Changer de vie… Un objectif pour de plus en plus de nos contemporains, fatigués de devoir courir après le temps et de ne pas voir grandir leurs enfants. Le but : vivre, naviguer, sans autres contraintes que celles que nous nous fixons. Découvrir le monde, faire de belles rencontres et surtout profiter de la vie, tout simplement.
Mais faire le tour du monde aujourd'hui n'est réservé ni aux milliardaires, ni aux seuls marins expérimentés.
Les traversées (Atlantique, Pacifique, Indien...) resteront gravées dans vos mémoires. Sous spi (ou gennaker) au portant, il n'y a qu'à profiter !
L'Atlantique
Mais soyons tout de même clairs : un tour du monde à la voile est une vraie aventure. Il ne s’agit plus ici de quelques navigations à vue entre des îles, mais bien de réaliser le tour complet de la terre. On ne part pas pour un tel voyage sans y être vraiment préparé. Le capitaine et son équipage doivent bien avoir à l’esprit ce qui les attend : trois ans de voyage au minium – cinq années étant l’idéal pour en profiter pleinement et prendre le temps de découvrir, à son rythme, les merveilles qui nous entourent. Sur un tour du monde, il y a les escales dans les îles merveilleuses, mais aussi les traversées des océans Atlantique, Pacifique et Indien, avant de rentrer en passant par le redouté cap de Bonne-Espérance. Un vrai programme hauturier qui nécessite d’avoir un bateau au top de sa forme et parfaitement entretenu. Moyennant quoi, le tour du monde est parfaitement faisable. La seule obligation est de passer les différents passages au bon moment.
On commence par l’Atlantique, souvent la première grande traversée que l’équipage va devoir affronter. Au départ d’Europe, et avant d’entamer la transat à proprement parler entre les Canaries et les Antilles, il va vous falloir traverser le golfe de Gascogne. Pour éviter le très gros mauvais temps, mieux vaut partir entre mai et fin août. Si vous partez de Méditerranée, c’est le golfe du Lion qu’il faudra passer au bon moment. Idéalement, entre mai et octobre et en surveillant bien la météo, vous pouvez passer sans encombre direction Gibraltar, puis les Canaries. Une fois aux Canaries, il faudra attendre la fin officielle de la saison cyclonique, soit novembre pour traverser. Mais on a vu ces dernières années des phénomènes très violents fin novembre et même en décembre. Pour éviter toute mauvaise surprise, mieux vaut partir début décembre et arriver aux Antilles pour Noël. Quel plus beau cadeau pourriez-vous offrir à votre équipage ? Les Antilles, on l'a vu dans les pages précédentes, peuvent facilement vous retenir plusieurs années. Ici, on navigue de Grenade aux Bahamas en suivant un chapelet d'îles merveilleuses. Et que dire de la côte du continent central américain ? Mexique, Belize, Venezuela, San Blas, Guyane... Il y en a pour tous les goûts et largement de quoi, là encore, y passer une vie. Une ou deux années ne sont pas de trop pour appréhender au mieux ce véritable paradis de la navigation. Et puis, en naviguant aux Antilles, on reste "près de la maison". Il est en effet facile de rejoindre l'Europe ou les USA d'un coup d'avion ou d'une traite en quelques semaines de navigation. A la bonne saison, il suffit d'une vingtaine de jours pour traverser l'Atlantique, de quoi rentrer presque facilement… Car une fois que l'on a pris la décision de passer Panama, le chemin du retour passe quasiment obligatoirement par le Pacifique, l'Indien, le sud de l'Afrique et la remontée de l'Atlantique. Il ne faut donc passer cette véritable porte qu'à bon escient !
