1- Quel programme ?
La question la plus importante est celle du programme : qu'allez-vous faire de votre beau multicoque ? Partir au bout du monde ? Régater tous les samedis devant le port ? Découvrir les atolls du Pacifique ? Partir vous frotter aux glaces des pôles histoire de vérifier si le réchauffement climatique n'est pas une légende ? Dans tous les cas, le bateau conçu pour un programme peut s'avérer particulièrement désagréable à vivre s'il est utilisé pour tout à fait autre chose qu'avait imaginé son architecte.
Un bateau de voyage que l'on ne peut pas charger, un bateau de régate aux multiples réglages pour un équipage familial, un bateau lourd et peu accastillé pour courir le Fasnet… les exemples pullulent de multicoques excellents dans leur domaine mais qui ont donné du fil à retordre à leurs propriétaires les utilisant à mauvais escient.
Alors, avant de choisir tel ou tel modèle, posez-vous la question du programme du bateau.
Comment être certain de choisir le bon bateau, celui qui vous correspond vraiment ? (photo Catana)
2- Quel équipage ?
Corolaire du programme du bateau, l'équipage est tout aussi important dans le choix de votre futur navire. Un couple avec de jeunes enfants ne naviguera pas de la même manière que le même couple quelques années plus tard et avec deux ados adorant la voile. Dans un cas, un bateau confortable avec des jeux pour occuper les chères têtes blondes pendant les traversées, dans l'autre, un bateau plus sportif équipé d'une garde-robe avec gennaker, spi asy, Code 0 ou Code D pour pouvoir toujours être au top, et le premier arrivé au mouillage.
Bref, programme et équipage définissent déjà le type de d'embarcation pouvant vous correspondre.
3- Recherchez-vous plutôt le confort à bord ?
En grande croisière, le confort à bord est indispensable. Mais jusqu'où voulez-vous aller ? Etre autonome en énergie et en eau a un coût financier, mais aussi technique, surtout dans le cas d'un bateau très (trop ?) équipé. Machines à laver, micro-ondes et congélateur, mais aussi radar et winches électriques sont dévoreurs d'énergie, qu'il va bien falloir produire. Et moteurs, groupes, dessalinisateurs et appareils électriques sont autant d'éléments nécessitant entretiens et réparations.
Là encore, il convient de bien se connaître et de savoir comment on navigue. Vu du port, on a besoin de tout un tas d'éléments de confort qui, une fois en mer, sont vraiment superflus.
Comment trouver le bateau de ses rêves sans se tromper ? Salons nautiques, Internet, revues spécialisées, brokers : il existe de nombreux moyens de trouver le bateau de vos rêves…
4- Ou les performances avant tout ?
La légende du catamaran, caravane des mers, incapable d'affronter la haute mer ni d'avancer correctement, est depuis longtemps enfouie dans les tréfonds de la mémoires des seuls irréductibles qui n'ont jamais eu la curiosité d'essayer ces machines fabuleuses que sont les multicoques modernes. Les rallyes transatlantiques (voir pages suivantes) montrent depuis longtemps que les multicoques sont souvent bien plus rapides que les monocoques de la même catégorie.
Mais, dans le monde du catamaran, il y a des bateaux plus rapides que d'autres. N'oubliez jamais que, pour aller vite, l'ennemi, c'est le poids. Si c'est la performance qui vous intéresse, il faudra donc scrupuleusement respecter le devis de poids de l'architecte, et soigner la carène de votre fier destrier. Un beau jeu de voiles sera un plus. Mais pour aller vite, l'essentiel reste les hommes, et c'est plus le choix de l'équipage qui fera vraiment la différence… A méditer dans le choix du bateau et de ses équipements !
5- Quid de la sécurité passive ?
La sécurité passive d'un bateau, c'est sa capacité à résister aux conditions météo que vous allez rencontrer. Pour faire simple, un cata de sport qui a tendance à dessaler à la moindre risée n'est pas l'engin idéal pour traverser un océan – cqfd !
Selon votre programme (on y revient), un bateau sera plus ou moins adapté. Le choix du matériau de construction (plus ou moins facilement réparable, plus ou moins résistant aux impacts…) tout comme la carène dessinée pour certaines conditions de mer doivent vous orienter dans le choix du bateau.
Si on ne compte plus les lecteurs (et même des journalistes du magazine, n'est-ce pas, Gilles ?) ayant fait un tour du monde sur des bateaux conçus pour des navigations côtières, on ne saurait que trop vous conseiller d'éviter de vous mettre en situation périlleuse en suivant leur exemple. Le marché est tel aujourd'hui, qu'il existe forcément le bateau qu'il vous faut dessiner pour votre programme à votre prix. A vous de le dénicher !
Neuf ou d'occasion, il existe de nombreux modèles sur le marché. A vous de trouver celui qui vous convient vraiment.
