EUROPE
Frappés durement par la pandémie, notamment les pays du bassin méditerranéen (Italie, Espagne, France), la plupart des pays européens ont purement et simplement interdit la pratique de la navigation de plaisance sur leurs côtes. Si un déconfinement progressif est en cours dans de nombreux pays, cela ne lève pas toutes les restrictions à la navigation. La situation est potentiellement un peu plus souple si vous êtes détenteur d’un passeport ou êtes résident permanent d’un pays de l’Espace Schengen – particulièrement dans le cas où vous pouvez prouver être en route vers votre pays de résidence et avoir une raison impérieuse de faire escale dans un port. Exemples types : abri en raison d’une mauvaise météo, plein de carburant, avitaillement pour continuer sa route. Dans ce cas, certains pays vous laisseront au mouillage, d’autres entrer dans les ports, mais vous interdiront d’en repartir tant que les mesures de confinement resteront en vigueur sur place. Une période de quarantaine de 14 jours est systématiquement imposée, avec une prise en compte souvent possible du temps passé en mer, ce qui est un bon rappel de l’intérêt de remplir sérieusement son livre de bord, et même de le faire viser par les ports de départ et d’arrivée. Sur l’Atlantique, les étraves pointent généralement vers l’est en cette saison – il est donc intéressant d’apprendre qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes le Portugal a rouvert quatre ports pour les plaisanciers en transit : Nazaré, Cascais, Lisbonne et Lagos. Plus problématique était la position de Madère, Porto Santo et des Açores, où les escales des navires de plaisance étaient tout simplement interdites – en tout cas jusqu’en mai –, ce qui complique jusqu’à officialisation de la levée du confinement la traditionnelle route retour vers l’Europe qu’empruntent tant de bateaux au mois de mai.

ARC ANTILLAIS
Très fréquenté lors du printemps de l’hémisphère nord, l’arc antillais aurait pu être une zone particulièrement complexe dans la situation actuelle, chaque île ou presque pouvant avoir une règlementation différente. Mais la situation est plutôt simple, elles ont toutes interdit l’entrée aux navires de plaisance, et certaines, comme Sainte-Lucie, sont entrées en confinement hors activités essentielles dès le 23 mars – l’état d’urgence y est prolongé jusqu’au 31 mai a minima. Pour les départements français de la Martinique et de la Guadeloupe, l’escale des navires battant un pavillon hors Union européenne est proscrite. Pour ceux arrivés avant le 23 mars ou pour les multicoques immatriculés dans l’UE, l’escale et le séjour sont possibles, avec les mêmes règles de confinement que pour les terriens. Un schéma très didactique, en français, de ce qu’il est autorisé de faire et de ne pas faire a été publié à ce sujet par la Direction Maritime de la Martinique. Même la baignade autour de son multi peut être réglementée, comme aux Saintes en Guadeloupe. Il y est désormais interdit de s’éloigner de plus de 15 mètres de son bateau, et pas plus d’une heure. Si la situation n’était pas aussi grave, l’anecdote prêterait à sourire et à bénir nos chers multicoques, qui offrent dans ces circonstances une bien plus grande zone de baignade autorisée qu’un monocoque ! La tendance est tout de même à l’assouplissement des mesures – bars et restaurants sont ouverts depuis le 11 mai à Saint-Martin et Saint-Barth. Alors que la saison cyclonique commence pour certains assureurs dès le 1er juin, le confinement, les difficultés d’approvisionnement et les ports de destinations ou d’escales possibles parfois fermés (Bahamas, Madère, Açores…) inquiètent forcément les navigateurs. Bien sûr, il y a toujours, et peut-être plus que jamais, la solution du retour par cargo, mais le budget est conséquent. L’appel à un équipage pro peut être une solution, car la navigation des professionnels n’est pas interdite, contrairement à la plaisance. Mais le souci dans ce dernier cas, c’est le pré ou le post-acheminement des marins, qui est problématique avec des lignes aériennes quasiment toutes à l’arrêt. Alors les marins prennent leur mal en patience et s’organisent, comme à Sainte-Anne en Martinique où 360 voiliers sont confinés au mouillage. L’entraide tourne à plein régime, un groupe Facebook est créé pour partager les informations, et le soir sur le Canal 10 de la VHF, il est même diffusé des contes pour les enfants confinés !
USA / CANADA
Depuis le 19 mars, le Canada a fermé ses frontières aux navires étrangers. Seuls les Canadiens peuvent rentrer sur le territoire, et à nouveau les Américains depuis le 23 avril, mais ces derniers devront observer une quarantaine de 14 jours. Aux Etats-Unis la situation est beaucoup plus complexe, car dépendant à la fois de lois fédérales, de chaque Etat, mais aussi de règlements de police locaux. Alors que toutes ses marinas avaient fermé aux alentours du 18 mars, la Floride a rouvert ses ports aux navires en transit depuis le 22 avril. Plus au nord, la baie de Chesapeake reste fermée à la plaisance, tout comme San Diego et New York, « Big Apple » ayant été l’épicentre de la pandémie aux Etats-Unis. A moins que vous ne soyez citoyen américain ou résident permanent, il va falloir quelques semaines, voire quelques mois, avant de nouveau pouvoir entrer aux USA en bateau, même si les visas touristiques, il est bon de le rappeler, ne sont pas concernés par la suspension des visas de travail décrétée par l’administration présidentielle.

