En autonomie complète, bien sûr !
Par Christophe Dasnière, porteur du projet Grandeur Nature ou "La Parole des Enfants".
Grandeur nature est une association sétoise (Sud France) qui effectue, depuis près de 20 ans et 40 transats, un extraordinaire travail éducatif auprès de jeunes de 14 à 17 ans. Elle utilise le catamaran et le voyage atlantique comme support à un travail pédagogique innovant, et obtient des résultats remarquables (www.grandeurnature.org).
A la lecture du thème de ce Multicoques Match, je me suis posé deux questions :
Pourquoi nous poser cette question à nous qui organisons des expéditions de 10 mois avec des jeunes hors des sentiers battus ? Ai-je un avis, moi qui ne sais pas vraiment ce qu’est un rallye organisé ? Bien sûr, depuis un peu plus de vingt ans que nous réalisons nos expéditions avec l’association Grandeur Nature, il nous est arrivé de croiser ces flottes, ne serait-ce que l’année dernière aux îles du Cap-Vert, dans la marina de Mindelo. Nous n’étions pas à la marina, mais au mouillage en face, car nous n’avons pas les moyens – ni l’envie – de dépenser 2 mois de salaire d’un Cap-Verdien pour une semaine au ponton ! Vous aurez compris que nous faisons rarement escale dans les marinas durant nos voyages. Cela nous est arrivé 6 fois sur la dernière expédition, généralement pour du ravitaillement.Si le but de ce texte était de dire du mal de cette pratique, les lecteurs seront déçus, car je préfère parler de ce que je connais et de ce qui m’intéresse dans le voyage en voilier.Nous faisons le choix durant nos parcours (de septembre à juillet) d’une grande boucle en Atlantique au départ de notre port d’attache. Notre catamaran de 15 mètres en CP/époxy/verre, conçu spécialement pour ce projet par Denis Kergomard, est un bateau simple, rapide et solide, sans aucun confort superflu. Il s’agit d’une aventure éducative avec des jeunes ; nous partons à la découverte du monde, et de nous-mêmes aussi. Notre équipage est constitué de 4 adultes , dont un skipper professionnel, et de 7 jeunes, dont la moitié nous sont confiés par les services de l’aide sociale à l’enfance. Déscolarisés ils ont besoin de prendre le large, loin de leurs problèmes (familiaux, sociaux, personnels).Les autres équipiers n’ont pas de difficultés identifiées ; ce sont de jeunes aventuriers que notre voyage fait rêver.L’aventure et le rêve sont des outils importants pour apprendre à se dépasser, à franchir les difficultés et à grandir ! Je dois même dire que cela marche également pour les grands ! Et pour moi… après 37 ans d’aventures en bateau (voir l’article de 6 pages dans le MMag no 154 – MWorld n°125), cela ne veut pas dire que nous prenons des risques ou que nous nous mettons en difficulté, au contraire ! Nous choisissons les meilleures périodes pour naviguer et les abris les plus sûrs pour notre bateau. Les risques que nous acceptons de prendre sont ceux de la découverte des pays et des gens que nous rencontrons lors des escales. Aussi riche soit le voyage transatlantique en voilier et les efforts et les apprentissages pour rallier chaque escale, nous partons surtout pour apprendre des autres, ceux qui vivent de manière différente avec d’autres coutumes. Nous partons pour échanger et pour changer notre regard sur le monde. Je pense à notre découverte de la Guyane et du fleuve Maroni il y a 10 ans ; nous avions prévu une escale sur la rive sud de l’Amazone, mais la complexité climatique (navigation en pleine saison des pluies), sanitaire et sécuritaire nous avait fait choisir le Maroni, avec comme seul contact un ami d’ami qui avait monté une école de voile à Saint-Laurent (Vent d’Ouest). Nous sommes vraiment partis à la découverte sans trop savoir ce qui allait nous arriver, avons évité les échouages et suivi les conseils avisés des gens du fleuve. Le Maroni est ensuite devenu une de nos escales favorites ! A chaque voyage, nous y rencontrons des gens nouveaux, heureux de partager leurs vies quotidiennes avec nous. L’année dernière, avec l’aide d’un ancien pilote de barge, nous avons remonté le fleuve avec le catamaran, de Saint-Laurent à Maïman. A voir l’air étonné et ravi des piroguiers et des riverains, le spectacle n’était pas courant ; pour un voilier de cette taille, c’était une première !J’aurais aussi pu choisir comme exemple la Casamance, où vit notre ami Yves (à Eringa), où il accueille les voyageurs en bateau. Ou encore Cuba, et les rencontres avec les paysans de la Sierra, ou les pêcheurs de Gibara, qui sont aussi accueillants et curieux que nous.Si je devais formuler un reproche à ce que je connais des rallyes en voilier, ce serait pour dire que c’est justement en s’écartant des aires d’autoroute, des marinas fréquentées et en s’éloignant du bord de mer et de son industrie touristique que l’on découvre un pays ! C’est ce que je vous souhaite pour votre grand départ sur l’eau !C’est le choix que nous faisons, nous. Une nouvelle aventure démarrera en septembre prochain…
En rallye, pour bénéficier d’un vrai cocon de tranquillité…

Par Pierrick Garenne. Passionné de voile et de destinations lointaines, Pierrick est aujourd’hui directeur adjoint et responsable de la communication de Grand Pavois Organisation, qui organise le Rallye des Iles du Soleil. Il a collaboré à de nombreux événements voile, comme le Vendée Globe, la Transat Jacques Vabre, la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro ou le Tour de France à la Voile.
