Après deux saisons de pause forcée en raison de la crise sanitaire, les ports de plaisance et les mouillages sont saturés durant les périodes touristiques. Les plus belles zones du littoral sont menacées par la pollution et des usages qui détruisent l’environnement. Les besoins énergétiques et la surconsommation d’eau douce explosent sur des îles isolées qui peinent parfois à alimenter leurs habitants. Aujourd’hui, sauf militantisme aveugle, compter sur une prise de conscience environnementale collective et immédiate est utopique. Le changement par étape est l’une des clés de la transition écologique. Conscients des enjeux majeurs et de l’influence qu’ils peuvent exercer, de nombreux professionnels du nautisme et les chantiers navals construisent désormais leur stratégie forever green bien au-delà du simple aspect commercial – il s’agit de s’inscrire dans une démarche durable et vertueuse grâce à de nouveaux matériaux et équipements. Pour les plaisanciers, l’adoption de comportements responsables à bord, de nouveaux modes de consommation alternatifs et de produits et technologies propres permet de diminuer l’empreinte sur l’environnement marin. Sans jamais occulter le plaisir de naviguer et la part de rêve de tout voyage, bien sûr !
Antifouling : L'équation impossible à résoudre

Pas de mystère : les seules peintures vraiment efficaces sont les plus polluantes. Aujourd’hui, de nombreux pays ont édicté des normes quant aux antifoulings destinés à la plaisance, alors que les grands navires ne sont pas concernés… Le bilan, c’est que de nombreuses peintures sont devenues plus eco-friendly – mais aussi moins efficaces. Du coup, on peut être tenté d’essayer de nouvelles méthodes pour protéger sa coque. Bilan des solutions pour conserver une bonne glisse sans (trop) mettre à mal l’environnement marin.
Antifouling à matrice dure
C’est la solution validée par la plupart des constructeurs et des navigateurs au long cours. Cette peinture est relativement efficace avec une pollution limitée. Elle peut être frottée sous l’eau sans libérer trop de biocides.
Antifouling érodable
Son principe est de libérer progressivement les biocides ; le film devient partiellement soluble dès sa mise à l’eau. L’épaisseur de peinture diminue pendant un an, jusqu’à disparaître. C’est efficace quand le multicoque navigue beaucoup, mais très polluant…
Système à ultrasons
Les résultats sont très variables, et on ignore les nuisances réelles sur la faune et la flore environnante. Ce dispositif réclame également une source d’énergie permanente.
Antifouling au cuivre
Les peintures antifouling comme Coppercoat chargées d’oxyde de cuivre sont moins nocives pour l’environnement que les antifoulings classiques. Elles sont aussi plus chères… mais sont garanties jusqu’à 10 ans. Mais l’oxyde de cuivre reste toxique pour les micro-organismes comme les larves de poissons, et pollue l’eau. Le prix n’est pas non plus donné.
Bandes adhésives
Finsulate propose de plaquer sur vos coques des bandes adhésives à micropicots. Ce système retarde l’apparition du fouling, surtout en eau froide, mais se prête bien à un frottage régulier de la coque. Le principe est donc de freiner l’apparition des salissures et de garantir un nettoyage non toxique pour l’environnement. Une excellente piste de recherche, même si on perd un peu de glisse et que la pose est forcément bien plus coûteuse qu’une application d’antifouling soi-même.
Film silicone
MacGlide propose un film adhésif en silicone sur les oeuvres vives qui semble aussi efficace que bio ; la pose est gérée par un professionnel : ponçage de l’ancien antifouling, pose de 2 couches de primaire époxy spécifique, application du fameux film, et une visite technique de garantie est assurée durant la première saison. Les prix (3 602 € à 11 376 €) sont en rapport avec la surface mouillée et la difficulté de pose (redans, par exemple).
Bâche
Des maîtres voiliers mais également des spécialistes comme K-Ren proposent des bâches sur mesure qui protègent les oeuvres vives des UV. Un système simple a priori qui peut s’adapter à des catamarans, même s’ils sont équipés de quillons. Deux seuls défauts : ce n’est pas très élégant et c’est relativement long à mettre en place.
Et pourquoi pas ne rien mettre ?
L’efficacité inégale et les prix élevés des formules les plus green peuvent tenter le plaisancier de conserver un gelcoat nu… ce qui n’est pas forcément une bonne idée, car gratter fort une coque peut l’abîmer et disperser des organismes – à l’issue d’une longue traversée, par exemple –, qui n’ont rien à faire de l’autre côté de l’océan où ils sont apparus.
Entretien des coques

