Ocean Pacifique Polynésie française Archipel des Tuamotu Atoll de Tahanea
Cet atoll inhabité des Tuamotu offre un incroyable festival de couleurs entre ciel et mer. Nous y avons vécu une sensation d'infinie liberté, exaltante et rare. Seuls au monde, loin de tout, mais proches d'un bonheur grandiose. Soleil éclatant, décor de rêve, piscine naturelle illimitée. C'est aussi à Tahanea que nous avons effectué des tests intéressants sur le comportement des requins de récifs… Situé à une cinquantaine de milles dans le sud-est de l’atoll de Fakarava, on y pénètre par la passe Teavatapu. Il faut ensuite naviguer vers le sud-est à l'intérieur du lagon pendant une douzaine de milles en traçant son sillage a travers les formations coralliennes. Il est plus facile, pour gagner ce mouillage, de suivre le périmètre de l'anneau corallien, parsemé de nombreux motus. Si ensuite, comme nous, vous rejoignez la passe en coupant directement à travers le lagon, placer une vigie dans les barres de flèche est indispensable…

Ocean Indien Afrique du Sud Province du Cap Occidental Lagune de Knysna
On n’a rien sans rien dans ce bas monde. Je dois vous prévenir : la passe d’entrée (appelée les Heads) dans la lagune de Knysna (située à 500 km environ à l’est de Capetown) est classée comme l’une des 8 barres les plus dangereuses au monde… Je ne peux donc pas vous garantir votre survie dans la passe, mais par contre, je peux vous assurer d’une tranquillité parfaite dans la lagune, une fois la passe franchie, même par fort coup de vent des latitudes australes ! La passe de Knysna, saillie rocheuse qui s’ouvre entre deux hautes falaises surplombant la mer d’une bonne centaine de mètres, assure la communication entre d’une part la rivière du même nom et la lagune qui forme l’estuaire, et d’autre part la mer, souvent mouvementée, qui baigne la côte sud-africaine au voisinage du cap des Aiguilles. Passe étroite, et encombrée de roches, dont Emu Rock, qui a eu la mauvaise idée de se positionner au beau milieu de la passe… Le courant subit une forte accélération dans le goulet large de quelques dizaines de mètres seulement, et lorsque la houle de secteur sud aborde la passe, celle-ci devient vite dangereuse. Déferlantes apocalyptiques. Pour nous, tous les feux sont au vert lorsque nous nous présentons en provenance de Richard’s Bay. Pas trop de houle de sud, fin de marée montante, nous débouchons dans la lagune de Knysna. Le calme de ce lieu bien protégé du large nous accueille dans une belle lumière de fin d’après-midi. Nous constatons que la mauvaise réputation de la barre des Heads incite les voiliers de passage à continuer leur route vers Mossel Bay, False Bay, ou Cape Town. Il n’y a que 2 voiliers de voyage en escale ici. Après 3 jours de mer mouvementés, nous montons le petit escalier de bois de la terrasse du yacht-club, et savourons une Black Label bien fraîche au milieu des Sud-Africains du cru. Au cœur de la Garden Route, l’une des régions les plus agréables d’Afrique du Sud, nous séjournerons plus d’un mois dans la lagune. Knysna, c’est chic et décontracté à la fois, so afrikaner ! Mais c’est aussi un ghetto blanc au pays des ghettos noirs. A méditer. Knysna constitue probablement le mouillage le plus abrité d’Afrique du Sud. Pour y laisser le bateau pendant les 10 derniers jours de l’année, alors que nous habitions un cottage à Saint-James, près de Cape Town, c’était de loin la meilleure solution. Mais, un jour, il faut bien ressortir de la lagune ! A 5 reprises, nous nous sommes présentés dans le goulet de sortie. A 5 reprises, la largeur de la passe était barrée par des méchantes déferlantes, une vision dantesque et rédhibitoire qui nous a fait faire demi-tour sans la moindre hésitation. Retour au mouillage en embuscade à quelques encâblures de ces satanées Heads. La 6e présentation fut la bonne. En route pour le cap des Aiguilles ! Au revoir Knysna, la bienheureuse souricière…

