<h4><strong>Pour les dérives pivotantes, par Sébastien Roubinet</strong></h4>
<p><strong><img src="/sites/default/files/inline-images/Match_Babouche-1.jpg" alt="" width="1180" height="720" /></strong></p>
<p>Sébastien est un coureur émérite, un préparateur hors pair, un aventurier de la planète bleue – 1<sup>er</sup> passage du NW à la voile pure avec <em>Babouche</em>, trois tentatives de traversée de l'Arctique avec le projet la Voie du Pôle -, mais aussi un architecte-constructeur super créatif qui n'hésite pas à innover en suivant ses propres intuitions… souvent excellentes !</p>
<p><em>La dérive pivotante, ou dérive secteur, est articulée sur un axe situé en haut et à l'avant de son profil (un quart de cercle). Sa particularité - et son avantage -, elle se relève seule en cas de choc. Ainsi, le centre de dérive recule au fur et à mesure qu'elle remonte ; ce qui, selon moi, constitue un "plus sécurité". Pour être vraiment intéressante, la dérive secteur doit être accompagnée de safrans relevables et éjectables en cas de choc. Ces deux géométries d'appendices autorisent vraiment plus de liberté et de sécurité. Afin d'étayer mon argumentation, voici trois exemples tirés de mon expérience personnelle :</em></p>
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<p>⁃ <em>Pour le fun : avec mon premier catamaran </em>De deux choses lune <em>(un 12 mètres très léger signé D. Kergomard), nous avons navigué dans le lagon des îles Turks et Caïques à 12/13 nœuds dans moins de 2 mètres d'eau. Nous étions sereins avec les dérives basses, sachant que, lorsque le fond remontait, elles rentraient toutes seules au contact du sable. De même, dès que le fond redescendait, il suffisait d'un coup de barre pour que la dérive se remette à sa place, et nous étions repartis sur une coque. En résumé, ce système de dérive permet de naviguer vite et sereinement... même dans très peu d'eau.</em><em> </em></p>
<p>⁃ <em>Pour le tout-terrain... </em>Babouche<em>, mon premier cata des glaces conçu pour le passage du Nord-Ouest, était également équipé de dérives secteurs ainsi que de safrans relevables (ET éjectables : deux mâchoires carbone enserrent solidement le profil comme une pince, et le libèrent en cas de choc. Attaché à un bout leash, on le récupère, et ça repart !). Dans le Nord Alaska, la glace était très proche de la côte, la route semblait bloquée. Heureusement, il restait un passage de quelques mètres de large d'eau libre le long de la côte. Contraints de tirer des bords serrés dans ces canaux, nous avions besoin d'un maximum de dérive avec un fond qui remontait régulièrement. C'est à ce moment-là que les dérives pivotantes (équipées de tendeurs sur les manœuvres leur permettant de redescendre seules) jouent un rôle de palpeur nous prévenant des variations de fond tout en restant descendues au maximum possible. Cet avantage nous a permis d'utiliser toute la largeur disponible des chenaux.</em><em> </em></p>
<p>⁃ <em>Pour moi, la dérive secteur est de loin la meilleure formule pour le raid côtier, remonter les rivières, se faufiler dans une lagune, naviguer dans la glace… ou les abers bretons ! Dans toutes ces conditions, elle permet de naviguer beaucoup plus sereinement. Quand on voit les dégâts que peut faire une dérive sabre au contact d'un obstacle, on comprend vite l'intérêt de la dérive secteur sur un bateau de croisière tous chemins.</em></p>
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<p><strong><em>Les trois défauts de la dérive secteur :</em></strong></p>
<p>⁃ <em>moins performante en course</em></p>
<p>⁃ <em>elle prend plus de place</em></p>
<p>⁃ <em>sa conception et sa fabrication sont un peu plus compliquées, et donc plus onéreuses, que le système sabre.</em></p>
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<h4><strong>Pour les dérives coulissantes, par Antoine Houdet</strong></h4>
<p><strong><img src="/sites/default/files/inline-images/Match_Tricat-2.jpg" alt="" width="1084" height="720" /></strong></p>
