.

30 novembre
Point course H264. Toujours premier ! Néanmoins, Bigbird remonte plus que nous ne l’imaginions en profitant lui aussi des grains. Piqués au vif, on surveille les surventes pour affaler au dernier moment (voire pour ne pas affaler), et on barre manuellement pour surfer au maximum (pour ceux qui savent faire). Pointes au-delà de 20 noeuds et moyennes vers le point autour de 10 ! On ne lâche rien ! Les grains présentent l’avantage de pouvoir nettoyer son linge en récupérant l’eau douce. La difficulté, c’est le séchage…
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Grenade - 1 décembre

A 23 h 10 min et 23 s, Piment Rouge franchit le premier la ligne d’arrivée à Grenade après 302 h et 39 min de navigation, et 2 509 milles pour cette seconde étape de 2 280 milles théoriques. Une belle descente au sud et un placement au vent pour le sprint final de 5 jours ont permis de rattraper et dépasser Bigbird. Maintenant, on attend les déclarations d’utilisation moteur avant de connaître le classement de cette étape et le général...
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Grenade - 9 décembre
C’est la remise des prix à Grenade ! Au final, notre rating nous pénalise lourdement, puisque nous passons 4e sur 22 concurrents multicoques en temps compensé – derrière l’indéboulonnable NEEL 47, bien sûr, mais également derrière le Lagoon 42 Tortuga et le Lagoon 380 S2 Scat Cat. Mais nous avons franchi les premiers la ligne, devant toute la flotte !