Ocean Pacifique Archipel des îles Cook (du Nord) Atoll de Suvarov (ou Suwarrow) Anchorage Island
Coucher de soleil au mouillage d'Anchorage. L'atoll de Suvarov exige un détour sur le tracé est-ouest d'un tour du monde. Mais nous ne l'avons pas regretté. Quatre jours après avoir quitté Mopelia, l'île d'Anchorage sort de l'horizon. Suvarov, c'est l'île du rêve de Tom Neale, ce Néo-Zélandais qui voulait vivre sur une île déserte du Pacifique Sud. Un rêve qui effleure tout homme pas trop grégaire au moins une fois dans sa vie. Tom Neale, qui avait lu Robert Dean Frisbie, y passa 16 années, entre 1952 et 1977. Aujourd'hui réserve marine, l'atoll de Suvarov est un sanctuaire animalier situé à plus de 500 milles de Rarotonga, l'île principale de l'archipel des Cook. Il était gardé, lors de notre passage, par deux rangers indigènes prodigieusement sympathiques, James et Apii. Avec eux, nous avons effectué une pêche mémorable à la langouste, du côté de Brushwood, de nuit, sur le platier corallien du lagon, au milieu des requins de récifs. Et une chasse aux gros crabes de cocotiers (caveu), sur le motu de Turtle Island. Délicieux. Et puis nous avons regardé, jour après jour, le soleil se coucher sur le mouillage d'Anchorage. Heureux Tom Neale… " Le corail croît, le palmier pousse, mais l'homme s'en va… ", dit un proverbe tahitien.

Océan Indien Papouasie Nouvelle-Guinée Archipel des Louisiades Nimoa Island
Au bout du monde, le savez-vous, il existe un archipel dépourvu d’à peu près tout, mais pas du bonheur… Pour rejoindre l’archipel des Louisiades, il faut un voilier, de l’autonomie (eau douce, carburant, énergie, nourriture), et aussi un minimum le goût de l’aventure. Par un beau matin ensoleillé, en provenance de l’île d’Espiritu Santo au Vanuatu, nous atterrissons sur la passe nord-est du grand lagon de Tagula, qui porte le joli nom de Hudumuiwa Pass. Mon fils est à la vigie dans les barres de flèche, la passe est claire, nous sommes proches de l’étale de courant. Nous contournons un reef, et approchons de la baie abritée de Nimoa Island. Il faut longer le corail pour trouver l’ouverture qui permet de pénétrer à l’intérieur d’une petite aire de mouillage ceinturée de patates. Au fond de la baie, des cases surélevées par des pilotis, des pirogues tirées sur le sable de la plage, la silhouette d’enfants qui courent sur la grève, excités par l’arrivée d’un voilier inconnu. Aux jumelles, je devine des cochons noirs et des poules qui vaquent à leurs occupations alimentaires perpétuelles. Beaucoup de chiens pas très gras aussi, qui, parfois, ici, se retrouvent dans les casseroles. Des cacatoès à crête jaune se disputent bruyamment à la cime des arbres. Nous jetons l’ancre et voilà notre premier Papou qui approche dans sa petite pirogue à balancier, la pagaie à la main. Il a l’air gentil, mâche du bétel, ce qui lui fait une bouche ensanglantée rassurante ! et parle quelques mots d’anglais : c’est John, le chef du village, un petit gabarit aux yeux malicieux. Il fait connaissance avec nous, prudemment, ne s’impose pas, mais on le sent curieux. Il est venu voir qui arrivait dans son île. Les contacts humains aux Louisiades seront comme ça, empreints de réserve, plus distants qu’au Vanuatu. La langue est aussi un problème, l’anglais est moins parlé que les dialectes locaux. Nous indiquons à John que nous irons visiter son village quand le soleil sera un peu moins haut. En attendant, il nous indique que nous pouvons nous baigner dans la baie, il y a bien sûr quelques requins, mais généralement non agressifs, et pas de crocodiles de mer (salties) à Nimoa, où il n’y a pas de mangrove.
