<h3><strong>Pour les safrans relevables</strong></h3>
<p><strong><img src="/sites/default/files/inline-images/mm194-40-01-match-nolan.jpg" alt="" width="702" height="720" /></strong></p>
<p><strong>Par Jay Nolan, directeur des ventes et du marketing Europe Corsair et Seawind</strong></p>
<p>Le groupe Seawind, qui possède à la fois les marques Seawind Catamarans et les trimarans Corsair, utilise des safrans relevables ET des dérives (au moins 2500 bateaux ont été lancés avec ces dispositifs qui conviennent parfaitement aux deux marques). Les performances de ces appendices les rendent parfaitement adaptés aux trimarans Corsair (Corsair est un des leaders du marché mondial des trimarans, et les électeurs ont fait du Corsair 760 le multicoque de l’année dans sa catégorie en 2018), mais c’est également une excellente solution pour les catamarans Seawind, conçus pour offrir confort en croisière, sécurité et performance. Seawind considère la vitesse comme un élément majeur de l’équation de la sécurité : il est important de consulter les prévisions météorologiques, mais moins utile si vous êtes trop lent pour faire quoi que ce soit.</p>
<h4>Comment ça fonctionne ?</h4>
<p>Les safrans des Seawind et des Corsair sont logés dans un casque, cela facilite le relevage et la maintenance. Ce système convient parfaitement aux profils à hautes performances, faciles à soulever et à manipuler grâce à leur finesse. Le relevage aisé plaît aux amateurs exigeants, qui soustraient ainsi les profils à l’action du fouling. Les dérives coulissent dans un puits sans frottement, conçu pour absorber les chocs, et les dérives sont toujours manœuvrées manuellement afin de réduire les risques de problèmes. Une dérive coincée en position basse devient dangereuse, car elle peut empêcher l’entrée dans un port sûr.</p>
<h4>Sécurité d’abord !</h4>
<p>C'est là que réside le premier gros avantage, souvent négligé : les gouvernails sont sacrificiels. En d’autres termes, en cas de choc, le safran Seawind ou Corsair doit se briser avant la boîte, et celle-ci avant le système de direction. Cela signifie que les croiseurs au large peuvent emporter un safran de secours et pouvoir remplacer un appendice abîmé par un nouveau en quelques secondes sans qu'il soit nécessaire de réexpédier le casque porte-safran ou le système de transmission. En course, un gouvernail cassé ne signifie pas la fin de la régate ! Cela implique aussi que la charge de rupture des profils est une équation importante, soigneusement calculée.</p>
<h4>Mais ils ne sont pas bon marché</h4>
<p>Pour répondre à cette exigence cruciale de raideur et de solidité, tous les safrans et dérives de nos bateaux de plus de 7,6 mètres sont fabriqués à partir de shapes en mousse/époxy/carbone, donc ils ne sont pas bon marché. Cependant, leur fabrication en interne nous permet de les produire à grande échelle. En fait, les pièces de rechange sont toujours stockées et prêtes à être expédiées partout dans le monde à la demande d'un client. Les safrans sont légers, avantage évident en termes de performance et de manipulation, même sur le Seawind 1600 ! Ces âmes en mousse procurent une certaine flottabilité, par conséquent, nos safrans sont étonnamment faciles à relever. Dans le cas du 1600, le coffre avant tribord est conçu pour accueillir un safran de secours couché à plat sur le fond pour occuper un minimum d'espace. Dans le cas du Seawind 1190 Sport, il se loge dans le coffre à gasoil. Lors de l'évaluation du coût global de ces solutions, considérez d’abord le remplacement d'un safran fixe après une rupture ; c’est une opération coûteuse !</p>
<h4>Avantages du tirant d’eau variable</h4>
<p>Le plus évident est de pouvoir relever à la fois les safrans et les dérives pour un tirant d'eau très réduit. Les trimarans sportifs ne sont pas les seuls bateaux à bénéficier d’un tirant d'eau variable et de la propreté des appendices. La sécurité et l’agilité sont les considérations primordiales pour les croiseurs. La possibilité de relever les appendices ouvre de nouvelles destinations de croisière, et permet d'explorer les lagons peu profonds et les criques cachées. Cette caractéristique influence profondément la conception du bateau : sachant que nos clients peuvent et vont visiter des zones très peu profondes, nous concevons des plans de pont clairs, exempts de tout ce qui pourrait nuire à la vision du barreur. Ainsi, les dérives ne font pas saillie à travers le pont, une fois relevées ! La trappe d’accès est réservée aux contrôles et à la maintenance, et, dans la mesure du possible, nous résistons à la tendance des étraves inversées. L’arbre d’hélice et les saildrives sont maintenus au-dessus du point le plus bas de la coque (le catamaran de sport 1190 et tous les modèles de trimarans sont dotés de dispositifs de relevage de sécurité des hors-bords). Nous ne considérons pas que les safrans fixes protègent les saildrives qui se trouvent à l’avant du profil, et ils seront donc impactés en premier en cas de choc. Un appareil à gouverner fixe ne constitue donc qu’un élément supplémentaire à casser en cas de choc violent, et ne sera pas réparable en mer. Il est aussi intéressant de noter la possibilité d’échouer le bateau pour nettoyer la coque ou procéder à de menues réparations si vous êtes loin de l'assistance de la marina. Le tirant d’eau variable a d’autres atouts : dans certaines zones exposées, trouver l'endroit le plus proche de la terre pour mouiller constitue un gros avantage, alors que les autres catamarans avec safrans fixes restent à l’extérieur avec les monocoques. A l’approche d’un cyclone, vous pouvez même vous installer dans les mangroves, sachant qu’une coque éraflée est un prix acceptable comparativement à une destruction. Après 35 ans d’amélioration et de réflexion, la combinaison de gouvernails relevables et de dérives constitue l’élément central d’un ensemble que nous trouvons sûr, fiable, rapide et pratique.</p>