• Effectuer le carénage sur des zones techniques aménagées pour la récupération et le traitement des eaux de ruissellement ;
• Déposer les déchets toxiques (résidus de ponçage, pinceaux, pots vides, chiffons…) dans les zones aménagées pour traitement.
Bien préparer sa croisière green
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Naviguer green suppose de privilégier les escales où il sera aisé de respecter l’environnement.
PORTS PROPRES : choisir de relâcher dans les « ports propres » (label CEE en Europe) ou les ports actifs en biodiversité permet de ne pas polluer et de mieux gérer l’énergie ; ces infrastructures disposent en effet de sanitaires communs, de stations de pompage des eaux noires et grises, de laverie, de bornes d’eau et d’électricité connectées, de zones de tri sélectif...
MOUILLAGES ORGANISÉS : préférer les sites organisés par le domaine maritime sur corps-morts ou sur fonds sableux est une garantie de préserver les fonds marins de toute agression.
RÈGLEMENTATION : la navigation et les loisirs nautiques sont parfois soumis à des restrictions (vitesse, type de propulsion, régulation du mouillage la nuit, types de WC autorisés). Ces règles sont parfois difficiles à accepter pour les navigateurs, lesquels aspirent à une totale liberté… mais les enjeux du maintien de notre environnement méritent quelques sacrifices.

Avitailler responsable
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En planifiant l’avitaillement, on évite le gaspillage de nourriture et l’on optimise l’espace dans la cuisine. Cette démarche contribue également à réduire la surconsommation de plastiques alimentaires et autres emballages.
PRODUITS LOCAUX : favoriser les produits locaux et les circuits courts est un bon moyen de valoriser l’économie locale, et d’éviter de longs transports de marchandises polluants et gourmands en énergie.
PRÉFÉRER LES PRODUITS EN VRAC : légumes, fruits, céréales, charcuterie, pains, fromages et même produits de la mer sont disponibles dans la plupart des marchés et désormais en supermarché ; tous ces aliments se dispensent d’emballage plastique.
RECYCLER LES EMBALLAGES : avant de larguer les amarres, débarrassez-vous des plastiques à usage unique et autres déchets recyclables dans les poubelles aménagées dans les ports.
EMPORTER DES CONTENANTS SOLIDES : bocaux en verre et Tupperware (biodégradables) sont parfaits pour remplacer les contenants en plastique des aliments comme les pâtes, le riz ou encore la farine.
Des produits d'entretien... plus propres !

Les produits d’origine naturelle ou végétale contenant des tensioactifs biodégradables et des principes actifs naturels sont beaucoup moins nocifs pour l’environnement : privilégions-les !
PRODUITS MÉNAGERS CERTIFIÉS BIO : rechargeables pour l’entretien du multicoque (sans biocides), la cuisine la vaisselle et le ménage, ils sont maintenant disponibles partout.
PRODUITS D’HYGIÈNE CERTIFIÉS BIO : à privilégier tout particulièrement pour les écrans et huiles solaires, après-soleil, laits et crèmes hydratantes, shampooing, savons ou gels douche.
Eaux noires, grises et grases : dans la mer à minima

A bord, on produit chaque jour des eaux usées, rejetées directement dans le milieu marin. Pollution bactériologique ou chimique, ces rejets sont toxiques et provoquent de gros dégâts sur la faune et la flore, sans parler de leur influence sur la qualité de l’eau.
EAUX NOIRES : finis, les rejets des WC directement à la mer ! Une cuve de récupération – le réservoir à eaux noires – permet l’évacuation dans les stations de pompage des ports équipés. A défaut et quand c’est autorisé, on peut être contraint d’ouvrir les vannes au large ; s’assurer que vents et courants du moment ne repoussent pas les déchets vers la plage la plus proche… A quai, préférer les sanitaires communs. Enfin, ne jamais se débarrasser de solvants, détergents, produits à base d’hydrocarbure et autres polluants dans les toilettes.
EAUX GRISES : elles proviennent des douches, lavabos et éviers. A quai, privilégier les équipements portuaires. Utiliser des produits d’origine végétale ; limiter leur consommation en suivant les doses minimales recommandées.
EAUX GRASSES : on les appelle aussi « eaux de fond de cale ». Elles ont différentes origines – eau de mer, eau douce, huile moteur ou inverseur, carburant, liquide de refroidissement. Ces sources d’eaux grasses contiennent des hydrocarbures dispersés et dissous, en suspension dans l’eau. Lors des nettoyages, ne pas rejeter ces liquides en mer.