Plus tard, nous débarquons sur la petite plage. Tous les villageois nous observent. Nous ne ressentons pas d’agressivité, non, aucune, c’est simplement qu’il existe un monde entre eux et nous, entre leur civilisation, leur mode de vie, leur niveau de développement, et les nôtres. Et chacun le sait. Les enfants sont nombreux, mais eux aussi sont réservés. Ils ont facilement peur de nous. Un geste un peu brusque, et les voilà qui détalent. Les cases ici sont toutes sur pilotis, et il doit faire bon y dormir, à même les nattes, dans le souffle de l’alizé. John nous accompagnera partout dans la visite du village, ce qui est rassurant pour nous, et très vite, il orientera la conversation vers le troc. Il n’y a pas de magasin d’approvisionnement dans les petites îles des Louisiades, pas le moindre, et les villageois ne produisent quasiment rien qui puisse se vendre et donc générer un flux d’échange monétaire. Sauf quelques colliers de corail rouge, et quelques sculptures sur bois, qui partent vers Misima, et de là vers le mainland, pour payer le riz et la farine. Comme aucune ligne maritime organisée ne dessert ces îles éloignées, l’archipel vit pratiquement en auto-subsistance…

Ocean Atlantique Penedos de Sao Pedro e Sao Paulo (Bresil) Rochers Saint-Paul
Un mouillage vraiment insolite (attention, pas toujours assuré, et toujours précaire), au beau milieu de l'océan Atlantique, pratiquement sous l'équateur. Cela faisait des années que je voulais m'y arrêter. Les rochers Saint-Paul (qui s'étendent sur 350 mètres de long et 200 de large) émergent de quelques mètres à peine de la surface de la mer (dorsale médio-atlantique), à 1000 km des côtes, non loin de la route maritime qui relie les îles du Cap-Vert ou le Sénégal à l'île brésilienne de Fernando do Noronha, au large du Cap Sao Roque. Une langue de roches s'avance vers le nord-ouest des îlots, sur deux cents mètres environ. On peut y mouiller, de façon aléatoire, par une vingtaine de mètres de fond. L'alizé de SE y lève souvent une houle qui génère un spectacle grandiose et impressionnant quand elle rencontre ces poussières de roches émergées abandonnées à la puissance océanique. L'îlot principal de Belmonte porte une petite station scientifique brésilienne et un phare. Mon rêve est d'y revenir un jour de grand calme océanique, pour pouvoir amarrer Jangada au petit wharf de Belmonte, et y faire griller quelques langoustes…

Océan Indien Archipel des Cocos Keeling (Australie) South Keeling Port-Refuge – Direction Island
L’atoll des Cocos (Keeling), ou bien plutôt les atolls, car il en existe deux en réalité, sont situés à environ 1 000 km dans l’ouest-sud-ouest de l’île Christmas. North Cocos (Keeling) est inaccessible, elle n’a pas de lagon, pas de passe, seulement une ceinture corallienne sur laquelle la mer brise violemment, rendant toute tentative de débarquement périlleuse. South Cocos (Keeling) est tout le contraire. Un vaste lagon, 27 îles ou îlots, 2 grandes passes, et un excellent mouillage, très abrité des alizés, sous le vent immédiat de Direction Island, une île aujourd’hui déserte. Seul inconvénient de l’atoll de South Cocos (Keeling) : les fonds y sont rapidement très faibles dès qu’on y pénètre, et n’autorisent pas la navigation dans le lagon. Seules les petites embarcations à faible tirant d’eau peuvent s’aventurer loin à l’intérieur. Les voiliers de passage sont donc cantonnés au mouillage de Direction Island, malgré tout l’un des plus beaux que nous ayons connus au cours de ce tour du monde. Pour se rendre à Home Island, à 2 ou 3 milles au sud, où se trouvent les bureaux des autorités administratives, une épicerie (avec les prix les plus élevés jamais constatés pendant notre voyage – 10 $ australiens le kg de pommes), la poste, et un service Internet, il faut utiliser son annexe, et pour autant être attentif au corail, omniprésent.