Pendant les traversées, l'une des préoccupations est de remplir la cambuse…
Le Pacifique
Après avoir bourlingué aux Antilles il va falloir, si vous voulez vraiment faire le tour du monde, songer à aller vers le Pacifique. Le passage obligé est alors le canal de Panama, la route par le cap Horn n’étant ni raisonnable ni agréable… Pour rejoindre Panama depuis les îles antillaises, mieux vaut éviter la période où les alizés, ces vents qui soufflent de l’ouest, sont les plus forts, soit de janvier à avril. On passera donc soit avant, en novembre ou décembre, soit après, à partir d’avril. C’est l’idéal, car cela vous permettra d’arriver au meilleur moment pour traverser le Pacifique. Et le Pacifique, c’est le gros morceau de votre tour du monde. Si vous regardez une mappemonde, cet océan représente à lui seul près de la moitié de la surface de la planète… De Panama, vous aurez forcément envie d’aller voir les Galapagos, situées à quelque 900 milles du canal. Pas simple, avec des vents contraires et des calmes stressants. Mais ça passe mieux entre janvier et juin. Ensuite, cap sur la Polynésie pour la plus grande traversée de votre tour du monde. Pas moins de 2900 milles entre les Galapagos et les Marquises, mais au portant et avec un courant favorable : c’est souvent le souvenir le plus fort du tour du monde ! Marquises, Tuamotu, îles de la Société, vous allez pouvoir profiter au maximum de ces îles mythiques et comprendre pourquoi elles font toujours rêver. La législation permet de rester en Polynésie française dix-huit mois consécutifs sans restriction de nationalité. Attention, il convient de bien se renseigner avant de partir, car une fois le délai dépassé, vous n'aurez d'autre choix que de partir ou de papeetiser le bateau. La papeetisation consistant à payer une taxe de 18 % sur la valeur du bateau (+10 % si vous n'êtes pas ressortissant européen), il vaut mieux bien s'organiser … Après cette année en Polynésie, il vous faudra donc partir ! Mais par bonheur, le voyage est loin d’être fini. Vous n’en êtes en effet qu’à la moitié du Pacifique… Îles Cook, puis Suvarov, l’île où vécut en ermite pendant près de quinze ans Tom Neale et sur laquelle Bernard Moitessier tenta de faire pousser des arbres fruitiers, Palmerston puis enfin les Tonga vous ouvrent leurs portes. C’est là que vous allez passer un moment important de votre voyage, avec la ligne de changement de date. Un jour, vous êtes le samedi, et le lendemain, c’est lundi ! Pas de dimanche pour vous cette année, et à l’issue de votre voyage, vous aurez donc vécu une journée de moins que ceux qui sont restés à terre… Une journée de moins, mais que de souvenirs en plus !
Le voyage continue, toujours dans le Pacifique, avec les Fidji. Ici, on entre en Mélanésie, et culture comme habitants n’ont plus rien à voir avec les Polynésiens. Nouvelles ambiances et autres rencontres, pour un périple qui ressemble maintenant à un voyage dans le temps.
Nous sommes mi-novembre et il est temps de se mettre à l’abri des cyclones. Direction la Nouvelle-Zélande, pour ensuite remonter vers la Nouvelle-Calédonie ou le Vanuatu. En arrivant ensuite en Australie, n’oubliez pas de manger tout ce qui se trouve à bord, les douaniers locaux ayant pour habitude de détruire toute nourriture fraîche qui arrive par la mer.
L'Australie n'est pas une île-continent pour rien, et là encore, on peut y passer une longue période à profiter aussi bien de l'intérieur des terres que de l'incroyable barrière de corail et ses dizaines de milliers de mouillages…
Une fois passé Panama, le retour se fera quasiment obligatoirement par l'Afrique du Sud. Le voyage commence vraiment !
L'Indien
Vous voici aux portes de l’océan Indien. Ici, les cyclones sévissent de novembre à avril. Pour traverser cet océan qui peut être au moins aussi redoutable que le Pacifique, il y a deux grandes options : la route du nord, qui vous fait rentrer en Europe par la mer Rouge, et celle du sud, qui vous fait contourner le continent africain par le cap de Bonne-Espérance. Les pirates qui sévissent au large de la Somalie ont, pour l’instant, refermé la porte de la mer Rouge, et depuis maintenant 2010, il est impossible et dangereux de remonter par Suez. C’est donc par le sud qu’il vous faudra vous diriger, ce qui vous interdira quasiment toute l'Asie du Sud-Est. Dommage ! Sur le chemin vers la pointe sud de l'Afrique, vous pourrez tout de même relâcher dans des endroits magiques, comme à Maurice, puis à Madagascar. Mada mérite au moins deux à trois mois, si vous en avez le temps, car il est peu probable que vous y reviendrez en bateau, et la zone est fantastique ! De là, en route pour l’Afrique. C’est la partie la moins agréable du voyage avec la possibilité de mauvais temps et de forte mer. Les Pilot Charts sont clairs : c'est au printemps austral, soit entre octobre et novembre, que vous aurez le plus de chances de rencontrer des vents portants et modérés. Inutile de prendre des risques, c'est donc à ce moment-là qu'il faudra tenter de passer, en sachant que les prévisions météo sur zone ne sont fiables que pour une douzaine d’heures… Une fois en Afrique, vous n'aurez d'autre choix que de procéder par sauts de puce de baies protégées en mouillages protecteurs jusqu'à, enfin, passer Bonne-Espérance.
