Avant de prendre la décision de partir, et parfois même pendant leur périple, la plupart des chefs de bord emmenant leur famille au bout du monde se demandent s'ils en ont les capacités et s'ils ne prennent pas de risques inconsidérés pour ceux qu'ils aiment. Et soyons clairs, ceux qui ne se posent pas la question de la sécurité en grand voyage n'ont pas grand-chose à faire sur les mers...
Le risque est inhérent au voyage. C'est un fait. Maintenant, l'expérience montre que les accidents dramatiques sont extrêmement rares, et quasiment toujours le fait d'une succession d'évènements imprévisibles et de mauvaises réactions de la part de l'équipage. D'où l'importance de partir avec un bateau bien préparé et un équipage rodé.
Pour naviguer en sécurité, il faut un chef de bord aguerri. Et pour cela, il faut naviguer, naviguer et naviguer encore et encore…
La sécurité, c'est avant de partir que tout se joue…
Nous ne comptons plus, au magazine, les familles qui n'avaient jamais navigué et qui sont parties (et revenues) d'un tour de l'Atlantique, de Méditerranée ou des Antilles sans aucun problème et ont pleinement profité de ce voyage. Mais pour y arriver, l'important, que vous partiez du niveau zéro ou que vous ayez déjà de bonnes connaissances en nav, est de suivre une formation adéquate pour soi et son équipage. Car si, à bord, il n'y a qu'une personne qui soit capable de manœuvrer, le moindre pépin anodin peut prendre des proportions beaucoup plus embêtantes…
C'est pourquoi la plupart des écoles de croisière insistent sur la formation de l'équipage dans son ensemble, enfants compris. Ainsi, chacun est apte à réagir dans les différentes situations critiques qui peuvent arriver, comme un début d'incendie, un homme à la mer, ou tout simplement pour laisser le skipper se reposer après une nuit difficile s'il ne s'agit que de prendre un ris ou de mouiller en arrivant dans la baie rêvée... L'idée est ici de permettre à chacun d'être autonome et au minimum de récupérer un homme à la mer, d'affaler et de hisser les voiles, de prendre un mouillage, de tracer sa route et bien sûr d'appeler à l'aide.
Il existe plusieurs possibilités pour se former à la nav sur un multicoque de croisière. Tout d'abord, on peut utiliser les services de véritables écoles de croisière, qui sont équipées de catamarans. Idéalement, il faut en choisir une qui vous fera naviguer sur un bateau similaire à celui de vos rêves. Cela vous permettra de valider votre choix, et de prendre vos marques plus facilement. Il y a ensuite plusieurs options possibles, du week-end de formation à la semaine complète, avec plusieurs autres stagiaires ou en privatisant le bateau, et même pourquoi pas pour une transat… Le but est, en fonction de votre niveau de départ, de vous emmener au statut envié et merveilleux de "chef de bord", et donc à l'autonomie…
Autre solution : vous avez déjà acheté votre bateau et maintenant il va vous falloir le prendre en main. Quel que soit son niveau de pratique, partir avec un bateau que l'on ne connaît pas n'est pas une sinécure. Il est alors vraiment conseillé de faire appel à un skipper professionnel, qui pourra vous permettre de bien prendre la mesure de votre nouvelle monture et qui vous accompagnera le temps nécessaire pour que vous soyez tout à fait à l'aise avec votre bateau et son équipement. D'expérience, les équipages partant avec un skipper d'Europe l'abandonnent en général aux Canaries, certains d'être devenus autonomes et maîtrisant bien leur sujet.
Enfin, il y a le cas le plus fréquent de personnes ayant déjà pas mal navigué sur des monocoques, mais qui veulent se rassurer et valider leur choix de passer au multi. Dans ce cas, le plus simple est d'en passer par la location avec skipper, en demandant expressément au loueur un skipper pédagogue à même de vous apprendre ce dont vous avez besoin.
C'est simple, efficace, et cela vous permettra de joindre l'utile (apprendre) à l'agréable (les vacances). Que demander de plus ?
Evitons tant que faire se peut les situations de stress. L'anticipation est la meilleure amie du skipper qui veut maintenir la sécurité à son bord !
Les formations indispensables
Dans une logique de grande croisière, il est impensable d'imaginer prendre la mer sans avoir une bonne connaissance des trois éléments sur lesquel reposent votre sécurité : le bateau - l'équipage - la mer. Il faut donc pouvoir "entretenir et réparer" votre bateau comme votre équipage, et comprendre votre environnement.