Nous approchons de l’atoll sud des Cocos par l’est, cap sur Horsburgh Island, qui prolonge l’atoll au nord-ouest, montant la garde sous le vent de la passe principale. Nous cherchons l’alignement de deux balises qui marquent l’axe de la passe nord, particulièrement large, aux jumelles. 28 août au matin, nous entrons dans le lagon de South Cocos (Keeling), et nous dirigeons vers le mouillage de Port-Refuge, sous le vent de Direction Island. Nous affalons la toile, et nous nous faufilons entre les patates de corail vers la bouée de quarantaine jaune. La houle du large nous a quittés, les eaux turquoise du lagon sont d’une transparence incroyable, on dirait qu’il y a 2 mètres de fond là où il y en a 12. L’ancre tombe sur du sable de corail de bonne tenue, dans 4 mètres d’eau, à 50 mètres de la plage ombragée de milliers de cocotiers, qui ont donné, là comme ailleurs (d’où la différenciation par le mot Keeling), son nom au petit archipel. Bienvenue dans l’un des paradis des yachties !

Ocean Atlantique British Overseas Territories Ile de Sainte-Hélène (UK) Jamestown
Pas de doute, lorsqu’on arrive par la mer à Sainte-Hélène, on a d’abord l’impression que cette île haute et sombre vous rejette à la mer. Ces falaises verticales ocre ou noires, menaçantes et ourlées de nuages, au pied desquelles se brisent violemment les vagues poussées par l’alizé de sud-est, et qui tombent de plusieurs centaines de mètres dans l’océan, sont particulièrement inhospitalières. Inutile de chercher une plage de sable blanc à Sainte-Hélène. Mais cette première impression de rudesse, que le temps adoucit peu à peu, se modifie lorsqu’on se hisse sur les hauteurs, à l’intérieur de l’île. Certes, on chercherait en vain, sauf peut-être du côté de Longwood (la dernière demeure de Napoléon), quelque terrain plat. Il n’y en a guère, la spécialité de l’île, c’est plutôt la pente ! Pour ne rien arranger, les accès à la mer sont très peu nombreux, et restent difficiles, y compris à Jamestown, simple petite rade sans port ni quai, ouverte aux rafales rageuses et au ressac éternel. Mais la vérité est ailleurs : Sainte-Hélène gagne à être mieux connue, au fil des jours d’une escale. Elle ne livre pas d’emblée ses charmes au marin qui tente de débarquer sur les marches taillées dans le roc battu par les vagues, au nord de la minuscule baie de Jamestown, une entreprise toujours risquée de nos jours. A partir du rivage rocheux, et à l’exception des rares vallons abrupts et encaissés qui entaillent la côte, il n’existe qu’une maigre végétation désertique jusqu’à 500 mètres d’altitude, puis progressivement et rapidement le sol se couvre de pâturages verdoyants qui laissent eux-mêmes la place dans les hauts de l’île à une végétation luxuriante de type semi-tropical. Sainte-Hélène est une île volcanique austère de 17 km par 10, isolée par 16° de latitude sud à près de 2 000 km de l’Angola et 3 000 km du Brésil. Cape Town, en Afrique du Sud, la base arrière du navire ravitailleur de l’île, le RMS Saint-Helena, est à 3 100 km dans le sud-est. L’un des éléments les plus attractifs de Sainte-Hélène, ce sont les Saints eux-mêmes : accueillants, sympathiques, ils ont su conserver, malgré les vicissitudes de l’histoire qui ne les a pas épargnés, une hospitalité et une générosité naturelles teintées d’humour et de joie de vivre qui ne peuvent que séduire le marin de passage. Pas de doute, Sainte-Hélène, ce fut une bonne surprise pour l’équipage de Jangada, dont l’escale, prévue initialement de quelques jours, dura finalement plus de 2 semaines. La petite rade de Jamestown, située dans le nord-ouest de l’île (sous le vent des alizés de sud-est) est ouverte du sud au nord par l’ouest ; le mouillage est donc relativement agité, les catamarans y bougent moins que les monocoques, parfois pris de crise de roulis aigu. On mouille par 18 mètres de fond environ, 70 à 80 mètres de chaîne. Le débarquement à terre aux wharf steps est sportif, parfois même dangereux, surtout en annexe. Le ressac y est sensible, et parfois terrible. Un service de navette est assuré à l’heure ronde par une barque motorisée (1 £ par jour et par personne), qu’on appelle par VHF canal 16. L’opération landing s’en trouve davantage sécurisée, et cela évite d’avoir à laisser l’annexe amarrée au quai et mouillée sur un grappin à l’arrière, une option que nous avons beaucoup utilisée mais qui n’est pas complètement sans risque. Sainte-Hélène fut pour nous la belle surprise de l’Atlantique Sud…