6- L'équipement, comment ne pas se tromper ?
Vous commencez à avoir une bonne idée du bateau qu'il vous faut ? Encore va-t-il falloir l'équiper. Dans le cas d'un bateau d'occasion, l'équipement est déjà à bord, et sauf si tout est à changer, vous allez devoir faire avec les choix du précédent propriétaire. Dans le cas d'un bateau neuf, vous allez en revanche devoir concevoir l'intégralité de votre bateau. Et là, il va falloir être particulièrement cohérent pour respecter le devis de poids de l'architecte, la capacité de production énergétique et votre consommation, et votre budget… Là encore, il faut particulièrement bien se connaître, ainsi que sa manière de naviguer. Si vous n'êtes pas sûr de vous, n'hésitez pas à vous faire aider par des professionnels afin d'équiper votre bateau au mieux et de manière cohérente. De cette étape dépend souvent la qualité de la vie à bord – et donc la réussite de la croisière.
7- Puissance, en avoir ou pas ?
Un voilier, ça avance à la voile. Pour les performances, il faut un bateau suffisamment toilé (voir plus haut). Mais qu'en est-il des moteurs ? En grande croisière, des moteurs puissants sont bien sûr préférables. Ils permettent d'avoir une meilleure réponse en cas de besoin pour appuyer une navigation face à la mer ou pour vous ramener dans un abri sûr en cas de problèmes avec le gréement. Un moteur puissant va tourner moins vite pour vous emmener à une vitesse donnée, et s'usera moins rapidement… Mais attention, comme toujours quand on parle bateau, tout est question d'équilibre et de compromis. Un moteur puissant est plus lourd, ce qui peut déséquilibrer l'assiette du bateau, consomme souvent plus, ce qui nécessite d'emmener plus de gasoil, etc. Il faut donc bien réfléchir à la puissance dont vous allez avoir besoin (voir le paragraphe programme…). Un bon test consiste à naviguer aux moteurs seulement face à une mer formée vent dans le nez. Vous saurez rapidement s'il est sous-motorisé !
Une nav par vent fort vous donnera une bonne idée de ce que votre "futur bateau a réellement dans le ventre" : utile !
8- Le plan de pont, un Hercule à bord ?
C'est souvent le parent pauvre lors de l'achat d'un bateau, et pourtant… Le plan de pont d'un bateau est tellement important. Retour des manœuvres au cockpit, prises de ris automatiques, placement, assistance et nombre des winches comme des taquets sont déterminants pour la sécurité, comme pour le bien-être en navigation. Là encore, il ne faut pas hésiter à se faire aider par un pro si vous ne vous sentez pas la compétence de définir vos besoins. Et n'oubliez pas que, si vous arrivez à hisser la GV à la volée aujourd'hui, il se peut que, l'âge aidant, vous appréciiez la présence d'un winch électrique d'ici peu pour faire les efforts à votre place…
9- 80/20, le rapport à ne pas négliger ?
Sur un tour du monde, les statistiques des lecteurs de Multicoques Mag s'établissent comme suit : 80 % du temps au mouillage pour 20 % en navigation. On navigue un peu plus sur un tour du monde en trois ans (25 % de son temps) et un peu moins pour ceux qui "bouclent la boucle" en plus de 7 ans. Quoi qu'il en soit, ne l'oubliez jamais, si votre beau cata doit pouvoir vous emmener en sécurité où vous souhaitez aller, c'est bien au mouillage que vous passerez le plus clair de votre temps. D'où l'importance, dans le choix du bateau, des aménagements à vivre. Un beau carré et un cockpit bien protégé, des jupes faciles d'accès pour se baigner, un moyen ergonomique de mettre l'annexe à l'eau (et de la remonter) sont tout aussi importants, voire beaucoup plus importants, que le moyen de gagner 1 dixième de nœud sur une transat !
Sur un tour du monde, on passe 80 % de son temps au mouillage. De l'importance du confort à bord ! (photo Balance Catamarans)
10- La revente, faut-il déjà y penser ?
L'argent est bien sûr le nerf de la guerre. Mais le marché du multicoque est tel aujourd'hui que l'on trouve des unité d'occasion ou flambant neuves permettant d'adapter le budget de chacun au bateau qu'il vous faut…
Reste que l'achat d'un catamaran ou d'un trimaran est un investissement important et une immobilisation d'argent non négligeable. Du coup, imaginer la revente au moment de l'achat n'est pas totalement incohérent, surtout pour un programme court (moins de trois ans). Un bateau connu, recherché et apprécié sera toujours plus facile et donc plus rapide à revendre s'il est proposé au prix du marché et bien entretenu…
Mais, plus que tout, n'oubliez pas que le bon bateau, c'est celui avec lequel vous partez naviguer…
Vous avez choisi votre bateau ? Il ne vous reste qu'à profiter de la vie… Bonnes navs !