Je vous remercie encore, et certainement pas assez, car j’ai réalisé un rêve dans les meilleures conditions ! (Jérôme, skipper de l’Hélia 44’ Anpelouza, qui vient de poser pied à terre après 24 jours, 10 heures et 12 minutes de traversée de l’Atlantique entre Lanzarote et Marie-Galante dans le cadre du Rallye des Iles du Soleil 2017. Rapide retour en arrière : Jérôme, sa coéquipière Gisèle et le couple embarqué aux Canaries étaient l’un des équipages inscrits à cette première transatlantique organisée par Grand Pavois Organisation dans le cadre du rallye nouvelle formule. Une transatlantique au format classique (une étape au Cap-Vert est prévue pour l’édition 2018) au départ des Canaries le samedi 18 novembre dernier avec une arrivée dans l’île authentique de Marie-Galante début décembre. Une transat comme il en existe d’autres, mais avec des plus-values de convivialité, de sécurité et d’échange. Qu’est-ce qui fait réellement la différence entre traverser l’Atlantique seul et s’engager dans un rallye transatlantique ? Si chaque formule a ses avantages, participer à un rallye, c’est avant tout bénéficier de la mise en place d’un dispositif d’encadrement presque personnalisé. "J’ai choisi de traverser l’Atlantique en rallye pour avoir une logistique d’encadrement, bénéficier d’un dispositif de sécurité et rencontrer des personnes de la "grande navigation", déclare Jérôme. Vrai ! Car, dans l’ombre du rallye, c’est un encadrement de professionnels qui se met en place pour aider et accompagner au mieux la préparation de l’aventure. L’événement pour le skipper, c’est de réussir SA traversée et SON aventure ! L’événement pour l’organisation est de créer un véritable cocon de tranquillité autour des participants en laissant le moins de place possible à l’imprévu. Ce cocon se traduit par une multitude d’attentions et d’anticipations, comme construire des partenariats avec des chantiers et des fournisseurs officiels pour faire bénéficier les participants d’atouts spécifiques : mise en place d’une convention avec la Fédération Française de Voile pour l’appui et la reconnaissance, caler un dispositif d’accueil dans une marina de départ, et garantir des places et des mouillages réservés à l’arrivée, rencontrer les participants individuellement pour un brief médical, vérifier les matériels de sécurité embarqués bateau par bateau, tester les connexions satellites, travailler avec un prestataire météo afin d’envoyer des bulletins spécifiques par zones de navigation, organiser des petits déjeuners, des apéritifs, des temps forts pour les équipages afin de créer de la convivialité. Jérôme poursuit : "Les atouts ? La communication, les moyens mis en œuvre avec tous les conseils de préparation - obligatoires comme facultatifs - la semaine avant le départ. Le fait d’être en groupe même à distance les uns des autres rassure ; savoir où se trouve chaque bateau, avoir tous les jours des informations météo dédiées et des informations qui transitent par une seule personne est également rassurant ; on se sent suivi. A l’arrivée, on est content de voir la terre, et l’accueil particulier qui est mis en place réveille du quotidien transatlantique ! C’est chaleureux ; dès les premiers pas à terre, c’est la fiesta !" Et l’aventure, dans tout cela ? direz-vous. "Pour une aventure, c’est une aventure ! Elle commence au départ de La Rochelle en direction des Canaries via le golfe de Gascogne, la Galice, l’Algarve, Madère et enfin les Canaries ; ensuite, c’est oser se lancer ! Après tout ce chemin, on est prêt pour la Transat et 20-25 jours de mer. Au final, j’ai appris sur moi-même, sur les personnes, et j’ai osé !" En fait, le Rallye des Iles du Soleil n’est qu’un facilitateur pour permettre à chacun de cocher plusieurs cases dans la quête de son Graal de navigateur : traverser l’Atlantique avec son propre bateau, mieux se connaître, mieux cerner les autres, maîtriser son bateau sur le bout des doigts et savourer le plaisir de glisser vers le soleil en toute tranquillité !