Ocean Pacifique Polynésie française Archipel de la Société Atoll de Maupiti
A une trentaine de milles dans l'ouest de Bora Bora, Maupiti est un atoll préservé du tourisme nautique de masse par la difficulté de franchissement de la passe Onoiau, seul accès au lagon, enserrée entre les motus Pitiahe à l'ouest et Tiapaa à l'est. Cette passe souvent dangereuse a été gourmande en vies humaines dans le passé, et, pour l'avoir observée de près, j'en garde le souvenir d'une sacrée machine hydraulique. Ici, pas question d'approximation : pour tenter le passage, toutes les conditions nécessaires au franchissement doivent être réunies. Sinon, il faut renoncer, et rester dehors, ou dedans ! Mais, une fois à l'intérieur du lagon, Maupiti est un joyau, un écrin où les bleus, tous les bleus, dominent. Les habitants de Maupiti ont fait preuve de sagesse, ils ont refusé le moindre projet hôtelier. Seules de petites pensions de famille accueillent les visiteurs de passage, forcément bien informés, qui viennent à Maupiti par la vedette de Raiatea, ou le minuscule aérodrome construit sur un motu, où l'on se rend exclusivement en pirogue… Ne le dites pas trop : Maupiti est un joyau.

Océan Atlantique Archipel du Cap-Vert Ile de Brava Havre de Furna
La traversée de Vale de Cavaleiros (Fogo) au petit port de Furna (Brava), dans le couloir de vent fort qui sépare les deux îles, est une formalité. Parfois mouvementée. Furna est le seul abri digne de ce nom de l’île de Brava. Il est curieusement logé sur la côte nord-est de l’île, la partie la plus exposée aux alizés. En fait, le havre, qui ne peut accueillir au mieux que 2 ou 3 voiliers au mouillage, est installé dans le cratère submergé d’un volcan éteint, dont l’arête circulaire partiellement effondrée forme un promontoire relativement protecteur des vents et de la houle dominants. Nous filons 70 mètres de chaîne, et passons une longue aussière à terre par l’arrière. Sur le quai, un Capverdien sympathique nous a passé l’aussière autour d’un bollard. C’est Alberto. Alberto Andrade, la quarantaine, natif du village de Furna, comme ses 7 frères et sœurs. Les vents tourbillonnent dans cet ancien cratère, déplaçant parfois le bateau latéralement de plusieurs dizaines de mètres. Mais après quelques réglages, l’affaire tient. Brava, à la fois la plus éloignée et la plus petite des îles habitées du Cap-Vert, est probablement l’île la plus belle de l’archipel, avec peut-être Santo Antao, mais c’est certainement celle qui est restée la plus authentique. A peu près circulaire, elle a moins de 9 km dans son plus grand diamètre, et un relief relativement élevé, qui culmine à 976 mètres. La présence de l’île haute de Fogo à proximité et l’altitude moyenne élevée de Brava créent ici un microclimat beaucoup plus humide que dans les autres îles du Cap-Vert. Le village principal, Vila de Nova Sintra, est logé sur le flanc nord-est de la montagne, à 520 mètres d’altitude. Il est très souvent pris dans les nuages. L’humidité constante y amène une fraîcheur quasi permanente qu’apprécient nombre d’arbres fruitiers (orangers, citronniers, bananiers, manguiers, amandiers, papayers, palmiers dattiers, cocotiers…) et de fleurs tropicales (dragonniers, bougainvillées, jasmin, lauriers-roses, hibiscus…). Des chèvres, quelques zébus cherchent une herbe tout de même plutôt sèche de part et d’autre de la route, où le goudron vieilli fait encore la part belle aux petits pavés de basalte. La végétation arbustive fait penser au Sahel, juste en face, sur le continent. Pendant notre séjour à Brava, la force constante de l’alizé de nord-est nous dissuadera d’aller mouiller pour 2 jours aux Secos de Rombo, une chaîne de 6 petits îlots plantés à quelque 3 milles marins au