Certains constructeurs de moteurs, certaines associations de plaisanciers proposent des formations mécaniques à l'entretien des moteurs. C'est un stage bien utile à faire avant de partir pour éviter de se retrouver bloqué dans un lagon du bout du monde avec une panne toute bête… que vous ne savez pas réparer. Lors de ces stages, on vous conseillera aussi utilement sur les pièces détachées à avoir à bord. Au-delà de la sécurité, savoir entretenir et/ou réparer les éléments de confort devenus indispensables à bord de nos bateaux de croisière – dessalinisateur, éléments de plomberie ou d'électricité, groupe froid, etc. – permettra de rester plus longtemps au mouillage en profitant de la vie, plutôt que de chercher désespérément le réparateur agréé au fin fond du Pacifique.
En grande croisière, un petit bobo peut dégénérer facilement si les bonnes actions ne sont pas entreprises immédiatement. Un stage médical est donc tout à fait conseillé et sera surtout rassurant pour tout le monde.
Enfin, le dernier point indispensable à la réussite de votre projet est la bonne connaissance de votre environnement. La météorologie est un art subtil qu'il convient de bien maîtriser en grande croisière. Il faut pouvoir comprendre les fichiers météo reçus à bord, mais aussi les interpréter, tout comme il faut ensuite savoir les analyser en fonction de vos propres observations.
En navigation, tout peut arriver. Il faut alors savoir comment réagir vite et bien, et sans prendre de risque.
Et la préparation ?
La formation est donc l'alpha et l'oméga de la sécurité à bord. Mais elle ne sera que d'une aide toute relative si vous partez sur un bateau pas ou mal préparé ou pas fait pour la navigation prévue.
Avant de prendre la mer, il est indispensable de s’assurer du bon état de son navire. Son état de navigabilité doit être parfait, structure, gréement, moteurs, son armement complet pour la navigation envisagée (équipement de sécurité, de navigation, documents nautiques, etc.) révisé, entretenu, à jour, et son usage connu. Les marins reconnus se font un point d’honneur de rester autonome en toutes circonstances, y compris après l’accident, ce qui signifie une longue préparation enrichie par l’expérience et une bonne dose d’ingéniosité.
L’armement doit être constitué pour anticiper par rapport à la navigation prévue. Si vous êtes un adepte du high-tech et que votre bateau est très équipé, il n'en reste pas moins que vous devez être capable de gérer votre navire sans aucune des aides que vous avez installées à bord. Prendre un ris sans l'aide des winches électriques, savoir se situer sur la carte sans avoir besoin d'allumer son GPS, ou mouiller sans l'aide du guindeau ne doit pas vous faire peur. Mieux, vous devez impérativement savoir le faire…
Les aides à la navigation, comme l'électronique du bord sont… une aide à la navigation. CQFD ! Le suréquipement peut rassurer l'équipage, mais ce n'est jamais un facteur de sécurité à bord en soi. Pour la navigation comme pour le reste, la sécurité est avant tout un état d’esprit, nourri de prudence, d’anticipation et d’humilité. Le seul mot d’ordre qui vaille est autonomie. Aucun appareillage ne doit faire quelque chose à votre place que vous n'êtes pas capable de faire par vous-même.
Le profane est rapidement désemparé face à un moteur. Pourtant, à l'issue d'une formation cohérente et muni du bon outillage et des pièces indispensables, il n'y a rien d'impossible à réparer…
Qu'est-ce qu'un bon skipper ?
Etre un bon marin capable de faire naviguer vite et loin son bateau ne suffit pas en grande croisière. Un bon skipper se doit aussi et même surtout d'être capable d'écouter les besoins et les envies des autres membres de l'équipage. La vie en bateau peut être stressante pour ceux qui n'en ont pas l'habitude, alors inutile d'en rajouter. Même – et surtout – en cas d'urgence, les cris sont à bannir à bord d'un bateau, et le calme du skipper, même s'il n'est qu'apparent, est indispensable à la sécurité de tous.
Etre attaché à bord d'un bateau ne se négocie pas, surtout en équipage familial. Le papa skipper se doit alors de montrer l'exemple…
Et si, après avoir préparé votre bateau, votre équipage et votre plan de navigation, un doute persiste, ne partez pas. Quand le skipper s’interroge : "Passera, passera pas ?", il est temps de faire demi-tour ou de rester au port. Renoncer fait aussi partie de l’autonomie…
Dernier point et non des moindres, inutile d'attendre la "mutinerie" de l'équipage pour changer vos plans. Chacun doit avoir à bord la possibilité de faire valoir son point de vue, même les plus jeunes... Et c'est par le vote que les choix qui impliquent chacun doivent être pris pour que tous se sentent vraiment impliqués dans l'aventure familiale.
Le mauvais temps peut vite faire peur en mer. Savoir lire un fichier météo et anticiper une dégradation des conditions peut vous sortir de situations limites…
La sécurité est l'affaire de tous à bord d'un bateau, d'où l'importance de suivre avec son équipage une bonne formation.