<h3><strong>Pour des safrans fixes à fort allongement</strong></h3>
<p><strong><img src="/sites/default/files/inline-images/mm194-41-01-match-marsaudon.jpg" alt="" width="960" height="720" /></strong></p>
<p><strong>Par Sam Marsaudon, fondateur du chantier Marsaudon Composites, constructeur des TS42 et TS5</strong></p>
<p>L’histoire a commencé en 1981, j’aidais mon père à construire un trimaran de 50 pieds pour la Transat en double Lorient-Les Bermudes-Lorient, j’avais 10 ans ! J’ai ensuite, tout au long de ma vie, travaillé dans le milieu du multicoque et des mâts carbone, jusqu’à créer un chantier dont la spécialité aujourd’hui, est de construire des catamarans de croisière rapide. Le multicoque ! Un seul mot qui regroupe un gigantesque choix de bateaux. Du trimaran de Francis Joyon au catamaran de plage ; il y a matière à discussions, souvent interminables ! Le système de barre fait partie de ces questions récurrentes que l’on se pose au moment de l’achat ou de la construction d’un bateau. Parfois, le programme d’utilisation du bateau ne laisse pas le choix ; je vois mal comment un cata de plage de 18 pieds pourrait fonctionner sans risque d’accident avec des safrans fixes. Par contre, la question se pose sur les bateaux de croisière de taille supérieure. Alors, les safrans, fixes ou relevables ? En tant que constructeur de catamarans de croisière rapide, mon choix s’est porté de façon évidente sur les profils suspendus fixes, pour les raisons suivantes :</p>
<p>« Le nerf de la guerre » : eh oui, vous me direz que la première des raisons invoquée est bassement matérielle, mais c’est la réalité. Tout le monde ne peut pas gérer un projet d’achat sans compter. La preuve, la quasi-totalité des catamarans de croisière qui se vendent dans le monde aujourd’hui, ont des safrans fixes, et croyez-moi, ce n’est pas pour le style… Pour avoir des safrans relevables avec un allongement suffisant, la note peut s’avérer extrêmement salée !</p>
<p>La simplicité de construction, d’utilisation et d’entretien est à mon avis le maître mot de ce que doit être un bateau de voyage ! J’en ai d’ailleurs fait mon cheval de bataille pour les bateaux sortant de chez Marsaudon Composites. Il peut arriver n’importe quoi à l’autre bout du monde, et le but du jeu est de pouvoir réparer le plus facilement possible. L’avantage de fabriquer avec des pièces que l’on peut trouver sur « l’étagère », chez JP3 ou autre, est indéniable. S'il faut 12 semaines de délai pour fabriquer le casque de safran custom, vous risquez de trouver le temps long sur l’aire de carénage d’un port de commerce loin de tout.</p>
<p>La fiabilité est aussi un critère important dans le choix du safran fixe. En effet, la multiplication des bateaux ainsi équipés favorise l’émergence de systèmes éprouvés, or les safrans relevables sont en grande majorité des « protos », qui nécessitent de fastidieuses mises au point pour un amateur sans équipe de préparateurs professionnels… Et on ne parle pas de l’entretien !</p>
<p>Beaucoup de gens pratiquant le grand voyage me demandent des tirants d’eau faibles pour pouvoir rentrer dans les lagons ou se rapprocher des plages paradisiaques de Los Roques ou de Polynésie. C’est à ce moment précis que l’on évoque la performance. Les TS42 et TS5 que l’on fabrique à Lorient sont des bateaux de voyage dont les principales qualités sont orientées vers les sensations et le plaisir de navigation. Nous avons donc fait le maximum pour réduire la taille des appendices, mais malheureusement, il est impossible de faire le Paris-Dakar en Ferrari 250 GTO ou de gagner le grand prix de Monaco avec un Hummer. En effet, pour diriger un multicoque, il faut une surface minimum de safrans pour qu’ils soient efficaces, et plus ils sont profonds, plus le bateau est agréable et fin à barrer. Certains constructeurs vantent le 0,80 mètre de tirant d’eau, ce n’est pas mon cas, au contraire, vive l’allongement ! On en revient donc à la première raison, qui limite la fabrication de longs safrans relevables… trop chers !</p>
<p>Une dernière anecdote qui s’est passée lors de la construction d’IDEC 2 pour Francis Joyon avec lequel il a gardé le record du tour du monde en solitaire pendant 10 ans. Nous avions choisi de ne mettre qu’un safran sur la coque centrale avec un système de remontée de la pelle qui coulissait dans une boîte articulée sur un axe, au cas où le bateau touche un OFNI. Après la première navigation, nous nous sommes rendu compte qu’il fallait mettre des safrans sur les flotteurs, car un safran ne fonctionne bien que lorsqu’il est dans l’eau ! L’histoire s’est donc finie avec 2 safrans fixes sur les flotteurs, et le safran central a été bloqué en position fixe !</p>
<p>En conclusion, si vous voulez naviguer simple, efficace, facile d’entretien, et moins cher, le choix de safrans suspendus non relevables est évident. Et, pour vous rapprocher des plages, mettez-vous à la natation !</p>