<h3><strong>Voler, bien sûr </strong>!</h3>
<p><strong>par Malcolm Gefter</strong></p>
<p>Malcolm est membre du New York YC, passionné de régate, il est aussi un des premiers propriétaires de trimaran TF10, le fameux tri foiler construit par DNA (que nous avons essayé dans Multicoques Mag 189).</p>
<p><img src="/sites/default/files/inline-images/01-match-malcom.jpg" alt="" width="1280" height="720" /></p>
<p>Voler est très simple, et si vous ne volez pas, vous ne naviguez pas au plus haut niveau dans la voile d’aujourd’hui ! On pourrait dire que l'art et la science de la navigation exigent que l'on essaie de se rendre d’un point A à un point B aussi vite que possible, mais, mis à part les considérations tactiques (qui sont importantes) telles que la recherche du meilleur vent et l’intelligence du courant pour atteindre l'objectif, la vitesse pure reste de loin la plus importante.<br /> Le vol sur plans porteurs n'est pas une caractéristique discontinue de l’évolution de la mécanique de navigation, il se situe sur la ligne de progression d’un ensemble de caractéristiques physiques qui visent à réduire le poids, la traînée et à augmenter la poussée pour une plate-forme donnée. La logique de la réduction de la traînée en multicoque implique à l’extrême de soulever la coque sous le vent et de naviguer sur le (ou les) foil. L'augmentation du moment de redressement et la réduction du poids justifient le multicoque comme une amélioration réelle par rapport au monocoque. Avec un multicoque à foils, on peut déjauger complètement en permettant aux safrans de générer aussi une force verticale suffisante. Le foiling est juste un moyen plus efficace de naviguer. Le fait que le bateau doit être optimisé dans les deux dimensions (hydro et aéro) et la vitesse considérablement supérieure, imposent des changements dans plusieurs compartiments de la navigation, mais les fondamentaux restent les mêmes. La vitesse croissante exige également plus de travail sur l’aérodynamique en plus de l'hydrodynamique pour continuer à accélérer.</p>
<p><img src="/sites/default/files/inline-images/02-match-malcom.jpg" alt="" width="1280" height="720" /></p>
<p>La vitesse génère de nouveaux challenges techniques à résoudre tels que la cavitation et la ventilation des foils, et ce sont de nouveaux défis : l’amélioration constante des performances est une exigence de marin ! Revenir à la non-foil navigation est comme retourner aux quilles longues des bateaux en bois. Il y aura toujours une place pour les nostalgiques qui préfèrent le confort charmant du passé d’avant l’invention des foils, mais ils seront de moins en moins nombreux !</p>
<p> </p>
<p><img src="/sites/default/files/inline-images/03-match-malcom.jpg" alt="" width="1280" height="720" /></p>
<h3><strong>Un trimaran archimédien performant plutôt qu’un foiler</strong></h3>
<p>Hervé a comme terrain de jeu la côte nord de la Bretagne, jusqu'à Cherbourg avec les Anglos-Normandes et des milliers de cailloux, les côtes sud anglaise et irlandaise. Régatier (skipper du Rush Royale Perros-Guirec dans le Tour de France à la voile), il a eu l’occasion de naviguer régulièrement ces dernières années au large avec un Echo 36’V2 (un des derniers plans de Dick Newick) et ne disposait auparavant que de quelques expériences ponctuelles en trimaran habitable : Telstar 26, VAL 38 Elle... Il a adoré !</p>
<p><img src="/sites/default/files/inline-images/04-match-herve.jpg" alt="" width="1280" height="720" /> </p>
<p>J’ai assisté aux débats "flotteurs submersibles/insubmersibles" (André Allègre, Derek Kelsall…) avant qu’en 1979 le trimaran à foils Paul Ricard d'Eric Tabarly rende publique une autre controverse : foils ou pas foils ? Mon point de vue de navigateur est de revenir au cahier des charges : un bateau pour faire quoi ? Et dans quelles conditions concrètes ? Mon programme ? Rendre visite à un copain à Ouessant, aller boire quelques bières avec nos amis britanniques et irlandais, via les Scilly en une ou deux journées de mer, soit 140 milles à parcourir en une quinzaine d'heures (8 à 12 nœuds de moyenne, ce qui permet de bénéficier d'une fiabilité de prévisions météo proche de 100 %). Avec Black Cap (Echo 36V2), nous venons de parcourir à l’automne la traversée Jersey-Trébeurden en cinq heures, à 13,2 nœuds de moyenne par 15 à 20 nœuds de vent surface sous GV 1 ris et solent. Génial ! Les courants ont moins d'influence qu'avec un monocoque ! Je veux aussi pouvoir échouer le bateau sur le sable ou dans la vase ; marées et fort marnage obligent ! Sans parler des marinas inadaptées, encombrées et hors de prix. Ceci implique des carènes sans aspérités vulnérables autres que la dérive et le safran ; deux appendices impérativement relevables ! Pour moi, une préoccupation suffisante pour éviter l'ajout de foils qui compliqueraient la manœuvre, la construction et l’utilisation. Le risque de se trouver entravé par un orin de casier (pas seulement la nuit !) est aussi augmenté, sans parler, foils relevés, du fardage accru qui doit accentuer la tendance à louvoyer au mouillage. Pour ce programme à dominante côtière, j’ai besoin de rangement à bord pour deux ou trois personnes sur trois à cinq jours. Pas plus. Avec ce type de multicoque, la Galice devient une voisine, la météo à trois jours étant d'une fiabilité époustouflante. Un des derniers dessins de Dick Newick (décédé en 2013), l'Echo 36 (version 2005, rallongée à 38), répond très bien à ce cahier des charges : il intègre tous les acquis et enseignements collectés par cet architecte de légende :</p>
<ul>
<li>Flotteurs aussi longs que la coque centrale et volumineux.</li>
<li>Etraves droites et entrées d’eau anti-enfournement.</li>
<li>Raccordement ailes-flotteurs en spatules pour prévenir un début d'enfournement.</li>
<li>Rangements et couchettes dans les ailes. Nourriture stockée dans le pic avant et sous le cockpit.</li>
</ul>
<p><img src="/sites/default/files/inline-images/05-match-herve.jpg" alt="" width="1280" height="720" /></p>
<p>Ajoutez à cela une construction référence en sandwich verre sous vide et résine époxy sur âme PVC incompressible et hydrofuge ; résultat : 2 200 kg en ordre de marche pour 12 m de long par 9 m 90 de large ! Le mât rotatif en fibre de carbone de 15 m de haut (corde de 35 cm) permet également de rester léger, fondamental pour aller vite ! La raideur de plate-forme est un élément important. Des pointes à 22 nœuds sont facilement atteintes au travers-largue, mais gare à la chute dans la vague de devant ! Ces peaux en sandwich sont autant de membranes de haut-parleur : quel boucan ! Impressionnant, et quelquefois inquiétant, mais par 4 nœuds de vent surface, le bateau avance à… 4 voire 6 nœuds, le grand largue vrai devenant du bon plein apparent ! Dans le tout petit temps, des foils nuiraient plus (avec la surface mouillée additionnelle) qu’ils ne procureraient le déjaugeage attendu ! Par contre, remonter contre un vent de 25 nœuds en tirant des bords successifs au cap Finistère ne doit pas faire espérer mieux que 130° d'un bord sur l'autre. Résumons : pas de barbecue à bord, ni de station de gonflage de bouteilles de plongée ; hors programme ! Les bières, c'est au pub, devant un match de rugby, mais un bateau rapide et simple, sans foils additionnels ; idéal pour le 3<sup>e </sup>âge ! </p>
<p> </p>