Il faut bien avouer que sommeille en chacun de nous la petite pensée inavouable de ne plus devoir aller en pied de mât pour crocher le point d’amure du 2e ris, de ne plus devoir ravaler les kilomètres de bout de la bosse continue du 3e ris (forcement la plus longue), de ne plus hésiter à prendre le 1er ou le 2e ris, de ne plus devoir se dépêtrer du paquet de nouilles entassé au pied de mât ou dans le cockpit, et de pouvoir hisser (ou plutôt dérouler) sans que les lazy jack viennent entraver la manœuvre. Mieux, les lignes de votre bateau débarrassées des bosses, lazy jack et autres bags ne s’en trouvent-elles pas épurées ? Et puis, finie la corvée de pliage à l’affalage, qui, sur un catamaran, peut ressembler, parfois, à une acrobatie digne de trapézistes.

Soyez honnête, cette idée vous a déjà certainement effleuré l’esprit. Mais il faut bien dire que vous avez aussi entendu sur radio ponton beaucoup de mésaventures qui vous ont fait hésiter, voire renoncer à passer à la mise en pratique. Et tout d'abord le risque (réel) de coincer la voile dans le profil, ce qui peut arriver à la suite d’une mauvaise manutention de la bosse et du bout de bordure que l’on laisse filer sans synchronisation (ou des bouts qui relâchent avec le temps) dans le mandrin du mât. Ensuite, il y a le centre de gravité rehaussé sur un mât à enrouleur, du fait de l’enroulement de la voile dans les hauts. Enfin, la forme concave de la voile qui perd 15 % de surface est aussi rédhibitoire sur les multicoques, qui affichent toujours un fort rond de chute. Certes, la bôme à enrouleur remédie à ces problèmes, mais elle a aussi ses difficultés propres. Le creux de la voile peut faire des plis non résorbés qui s’enroulent dans la bôme, son angulation avec le mât doit être fixe et demande un hâle-bas rigide à gaz souvent incompatible avec les gréements implantés juste devant le roof. Et la ralingue peut s’enrouler sur elle-même et est soumise à de rudes frottements.

Mais voilà, la technique et les évolutions ont permis de considérablement améliorer le tableau ces dernières années, et la fiabilité est aujourd'hui au rendez-vous, pour peu que l’on respecte certaines règles. Et avec ce type d'équipements, les manœuvres peuvent s’exécuter en solo, ce qui n’est pas le moindre des avantages quand votre petite famille vous boude au moment d’appareiller ou de réduire la toile. Manœuvrable avec seulement deux bouts, un qui déroule et l’autre qui s’enroule, c'est d'autant plus facile que le winch électrique s'impose – il est impossible d’envoyer la grand-voile à la volée avec ce système et le temps de déroulement ou de hissage peut paraître long à la main. C'est simple et rapide, et il suffit de retenir de la tension dans le bout qui file (bosse, drisse ou bordure, selon le cas) afin qu’aucun pli ne se forme lors de l’enroulement, ou d’installer un frein de drisse.
Que demander de plus pour profiter des performances de son multi sans avoir besoin d'un équipage pléthorique ?
Les mâts à enrouleur
Plusieurs fabricants proposent des mâts à enrouleur de série. Sparcraft utilise un système de vis sans fin avec un bout de commande qui revient au cockpit. Les progrès importants ayant été faits sur les cordages, il n’est plus à craindre d’allongement ou d’usure, une protection inox évite qu’il ne rague, et la gorge dans laquelle rentre la voile est optimisée et recouverte d’un profil PVC pour ne plus craindre un coincement. Le fabricant suédois Selden mise sur un système extérieur avec un axe pignon à 90° réduisant les risques de friction. Une assistance électrique ou hydraulique est possible. Elle facilite grandement la manœuvre pour les tailles supérieures à 40’. Idéal pour les bateaux dont le roof interdit le montage d’un hâle-bas rigide (une bonne balancine sera à prévoir), leur mandrin permet de recevoir des voiles à lattes verticales intégrales qui ont l’avantage d’exercer un point de tire lors de la réduction de voilure (on prend les ris au niveau de chaque latte, ce qui permet de tendre la voile), mais aussi de gréer une voile avec un rond de chute acceptable. En revanche, pour faciliter l’enroulement, la voile doit être coupée assez plate. Au-delà de 50’, il est toujours possible de se tourner vers un mât enrouleur custom. Axxon Composites en propose en carbone, Reckmann en a construit beaucoup en aluminium. Toutes les configurations sont possibles, procurant des performances intéressantes pour des surfaces de voilure importantes et un cahier des charges particulier
Les bômes à enrouleur
Ne relevant pas le centre de gravité du bateau, évitant le poids dans les hauts et permettant de gréer une voile avec un fort rond de chute, la bôme à enrouleur ne nécessite pas non plus de changer le mât, puisqu’elle vient s’adapter sur votre profil. Les "bômes à rouleau" ont été les précurseurs historiques des bômes à enrouleur. Aujourd'hui parfaitement arrivés à maturité technique, ces systèmes s'avèrent faciles à utiliser et très performants.

Profurl propose encore son système MK4 pour bateau de 50’, Pomanette sa Furlboom et Forespar son système LeisureFurl. A l’heure où les mâts sont remontés sur les flybridges et où les bômes sont perchées de plus en plus haut, ce système est intéressant, car le poids reste en bas lors de la réduction de voilure. Et en cas de souci technique, la mécanique reste accessible facilement. La principale contrainte du système est de devoir garder un angle constant de l’espar par rapport au mât, et mieux vaut avoir un hâle-bas rigide à fluide ou à gaz muni d’un repérage pour y arriver à coup sûr. Sur le système LeisureFurl, qui se décline à la demande en aluminium ou en carbone, le début de gorge qui accueille la ralingue au niveau du vît-de-mulet est souple afin de compenser les ondulations du tissu lors du hissage. Sur le système de Profurl, la ralingue de la grand-voile est hissée dans un profil creux mobile fixé au mât qui dispense d’être face au vent pour la manœuvrer. Ce type d’enrouleur accepte les voiles ayant une belle forme (sans pouvoir égaler les voiles classiques), mais aussi un fort rond de chute. Les maîtres voiliers devront suivre scrupuleusement les indications du fabricant lors de la confection, ralingue renforcée, renfort de ris au niveau des lattes, angulation des lattes en éventail, car on enroule plus de chute que de guindant... Le volume de la voile sur lequel la voilerie pourra néanmoins être créative devra aussi respecter un creux maximum. Comme pour les mâts et pour les unités plus grandes, il existe une belle offre de combinaisons semi custom ou full custom pour bôme à enrouleur et mât profilé. Hall Spar avec Ocean Furl, Southern Spars avec Southernfurl, Rondal, Formula Mast, Offshore Spar et GMT Composite proposent des systèmes sur mesure très sophistiqués avec moteur intégré dans le mandrin et avec des mâts en carbone profilés afin d’accueillir le décalage de la ralingue tout en préservant, voire en améliorant, l’aérodynamique.