nord-est de Furna. Des récifs continus relient ces îlots entre eux, et chaque matin très tôt, quand le temps est maniable, les barques de pêcheurs de Furna se glissent dans la nuit pour rejoindre les parages d’Ilheu Luiz Carneiro et d’Ilheu da Cima, où la pêche est excellente. Chaque embarcation tirée sur la grève de galets ramène dans ses fonds en moyenne 5 à 6 tazards de belle taille. De temps à autre, un spectacle plus grandiose encore nous attend sur les galets, en contrebas des façades décrépies des maisons anciennes du petit front de mer. Des espadons de plus de 2 mètres sont ramenés à terre par les pêcheurs. En ce qui me concerne, je me contente de me poser la question suivante : a-t-on toujours raison de passer son chemin trop vite, alors que la vie ne cesse de vous filer entre les doigts ? Bonne chance, Alberto, je me souviens de ton incroyable regard ; j’espère te revoir un jour, sur ton île de Brava, là-bas, à l’orée de l’océan…

Ocean Atlantique Mer des Caraibes Archipel des San Blas Multitude d’îlots
Heureuses San Blas… Mais pour combien de temps encore ? A quelques dizaines de milles à l’est de la ville de Cristobal, qui marque l’entrée atlantique du canal de Panama, s’étire, au pied des montagnes boisées de l’isthme américain, une myriade d’îlots (365, dit-on) bas sur l’eau et couverts de cocotiers : les San Blas. Les Indiens Kunas Yalas, qui peuplent l’archipel des San Blas, se sont montrés particulièrement résistants à l’altération de leur mode de vie par les visiteurs. L’archipel constitue une région de l’Etat de Panama, bénéficiant d’une semi-autonomie. Anciens guerriers, les Kunas vivent hors de notre temps, d’une façon encore très rudimentaire aujourd’hui. Leur artisanat est original et constitue le moyen essentiel pour eux d’entrer en contact avec les voiliers de passage. Et de gagner de la sorte quelques dollars US… Des dollars dont il n’est point besoin d’être devin pour prédire qu’ils ne leur assureront pas le bonheur. Simplement un peu plus de confort matériel. Mais au prix, certainement élevé, d’un bouleversement radical des structures sociales et des coutumes familiales établies depuis la nuit des temps de cette population insulaire longtemps coupée de la marche du monde.
Il est étonnant qu’à quelques encâblures seulement des côtes d’un pays somme toute plutôt moderne, le Panama, qui plus est traversé par un trafic maritime emblématique de la mondialisation des échanges d’aujourd’hui, un mode de vie aussi ancestral ait pu ainsi subsister. Les San Blas, pour le navigateur de passage, ce sont des milliers de mouillages potentiels, dans de l’eau limpide, à l’abri des récifs coralliens, au milieu d’une population amicale, commerçante certes, mais jamais agressive. Une population rustique, qui admet la présence des étrangers, mais sans curiosité excessive. Une région bénie des dieux, car elle ne connaît pas les cyclones, qui passent plus au nord. Les eaux de l’archipel des San Blas sont très poissonneuses. Ces îles sont un paradis pour la pêche sous-marine et la plongée.

Océan Indien Ile Rodrigues (Maurice) Lagon Sud – Port Sud-Est – Anse Mourouk Position 19S45 et 063E27
Jangada au mouillage dans la passe du lagon sud de l’île Rodrigues : l’un des mouillages les plus insolites et les plus grandioses de notre tour du monde. Au cœur de l’océan Indien, cette petite île de 18 km de long sur 8 de large, qui vaut amplement le détour, possède, je vous l’assure, l’un des plus beaux spots du monde pour la pratique du kite-surf, une discipline sportive (idéale en grande croisière) pour laquelle il est préférable d’aimer le vent, les embruns, et les sensations fortes. Rodrigues, auparavant et en premier lieu française (on y parle encore aujourd’hui un créole francophone délicieux à entendre), est située à un peu plus de 600 km à l’est de l’île Maurice, dont elle est une dépendance. L’île est entourée par un immense lagon d’eaux peu profondes, ceinturé par une barrière récifale, inondé de soleil et (copieusement) ventilé par les alizés, surtout de juin à octobre. Un caillou resté authentique au cœur de l’océan Indien.