<p>Antoine évolue dans le milieu du trimaran depuis "tout petit" ! Frère de Christophe, préparateur de Francis Joyon pendant des années, beau-frère d'Anne Caseneuve - dont il a été l'équipier et le routeur -, il est le créateur des Tricat, trimarans qu'il conçoit avec son complice Jack Michal.</p>
<p><em><em>Les premiers trimarans Tricat sont nés en 1998 du croisement d’un catamaran de sport et d’un programme familial. Le cahier des charges ? Garder l’esprit fun simple, échouable et léger en augmentant la stabilité longitudinale et transversale avec un minimum de stockage et d’habitabilité pour quelques jours de raid. J’ai donc adjoint une coque centrale custom de 22 pieds avec un mini abri aux flotteurs de mon Formule 18 à dérives sabres. Le résultat plus que satisfaisant a donné naissance au Tricat 22, et au chantier en 2002. Le bateau s’appuie généreusement sur des flotteurs volumineux équipés de dérives sabres, et l’équilibre à la barre est parfait à toutes les allures et forces de vent. Dès que la vitesse dépasse 10 nœuds, la force antidérive s’accroissant avec le carré de la vitesse, il est aisé de la relever pour diminuer l’effet croche-pied sans modifier l’équilibre du trimaran. Lors de la sortie du Tricat 25 en 2006, nous avons testé une dérive pivotante dans la coque centrale, pensant notamment simplifier l’échouage. Outre l’encombrement et les nuisances générées par les turbulences du puits en arrière de la dérive lorsqu’elle est verticale, nous avons beaucoup perdu en sensations, notamment dans la brise aux allures portantes, même lorsque nous la pivotions sur l’arrière. De plus, la prolifération d’algues dans le puits et parfois la présence de vase à l’échouage rendaient son fonctionnement aléatoire. La maintenance, quant à elle, est compliquée, car la dérive est accessible uniquement par le dessous. L’encombrement du puits de dérive pivotante dans la coque centrale peut être contourné en le décalant latéralement ; cela diminue la gêne dans la cabine, mais crée une dissymétrie difficilement acceptable du point de vue architectural sur un trimaran. Dès 2007, nous avons sorti le Tricat 25 Sport en revenant à notre recette d’origine : dérives sabres sur les flotteurs. Nous avons nettement gagné en performance, en sensibilité de barre et en confort dans la coque centrale - pas de bruit en navigation ni au mouillage, et pas d’eau. Nous avons depuis fabriqué 150 trimarans de 20 à 30 pieds, tous à dérives sabres sur les flotteurs. Le risque de casse en cas d’échouage involontaire des dérives sabres existe, mais le puits vertical permet de les sortir très facilement pour les réparer. De plus, elles sont symétriques bâbord/tribord, et donc interchangeables. Aucun de nos clients n’a été contraint d’interrompre sa croisière à ce jour. Nos dérives sont très légères (5,2 kg pour un 25 pieds), fabriquées sous vide et renforcées carbone pour la rigidité. Nous n’avons jamais eu de casse sous charge : merci à Jack Michal, notre architecte... La partie basse est très arrondie afin de pouvoir se relever en cas d’échouage doux sur du sable. Tous nos puits de dérive sont équipés de crash box, mais aucun des 300 qui naviguent n’a du être réparé. Lorsque nous naviguons dans peu d’eau, les dérives sabres sont relevées de moitié. Le bateau reste manœuvrant sous voile, et le tirant d’eau du safran pivotant est alors supérieur à celui des dérives. C’est ce dernier, monté sur taquet largable sous charge, qui sert alors de fusible, et évite d’endommager accidentellement les dérives. Nous sommes spécialisés dans les trimarans, mais je pense que le même raisonnement et les mêmes conclusions peuvent être appliqués aux catamarans avec un facteur poids - et donc charge - décuplé sur les bateaux très habitables. Je pense que plus le multicoque est performant, et plus le choix de la dérive sabre se justifie.</em></em></p>