Passer ce cap est un grand moment, car on ne navigue pas tous les jours (même en sens inverse) sur les traces des grands navigateurs chasseurs de records. En parlant de record, il y a fort à parier que vous battrez ici le vôtre, en navigant par 34° Sud...
Après la délivrance de Bonne-Espérance, il ne reste qu’à remonter l’Atlantique Sud via Sainte-Hélène et son célèbre anticyclone qui pourrait bien vous retenir quelque temps. On continue vers le Brésil. Ensuite, le chemin le plus simple (mais pas le plus court) consiste encore à faire route vers les Antilles, poussés par le vent et le courant. Une dernière traversée de l’Atlantique et ça y est, vous avez fait le tour du monde, et vous en êtes certain : la terre est ronde !
Les mouillages de rêve de la Polynésie s'offrent à vous après un demi-tour du monde. Mais le voyage ne fait pourtant que commencer !
Retour par l'est ou le sud…
Vous ne voulez pas passer par l'Afrique, il existe deux autres solutions : le Horn ou Hawaï...
A ce jour, un seul de nos lecteurs est revenu par le Horn (voir Multicoques Mag 150). A bord de Mowgli, un Banana 43, Philippe est parti en solo de Nouvelle-Zélande pour rejoindre Ushuaia via le Horn... Une belle nav, mais tout de même un peu sportive !
L'autre solution consiste à remonter vers Hawaï, puis de là repartir vers les Etats-Unis. C'est valable au départ de Tahiti, plus compliqué si vous êtes déjà en Australie… Une fois rendus à Hawaï, la majorité des candidats à cette route attendent la fin juin pour rejoindre le nord des USA. Ils contournent par le nord l’anticyclone présent à cette époque sur le Pacifique, bénéficiant ainsi de vents portants tout au long des 2 400 milles (en route directe) de Honolulu à Seattle.
Ensuite, la croisière est magique le long des côtes californiennes puis mexicaines avant de reprendre le canal de Panama et de se retrouver en Atlantique : CQFD !
Une fois en Polynésie, il faudra bien choisir le chemin du retour…
La météo
On ne rigole pas avec la météo en mer, et encore moins lorsqu'il s'agit de traverser des océans comme l'Atlantique, le Pacifique ou l'Indien...
Donc, on traverse l'Atlantique à partir de fin novembre et pas avant, pour éviter les mauvaises rencontres avec les cyclones !
On s'attaquera au Pacifique à partir de fin avril, et on profitera du courant de Humboldt qui est un véritable tapis roulant qui vous emmènera directement aux Marquises…
L'Indien est un océan qui peut être difficile : la bonne période pour aller d'Australie vers le cap de Bonne-Espérance va de mai à octobre.
On passe le cap de Bonne-Espérance en novembre et on remonte tranquillement vers les Antilles avant de retraverser l'Atlantique par le nord à partir de mai-juin. Et voilà, vous avez fait le tour du monde. Idéalement, comptez entre 3 et 5 ans pour en profiter au maximum. Bon voyage !
Le chemin du retour en atlantique passe aujourd'hui obligatoirement par l'Afrique du Sud…
Le tour du monde en un an, c'est possible ?
Un bateau suffisamment rapide, marin, et bien préparé, mené par un équipage de bouffeurs de milles, peut très bien imaginer faire le tour du monde en une année. Un départ au printemps, en avril, permet d’éviter les risques de dépressions hivernales, et de faire route vers les Antilles avant l’arrivée des cyclones. Le canal de Panama est passé en mai, et vous arrivez en Polynésie en juin. Il faut alors enquiller la deuxième partie du Pacifique avant le mois de septembre, et rejoindre Durban en Afrique du Sud avant le mois de décembre. Vous contournez alors le cap de Bonne-Espérance en janvier, et faites route vers les Antilles, ou directement vers les Açores, de façon à arriver en Europe en mai, après les coups de vent d’hiver. Vous aurez alors ingurgité 27 000 milles en 13 mois... Pas mal !