L’anse Mourouk se découvre doucement. La passe sud-est n’est pas balisée, car elle n’est utilisée que rarement, et uniquement par de petites embarcations. L’approche se fait sans difficulté, en serrant plutôt à bâbord, tout en surveillant les déferlantes qui brisent à faible distance sur tribord. Une fois à l’intérieur du lagon, la passe est profonde, une trentaine de mètres, et ses abords sont francs. Cette veine d’eau profonde se faufile à travers le corail en effectuant une série de courbes qu’une couleur bleu foncé marquée aide à suivre depuis le poste de barre. Nous mouillons sur le tombant d’une veine d’eau secondaire qui draine l’est de l’anse Mourouk vers la passe principale. Fonds de sable corallien de bonne tenue, mais ancre arrière obligatoire pour éviter de se trouver portés sur le corail si le vent s’éteint.
Nous sommes à pied d’œuvre, seul voilier de voyage dans le lagon sud. L’ancre croche entre les récifs de corail, au beau milieu de cet incroyable plan d’eau aux couleurs bleues changeant avec le ciel et l’heure de la marée. Chaque jour, les belles pirogues de pêche rodriguaises, si bien adaptées à la navigation dans le lagon, viendront croiser à proximité de Jangada, gagnant leur lieu de pêche (à l’ourite, poulpe local) tôt le matin et en revenant à la nuit, glissant sur l’eau calme autour de nous jusque dans l’obscurité. Magique…

Océan Indien Indonésie Iles de la Sonde – Ile de Rindja (Parc national de Komodo) – Lehok Ginggo
Nous avons abordé l’île de Rindja par le nord, en venant de Labuan-Bajo, au nord-ouest de l’île de Florès. La navigation dans Linta Strait est impressionnante du fait des forts courants qui animent le détroit. Mieux vaut y naviguer avec la marée, et pouvoir éventuellement compter sur un bon moteur. La veille dans les barres de flèche peut être utile à certains endroits, pour bien repérer la limite des bancs de corail. La baie de Lehok Ginggo, qui n’abrite aucun village, s’ouvre à l’ouest de l’île de Rindja. L’entrée est claire, et il suffit de contourner par le sud puis l’est vers le nord deux petits îlots posés au milieu de la baie pour découvrir cet incroyable mouillage très protégé et d’une tranquillité appréciable. Mouillés dans 3 à 4 mètres d’eau, avec une aussière tournée à terre par l’arrière, nous y avons passé plusieurs jours idylliques. Seules quelques barques de pêcheurs viennent parfois dans la baie. L’île de Rindja fait partie du Parc national de Komodo, et c’est même à cet endroit que l’observation des fameux varans est la plus aisée. Elle donne de meilleurs résultats que sur l’île de Komodo elle-même, de l’autre côté du détroit, où les guides vous attendent pour un parcours plutôt décevant. Nous avons un peu cherché avant de trouver le meilleur spot d’observation de ces charmantes bestioles. C’est dans les deux anses sud de Lehok Ginggo que nous avons repéré plusieurs varans, dont certains de taille impressionnante. Il faut avoir l’œil quand on débarque, être armé d’un aviron ou d’un bâton de marche, ne pas faire de bruit, rester immobile et être patient. Des buffles viennent s’abreuver et prendre leur bain en fin d’après-midi dans une petite mare d’eau douce à quelques centaines de mètres de la plage, et les plus gros varans rôdent alors dans le coin. Mais attention à l’imprudence, en particulier si vous débarquez avec des enfants. Les varans attaquent par surprise, et leur morsure s’avère très souvent mortelle par la suite. Ne faites pas comme l’équipage américain d’un catamaran Gun Boat de 66 pieds, « Sugar Daddy », qui, quelques jours avant nous, a débarqué sur Rindja avec le petit chien du bord ! Malgré son comportement agressif, un varan l’a happé et directement avalé, sous les yeux effarés de ses maîtres et de leur équipage…
Je ne suis pas sûr que se promener dans le parc national de Komodo sans guide soit autorisé. Même doute en ce qui concerne le mouillage. Il est même assez probable que ce soit le contraire. Mais notre discrétion nous a permis de voir des varans de très près, à l’état sauvage, et en pleine nature, et de ramener des images incroyables ! Bientôt dans Multicoques Mag ! Sans déranger ces bestioles, puisqu’ils nous considéraient comme des proies potentielles, surtout nos charmants enfants… A vos risques et périls.