PANAMA
C’est LE point de passage obligé en cette saison pour qui n’a pas forcément envie de se frotter au cap Horn ou de faire le grand tour par l’Afrique du Sud, soit 99,9 % d’entre nous. Or, le 23 mars, l’Autorité du Canal interdisait son accès à tout navire de moins de 65 pieds, donc à la quasi-totalité des plaisanciers. Le trafic a repris le 9 avril, mais tout navire arrivant des eaux internationales doit au préalable respecter une quarantaine de quatorze jours. Le couvre-feu en vigueur n’autorise que deux heures de sortie par jour pour se procurer nourriture et/ou médicaments. Michel, Marie et Thimotée (6 ans) sur Caretta ont eu la chance de passer juste la semaine d’avant ! Ils ont ensuite vécu un confinement sur une île désertique des Perlas, où ils se sont accordé quelques barbecues sur la plage. Malgré une petite frayeur en sortie de mouillage, ils sont repartis début mai pour 4 000 milles nautiques vers les Gambier ou les Marquises… si le vent le veut bien !
PACIFIQUE
Le Covid-19 s’étant répandu dans le monde en quelques semaines, il n’a pas épargné la zone Pacifique, surprenant certains navigateurs en pleine traversée comme les concurrents du World ARC entre Galapagos et Marquises. Les règles ont changé en cours de route, et rien n’est simple. Les autorités de Polynésie française semblent admettre que le temps passé en mer peut être déduit de la quarantaine de 14 jours, ce qui, dans le cadre d’une transpacifique, est vraiment une bonne nouvelle. Et même si cela paraît logique, c’est toujours mieux en le disant ! Il est même arrivé que les nonrésidents soient renvoyés en avion vers leur pays d’origine, devant laisser le bateau sur place. Même si un progressif déconfinement est en cours depuis le 18 avril, la navigation inter-îles restait interdite dans toute la Polynésie française, et le meilleur conseil donné à la fois par les autorités et les navigateurs sur place : tant que la situation est inchangée, si vous avez une autre option, ne vous rendez pas en Polynésie ! C’est exactement ce qu’ont fait Franck et Mary à bord du HH55 Ticket to Ride, qui prennent ces circonstances exceptionnelles avec philosophie. Alors que l’avitaillement était fait pour quitter le Mexique, direction la Polynésie française, tout est devenu incertain. Alors ils ont préféré prendre mettre le cap vers Hawaï en attendant une période moins compliquée, pour soit redescendre vers Tahiti, soit remonter découvrir l’Alaska. Il y a pire comme perspectives de sortie de confinement…. Dans l’attente, et dans tous les cas, vous devrez respecter les consignes de confinement local qui touchent jusqu’à la Tasmanie, comme le rapporte le Marine and Safety Tasmania (MAST). Après avoir adopté de telles mesures, l’Australie a plus radicalement fermé ses ports aux navires de plaisance étrangers le 18 mars dernier. Il en est de même en Nouvelle-Zélande depuis le 25 mars – les exceptions d’entrée sont rares. Dommage : l’hiver approche… les occasions de naviguer vont être plus rares. Knut et Anita Skauan étaient venus pour remettre à l’eau leur Outremer 45 Mais Uma, mais ils sont arrivés le… 25 mars ! Depuis, ils sont bloqués, catamaran au sec. Alors ils font tout ce qu’ils ne prennent jamais le temps de faire en temps « normal » : l’annexe a gagné une paire de roues – il sera plus facile de la remonter sur les plages –, les planches de kitesurf ont un support custom dans la soute à voile avant, le moteur d’annexe de rechange est désormais solidement fixé, les trampolines changés et leurs compétences culinaires décuplées grâce aux échanges culturels inter-confinés entre Norvégiens, Kiwis, Irlandais, Anglais et Allemands !