Pollutions accidentelles
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Elles ne sont pas anecdotiques ! Dans la grande majorité des cas, ces accidents surviennent au port. Les hydrocarbures ainsi que des « eaux de fond de cale » en sont les principaux responsables. Ces pollutions sont visibles sous forme d’irisation.
NABLE ANTIDÉBORDEMENT : il permet d’éviter les rejets de carburant lord des pleins à la station, mais aussi les odeurs et les salissures sur le pont. A défaut et en cas d’irisation sur le plan d’eau, prévenir la capitainerie.
BIDONS ET COMPAGNIE : les liquides sont transportés à l’aide de bidons, d’entonnoirs, de pompes manuelles ou électriques, ainsi qu’en disposant à bord d’un kit absorbant anti-pollution (lingettes et boudins absorbants, sacs en plastique et sacs poubelles pour les déchets, gants).
FLUIDES MOTEURS RESPONSABLES : il est possible d’utiliser des lubrifiants écologiques, d’origine végétale et biodégradables. Tous les fluides usés, de type huile moteur, liquide de refroidissement et de fond de cale, seront remis au port dans les zones dédiées aux déchets toxiques. En cas de fuites ou lors de réparations, veiller à ce que ces eaux polluantes ne soient pas rejetées en mer.
Econavigation
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Jusqu’à preuve du contraire, un multicoque équipé d’un gréement peut marcher à la voile. Les moteurs ne viennent en appui que quand ils sont vraiment nécessaires – pour les manoeuvres au port, par vent nul ou pour appuyer les voiles à certaines allures !
SLOW CRUISE : pour commencer, privilégier la navigation à la voile. Lors des traites au moteur, ne mettez en marche qu’un seul : on divise pratiquement par deux la consommation, à condition d’accepter de perdre 1,5 noeud. Autre avantage : les révisions et achats de fournitures – huile, filtres – seront retardés d’autant.
OPTIMISER LA CONSOMMATION : une observation attentive du rendement des moteurs et de leur courbe de consommation permet d’opter pour les meilleurs compromis – et d’augmenter l’autonomie.
GÉRER L’ÉNERGIE : produire de l’énergie grâce à des panneaux solaires, un hydrogénérateur et une éolienne évite de systématiquement solliciter les moteurs ou le générateur pour recharger les batteries. Parallèlement, moins consommer grâce à des ampoules à leds et une meilleure gestion des gros consommateurs du bord donnent d’excellents résultats.
PROPULSION ANNEXE : et pourquoi pas l’électrique ? Les technologies sont désormais suffisamment performantes pour qu’on se laisse tenter. Sinon, opter pour les moteurs thermiques quatre temps, bien moins polluants que les anciennes technologies deux temps.

Biodiversité

Préserver la vie marine tout en observant les animaux, c’est possible ! Il suffit de mettre en place certaines règles de bon sens – pour commencer, on ne les touche pas et on ne leur donne pas à manger. Lors de la migration et le fraie, ne pas déranger !
RESTER À DISTANCE : ne pas s’approcher d’un animal au repos ou en phase de saut. L’idéal est de rester à plus de 300 mètres et de naviguer à moins de 5 noeuds. C’est le moment de tester les jumelles du bord !
POINT MORT : ne pas laisser les moteurs en prise lorsque les animaux s’approchent du multicoque.
KEEP CALM ! : Interrompre l’observation pour tout individu manifestant des signes de nervosité.
PAS DE SOUVENIRS : ne rien prélever dans les fonds au mouillage ou à l’occasion de plongées sous-marines en bouteille.
Ecomouillage
Gestion des déchets

A bord d’un multicoque, la gestion des déchets est primordiale pour ne pas se laisser dépasser par les sacs poubelles éparpillés partout. Le principe appliqué est que ce qui vient de la mer retourne à la mer, tout le reste doit retourner à terre.
TRI SÉLECTIF : la nacelle d’un multicoque est assez grande pour organiser des récipients ad hoc !
GARE AU VENT : les emballages les plus légers s’envolent facilement, surtout quand le vent est au rendez-vous. Un minimum d’attention et des explications claires aux plus jeunes équipiers évitent que cela n’arrive.
TABAC À BORD : Pour les fumeurs, utiliser un cendrier classique ou modèle de poche si vous partez en promenade dans l’annexe et/ou à terre.
RAMENER LES DÉCHETS À TERRE : il est aisé de réserver un coffre aux déchets et de régulièrement aller à terre pour les jeter – dans les endroits faits pour ça, bien sûr !

LE SAVIEZ-VOUS ?
Consommation moyenne d’un équipage de 6 personnes à bord d’un catamaran durant une croisière d’une semaine
REJETS :
• 2 kg de papier WC
• 30 l d’eaux grises et noires
• 50 kg de divers déchets organiques et ménagers
• 195 g de CO2 rejetés au mille nautique parcouru
CONSOMMATION :
• 100 l de gazole
• 630 l d’eau douce pour la cuisine, l’hygiène, le rinçage du bateau
POLLUTION :
• 2 000 m2 pollués pour 1 l de fuel rejeté accidentellement
• 500 l d’eau de mer contaminés par le rejet d’un seul mégot de cigarette
Bibliographie et sources :
Ecogestes Méditerranée, Tara, Agence de l’eau, Bioaddict, Actu Marine, USHIP, Ports Propres, Chantiers Lagoon, Windelo, Excess Catamarans, etc.