Ocean Atlantique Mer des Caraibes Archipel de Los Roques (Venezuela) Cayo de Agua
Sur le plan de la sécurité, le Venezuela a mauvaise presse en ces temps de post-populisme politique qui a laissé principalement en héritage la misère. Nous nous sommes contentés des îles extérieures, moins touchées par la délinquance. Tout à l'ouest de l'archipel de Los Roques, l'écrin de bleus de Cayo de Agua a discrètement abrité notre séjour serein aux Roques. C'est l'endroit le plus sauvage et le moins fréquenté de l'archipel. Seules les barques de quelques pêcheurs locaux passent de temps à autre, au loin, dans notre champ de vision. Cayo de Agua est un univers d'eaux translucides, de sable d'un blanc éclatant, de cayes de corail innombrables, d'arbustes rabougris abreuvés de lumière. Les fous bruns à pattes jaunes et les sternes marron nichent sur les bancs émergés, mais c'est le vol particulier des pélicans qui retient ici la mémoire. Quelques vieilles croix de bois que l'usure du temps et les intempéries ont brulées signalent que des pêcheurs à la peau tannée ont vécu dans ces îlots écrasés de soleil.

Ocean Atlantique Delta de la Casamance (Sénégal) Bolong d'Elinkine et d'Ehidj
Dans un tour du monde, le Sénégal – et plus encore le delta de la Casamance – occupe une place de choix dans le souvenir de l'équipage. Sitôt franchi la passe sinueuse du fleuve, la navigation dans les bolongs prend le relais, et le monde change. Cette région a du caractère, et ses habitants (francophones) sont, pour la plupart, si chaleureux ! Près de trente ans après mon premier séjour, j'y ai retrouvé cette atmosphère si particulière qui m'avait déjà séduit. Seuls certains amers ont changé : on y voit désormais un peu partout des antennes de téléphonie mobile qui dépassent en hauteur le faîte des grands fromagers… Mais la région a gardé l'essentiel de sa magie. Le mouillage devant Elinkine est esthétique, mais fréquenté par nombre de grandes pirogues de pêche et de commerce, qui sillonnent le delta ou appareillent pour la mer. Mon cœur bat plutôt du côté de nos amis du petit village d'Ehidj, un peu plus en amont du bolong. Je les ai connus enfants il y a longtemps, et après s'être souvenus de mon passage, ils nous ont accueillis comme les leurs.
Pourvu que la proximité du cap Skirring ne les change pas trop…

Ocean Pacifique Archipel des Tonga Vava'u group Maninita Island
Bienvenue au royaume des Tonga, une kyrielle de 160 îles et îlots répartis en 3 groupes géographiques, pour seulement 120 000 habitants d'une société encore très traditionnelle. L'îlot de Maninita est un des plus sauvages, et son mouillage, un des plus précaires ! C'est un mouillage de jour, étroit, visité par des courants difficilement prévisibles. Il se situe dans les Vava'u, l'archipel du nord des Tonga qui se prête par ailleurs à des croisières sereines. Les eaux y sont poissonneuses, les fonds marins riches, la nature y est généreuse. L'îlot n'est habité que par les oiseaux marins, les bernard-l'ermite, les crabes et les coquillages. Le danger principal aux Tonga, au mouillage, ce sont les grains tropicaux, qui peuvent être très violents, comme dans tout l’ouest du Pacifique. De nuit, de préférence… Nous y avons séjourné quelques heures sur le corail, un peu plus au sud, dans l’archipel dangereux des Ha’apai.