OCEAN INDIEN
Plus loin vers l’ouest, pour ceux qui avaient la chance de découvrir l’Asie, rien n’est simple non plus. Des pays aussi magnifiques pour la navigation que la Thaïlande, les Philippines ou la Malaisie ont fermé leurs frontières. Le Cata Plume a quitté Bali direction Christmas Island, décidant de prendre 500 bons milles de recul sur le bruit et la fureur du monde dans ce grand parc naturel. Cyril et Magali Jagot, à bord de Black Lion, ont pour leur part décidé de vivre leur confinement en mer, parvenant à quitter le Sri Lanka direction les Seychelles, les pleins faits. L’archipel s’étant fermé aux navigateurs entre-temps, après 26 jours de mer contre vents et courants, c’est à Mayotte que le couple a finalement relâché – arrivée le 16 avril. Malheureusement, l’archipel, touché par le virus, pourrait être déconfiné plus tardivement que prévu initialement.

AFRIQUE DU SUD
Que vous alliez vers l’est ou que vous veniez de l’océan Indien, l’Afrique du Sud est une escale incontournable, avec une longue tradition maritime. Mais le pays tente également de protéger sa population. Aussi, depuis le 24 mars, si les escales de plaisanciers sont officiellement interdites, ceux qui ont besoin d’un abri – et ce n’est pas rare dans ces contrées – seront tout de même accueillis. Les équipages seront néanmoins tenus à respecter une quarantaine, et ne pourront plus sortir avant la fin du confinement du pays. La baisse d’un cran, de 5 à 4, du niveau d’alerte sanitaire le 1er mai ne signifiant pas encore l’ouverture en grand des frontières et des ports de la nation arc-en-ciel aux plaisanciers.

Partageons l’info !
Pour connaître la situation précise dans chaque pays, nous ne pouvons que vous conseiller l’excellent site dédié à la grande croisière, Noonsite, qui effectue un magnifique travail de collecte et mise à jour des informations. Au cours de notre enquête, nous avons également eu l’agréable surprise de voir des groupes Facebook échanger des informations très utiles, pertinentes, sans esprit polémique… ça fait du bien ! C’est d’ailleurs sur l’un d’eux, Panama Cruisers, que nous avons trouvé le lien vers une carte des ports du monde avec leurs restrictions d’entrée liées au Covid-19. Bien qu’émanant d’un armement commercial, en l’occurrence le norvégien Wilhelmsen, c’est quand même très intéressant. En cette période troublée, n’hésitez pas à nous donner de vos nouvelles, à partager vos expériences, vos liens vers les sites officiels faisant référence dans votre pays ou ceux que vous traversez, en nous écrivant à redaction@multihulls-world.com. Take care, et à très bientôt sur l’eau, nous l’espérons